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CHAPITRE IV

(choléra morbus)

Étymologie. — Division. — On a beaucoup discuté sur l'étymologie du mot choléra. On a voulu l'attribuer à tort aux langues sémitiques, car le mot /oÀépx est bien grec et dérive de /oXi^, bile. Ce mot se retrouve dans les anciens livres : dans Hippocrate, Arétée, Celse, G. Aurelianus, Forestier, Sydenham. Mais si le tableau du choléra, tel qu'il a été tracé dans le livre V des Épidémies, est fidèle à celui que nous observons encore aujourd'hui, il est certain qu'il ne désignait que notre choléra nostras, notre choléra sporadique actuel.

Quant au choléra vrai, au choléra asiatique, endémique dans l'Inde depuis longtemps, il n'est bien connu de la médecine européenne que depuis 1818.

C'est lui seul que nous devons décrire ici.

Le choléra nostras sera traité avec les entérites aiguës dans les chapitres consacrés aux maladies de l'intestin.

Origine. — Le choléra asiatique est endémique dans l'Inde depuis l'antiquité la plus reculée, comme l'ont établi Schnûrrer, W. Scott, Tholozan.

Au xvr siècle, quelques médecins, observant dans l'Inde, commencent à donner des renseignements très succincts sur le choléra.

En 1629, Bontius, médecin de la Compagnie des Indes, à Batavia, parle du choléra comme d'une maladie grave.

Au xvni'' siècle, les campagnes faites par les Français et les Anglais aux Indes

CHOLÉRA ASIATIQUE. 311

j sont prétextes à de nombreux récits sur l'épidémie qui décime les armées en i campagne. Mais c'est à partir de la grande invasion générale de 1817 que l'hisi toire du choléra est bien connue.

L'Inde est le foyer originel du choléra.

La presqu'île de l'Hindoustan, située entre deux mers équatoriales, balayée par les vents les plus rapides et les orages les plus violents, offre un climat excessif à la fois par la chaleur et l'humidité ; le sol est fait d'alluvions que les inon dations de chaque année convertissent en limon, qui est un terrain aussi favo- I rable aux décompositions organiques qu'aux fermentations putrides; la popu- I lation est misérable, sale, mal nourrie, très dense en certains endroits et vivant dans une hygiène déplorable. Ce sont là évidemment autant de causes favorisant la durée et la propagation d'une épidémie; mais pourquoi le choléra est-il entretenu à l'état endémique plutôt qu'une autre maladie? Quelles sont les conditions qui favorisent le développement et la permanence du germe du choléra dans les régions de l'Inde? Pourquoi ce germe peut-il vivre un certain temps dans d'autres contrées, mais ne pas s'y acclimater? Ce sont autant de questions que n'a pas encore aidé à résoudre la connaissance nouvelle du bacille du choléra.

Dans les contrées où le choléra est endémique, la mortalité s'élève en général dans la saison chaude, surtout de mai à août. Cependant, « tout en faisant la part de la chaleur dans le développement des épidémies, il faut reconnaître qu'il n'y a pas dans le choléra le parallélisme qu'on retrouve dans la périodicité régulière des fièvres de marais ». (Laveran.)

Là où le choléra est endémique, il sévit sur les populations misérables. A Calcutta, il règne en permanence dans les quartiers des pauvres et des gens de couleur, et ne fait invasion dans les quartiers riches que lorsqu'il devient épidémique.

Le choléra règne constamment sur quelques points du territoire de l'Inde, surtout dans les localités basses et humides. « A des époques plus ou moins éloignées, coïncidant en général avec des intempéries atmosphériques, de grandes calamités publiques, des guerres, de grands pèlerinages, les foyers locaux se confondent, l'épidémie se répand sur des régions plus ou moins étendues; puis, suivant les grandes voies de communication, les mouvements des troupes, les foules de pèlerins, elle envahit de proche en proche, crée de nouveaux foyers de rayonnement qui font irruption sur le pays tout entier. » (Laveran.)

