PRONOSTIC ET DIAGNOSTIC
Pronostic. — Il n'est certainement pas moins sombre pour les accidents médullaires que pour les complications cérébrales de la syphilis. La nature des lésions étant la même dans les deux cas, on peut même prévoir qu'elles doivent avoir des conséquences plus graves encore pour la moelle que pour le cerveau, étant donnés : le petit calibre de l'organe, l'importance de tous ses départements, l'absence de région indifférente, enfin la dépendance étroite de ses vaisseaux nourriciers et des méninges internes. Ici, pas de méningite sans altération concomitante des artères et des veines spinales : c'est là une règle prescjue absolue. Aussi des lésions nécrosiques irrémédiables accompagnent-elles presque fatalement au bout de peu de temps les processus les plus superficiels.
(') Ballet. Sem. méd., 21 novembre 1894.
(^) BucHHOLZ. Arcliiv f. P.^ych. u. Nervenkr., Bd. 52, 1899.
(') Orlowski. Soc. de neurol. et de psychiatrie de Moscou, 24 janvier 1897.
(*) Thomas et Long. Soc. de biol., 7 octoljre 1899.
(«) Bechterew. Arch. f. Psychiatrie. Bd. XXVIII, Hft. 3, 1896.
(6) Mark. Rcd. Neurol. 1897, p. 5S0.
SYPHILIS DE LA MOELLE ÉPINIÉRE
Les statistiques, dans leur ensemble, confirment ce que Fanatomie pathologique permet de prévoir à cet égard. La plupart indiquent une proportion de mortalité au moins égale, sinon supérieure à celle de la syphilis cérébrale; et une proportion de guérisons beaucoup plus restreinte que dans celle-ci. Gilbert et Lion indiquent une mortalité de 50 pour 100 contre 27 guérisons; Kuh donne un chill're de plus de moitié moins élevé, aussi bien pour la mortalité que pour les guérisons; Soltas, sur 25 cas, observe 9 morts et 1 guérison.
Il est vrai de dire que toutes ces statistiques ne sont pas comparables entre elles. Kuh, par exemple, a surtout eu en vue la variété d'Erb, bénigne (/iioad vitam, mais rebelle entre toutes au traitement. Sottas a étudié des formes graves. Il semble qu'on pourrait, dès à présent, établir, au point de vue pronostic, les distinctions suivantes : bénignité des formes méningitiques pures, surtout des formes précoces lorsqu'elles sont traitées énergiquement dès le début — incurabilité fréquente des paralysies spinales chroniques ou subaiguës — gravité redoutable des grandes paraplégies accompagnées d'anesthésie complète, de relâchement des sphincters et d'escarres.
Diagnostic. — Les complications médullaires de la syphilis présentent-elles des caractères assez spéciaux pour qu'on puisse, en dehors de tout renseignement étiologique, les différencier des autres affections de la moelle? On ne saurait le prétendre, au moins pour la plupart d'entre elles. La moelle réagit d'une façon identique à un grand nombre de processus différents. Nul doute, d'ailleurs, que d'autres maladies chroniques que la syphilis n'y engendrent des lésions par un mécanisme fort semblable à celle-ci. Toutefois, quelques considérations générales applicables à la plupart des myélites spécifiques peuvent aider au diagnostic.
Dans un certain nombre de cas, les manifestations spinales sont précédées d'une phase de méningite assez typique; quelquefois cette phase est cérébrospinale, et se caractérise par des céphalées, des paralysies oculaires et de la rachialgie. L'apyrexie est de règle. On se gardera bien de confondre, au grand préjudice des malades, ces manifestations d'une affection spinale commençante avec un simple lumbago, un rhumatisme vertébral, un torticolis. On attachera une grande valeur au caractère nocturne de la rachialgie dans certains cas.
Les paralysies spinales une fois établies, le diagnostic peut rester bien souvent en suspens lorsque les renseignements touchant la syphilis manquent; et l'on peut se demander si l'on n'est pas en présence d'une tout autre affection de la moelle.
La myélite transverse peut être réalisée, non seulement par la syphilis mais par la tuberculose, la blennorragie, et d'autres infections certainement encore que nous ignorons. Nous ne connaissons pas de signe différentiel ayant une valeur décisive, entre ces différentes myélites. L'action du traitement n'est qu'un moyen de diagnostic infidèle, car la myélite transverse syphilitique lui résiste souvent. La coexistence de symptômes du côté de l'encéphale et, en particulier, des nerfs crâniens, est un argument en faveur de la syphilis. Nous en dirons autant des anomalies pupillaires et, en particulier, du signe d'Argyll Robertson dont la présence à elle seule devrait faire songer à la syphilis (Babinski). Enfin Widal a montré que la présence de lymphocytes dans le liquide céphalo-rachidien était liabituelle au cours de la méningo-myélite
[H. LAMY
SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX
syphilitique. Il serait intéressant de savoir s'il en est avitrement dans les autres paraplégies. Dans tous les cas, ce caractère peut servir à éliminer la paraplégie hystérique, qui est parfois fort difficile à différencier des paraplégies de cause organique.
Le tabès dorsal spasnwdique est peut-être, de toutes les myélopathies, celle dont la syphilis médullaire peut se rapprocher le plus, dans la variété décrite par Erb. En dehors de la notion des antécédents, le diagnostic peut être impossible à préciser. Rappelons toutefois ici les particularités que P. Marie a signalées dans cette variété de paraplégie syphilitique, notamment la systématisation de la paralysie aux fléchisseurs du membre inférieur, en opposition avec la conservation des muscles extenseurs.
On devra se souvenir que la compression lente de la moelle par une tumeur est très rarement le fait d'une gomme syphilitique, et que s'il existe des signes manifestes de tumeur extra-spinale, il faut plutôt songer à une affection d'une autre nature (carcinome, sarcome, etc.).
Enfin, fes formes aiguës de fa syphilis médullaire présentent de très grandes analogies avec les myélites centrales aiguë<, ou les myélites aiguës dites a frigore, affections dont l'origine infectieuse n'est pas douteuse, mais dont l'agent pathogène nous est encore inconnu. Les difficultés du diagnostic sont d'autant plus grandes que la période prodromique de la syphilis médullaire fait ici souvent défaut. On ne saurait non plus se baser d'une façon certaine sur les résultats du traitement; car, d'une part, il peut être sans action sur ces myélites spécifiques, et, d'autre part, on sait que certaines myélites aiguës guérissent spontanément. La plupart du temps, il est vrai, ces accidents se produisent à une époque très voisine du début de l'infection syphilitique, ce qui peut simplifier la question ; mais il serait illusoire de rechercher ici un caractère différentiel dans la physionomie propre de l'affection médullaire.