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PRONOSTIC

La méningite tuberculeuse se termine d'une façon presque constante par la mort. Nous avons déjà dit plus haut ce qu'il fallait penser des cas anciens dans lesquels on avait signalé la guérison, quoique l'ensemble symptomatique observé eût été bien manifestement celui de la méningite tuberculeuse. Ils prêtent largement le flanc à la critique.

Devons-nous accorder plus de créance à quelques faits plus récents, auxquels les résultats des procédés nouveaux d'investigation prêtent presque toutes les

MÉNINGITE TUBERCULEUSE

apparences de la vérité. C'est ainsi que Freyhan(') a oljservé un cas de méningite tuberculeuse, dans lequel la ponction lombaire décela la présence de bacilles de Koch dans le liquide céphalo-rachidien. L'amélioration se fît lentcr ment et trois mois après il n'y avait plus trace d'aucun symptôme, sauf quelques vestiges de névrite optique.

Le cas de Rocas ("-) est au moins aussi caractéristique : tous les signes de la méningite tuberculeuse étaient présents, y compris la lymphocytose du liquide céphalo-rachidien. Lorsque, dans la suite, l'amélioration se fit, la lymphocytose disparut avec les autres symptômes. Un an plus tard, la guérison s'était maintenue. La disparition de la réaction lymphocylaire semblerait, dans un cas semblable, être une preuve pour ainsi dire matérielle de la guérison. Malgré tout, en présence d'un trop petit nombre de faits, dont une bonne partie reste, après tout, discutable, nous devons encore réserver notre jugement en ce qui concerne la possibilité do la guérison de la méningite tuberculeuse.

Ces considérations ne s'appliquent d'ailleurs qu'à la méningite tuberculeuse généralisée commune, car il existe quelques cas authentiques de guérison se rapportant à la méningite tuberculeuse circonscrite et localisée. Telles sont, par exemple, les observations de Rilliet et de Cadet de Gassicourt (^). Le malade de Rilliet, après avoir présenté les signes classiques de la méningite tuberculeuse, vit tous les symptômes disparaître, la guérison complète se faire en soixante-six jours et se maintenir durant cinq ans et demi, après quoi survint une nouvelle méningite qui détermina la mort en treize jours. A l'autopsie, on trouva deux ordres de lésions tuberculeuses : les lésions récentes caractéristiques de la méningite tuberculeuse ordinaire, et des lésions anciennes consistant en une masse tuberculeuse de 1 centimètre de longueur sur 4 millimètres d'épaisseur et ayant subi partiellement la régression fibreuse. Dans le cas de Cadet de Gassicourt il s'agit d un malade dont les symptômes méningiliques se calmèrent au bout de vingt-trois jours et dont la guérison parut complète pendant deux mois et demi. Puis, il fut repris d'une poussée de méningite et succomba à une diphtérie intercurrente. On trouva à l'autopsie un tubercule du cervelet gros comme un œuf et des lésions méningées anciennes et récentes.

En raison même de la fatalité du pronostic, il n'est peut-être pas inutile de recommander au médecin de ne mettre aucune hâte dans l'affirmation d'un diagnostic dont la signification est si grave. Car ce diagnostic, malgré l'analyse la plus soigneuse des symptômes, peut se trouver en défaut. Il faut enfin toujours « se défier de cette apparence de guérison, familière à la méningite, et ne pas donner, le diagnostic étant certain, un espoir qui ne doit pas se réaliser » (Rilliet et Barthez).

Il est généralement aisé, vu l'évolution assez régulière de la maladie, de prévoir la mort imminente. L'hyperthermie, les sueurs profuses, la cyanose, le regard terne et l'aspect vitreux de la cornée en sont les meilleurs signes. Il ne faut pas, à ce point de vue, faire fonds sur le coma, car on voit quelquefois les enfants se réveiller d'un coma profond pour reprendre en partie connaissance et vivre quelques jours encore.

(') Freyiian. Deul. med. Woch., 6 septembre 1894.

(^) Rocas. Cong. de fjynccol., obstélr. el pédùit. Nantes, sc[)tombro 1901. el Bull, niéd., 9 octobre 1901.

('') Rilliet, Baistiiez et Sanné. Traite des mal. des enfants.