Pour se rendre compte de cette tendance constante du choléra à la générahsation, il suffit de se rappeler que, d'après Annesley, il y a eu dans l'Inde, de 1817 à 1840, 445 invasions épidémiques qui ont fait périr près de 18 millions d'individus.

Les grandes irruptions dans l'Inde peuvent avoir une durée fort longue. La troisième grande épidémie de ce siècle est celle qui paraît avoir eu le plus de durée; elle a sévi de 1844 à 1855. L'histoire des quatre premières grandes irruptions épidémiques a été décrite avec de grands détails par M. Laveran, dans son article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et l'on trouve sur la marche du choléra les renseignements les plus circonstanciés dans les livres de M. Proust (').

(') Proust, Traité d'hygiène, p. 520. — La défense de l'Europe contre le choléra. — Paris,

IFEIUfAKD WIDAL l

CHOLÉRA ASIATIQUE

Première épidémie générale. — En 1818, le choléra envaliil l îlc de Ccylan, puis Singapour et le Siam en 1819, le Tonldn, la Cochinchine et Bornéo en IS'iO, et atteint la Chine et Pékin en 1821.

En même temps, en 1819, le choléra était transporté de Calcutta à l'île Maurice par la frégate anglaise Reine Topaze, et rayonnait de ce nouveau foyer jusqu'à l'île Bourbon.

D'autre part, en 1821, le choléra envahit l'Asie occidentale par le golfe Porsique et la mer Rouge et gagna Bagdad et la Perse, puis s'étendit sur toutes les côtes de la Syrie et s'arrêta aux portes de l'Europe, à Astrakan, en 1825.

En l'espace de cinq années, le choléra s'était étendu des côtes de la Syrie au Japon, en suivant, nous insistons sur le fait, les grandes voies de navigation.

Première épidémie européenne. — Eu 1850, le choléra revenait à Astrakan parla route de la Caspienne et la Perse; puis, cette fois, envahissait la Crimée, éclatait à Odessa et, le 20 septembre 1830, faisait son apparition à Moscou.

Au commencement de 1831, les troupes russes, atteintes par l'épidémie, transportent le choléra en Pologne et en Silésie. En été, l'épidémie envahit l'Allemagne, dont elle respecte cependant le sud-ouest ; puis, descend en Hongrie, en Basse-Autriche, en Syrie.

A la fin de 1831, de Hambourg, le choléra gagne l'Angleterre par voie maritime et s'étend à Edimbourg et à Londres, au commencement de 1852.

Le 13 mars 1832, le choléra était signalé à Calais, venant d'Angleterre. Le 2(1, il était à Paris, d'où l'épidémie, s'étendant de proche en proche, envahissait 52 départements, faisant périr plus de 100 000 personnes.

Pendant l'été de la même année, le Canada est atteint, puis les États-Unis d'Amérique jusqu'au littoral du Pacifique.

En janvier 1855, le Portugal est atteint par les recrues venues d'Angleterre, gagne l'Espagne et se propage le long des côtes de la Méditerranée pour s'étendre jusqu'à Marseille et l'Algérie. En 1835, l'Italie était atteinte à son tour, et en 1857, le sud-ouest de l'Allemagne et de la Bavière souffrait du fléau.

Deuxième grande épidémie (1848-1851). — Sa marche est celle de la première. Le choléra sévit d'abord avec intensité dans le nord de l'Inde, puis gagne la Perse en 1844, Bagdad, la Mésopotamie et la Mecque en 1846, atteint les bords de la mer Caspienne en 1847, puis Astrakan et Constantinople.

D'Astrakan, le choléra remonte le Volga, gagne Moscou, puis Saint-Pétersbourg en 1848, s'étend de là en Pologne, en Allemagne du Nord, en Autriche, et atteint l'Angleterre en septembre 1848, par la voie maritime de Hambourg.

