CHAPITRE II LES PARALYSIES ALTERNES
Sous le nom de paralysie alterne on désigne l'association d'une hémiplégie motrice ou sensitivo-niotrice à la paralysie d'un nerf crânien du côté opposé.
La v^aleur séméiologique de ces paralysies est très importante, car elles sont la manifestation clinique de lésions bulbo-ponto-pédonculaires.
11 existe des paralysies alternes motrices el des paralysies alternes sensilives. Deux variétés sont surtout fréquentes: la paralysie alterne supérieure, du type Weber, la paralysie alterne inférieure du type Millard-Gubler.
Historique. — La notion des paralysies alternes est relativement ancienne. Andral écrivait vers 1824 : « Une paralysie complète de la troisième paire survenant dans le cours d'une affection cérébrale et coïncidant avec une hémiplégie des membres du côté opposé indique que la lésion se trouve du côté de la paralysie oculaire et dans le point où le moteur oculaire passe tout près et au-dessous du pédoncule cérébral. »
Gendrin disait: « L'épanchement de sang dans le pédoncule cérébral produit la suspension directe de l'action des nerfs qui en naissent en même temps qu'il détermine des phénomènes de paralysie et d'anesthésie du côté opposé par l'intermédiaire de la pyramide. »
Millard(') et Gubler(-) attirèrent Tattention sur une paralysie alterne carac-
(*) MiLLARD. A propos des foyers apoplectiques de l'encépiiale. Bull, de la Soc. anat.. 18,")5, p. 206. — .\ propos d'un cas (relaté |iar Sénac) de tumeur libro-plaslique de la base du crâne. Bull, de la Soc. anal., 18à(5, p. 217.
(-) Gl'rler. De l'hémiplégie alterne envisagée comme signe de lésion de la protubérance annulaire. Ga:-. hrbd. de méd. el de cliir., 24 octobre; 7 et I i novendire IS,"i(). — An. Gcbler. Mé-
LES PARALYSIES ALTERNES
térisée par l'hémiplégie croisée des membres et la paralysie faciale directe, ils montrèrent que ce type morbide était en rapport avec une lésion de la protubérance annulaire. Gubler, àcôté de la paralysie alterne inférieure par lésion de la protubérance, décrivait aussi la paralysie alterne supérieure, il rappelait des observations de Koechlin, de Luton et disait : « Etant donnée une paralysie du moteur oculaire commun gauche avec une hémiplégie totale droite, on devra diagnostiquer une lésion du pédoncule cérébral gauche. »
En ISOf), Weber('), médecin allemand résidant en Angleterre, fit paraître sur la pathologie du pédoncvile cérébral un mémoire dans lequel il signalait la coexistence de lliémiplégie d'un côté du corps avec la paralysie du moteur oculaire commun du côté opposé. Mayor(-) en 1877, publiait une observalion de même ordre. Dans une leçon parue en 1891, Charcot (^) proposa de donner à la paralysie alterne supérieure le nom de syndrome de Weber.
A côté de la paralysie alterne du type Weber et de la paralysie alterne du type Millard-Gubler, les neurologistes modernes ont décrit des types cliniques un peu différents que nous aurons l'occasion de signaler. On a isolé aussi les paralysies alternes sensitives. Raymond('') a consacré une série de leçons dans son enseignement de la Salpêtrière à l'étude des diverses paralysies alternes.
Symptomatologie. — Nous rappellerons succinctement les différents types de paralysies alternes.
Paralysies alternes motrices. — La paralysie alterne supérieure ou syndrome de \]'ebrr se caractérise par l'association d'une hémiplégie motrice ou sensitivomotrice à la paralysie du nerf oculo-moteur commun du côté opposé. Nous avons vu, en étudiant la pathologie du pédoncule cérébral, les diverses lésions déterminant le syndrome de Weber. Brissaud(-') a fait remarquer que les hémiplégies croisées du syndrome de Weber, dans les cas de lésions en foyer localisées à la partie interne du pédoncule, ont pour caractère
moire sur les paralysios alternes en général et particulièrement sur riiémi])légie alterne avec lésion de la protubérance annulaii-e. Ga:-. hebd. de mcd., IS-jO.
(M II. Weiser. A contrii)ution to Ihe iiatholooy ol" crura cerelu'i. Medico-cUir. Transactions Londi'es, 180:.. ji. 121.
(-) Mayor. Paralysie alterne portant sur le moteur oculaire commun. Bidl. de la Sac anal.. mars 1877, p. 239.
('•) J.-M. Charcot. Sur un cas d'hystérie simulatrice du syndrome de Weber, in Clin, des mal. du si/st. nerveux, Paris, 1802, I. I, p. 308. ('•) Raymond. Clin, des mal. du si/st. nerveux, 189G-1003.
(^) Brissaud. Leçons sur les maladies 7iervet(ses. 1895. p. 411. -
{GEORGES GUILLAIK.}
l'ATIIOLOGlE LA I'IUjTUUKRAXCE AXNLLAIHE.