WIARCHE, TERMINAISON DE LA SYPHILIS CÉRÉBRALE, PRONOSTIC
On ne peut formuler cjue des considérations générales relativement à l'évolution clinique de la syphilis du cerveau envisagée dans son ensemble.
Et tout d'abord, s'il est parfaitement légitime de distinguer des types cliniques et de désigner ceux-ci par leur symptôme prédominant, on ne doit pas perdre de vue qu'il s'agit là avant tout de formes initiales, transitoires souvent ; c'est ainsi qu'il faut comprendre les formes épileptiqiie, mentale, paralytique, admises par les auteurs (Fournier). A un stade plus avancé, ces différents types montrent une tendance indiscutable à s'unifier, pour aboutir à la dégradation générale et progressive de toutes les fonctions cérébrales. Ceci s'applique en particulier aux néoplasies qui intéressent la surface du cei'veau.
Il en va un peu autrement de la forme artérielle. Assez souvent l'artérite cérébrale existe à l'état isolé; elle peut donner lieu à une attaque d'hémiplégie qui ne se renouvelle pas: et la paralysie persiste toute la vie ou rétrocède suivant l'importance de la lésion. Mais il arrive aussi que l'artérite syphilitique donne lieu à des accidents multiples à intervalles variables : attaques d'hémiplégies successives, paralysies bulbaires, pseudo-bulbaires, etc. Ce que nous savons de ses localisations, souvent multiples, cadre bien avec les faits de ce genre.
En second lieu, l'intervention de la thérapeutique est capable d'apporter un changement considérable dans la marche des accidents. Dans les néoformations corticales surtout cette influence se fait sentir. L'épilepsie symptomatique et les paralysies incomplètes qui l'accompagnent comportent à cet égard le plus de chances favorables. Bien mieux, on a vu guérir des vésanies caractérisées, des accidents comateux de la plus haute gravité; et de pareils faits justifient bien le mot de Ricord : « Avec la vérole, tout est possible comme guérison, même l'impossible. »
L'action du traitement sur les lésions artérielles définitives et en particulier sur l'artérite oblitérante es.t beaucoup plus proljlématique. Quant aux conséquences de ces lésions, hémorragies, ramollissements, il va de soi que la thérapeutique spécifique ne peut rien sur elles. Toutefois il semble acquis que l'artérite syphilitique est curable à son début (Leudet, Dieulafoy): et il n'est
TRAITÉ DE MÉDECINE, "1' éfllt. — IX. (W
[H. LAMY
SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX
pas douteux qu'à la phase pré-oblitérante, rarlérite spécifique donne lieu parfois à des troubles graves transitoires qui ont pour cause l'ischémie simple des centres (hémiplégies, aphasies, anasthésies, vertiges). Ceci explique qu'on puisse obtenir la réparation ad integrum dans les cas de ce genre traités énergiquement et de bonne heure.
Trop souvent, et surtout quand la maladie n'est traitée qu'à une phase avancée, le résultat est moins heureux : on obtient seulement une guérison incomplète, et le malade reste un infirme physiquement et cérébralement.
Enfin les échecs complets de la thérapeutique s'observent ici, alors même que toutes les conditions semblaient réunies en vue du succès. Dans ce cas, le pronostic peut devenir immédiatement très grave, en particulier pour certains états comateux qui paraissent en rapport avec la thrombose des artères du bulbe et pour l'épilepsie corticale, lorsqu'elle donne lieu à des accès en série qui peuvent aboutir à l'état de mal. Le pronostic est également très fâcheux pour les formes mentales qui se caractérisent dès le début par un acheminement rapide vers la démence.
Si l'on consulte les statistiques, on voit que Fournier compte : un tiers de guérisons; presque la moitié d'améliorations; un sixième de morts. Ce sont à peu près les chiffres de Rumpf. Hjelmann considère que ces estimations sont trop optimistes. Telle est également la conclusion qui se dégage de la statistique de Naunyn. Cet auteur fait remarquer que la fréquence des récidive.< est très grande et il ne compte, comme guérison définitive, que les cas suivis au delà de 5 ans : dans ces conditions, il ne trouve que 27 guérisons authentiques sur un total de -4 15 cas empruntés à la littérature où à ses observations personnelles. Nonne déclare aussi que, dans un délai inférieur à 5 ans on ne peut parler de guérison définitive : sur 56 cas suivis par lui au delà de T) ans, il compte 22 fois une récidive et 8 fois plusieurs. Ajoutons que la majorité des cas comptés comme guérisons comportent des reliquats (hémiplégies, paralysies oculaires, etc.).
En résumé, et malgré les beaux succès que la thérapeutique compte à son actif; bien que les lésions syphilitiques du cerveau, ainsi qu'on l'a dit très justement (Lancereaux), soient moins graves, toutes choses égales d'ailleurs, que les lésions cérébrales d'une autre nature (tubercules, tumeurs, artério-sclérose), on peut voir par ce qui précède que la syphilis cérébrale comporte un pronostic extrêmement sombre.
La Icrminoison fatale peut se produire brutalement à la suite d'une aggravation rapide ou soudaine des accidents cérébraux, telle que l'état de mal épileptique, un accès maniaque suraigu, une attaque d'apoplexie causée par la rupture d'une artère cérébrale, la thrombose de l'artère basilaire. D'autres fois la mort est le terme d'une déchéance progressive, analogue à celle de la paralysie générale.