Dans la première quinzaine d'octobre, le choléra franchit la Manche et, en mars 1849, atteignait Paris par Calais, Dunkerque et Saint-Omer. En France, 54 départements étaient atteints et comptaient 110000 victimes. L'Algérie était atteinte en 1849.

L'Amérique avait été atteinte en 1848.

Troisième irruption épidémique en Europe (1851 à 1855). — En 1851, le choléra se réveilla successivement sur tous les points qui avaient été touchés de 1847 à 1850. Cette épidémie ne put, comme la précédente, être rattachée à une transmission venue de l'Inde. Elle éclata d'abord en Silésie, pour se développer ensuite en Pologne, en Prusse, en Danemark, en Suède, en Norvège, en

CHOLÉRA ASIATIOUE.

Angleterre. En Tannée 185i, toute l'Europe fut atteinte du nord au sud et de l'est à l'ouest.

En France, l'épidémie éclata en octobre 1855, envahit successivement 70 départements et frappa 155 478 victimes.

De Marseille, l'épidémie l'ut importée en Algérie (juillet 1854). Les bâtiments servant de transport aux troupes de l'armée d'Orient portèrent l'épidémie en ('rimée, où elle se continua jusqu'en 1850.

L'épidémie éclata en Américjue du Nord en 1854, et gagna ensuite l'Américpie du Sud pour la première fois.

La Suisse ne jouit plus cette fois de son immunité habituelle. Bàle, le Tessin, Zurich, le canton de Genève furent atteints.

Quatrième irruption épidémique (1865-1874). — Sa voie de propagation diffère des précédentes. On ne sait si le choléra s'était réveillé spontanément en Arabie, ou s'il y avait été apporté par des pèlerins javanais venus de Singapour, toujours est-il qu'il y fit explosion en avril 1865.

Des pèlerins s'embarquant pour Suez y transportèrent la maladie, qu'ils (lifl'usèrent jusqu'au Caire et Alexandrie. La population de l'Égypte, terrorisée, émigra au nombre de 50 000 vers tous les ports de la Méditerranée, si bien ([u'en quelques semaines la maladie gagna la Turquie, l'Italie, l'Espagne, la France, l'Allemagne, l'Angleterre et même l'Amérique du Nord et les Antilles, sans qu'il soit toujours possible de se rendre compte de son procédé de propagation.

Sur dilîérents points, à Aneône, à Odessa, à Marseille, le choléra parut se développer spontanément. Aux Etats-Unis, au contraire, on put, grâce aux documents officiels, suivre l'épidémie pas à pas. Elle fut importée en avril 1866 à Halifax et s'étendit de là dans tous les États.

En Europe, le choléra gagna la Russie par la mer Noire et le Caucase, puis la Valachie, la Dalmatie et la Basse Allemagne.

En juillet 1865, Marseille fut envahie et, de là, le choléra se répandit en France, gagna Paris en septembre. L'Algérie, la Kabylie et le Maroc furent envahis par le choléra venant également de Marseille.

L'épidémie traîna si longtemps en Russie, qu'en août 1871 elle existait encore dans les principaux ports de la Baltique, depuis Saint-Pétersbourg jusqu'au Schleswig. L'épidémie ne disparut d'Europe d une façon définitive que dans les premiers jours de 1872.

En août 1875, le choléra entrait en France par le Havre, gagnait Rouen, Caen et Fécamp, et éclatait à Paris dans les premiers jours de septembre. L'épidémie fut relativement bénigne et pul être considérée comme terminée en novembre. En 1874, s'éteignirent en Europe les derniers foyers, qui étaient les vestiges de la grande épidémie de 1805.

