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DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

Les éléments principaux sur lesquels se fonde le diagnostic des méningites aiguës sont : le début brusque et fébrile de la maladie; les symptômes mani-

(') DuFOUR. Soc. méd. des hop., 17 octobre 1001.

MÉNINGITES CÉRÉBRALES AIGUËS

restes d'excitation cérébrale; la céphalalgie très intense accompagnée de photophobie; les vomissements; la conslipation ; les troubles de rintelligence ; les troubles oculaires; les contractures, particulièrement la raideur de la nuque; le signe de Kernig: les convulsions; auxquels succèdent bientôt les phénomènes envahissants de torpeur et de dépression intellectuelle.

Cet ensemble de symptômes éveille tout d'abord l'idée de méningite. Mais lorsqu'il se manifeste, indique-t-il nécessairement la présence de lésions des méninges? Il est certain que la symptomatologie des méningites est tout entière d'emprunt et qu'elle décèle beaucoup plutôt la souffrance des zones corticales du cerveau et des nerl's crâniens que des méninges elles-mêmes. Or, on avait autrefois constaté que tous les symptômes de la méningite pouvaient se produire sans qu'il soit possible de trouver, à l'autopsie, la moindre lésion de ces membranes. D'où la création d'une catégorie de pseudo-méningites (Kranhals) (').

Pour désigner cet ensemble de phénomènes pouvant faire croire à la présence de la méningite lorsque celle ci n'existait pas réellement, du moins en apparence, Dupré inventa, en 189i, le terme de méningisme{^). Sous des influences diverses, réflexes, toxiques, infectieuses, dynamiques, de nature purement nerveuse, le syndrome méningo-cortical aurait pu naître et se manifester cliniquement. et l'on décrivit alors un méningisme hystérique, helminthiasique, pneumonique, typhique, grippal, rhumatismal. Mais peu à peu s'approfondit la connaissance des lésions réelles des méningites. Tandis que l'on considérait auparavant comme une altération pour ainsi dire banale etsans importance un peu d'hyperémie ou d'œdème des méninges, on en vint plus tard à attribuer à ces modifications anatomiques leur valeur véritable, lorsqu'on s'aperçut que le liquide de cet œdème pouvait contenir les microorganismes pathogènes de la maladie au cours de laquelle s'était manifesté ce méningisme soi-disant sans lésions. C'est ainsi que Pfuhl et Walter trouvèrent le bacille de Pfeiffer et le streptocoque dans le liquide séreux des méninges simplement œdématiées. Tandis que Grasset (^) qualifiait de méningisme typhique pur et simple un cas de fièvre typhoïde avec symptômes méningitiques, sans autres lésions, à l'autopsie, que l'œdème, Boden(''), dans un cas analogue, où les phénomènes méningés avaient été assez accentués pour masquer la maladie causale et faire croire à une méningite aiguë, et où l'autopsie révéla seule la présence d'vme fièvre typhoïde avec infiltration séreuse des méninges et liquide dans les ventricules, trouva le bacille d'Eberth dans les liquides d'infiltration. Ces notions nouvelles de l'anatomie pathologique pure des méningites vinrent ainsi, peu à peu, restreindre considérablement le cadre du méningisme.

Ce n'est même pas la curabilité des accidents attribuables au méningisme pur et simple qui constitue pour celui-ci une caractéristique indiscutable. En effet, depuis la connaissance des méningites séreuses, depuis la découverte des données diagnostiques fournies par l'examen du liquide céphalo-rachidien, nombre de cas curables qui eussent été autrefois classés, comme dépourvus de lésions, dans la catégorie du méningisme, sont considérés aujourd'hui comme des méningites légitimes.

(') Kranhals. Deul. An-h. /'. kUii. Med., ISfli, LIV, S9.

(-) Dupré. Congrès de méd. int. de Lyon, 26 odoln-e lH9i.

(5) Grasset. Clin. méd. de l'hdpilal Sninl-Ètoi, Montpellier, 1895.

(*) BODEX. Zeilxrh. /'. prakt. Aer:-te. IH99. ir S.

