LÉSIONS DE LA MOELLE DANS LA LÈPRE
Nous rapprochons des lésions médullaires toxiques celles que Ton rencontre parfois dans la lèpre, parce que ces lésions présentent entre elles une grande similitude ; les lésions de la moelle des lépreux se rapprochent surtout beaucoup, par leur localisation, de celles des pellagreux. En dehors des altéi'ations de la substance grise qui ont été décrites surtout par Babes (dégénérescence colloïde dans les cornes antérieures, etc.), Pierre Marie et Jeanselme (') ont appelé l'attention sur les lésions des cordons postérieurs : ces auteurs ont trouvé des dégénérescences presque identiques dans deux moelles de lépreux qu'ils ont eu à examiner. Voici comment Jeanselme et P. Marie décrivent les lésions qu ils ont trouvées :
« Dans le premier de nos cas, les lésions médullaires sont particulièrement nettes. Sur toute la hauteur de la moelle le cordon de Goll se montre dégénéré : son aspect varie d'ailleurs assez notablement suivant les segments examinés. Au niveau des premières lombaires sa dégénération se fait en éventail, c'est-àdire que sa portion postérieure est très étalée, tandis que l'antérieure est au contraire très mince ; dans la région dorsale supérieure la dégénération du cordon de Goll prend la forme d'un pilon à manche central, à grosse extrémité périphérique. Dans la région cervicale, du moins au niveau de G*', seul segment de cette région dont nous ayons des préparations, le territoire dégénéré n'occupe guère que les 4/5 du cordon postérieur de Goll. Un fait à noter, c'est que, à partir des premières dorsales jusque dans les régions tout à fait inférieures (même dans la région sacrée), une portion plus ou moins étendue du bord du sillon j3ostérieur et de l'angle formé par la rencontre de ce sillon avec la péri-
(') P. Marie cl Jeanselme. Reoue neurol., 1898.
LÉSIONS MÉDULLAIRES DANS LA LÉlMiE.
phérie de la moelle se trouve occupée par une, deux ou (rois rangées de fibres nerveuses restées saines (').
Quant à la manière dont se comportent 1rs auire^ lej-i'iloires des lésions postérieures, on note les particularités suivantes :
Pour la région sacrée, la lésion est surtout marquée dans la région des 2/5 postérieurs, du bord interne des cornes posiérieures au niveau de la zone d'entrée des racines ; quant au territoire demeuré sain, il prend la forme d'un fer de lance dont la pointe se trouverait à l'extrémité postérieure du sillon postérieur et la base contre la commissure postérieure.
A la région lombaire inféi'ieure L^, l'aspect est tout différent, puisque la zone d'entrée des racines se trouve justement, avec une mince bande au bord du sillon postérieur, être le seul point des cordons postérieurs demeuré normal, tous les autres territoires, y compris la zone cornu-commissurale, se montrant altérés.
A la région lombaire supérieure on voit, des parties latérales du cordon de Goll, un peu avant son extrémité postérieure, naître de cba(|ue côté un éperon très mince de dégénération qui se dirige en dehors vers l'angle formé par la rencontre de l'extrémité de la corne postérieure avec le bord postérieur de la moelle ; cet éperon de dégénération est, dans toute son étendue, séparé du bord postérieur de la moelle par une bande de tissu sain.
A la région dorsale inférieure les lésions sont cantonnées dans le cordon de Goll.
Les régions dorsales moyenne et supérieure présentent, outre la lésion du cordon de Goll s'épanouissant latéralement, comme nous l'avons déjà dit, dans sa portion postérieure, un petit foyer de dégénération isolé du précédent et situé dans le triangle formé par la rencontre de la corne postérieure avec le bord postérieur de la moelle, triangle auquel, pour la commodité de la description, nous donnerons le nom de triançjle cornu-marginal. Cette dégénération du triangle cornu-marginal, à peine perceptible dans la région dorsale moyenne, devient plus nette à mesure qu'on remonte vers la moelle dorsale supérieure.