Cinquième irruption épidémique. — Le 15 juin 1884, le choléra se montrait à Toulon et 14 jours après il éclatait à Marseille. De là, il se répandait dans tout le Midi de la France, projetant quelques irradiations au loin vers le Nord et l'Ouest : le dernier décès cholérique avait lieu le 10 janvier J885, dans un petit village de la Vendée (île de Noirmoutier). L'histoire de cette épidémie a été bien tracée par M. Thoinot(') dans son excellente thèse publiée en 1886.

(') Thoinot, Histoire de répidémie eholériijne en ISSi; Th. Paris. 1S86.

IFERNAIVD WIDAL}

C;iIOLÉRA ASIATIOUE.

Le choléra nous venaiL indirectement de l'Inde par TÉgypte, où il s'était installé en 1883. De ses foyers primitifs en France, tels que Toulon et Marseille, le choléra s'étendil en foyers secondaires, dans les départements et arrondissements du voisinage, mais les irradiations lointaines du choléra en 1884 sont un des côtés les plus curieux de l'épidémie. On en a compté quatre : Laroquebrou et quelques communes voisines dans le Centre de la France: Puits-le-Bon et Noyers dans l'Yonne ;. Yport dans la Seine-Inférieure; Nantes et Noirmoutiers dans la Loire-Inférieure.

Si l'importation n"a pu élre trouvée ni a Laroquebrou, ni à Puits-le-Bon, elle a été clairement démontrée au contraire à Yport et à Nantes. Le choléra vint de Cette à Yport, et d'Oran à Nantes par la voie maritime; quant à l'épidémie de Noirmoutiers, il no saurait èire contestée qu'elle était la suite de celle de Nantes. (Thoinot.)

L'épidémie ravagea difl'érents pays d'Europe, notamment l'Italie et l'Espagne, où elle dura jusqu'en 1885 et 1886. Son histoire a été bien retracée dans les divers rapports de MM. Brouardel et Proust, et dans les deux conférences allemandes sur l'étiologie du choléra.

Du mois d'octobre au mois de décembre 1885, une épidémie éclata dans la partie sud du Finistère. Son étude a été bien faite par M. Ch. Monod ('), alors préfet du Finistère, et par MM. Proust et Charrin.

Le point de départ de cette épidémie fut le suivant : d'après M. Monod, des marins de Concarneau s'étaient rencontrés en mer avec des marins thonniers, c'est-à-dire pêcheurs de thons, venant d'Espagne, où l'épidémie régnait. La maladie s'étendit de Concarneau à Penmarch, au Guilvinec, à Audierne, à Douarnenez et à Quimper. Elle régna dans 10 communes, sur une population de 40 000 habitants, causa 500 décès, soit 1,24 pour 100 de morts.

Le choléra en Espagne, dans l'Empire ottoman et en Perse en 1889-90. —

En 1890, une épidémie a éclaté dans la province de Valence, en Espagne. Elle est restée cantonée à la péninsule Ibérique, où elle s'est éteinte grâce surtout aux mesures sévères prises sur la frontière française.

L'origine de cette épidémie espagnole a été très disculée; les uns l'ont considérée comme le résultat d'une importation, les autres ont cru à la reviviscence sur place de germes laissés par l'épidémie de 1885.

En 1889-90, le choléra éclata en Irak-Arabie (^), et de là envahit en dix-huit mois la Mésopotamie, la Perse occidentale, la Syrie et les régions limitrophes de l'Anatolie, faisant approximativement de 55 000 à 40 000 victimes.

On ne peut incriminer une renaissance des épidémies anciennes, puisque les dernières apparitions du choléra en Irak-Arabie remontait à la fin de 1881. L'importation s'est faite sans doute par les navires du BritisJt India C°, venant de Bombay, où le choléra sévissait très sévèrement.

Au Hedjaz, l'importation s'est faite par la mer Rouge.

« C'est toujours à l'origine indienne que nous sommes forcés de remonter. Mais désormais, plus encore que par le passé, l'attention de l'Europe doit être appelée sur le danger permanent que pourront lui faire courir ces deux grands prolongements de l'océan Indien, qui, à l'orient (golfe Persique) et à l'occident

(*) Ch. Mo.xod, Revtie d'hygiène, 188G, p. 188.

