TUMEURS DU BULBE
Les hémorragies et les ramollisse me nts du bulbe créent des paralysies bulbaires à début brusque, des paralysies bulbaires apoplectiformes. Les symptômes s'améliorent fréquemment quand la mort n'a pas suivi de près l'ictus initial. On retrouve chez les malades les signes d'une cardiopathie, de l'athérome. Les tumeurs du bulbe, au contraire, ont une évolution lente et progressive.
Quand une tumeur du bulbe se traduit par le syndrome labio-glosso-laryngé, on peut songer à la paralysie bulbaire jirog^'essive. En cas de tumeur il est rare que le syndrome labio-glosso-laryngé soit bilatéral, contrairement à ce que l'on observe dans la paralysie bulbaire progressive. L'évolution de cette dernière débutant par la paralysie et l'atrophie de la langue, atteignant ensuite les muscles des lèvres, du voile du palais, est difïerente. Le faciès de la paralysie bulbaire progressive est typique, la partie inférieure du visage immobilisée a une expression d'hébétude cjui contraste avec l'animation de la partie supérieure. Les troubles de la sensibilité font défaut dans la maladie de Duchenne, ils existent souvent dans les tumeurs du bulbe. Dans celles-ci, la paralysie unilatérale ou bilatérale des membres est loin d'être rare ; dans la paralysie bulbaire progressive, quand des signes spinaux existent, ils se présentent sous la forme de l'atrophie musculaire progressive. Le diagnostic est donc toujours possible.
Dans certaines tumeurs du bulbe on observe pa'rfois des variations dans l'intensité des symptômes; on pourrait alors penser à l'existence de la paralysie bulbo-spinale asthénique, le syndrome d'Erb. Dans cette affection la parésie prédomine dans les muscles masticateurs et dans le releveur de la paupière Iptosis), on constate de la parésie des muscles de la face et de la nuque. Les muscles sont sujets à un épuisement fonctionnel précoce, qui se manifeste à la suite du moindre effort. Il suffit de faire parler les malades, de les soumettre à un examen tant soit peu prolongé, de leur faire exécuter certains mouvements pour amener les différents muscles à un état voisin de l'anéantissement, mais ces parésies ne persisteront pas. Dans les tumeurs du bull^e la paralysie des membres se présente sous un autre caractère. Qu'il s'agisse d'hémiplégie ou de paraplégie des quatre membres, les symptômes ne s'amendent jamais complètement, les réflexes sont exagérés. Dans les tumeurs strictement limitées au bulbe, les muscles masticateurs et les muscles de l'œil sont respectés.
La paralysie pseudo-bulbaire parles ictus successifs qui en marquent le dél)ut, par le défaut de concordance entre l'intensité des troubles fonctionnels et la conservation relative des mouvements élémentaires, par l'absence d'atrophies musculaires, par la présence chez les malades du rire et du pleurer spasmodiques, se diagnostiquera aisément.
Certains cas de sclérose en plaques à localisation bulbo-prolubérantielle prédominante ont un début insidieux, une marche lente et progressive. Les symptômes peuvent être accentués principalement d'un côté du corps, la titubation, les vertiges peuvent être constatés. Le diagnostic est alors parfois hésitant avec une tumeur du bulbe. Raymond ('), chez un de ses malades, a été amené à discuter le diagnostic différentiel entre des tumeurs du bulbe et la sclérose en plaques. Dans le cas de cette dernière on observera souvent le nystagmus, une ébauche de tremblement intentionnel. Le diagnostic toutefois peut être exlrê-
(') Raymond. Tiiiiioiii'.s ilu bulbe ou sclérose en plaques. Clin, des mal. du ttijsl. nerveux série, l'.lOl. p. 2(1!).
[GEORGES GVlLLAIN/i
PATHOLOGIE DU BULBE
mement difficile, si Ton ne conslatc pas les symptômes d hvperleiision inlracrànienne qui permettront d'affirmer la présence d'une tumeur.
Dans une observation de Gianefii une tumeur du quatrième ventricule avait donné lieu durant la vie aux symptômes suivants : parésie faciale droite, paraparésie et plus tard paraplégie, douleurs fulgurantes, crises gastriques, incoordination des membres inférieurs, signe de Romberg, liypoalgésie du tronc, dos membres supérieurs et du territoire innervé par la seconde branche du trijumeau, hypoacousie et hallucinations acoustiques, dysarthrie, etc. On comprend que l'auteur ait songé au tabès.
Nous avons déjà insisté sur la très grande difficulté, dans certains cas, de diagnostiquer une tumeur d'une compression du bulbe. Il est évident que, si l'on observe les symptômes typiques d'un mal de Pott sous-occipital, le diagnostic de compression du bulbe sera posé, mais en l'absence des signes d'une lésion extérieure, il sera presque impossible de spécifier avec exactitude la nature de l'affection.
Traitement. — Le traitement mercuriel et ioduré intensif sera prescrit toutes les fois que l'on soupçonnera un néoplasme syphilitique. Abstraction faite de ces cas où l'on peut faire une thérapeutique palhogénique, on sera réduit à instituer une thérapeutique symptomatique.