IL. TOLLEMEB
MALADIES DU CERVELET
et la névrite optique, ainsi que l'hydrocéphalie, à une compression de la grande veine de Galien. Mais les observations où les tumeurs volumineuses siégeaient à la face postérieure du cervelet ne confirment pas cette hypothèse, car dans un cas de Ferber où ces conditions étaient réalisées, on ne nota qu'une hyperémie tout à l'ait légère des deux papilles. Aussi se rallie-t-il à la théorie do Griesinger qui rattache les troubles visuels à la compression des tubercules qnadrijumeaux.
En effet, la compression ou la destruction des tubercules qnadrijumeaux est assez fréquente et paraît bien en rapport avec la cécité. Dans un cas de James Lloyd (') le malade, sourd et aveugle, atteint de céphalalgie intense et de vomissements, dans l'impossibilité de se tenir debout, était porteur d'une tumeur de la partie supérieure du verrais ; cette tumeur, du volume d'un œuf de poule, avait détruit les tubercules quadrijumeaux qu'elle comprimait. Les observations analogues sont nombreuses. Toutefois, il n'est pas certain que l'hydrocéphalie ne puisse jouer un rôle dans la lésion du nerf optique : il existe en effet des cas où l'opération, pratiquée dans le but palliatif de diminuer la tension intracérébrale, a été suivie du retour momentané de la vision. C'est ce que signalent Jaboulay et Descos dans un cas de tubercule de la partie inférieure du lobe droit du cervelet. On ne peut, dans ce cas, expliquer la névrite optique que par l'hydrocéphalie qui était grande : il est difficile d'admettre qu'il y ait eu compression des tubercules quadrijumeaux parla tumeur et que l'évacuation du liquide ait fait cesser cette compression, la situation du tubercule à lu partie inférieure du lobe droit s'oppose à cette hypothèse. Il faut donc admettre que l'hydrocéphalie joue un rôle dans la lésion optique.
Dans tous les cas, les observations cliniques prouvent, à l'encontre des opinions anciennes deLussana, Luys et Renzi, que l'amaurose et l'amblyopiene proviennent pas du cervelet lui-même, que celui-ci n'a aucune fonction visuelle: jamais on n'observe en effet ces symptômes dans les affections de déficit pur de l'organe.
Les yeux sont fréquemment atteints de nyslaymus, soit spontané, soit provoqué dans certains mouvements : ce phénomène est dû à la lésion d'une moitié du cervelet et on l'observe chez l'homme malade comme chez l'animal opéré. Lorsque le nyslagmus est associé à du strabisme par la suite de la compression d'un nerf moteur de l'œil, il disparaît et ne peut être décelé. Lorsqu'il existe, il est très caractéristique : tout d'abord, il est latéral, ensuite il devient plus fort lorsque le malade tourne volontairement les yeux vers le côté de la lésion.
Hydrocéphalie. — L'hydrocéphalie existe en général dans les tumeurs du cervelet, mais l'augmentation du liquide céphalo-rachidien peut être plus ou moins considérable suivant les réactions méningées que cause la tumeur et suivant la gêne qu'elle apporte à la circulation veineuse. Elle peut manqueisurtout dans les tumeurs localisées à un hémisphère et il est à remarquer que lorsque son absence a été notée, en général il n'existait pas de névrite optique. Le cerveau de l'enfant réagit beaucoup plus fortement que celui du vieillard et les symptômes de compression sont plus accusés dans le jeune âge. Bregman (-) rapporte l'observation d'un enfant de 9 ans dont les sutures
(•) James Hendhie Ixoyd. Journal of neri'ous and inenlaJ Disease, octobi'C 1898, n" 10. vol. XXV, p. 752.
(-) Bregman. Déniche Zeilrlir. fur Xervenheilk., l. XX. ô-l. 24 octobre 1901.
PATHOLOGIE DU CERVELET
crâniennes éclatèrent par suite de la tension intracrânienne : il y eut, à la suite de cet accident, disparition de \iolents accès de céphalalgie et des vomissements très fréquents auparavant. L'hydrocéphalie peut aussi jouer un rôle dans la production des troubles mentaux, de l'apathie et de l'inconscience, si fréquents à la période terminale des tumeurs cérébelleuses.
Troubles du voisinage. — Les autres phénomènes dus à la compression ou à l'envahissement des régions voisines se combinent parfois de façon très variée : on peut les diviser en deux ordres de faits, suivant qu'ils sont paralytiques ou d'excitation. En effet les tumeurs du cervelet peuvent agir sur les parties intactes du cervelet, sur le cerveau, le bulbe, la protubérance, les tubercules quadrijumeaux et de nombreux nerfs crâniens.
Le plus fréquent des symptômes paralytiques est l'hémiplégie, qui peut n'être parfois qu'une hémiparésie : et même encore est-elle assez rare, puisque Cubash n'a constaté ce signe que 9 fois sur 82 cas de lésions du cervelet ; et sur 52 cas de tumeurs quelconques de cet organe, Ferber ne l'a trouvé que 5 fois. Elle varie beaucoup comme intensité : ce n'est parfois qu'une parésie tranchant à peine sur l'asthénie généralisée. Mais ce peut être une véritable hémiplégie, croisée ou homonyme, et la paralysie atteint parfois aussi en partie le côté opposé, surtout les muscles de la colonne vertébrale : il en résulte alors que le malade ne peut rester assis ou infléchir le tronc sans être soutenu par les deux épaules. On ne constate ce trouble moteur dans aucune des lésions qui entraînent seulement la perte de fonction de tout ou partie du cervelet, dans les affections peu susceptibles d'un effet à distance, telles que l'ostéome ou le tubercule, mais en revanche il existe dans les tumeurs à développement rapide, qui ont une grande tendance à faire sentir au loin leurs effets, et qui se rapprochent en cela des abcès et des hémorragies.
Du côté des nerfs crâniens, il est facile de comprendre que la plupart des nerfs bulbaires, en particulier le moteur oculaire externe, le moteur oculaire commun, le vague, l'hypoglosse, le facial, voire même le pathétique, puissent être comprimés directement ou indirectement par la néoplasie cérébelleuse. Les paralysies de ces nerfs sont d'ailleurs assez rares, et les plus fréquentes sont celles delà troisième et de la sixième paire: il en résulte, par le fait de celle du moteur oculaire externe, un strabisme convergent et de la diplopie, et par le fait de la destruction du moteur oculaire commun des troubles pupillaires, mydriase ou myosis, inégalité des pupilles et strabisme divergent. Le moteur oculaire commun est rarement pris. Le moteur oculaire externe l'est un peu plus fréquemment. Le pathétique (quatrième paire) est très rarement lésé : il peut être atteint cependant et Donath (') a rapporté un cas de ce genre. La pai'alysie faciale peut exister, mais elle est extrêmement rare. Très rarement elle coexiste avec la paralysie des extrémités, contrairement à ce qui se passe dans la paralysie faciale d'origine cérébrale ; elle est toujours du , même côté que la lésion du cervelet, et en général elle porte la trace de son origine péripiiérique, le facial supérieur étant touché. La lésion des tubercules quadrijumeaux par compression ou envahissement est assez fréquente et les cas où on l'observe se distinguent par l'intensité des troubles de la vision.
Les troubles de la parole^ coexistant souvent avec de la gêne de la déglutition, ont une fréquence très relative. On les rencontrerait, d'après Luys, OUi-
(') J. Donath. Wiener ined. Presse, 1896, n" 20.
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — IX. 25