(*) Proust, Épidémie de choléra dans l'Empire ottoman et en Perse; Acad. de n\éd., 28 juillet 1891.

CHOLÉRA ASIATIOUE.

(mer Rouge), s'avancent comme deux grands bras juscju aux portes de la Méditerranée. » (Proust.) (').

Épidémie de 1892. — Thoinol a résumé en quelques mots la double marche de l'épidémie de 1892 : « Deux courants cholériques partis, l'un des bords de la Caspienne et doué de la haute puissance d'extension du choléra indien, l'autre des bords de la Seine et doué d une faible expansion, se sont rencontrés en Belgique. L'un a franchi en deux mois les milliers de kilomètres qui séparent la Perse de l'Europe centrale; l'autre a marché vers le premier, mettant plus de quatre mois à parcourir les quelques centaines de kilomètres qu'il devait franchir pour opérer sa jonction. » L'épidémie cholérique reste fixée en Europe jusqu'en 1895.

Marche générale des épidémies. — En résumé, nous voyons que le choléra est originaire de l lnde et que, pour venir en Europe, il a suivi deux A oies : la voie de terre dans les premières épidémies, la voie de mer dans les épidémies de 1865 et de 1884.

Dans les épidémies qui se sont propagées par la voie de terre, la marche a été lente et s'est faite progressivement par étapes successives. On a pu suivre la maladie pas à pas, venant de l'Inde par l'Afghanistan, la Perse, jusqu'aux portes de l'Europe, puis quitter Recht, longer le bord de la Caspienne pour arriver à Astrakan et diffuser en Europe.

Toute épidémie au Hedjaz est une conséquence du pèlerinage de la Mecque ; elle y est apportée par les pèlerins indous. La Mecque, comme le dit E. Hart, est la station de relai du choléra entre le Bengale et l'Europe. L'Égypte peut être alors, comme en 1865 et 1884, un troisième foyerintermédiaire. La voie maritime est la plus rapide; elle est une menace perpétuelle pour l'Egypte et l'Europe.

En dehors de l'Inde, des foyers d'endémie cholérique existent dans certaines contrées d'Extrême-Orient, en Chine, en Corée, au Japon (Proust). Des foyers endémiques existant dans nos possessions d'Indo-Chine, telles que la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin, nous intéressent plus particulièrement. Ils peuvent être le point de départ d'expansion cholérique en Europe.

Dans les épidémies propagées par voie maritime, le choléra, parti de l'Inde, arrive à la Mecque et gagne Alexandrie, qui devient un nouveau centre d'émission.

Les ports qui, comme Beyrouth, Marseille, Constantinople, sont en communication avec Alexandrie, deviennent de nouveaux centres qui, à leur tour, seront le point de départ de nouvelles émissions. Ainsi, un navire parti de Constantinople ira infecter Odessa; un malade parti de Marseille importera le choléra en quelques heures à Paris (Proust) (-).

Ces voies de propagation sont intéressantes à connaître pour les mesures à prendre contre l'invasion du choléra en Europe.

11 existe enfin en Europe un choléra de reviviscence. Le choléra peut se réveiller après un plus ou moins long temps. La reviviscence peut rester purement locale, mais elle peut aussi s'étendre à un territoire plus ou moins vaste, tel le choléra d'E spagne, en 1890, et celui des bords de la Seine, en 1892. Les reviviscences peuvent avoir une grande force d'expansion, telles celles de 1851 et de 1869.

{') Proust, loc. cil.

(*) Proust, loc. cit., p. 02i.

[FERNAND WIDAL.}

ÔIC CHOLERA ASIATIQUE.

Jusqu'à présent, le choléra asiatique n'est jamais devenu endémique en Europe.

