HÉMORRAGIE DES PÉDONCULES
Iravers l'étage inférieur du pédoncule, on constatei-a un foyer situé presque immédiatement au-dessus de la protubérance avoisinant le raphé médian (autopsiedeWeber). La rupture des artères dans l'étage supérieur du pédoncule amène un foyer hémorragique occupant la partie interne du pédoncule au-dessus du locus niger, en avant de l'aqueduc de Sylvius. Ce foyer peut s'étendre en hauteur depuis la protubérance annulaire jusqu'au troisième ventricule. Rickards a constaté l'occlusion de l'aqueduc de Sylvius par compression du canal contre les tubercules quadrijumeaux : il peut en résulter, ainsi qu'il est facile de le comprendre, une accumulation du liquide céphalo-rachidien dans les ventricules du cerveau. Dans certains cas le foyer hémorragique peut se rompre dansl'aqueduc de Sylvius ou le troisième ventricule. Les hémorragies dans l'étage supérieur
FiG. KIS. — Cas Baz... F. Foyer hémoiTaf;ique flans le locus niger et la i-égion de la calotle ilii pédoncule droil. Nr. Noyau rouge. P. Voie pyramidale (Collection Pierre Marie).
du pédoncule peuvent être moins étendues. En effet les branches terminales de l'artère de l'oculo-moteur comtnun peuvent se rompre vers leur terminaison et produire là de petits foyers qui, s'ils sont multiples, peuvent néanmoins rester distincts vu la divergence de ces artérioles terminales (d'Astros).
Les hémorragies pédonculaires internes se traduisent en clinique par le syndrome de la paralysie alterne supérieure : hémiplégie totale d'un côlé du corps et paralysie du nerf moteur oculaire commtin du côté opposé. Il faut remarquer cependant que, si la paralysie du moteur oculaire commun est constante, l'hémiplégie au contraire est un symptôme contingent. Ce fait s'explique très bien, car, dans les cas de petits foyers hémorragiques, la voie pyramidale peut n'être que partiellement lésée ou même être respectée.
De même que l'anatomie pathologique nous a permis de distinguer les foyers hémorragiques de l'étage inférieur du pédoncule et ceux de l'étage supérieur, de même en clinique on peut observer une symptomatologie dissemblable dans l'une ou l'autre de ces deux éventualités.
Les hémorragies pêdoncidatrps internes de l'étage inférieur ont pour manifes-
[GEORGES GUILLAIN
PATHOLOGIE DES PÉDONCULES CÉRÉBRAUX
talion clinique le syndrome de Weber. Comme pour les hémorragies cérébrales on peut observer quelques prodromes : maux de têle, vertiges, etc. Les malades, en efîel, sont le plus souvent âgés et artérioscléreux. Dans un cas rapporté par Simonin etDopter('), il s'agissaitd'un individujeuneatteint d'artériosclérose généralisée, le syndrome de Weber s'était créé au décours d'une rougeole. Sous l'influence de cette infection, il s'était produit des hémorragies dans le mésoeéphale.
La paralysie du moteur oculaire commun du côté de la lésion est totale (observations de Weber, de Leteinturier). La musculature externe et la musculature interne de l'œil sont paralysées, ce quise comprend, carl'hémorragie se fait dans une région où convergent toutes les fibres radiculaires de la troisième paire. L'hémiplégie du côté opposé à la lésion, dans les grosses hémorragies, est égalementtotale. Bennet signale des mouvements spasmodiques intermil lents dans la mâchoire de son malade. Weber a observé des spasmes de la jambe paralysée.
L'hémianesthésie est notée dans quelques observations, mais il semble qu'elle régresse rapidement. Certains auteurs ont constaté des troubles vaso-moleurs.
Les hémorragies pédonculaires internes de Vétage supérieur olïrenl certaines particularités cliniques. Des vomissements peuvent se voir au début de l'alTection. Leube et Rickards ont observé chez leurs malades une céphalalgie postérieure, de la somnolence, de la torpeur intellecluelle, du délire incohérent. Pour Rickards cet état mental serait causé par Taccumulation du liquide céphalorachidien dans les ventricules du cerveau, celle accumulation étant due à la compression de l'aqueduc de Sylvius par l'hémorragie. On peut constater la déviation conjuguée de la tête et des yeux, la titubation cérébelleuse.
La paralysie de la troisième paire est partielle, l'ophtalmoplégie externe est dissociée, caries fibres radiculaires du nerf s'écartent dans l'étage supérieur du pédoncule. Si les noyaux d'origine du nerf moteur oculaire commun sont atteints par l'hémorragie, la paralysie prendra les caractères des paralysies nucléaires. D'Astros fait remarquer que l'absence d'ophtalmoplégie interne est la règle. Il existe cependant certaines observations où l'intégrité des muscles de l'iris ne paraît pas absolue.
L'hémiplégie du côté opposé à la lésion n'est pas un symptôme nécessaire des hémorragies de l'étage supérieur, elle manque dans beaucoup de cas: mais, si le foyer est volumineux, la région du pied du pédoncule et la voie pyramidale peuvent cependant être comprimées.
Weber, Leube ont signalé dans les hémorragies pédonculaires internes le ralentissement du pouls. Weber, Rickards ont noté la constipation opiniâtre.
III. — Les hémorragies du pédoncule produites par la rupture des autres artères nourricières amènent des symptômes variables suivant leur siège. L'hémiplégie est fréquente, mais, comme les fibres du moteur oculaire commun ne sont pas lésées, le syndrome de Weber n'est pas réalisé; les observations d'ailleurs sont très rares.
Les*hémorragies des pédoncules cérébraux peuvent causer la mort subite, tel le cas de Cornil {^). Souvent la mort survient par des lésions secondaires pleuropulmonaires. Weber, Rickards, Andral ont noté la prédominance de ces lésions du côté de la paralysie.
(') SisiONiN et DoPTER. Syndrome de Weber et gangrène des orteils au déi'oinv d'une rougeole. Arch. de niéd. expér. el d'anat. palh.., 1902, p. O'ifl.
(-) Cornil. Hémorragie pédonculaire, mort subite. Bull, de la Soc. anat. de Paris. 1900. }). i'ji).