[G. GUmON ]

MALADIES DES MÉNINGES

Est-ce à dire que cet ensemble de symptômes qualifié de meningisme ne puisse se produire sans qu'il existe de lésions des enveloppes de l'encéphale? Assurément non. Mais, réduit à cette catégorie de faits, le méningisme pourrait bien n'être que le résultat d'une prédisposition individuelle, souvent hérédi" taire, la manière de réagir de tel ou tel sujet sous telles ou telles influences. Dans cette hypothèse on serait alors le plus souvent en présence d'accidenls analogues à ceux de l'hystérie [Roesch('), Gilles de la Tourette (^)l se produisant soiten apparence spontanément, comme cela a lieu dans le ménm^î'sme hystérique , la -pseudo-méningite hystérique (Huchard)('), soit sous l'influence d'un des nombreux agents provocateurs de l'hystérie, tels que les intoxications, les infections diverses, l'helminthiase, etc., etc.

Quoi qu'il en soit, il faudra toujours, pour établir avec sécurité un diagnostic de méningite, avoir présents à l'esprit les cas de ce genre et ne pas les confondre avec ceux où il existe réellement des altérations anatomiques des méninges.

Le diagnostic tirera souvent grand parti des données étiologiques. Aussi faudra-t-il toujours, en présence de symptômes méningitiques, rechercher avec le plus grand soin toutes les causes possibles de l'infection méningée. On examinera les téguments de la face et du crâne, on inspectera les cavités pharyngienne, nasale, etc., et l'on auscultera avec soin les poumons et le cœur. La révélation d'une cause manifeste d'infection méningée sera un grand appoint pour la détermination du diagnostic.

Nous ne nous étendrons pas longuement sur le diagnostic différentiel de la méningite aiguë, car l'étude des éléments de ce diagnostic sera faite très complètement au chapitre relatif à la méningite tuberculeuse. Nous prions le lecteur de s'y reporter.

La méningite tuberculeuse se traduit par des symptômes de même ordre que la méningite aiguë. Mais son évolution subaiguë constitue un caractère différentiel très important : invasion moins soudaine, fièvre moins vive et moins continue, délire moins intense, périodes mieux accusées, marche moins rapide, tels sont les principaux signes qui distinguent la méningite tuberculeuse. Il faut aussi tenir grand compte des éléments étiologiques, soit que l'investigation clinique fasse découvrir l'existence d'une tuberculose locale antérieure, soit qu'elle décèle au contraire une affection septique susceptible de s'être propagée aux méninges.

Les abcès du cerveau, consécutifs à une otite moyenne, donnent naissance à une réaction cérébrale et à des symptômes généraux qui diffèrent souvent très peu de ceux qui sont déterminés par la méningite aiguë consécutive à la même lésion. 'On conçoit qu'il puisse y avoir les plus grandes difficultés pour l'établissement du diagnostic. Les signes basés sur l'existence d'une paralysie localisée, sur la suppression d'une otorrhée ancienne, sur la circonscription des symptômes, sur les caractères de la céphalalgie, n'ont pas une, valeur absolue et ne peuvent guère que faire soupçonner l'abcès, sans qu'on puisse rejeter l'hypothèse de méningite.

Pour ce qui est du diagnostic des méningites aiguës avec les tumeurs cérébrales, le rhumatisme cérébral, le delirium treraens, l'urémie, les pseudo-

{') RoESCH. Thèse de Paris, 1805.

(-) Gilles de la Tourette. Soc. méd. des li.tîp., U) janvier 180(1. (') HucHARD. Soc. méd. des liop., 15 déceiiibi'e 1805.

MÉNINGITES CÉRÉBRALES AIGUËS

méningiles hyslcriques, les accidents cérébraux de la lièvre typhoïde, des fièvres ériiptives, des septicémies, etc., ce que nous dirons ultérieurement sur les caractères différentiels qui existent entre ces diverses maladies et la méningite tuberculeuse s'applique assez exactement au diagnostic des méningites aiguës, pour qu'il ne soit pas utile de les indiquer ici par avance.

Le pronostic des méningites aiguës est des plus sombres. Les cas de guérison, indiscutables, ainsi que nous l'avons vu, restent cependant assez rares. Mais, au fur et à mesure que nous arriverons à distinguer mieux les formes bénignes dont on n'avait aucune notion il n'y a encore que quelques années, il est probable que le nombre des guérisons augmentera proportionnellement.

Nous avons vu chemin faisant que la guérison n'est pas toujours complète et que la maladie peut laisser derrière elle des traces, quelquefois ineffaçables, de son passage. De plus la guérison apparente n'est parfois qu une plus ou moins longue rémission, après laquelle une nouvelle poussée méningitique peut venir emporter le malade.

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