ÉTIOLOGIE

La découverte du bacille virgule a permis d'éclaircir une série de points obscurs dans l'étiologie du choléra ; elle a permis de plus de confirmer toute une série de faits acquis par l'épidémiologie.

Examinons d'abord ces faits tels qu'ils nous avaient été livrés par l'observation, avant les découvertes bactériologiques.

L'infection de l'organisme dans le choléra se fait par la voie digestive. L'air, l'eau, les aliments, les vêtements, servent de véhicule aux germes infectants. L'observation le démontre.

L'air n'est qu'un véhicule secondaire et sans grande importance du germe cholérique; il n'agit, comme dit Thoinot, que dans un court rayon. L'air infecté par son passage au-dessus des fosses d'aisance, ou à travers les égouts, infectera peut-être directement l'organisme par la bouche ou les voies respiratoires.

Ucau est le grand véhicule du choléra. La théorie hydrique, née en Angleterre où elle fut d'abord soutenue par Snow et Simon, a été défendue en France par MM. Marey, Brouardel et Thoinot.

Dans une ville, il arrive parfois que les maisons frappées par une épidémie sont celles desservies par une eau provenant d'une source contaminée.

En 1884, dans sa thèse, Thoinot a soutenu les quatre propositions suivantes :

1" Le choléra suit volontiers les cours d'eau, et particulièrement ceux de faible importance, les torrents, les petites rivières.

2° L'eau est un agent propagateur du choléra, soit à petites, soit à grandes distances.

3" Le choléra se développe manifestement autour de puits, de fontaines, dont l'eau a été souillée par le germe cholérique.

4° Étant données plusieurs agglomérations soumises à une épidémie cholérique, toutes autres conditions hygiéniques étant égales de part et d'autre, celles-là souffriront moins de l'épidémie qui auront de meilleures eaux.

La même année, Marey avait formulé à l'Académie la proposition suivante :

Parmi toutes les influences qui peuvent transmettre le choléra, il en est une qui, par son intensité, domine toutes les autres, c'est la souillure (spécifique) des eaux livrées à l'alimentation publique.

Certains alimen ts, tels que le lait, les salades, les crudités contaminées par une eau impure, peuvent servir de véhicule au choléra, mais les faits démonstratifs sont, il faut le reconnaître, peu nombreux.

Des faits plus nombreux prouvent, par contre, que des effets de tout genre peuvent servir de véhicule à la maladie. Plus les vêtements sont soustraits à l'air, plus leur pouvoir de transmission est durable et efficace.

La contagion se fait au contact du cholérique ou en dehors de son contact. La contagion directe s'observe chez les gens qui donnent leurs soins aux cho-

ÉTIOLOGIE.

It'i-iquos et qui conlaminont ainsi leurs mains par les déjections des malades; elle s'observe encore chez les personnes qui manient les effets des cholériques.

La contagion peut se faire également, en dehors du contact, à distance, chez des personnes qui manient le linge ou les vêtements des cholériques. Ainsi s'expliquent bien des faits d'infection chez les blanchisseuses, ou chez les personnes recevant des marchandises provenant d'un foyer cholérique.

Le choléra peut enfin survenir sans qu'on puisse dépister le moindre contact direct ou indirect. Il ne s'agit pas là de choléra spontané, comme Font cru les anciens, mais de choléra transmis par l'eau potable.

Le choléra pandémique est toujours propagé par l'homme. Sa vitesse d'expansion est donc celle des moyens de locomotion employés par l'homme. La propagation peut ainsi se faire par contiguïté ou par bonds, et dans sa dissémination, comme dit Thoinot, le choléra rencontre des nœuds de renforcement constitués par les agglomérations humaines, en particulier parles pèlerinages, les foires el les fêtes. On sait toute limportance du pèlerinage delà Mecque pour la ditïusion du choléra.

Les épidémies se développent ordinairement pendant l'été et l'automne, pour s'apaiser pendant l'hiver, mais à cette loi on peut trouver des exceptions.

