CHAPITRE PREMIER CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Anatomie. — Sur une coupe du pédoncule cérébral on peut distinguer, en avant des tubercules quadrijumeaux, deux régions : Tune antérieure ou pied du pédoncule, l'autre postérieure ou calotte. La substance noire de Sœmmering sépare le pied de la calotte. Des faisceaux nerveux, différents par leur origine et leur terminaison, sont contenus dans ces deux étages. Dans le pied du pédoncule on remarque des voies descendantes : le faisceau pyramidal, le faisceau géniculé, le faisceau de Tiirck. Dans Taire de la calotte on reconnaît le noyau rouge de Stilling, le ruban de Reil, la formation réticulaire. Le faisceau central de la calotte a des connexions avec la capsule du noyau rouge. A ce noyau aboutissent aussi les fibres du pédoncule cérébelleux supérieur qui, plus bas, sur les coupes inférieures du pédoncule, s'entre-croiseront pour former la commissure de Wernekink. Des voies motrices accessoires, que Ton peut appeler parapyramidales, sont contenues dans la calotte du pédoncule comme dans la calotte de la protubérance. Enfin il est important de noter que les noyaux d'origine du nerf moteur oculaire commun sont situés au-dessous de l'aqueduc de Sylvius et que les fibres radiculaires issues de ces noyaux traversent la région de la calotte pour venir émerger dans la région interpédonculaire.
Ces prémisses anatomiques nous permettront de comprendre pourquoi sont
[GEORGES GUrLLAIN.]
PATHOLOGIE DES PÉDONCULES CÉRÉBRAUX
dissemblables les signes des lésions du pii'd el de la calotte du pédoncule. Il convient cependant d'ajouter que, bien souvent, les lésions atteignant simultanément les deux étages, la symplomafologie on clinique est mixte.
Symptômes des lésions du pied du pédoncule. — C'est dans, les lésions du pied du pédoncule que l'on observe l'hémiplégie alterne supérieure ou syndroriie de Weber{^). Le syndrome de Weber se caractérise par l'association d'une hémiplégie d'un côté du corps à la paralysie du nerf moteur oculaire commun du côté opposé. Brissaud a fait remarquer que les hémiplégies croisées du syndrome de Weber, dans les cas de lésions en foyer localisées à la partie interne du pédoncule, ont pour caractère particulier d'être plus prononcées à la face qu'aux membres. La paralysie du moteur oculaire commun peut être partielle ou totale. En règle générale la paralysie est plus accentuée que dans les lésions de la calotte, car les fibres radiculaires se réunissent dans cette région.
Les vastes foyers de l'espace interpédonculaire peuvent atteindre les deux nerfs moteurs oculaires communs, d'où ophtalmoplégie complète. On connaît aussi des cas de lésions du pied du pédoncule qui n'ont pas amené de paralysies oculaires (Greiwe).
Les troubles de la sensibilité manquent dans les lésions exactement limitées au pied du pédoncule. Von Monakow signale des troubles vaso-moteurs, des œdèmes des extrémités. Weber, Schrader ont observé un abaissement de température de plusieurs degrés au niveau des parties paralysées.
Symptômes des lésions de la calotte du pédoncule. — Les noyaux d'origine du nerf oculo-moteur commun étant situés au-dessous de l'aqueduc de Sylvius et les filets radiculaires traversant la calotte, on s'explique que la paralysie de la troisième paire soit un symptôme très important des lésions de cette région. La paralysie est souvent partielle, le droit interne et le droit supérieur sont les muscles qui semblent être atteints avec élection. Dans les vastes foyers, la paralysie du nerf peut être totale et même bilatérale. Remarquons incidemment que, pour certains auteurs, la migraine ophtalmoplégique est due à un spasme des artères de l'oculo-moteur commun.
Des paralysies des mouvements associés des yeux ont été parfois observées. Les troubles de la sensibilité sont très fréquents; tantôt, mais rarement, on constate une hémianesthésie absolue du côté opposé à la lésion. Le plus souvent il s'agit d'hypoesthésie, d'interprétation défectueuse des sensations. Ces troubles de la sensibilité ne sont pas en rapport direct avec l'étendue des destructions du ruban de Reil, car celui-ci peut être presque entièrement lésé sans que cliniquement on observe une anesthésie très prononcée. Dans les tumeurs à évolution lente les troubles de la sensibilité manquent souvent. La sensibilité est capable de suivre d'autres voies que le ruban de Reil, des suppléances sont faciles à ce dernier.
Des troubles vaso-moteurs ont été signalés, comme dans les lésions du pied du pédoncule.
Weinland, Ilberg, GTreiwe, Henschen, Jacob ont signalé des troubles de l'audition dans l'oreille opposée au foyer. D'après Siebenmann qui fit une revision des cas publiés, les troubles de l'audition seraient bilatéraux et n'existeraient que si les lésions atteignent les tubercules quadrijumeaux postérieurs et les corps genouillés internes. Somme toute, les troubles auditifs n'appartiennent pas aux lésions limitées à la calotte du pédoncule.
(*) Voir p. 474 le chapitre consacré aux paralysies alternes.