CHAPITRE IV TUMEURS DES PÉDONCULES
Etiologie. Anatomie pathologique. — Les tumeurs des pédoncules sont relativement rares. Parfois on observe desgommes syphililiques, des gliomes, des glio-sarcomes.
Raymond et Cestan(') ont trouvé dans une autopsie une tumeur delà grosseur d'une petite noix logée dans le pédoncule cérébral gauche. Cette tumeur avait lésé à gauche la totalité du noyau rouge,-la partie interne du ruban de Reil, le noyau de la troisième paire, à droite la moitié interne du noyau rouge. Elle était constituée par une série de tubesayant complètement détruit la substance nerveuse. La paroi de ces tubes était formée par une couche de cellules cylindriques, à contour bien limité, à noyau central allongé, très coloré. La tumeur s'agrandissait par des bourgeons externes des tubes, bourgeons à l'intérieur desquels pénétraient des papilles vasculaires donnant ainsi au néoplasme un aspect papillomateux. Le centre de la tumeur était en nécrobiose complète. Les auteurs n'ayant pas trouvé de cancer dans les viscères, se basant aussi sur les caractères des cellules néoplasiques, sur ce fait que la pie-mère du pédoncule était revêtue d'une couche de cellules néoplasiques avec papilles bourgeonnantes dirigées vers l'intérieur du pédoncule, admirent que la tumeur n'était pas secondaire à un cancer viscéral passé inaperçu, mais qu'elle était primitive. Ils supposèrent, avec quelques réserves, qu'il s'agissait d'un cas de jmpillome prirrnlif épit/u'Iioïde de la pie-mère.
Les tumeurs du pédoncule les plus fréquentes sont incontestablement les tumeurs tuberculeuses. D'après Allen Starr, sur 21 tumeurs diverses des tubercules quadrijumeaux et des pédoncules, 16 étaient de nature tuberculeuse. Raviart(-) a réuni dans sa thèse inaugurale 45 cas de tubercules du pédoncule. D'Astros et Hawthorn (''), Guinon (^) rapportaient récemment de nouvelles observations.
Sur 54 observations de tubercules du pédoncule où Fàge est indiqué on trouve 5 sujets ayant moins de deux ans, 6 entre deux et quatre ans, 7 entre quatre et dix ans, 5 entre dix et vingt ans, 15 entre vingt et cinquante-deux ans. On voit donc, d'après cette statistique, que, si le jeune âge est particulièrement prédisposé aux tubercules, ceux-ci n'épargnent pas l'âge adulte.
Comme pour les autres localisations tuberculeuses de l'encéphale, on trouve souvent de la tuberculose pulmonaire ou ganglionnaire concomitante.
(') Raymond et Cestan. Sur un cas do pnpillome épithélioïile du noyau rouge. Contiibution à l'élude des fonctions du noyau rouge. Arch. de neuroL, 191)2, p. 82. — Raymond. Sur une forme particulière du svndrome de Webcr. Clin, des mal. da si/st. nerveux, ti' série, l'JO.3, p. 411.
(^) Raviaht. Les tubercules des pédoncules cérébraux. Thèse de Lille, 1900. (■') D'Astros et IIawtmorn. Syndrome de Beiiedikt. Tubercule solitaire du pédoncule cérébral (étage supérieur). Reçue neurol., 1902, p. 577. ('') GuiNON. Soc. de pcdialrie, 19 mai 1903.
^GEORGES GUILLAIN
PATHOLOGIE DES PÉDONCULES CÉRÉBRAUX
Le nombre des tubercules existant dans le pédoncule varie suivant les cas. Parfois le pédoncule est le siège d'un seul tubercule et celui-ci peut être le seul existant dans toute la niasse encéphalique. Parfois on trouve plusieurs tubercules ; dans certaines observations, on les a vus coïncider avec des tumeurs tuberculeuses du cerveau.
Le volume de ces tumeurs tuberculeuses varie. Les unes ont le volume d'un pois, d'une cerise, les autres le volume d'une aveline, d'une noix. Ils occupent tantôt une faible étendue des pédoncules, tantôt leur presque totalité, ils peuvent même s'étendre à la protubérance, aux tubercules quadrijumeaux, au thalamus. Dans un cas souvent cité de Bruns, une tumeur tuberculeuse s'étendait depuis le ventricule latéral jusqu'au bulbe en passant par le pédoncule et la protubérance.
Le siège des tubercules n'est pas constant. Tantôt ils se rencontrent dans la région du pied du pédoncule, tantôt dans la région de la calotte, tantôt dans la substance noire de Sœmmering. Leur forme est sphérique ou allongée.
Les tubercules du pédoncule se ramollissent et dans les autopsies la tumeur, en général, offre les caractères du ramollissement.
Le tubercule est parfois encapsulé et certains auteurs ont décrit, outre une ^véritable coque fibreuse, des cloisons de même nature qui, parties de cette capsule, viendraient diviser la tumeur en autant de logettes. Très souvent, à la périphérie, le tissu néoplasique s'infiltre et dissocie le tissu nerveux de sorte que l'étendue des destructions de la substance nerveuse n'est pas en rapport avec le volume de la tumeur (Raviart). La substance nerveuse est infiltrée d'éléments embryonnaires.
L'hydrocéphalie, la méningite tuberculeuse compliquent souvent les tubercules des pédoncules cérébraux.
Symptômes. — Les tumeurs du pédoncule se traduisent en clinique par deux groupes de symptômes : 1" des symjjtômes de compression, communs à toutes les tumeurs de l'encéphale ; 2° des symptômes de lésion en foyer. Dans les cas de tumeur tuberculeuse, la fréquence de la méningite tuberculeuse et de l'hydrocéphalie ventriculaire explique la complexité fréquente de la symptomatologie.
Les symptômes de compressioyi, sur lesquels je crois inutile d'insister, sont : la céphalée, les vomissements, les convulsions, l'affaiblissement intellectuel, les vertiges, le coma, les modifications du pouls et de la respiration, la stase papillaire, la névrite optique. L'examen du fond de l'œil donne des résultats assez variables. La névrite optique œdémateuse est sans nul doute souvent observée, mais on a vu des tubercules volumineux ne déterminer aucun trouble du fond de l'œil; telles sont les observations de Ross, Mendel, Krafft-Ebing, Greiwe, Raviart. L'absence de névrite optique n'autorise donc pas à éliminer le diagnostic de tumeur du pédoncule.
Dans un cas de Gintrac un tubercule du pédoncule cérébral droit ne causa aucun symptôme de lésion en foyer, le sujet âgé de six mois ne présenta que des convulsions. Ce tubercule siégeait dans la partie inférieure et externe du pédoncule.
Les symptômes propres aux tumeurs du pédoncule varient suivant la localisation de celles-ci. Nous avons principalement en vue dans cette description les tubercules qui constituent les tumeurs les plus fréquemment constatées. Raviart fait