[G. GUmON ]

MALADIES DES MÉNINGES

TRAITEIVIENT

Traitement curatif. — Il n'existe pas de médication efficace contre la méningite tuberculeuse. Le mieux qu'on puisse faire, c'est de ne pas agir par un traitement qui, d'une part, contribuerait à débiliter le malade et d'auti^e part pourrait ajouter à ses souffrances. Aussi faut-il proscrire avec soin les moyens dits énergiques, tels que les saignées générales ou locales, les moxas,les sétons et les révulsifs (vésicatoires, huile de croton, etc.). La médication devra être purement symptomatique. Les lotions ou affusions froides sur la tète pourront être employées pour modérer la céphalalgie. On opposera : à la fièvre, les antipyrétiques usuels (antipyrine, sulfate de quinine); à l'agitation et à l'insomnie, les hypnotiques et les narcotiques (chloral, opium, bromure, alcalins, etc.); à la constipation, les purgatifs (calomel, drastiques). Dans certains cas d'excitation cérébrale intense ou d'hyperthermie excessive, l'hydrothérapie froide pourra être utilement employée. Mais les bains chauds (38° à 40°) sont préférables, surtout lorsque les contractures et les phénomènes d'excitation prédominent; on les donne tous les trois, quatre ou six heures, suivant la tolérance etl'état des malades.

Il faut bien reconnaître que, même si l'on se borne à l'espoir modeste de combattre ou d'atténuer les symptômes principaux de la maladie, on est loin d'obtenir toujours l'effet désiré. Il importe d'être bien prévenu des multiples déceptions qu'on peut éprouver de ce chef.

L'iodure de sodium et de potassium, le calomel à doses fractionnées, sont d'ordinaire prescrits. Il n'y a rien à dire d'ailleurs de tous les autres médicaments conseillés par divers praticiens : les préparations de valériane, le musc, les diurétiques, etc., etc. Il faut considérer comme rationnel l'essai qu'on peut faire des médicaments antituberculeux employés actuellement en injections sous-cutanées, tels que le gaïacol, la créosote, l'iodoforme. C'est tout ce qu'on en peut dire. Quant aux tuberculines, malgré les espérances qu'on avait fondées sur leur emploi, elles n'ont donné que des mécomptes.

Dans une maladie aussi fatale que la méningite tuberculeuse, le seul espoir que le médecin puisse conserver, c'est celui d'avoir fait un faux diagnostic. Aussi sera-t-il indiqué d'essayer la médication antisyphilitique, sous sa forme mixte et intensive. On en pourrait, en cas d'erreur, tirer bénéfice.

On veillera aux divers soins d'hygiène. On alimentera le malade le plus possible et on le laissera reposer dans le silence et l'obscurité.

Le traitement chirurgical de la méningite tuberculeuse n'a donné jusqu'à^ présent que des résultats négatifs ('). On a conseillé la trépanation, soit simple, soit suivie de drainage de l'arachnoïde ou des ventricules cérébraux. Nous n'insisterons pas sur ces diverses opérations, qui paraissent jusqu'à présent vouées à un insuccès complet.

Quant à la ponction lombaire, opération simple et sans danger, on peut en obtenir une légère action palliative, lorsque dominent les phénomènes de compression cérébrale. Mais le résultat est encore bien faible et bien incertain. Marfan, Sicard et d'autres ont essayé d'injecter, après la ponction, des liquides antiseptiques dans l'espace sous-arachnoïdien. « Tout ce qu'on peut dire, en faveur de ces tentatives, c'est qu'elles ne paraissent pas avoir été trop nuisibles. » (Hutinel.)

(1) Veyrat. Thèse de Lyon, 1894.

HÉMORRAGIES MÉNINGÉES.

Prophylaxie. — H y a une double indication prophylactique : 1" éviter la contagion tuberculeuse à l'enfant; 2" le placer dans les meilleures conditions de santé physiques pour résister à cette contagion.

Si le médecin est ici impuissant pour guérir, il faut affirmer qu'il peut beaucoup, dans certaines circonstances, pour prévenir. Les principales mesures d'hygiène qu'il devra prendre n'ont d'ailleurs rien de spécial à la méningite tuberculeuse. Elles visent la tuberculose dans toutes ses manifestations. Il faudra, dans les familles de tuberculeux, veiller avec le plus grand soin à la désinfection des crachats virulents qui sont la source ordinaire de la contagion. Il faudra défendre formellement aux malades de cracher ailleurs que dans des crachoirs disposés à cet etïet. On pourra même, si la chose est possible, pratiquer l'isolement des enfants. On devra veiller à l'observation scrupuleuse des règles générales d'hygiène relatives à l'habitation. Les enfants de tuberculeux seront l'objet d'une sollicitude particulière; on prolongera l'allaitement par une bonne nourrice jusqu'au maximum du terme ordinaire, quinze à dix-huit mois (Jaccoud). On les mettra dans des conditions d'hygiène spéciales : on s'attachera à les développer physiquement (hydrothérapie, vie à la campagne, exercices physiques, etc.); on leur évitera la fatigue et les veilles. Enfin on les soumettra à un régime cérébral particulier, de façon à leur épargner les efforts intellectuels prolongés ou précoces, et le surmenage. L'emploi des préparations ferrugineuses, iodées, de l'huile de foie de morue, les frictions sèches de la peau trouveront aussi leur indication. On proscrira naturellement avec soin tous les excitants cérébraux (alcools, vin en excès, thé, café, etc.).

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