Dans la région cervicale (C"), les lésions situées en dehors des cordons de Goll occupent, dans le cordon de Burdach, un territoire assez étendu dont on doit mettre spécialement deux points en relief, bien qu'en réalité le tractiis de dégénération soit absolument continu. Ces deux points, dont il convient de faire une mention spéciale, sont: a) le faisceau en virgule: h) le triangle cornumarginal. — En résumé, la zone altérée dans le cordon de Burdach revêt l'aspect d'un gros croissant à extrémités renflées, dont l'extrémité antérieure prend naissance au voisinage de la commissure postérieure, tandis que l'extrémité postérieure occupe le triangle cornu-marginal, et se termine par conséquent dans l'angle formé par la rencontre de l'extrémité de la corne postérieure avec le bord postérieur de la moelle.
Dans notre deuxième cas, les lésions sont, ainsi que nous l'avons déjà dit, fort analogues à celles qui viennent d'être décintes pour le cas I : même dégénération du cordon de Goll : en éventail au niveau des régions lombaire et dorsale inférieure, se limitant à la moitié postérieure du cordon de Goll au niveau
(') Nous ne voudrions pas afiirmcr que ces fibres restées saines aiii)arLiennent au syslème du faisceau ovalaire de Flcclisig, de la l)anvdelelte postéro-ii\terne de Marinesco et Souques, du triangle de Gombault et Piiilippe, du faisceau se])to-mai'ginal de Bruce et Muir, mais cei)endant c'est là une chose assez vraisemblable.
TliAITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — IX. 39
[P. MARIE
-MALADIES INTlilXSKoUES DK I.A Mol-J.l.i; Kl'IMKlîE.
de là région cervicale moyenne C'^-^pour. au-dessus el au-dessous de celle région, occuper de nouveau toute l'étendue antéro-postérieure de ce cordon. De même que dans notre cas I. sur la plus gi'ande partie des régions lombaire et dorsale on conslale la persistance d une mince rangée de fdjres saines le loniî delà scissure postérieure et nolanunent au niveau de langle formé par la rencontre de celle-ci avec le boi'd postérieur de la moelle.
Quant à la dégénération des
Fkï. ISÔ. — N" 1. Li-ijrr. — Sixième cervicale. Les (cri'iloircs iléyéiirrrs >o\\\ iii;n'(|iié^ dr imluls >iiiiiilf^. V. Terriloire dégénéré répondanl à la bandelclle en \ iri;ule. T. 'l'riaiiule coi-iiii-maririnal déiiéiiéré. On voit que la bandelette en virgule et le triangle conni-Hiariiin.il snni liappé;^ sinnillanéinent i)ar la lérsicin et se fnsionnenl. — ti'l. Tabcs. — Moelle cervicale dans un (Ms ilc lalies. Les régions dégénérées soni pointillées ; elles comprennent le cordon de Goll el la /om- dCjiliéc des racines. On renianpiera l'inlégrité du faisceau en virgule et la continnalion de celui-ci .n ec le triangle cornu-marginal égalemeni indemne. Comparer cette figure av'ec la ligure I. — X ' â. Li-im-. — Hégion dorsale inlrrieure. Les iiartics dégénérées sont marquées de points lins. En S, liliio icsiée-. normales désignées par de pelils cercles. G. Cordon de Goll. Z. Partie restée saine. — N" i. [.fprc — ± lombaire. Les parties dégénérées sonl marquées de points simples ; les parties non poinlillées sonl normales: eu S se trou\enl i]uelques rangées de fibres saines désignées par de pctils cercles. G. C.ordcui de Goll. T. Triaimle curnii-margin.il. H. Trclégère dégénéralion iulcrmédiaire enire les Iri'rihiircs allérés iln cordon ilc (^oll c-l du h i.niule cornumarginal. Z. Zone il'entrée des racines resJées Indemnes. — N° o. Tnhi-.-i. — liéuion loudiaire supérieuie dans un cas de tabès où les lésions sont localisées dans les zones d'entrée des racines. C'est e.vactemeni l'inverse de ce qui a lieu dans nos cas de lèpre, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en comparaul la figure S avec la figure i. ^
territoires du cordon postérieur situés en dehors des faisceaux de Goll. on note, dans la région lombaire, l'existence d'un tractus partant de l'extn'milé postérieure du faisceau de Goll et se terminant dans le triangle coi-numarginal; ce tractus est sur tout son parcours séparé de la périphérie de la moelle par une bande de tissu sain. Au mili(^u de son trajet la dégénération de ce tractus est particulièrement moins fournie qu'à ses extrémités. La zone d'entrée des racines est complètement indemne. Plus haut, dans