Le choléra a plus de tendance à se fixer longtemps dans les pays du Nord que dans ceux du Midi. Différentes régions limitrophes peuvent rester plus ou moins longtemps frappées par le fléau. Nous avons vu, lors de la dernière épidémie, le choléra s'installer pendant plusieurs années en Bretagne.

J. Guérin avait soulevé autrefois la question de la constitution médicale cholérique. Sa doctrine s'appuyait sur ce fait que, dans une contrée, le choléra peut être parfois précédé par des affections gastro-intestinales. Le fait est loin d'être courant. Il est de toute évidence qu'une diarrhée antérieure peut préparer le terrain au choléra, mais « la constitution dite cholérique n'est que l'action prolongée et encore faible de la cause du choléra ». (Thoinot.)

Le choléra dans une localité peut être, nous l'avons dit, importé par l'homme. Le sujet qui importe ainsi la maladie peut être un cholérique avéré, ou atteint d'une simple diarrhée, ou même il peut être indemne de tous symptômes. Dans ce dernier cas, il faut admettre que le sujet portait le germe à la surface du corps ou des vêtements ou que le germe avait traversé son intestin sans occasionner aucun dommage On comprend combien est saisissante une telle importation du choléra.

Le choléra peut être encore importé par l'eau. Dans ce dernier cas, l'apparition du choléra paraît mystérieuse, mais une enquête attentive apprend que l'eau d'une source ou d'une rivière a été souillée, en amont, par des déjeclions cholériques.

La diffusion du choléra dans luie localité peut se faire sans contagion directe de sujet à sujet, comme cela se voit dans les petits villages.

La diffusion se fait encore par l'eau potable à la façon de la fièvre lyphoïde. Un premier choléricpie souille une eau potable et désormais la maladie frappe ceux-là seuls qui font usage de cette eau, telle l'épidémie de Prades rapportée par Thoinot en 1884.

Dans les grandes épidémies des villes, les divers modes de diffusion sont toujours combinés. L'eau est le grand vecteur de la maladie, mais chaque choléri({ue peut produire par contagion des foyers secondaires de rue onde maisons. Otte contagion trouve des moyens de propagation facile, lorsqu'elle tombe dans des milietix encombrés et misérables, dans les dépôts de mendicité, dans les

IFERIfAND WIDAL-J

CHOLÉRA ASIATIOLE.

prisons, les asiles et les hôpitaux par exemple. Les rues étroites et malpropres sont les loyers primitiis des villes. Dans l'épidémie de Paris en 188i, ce sont les ruelles du faubourg Saint-Antoine qui ont été les premières atteintes.

On a souvent signalé la recrudescence d'une épidémie à la suite d'un orage ou d'une pluie abondante. C'est, sans doute, en souillant les eaux potables d'un pays, en mêlant à ces eaux toutes les immondices répandues sur le sol, immondices qui renferment le germe cholérique, (jue les orages agissent sur la marcher d'une épidémie (Thoinol).

La durée des épidémies dans une localité varie, nous l'avons vu, de (juclcpies semaines à quelques années.

La reviviscence de certaines épidémies est due, avant loui, à ce fait que le germe cholérique n'avait pas dis})aru des eaux potables des localilés, comme en témoignent les recherches bactériologiques de Blaclistcin cl de Sanarelli.

Le choléra peut i-écidiver chez le nicme individu, iiiciiic au cours d'une même épidémie.

Le sexe est sans iullucncc; on pi'ut ciri' atteint à lout âge, mais les vieillards, surtout ceux réunis dans les asiles, paient le plus lourd tribut.

Le choléra sévit sui tuul dans les classes pauvres, sur les alcooli([ues, les surmenés, les convalescents de maladies graves, siu" tous ceux en un mot (jui sont en état de misère physiologi(]uc ou |)alhologi(|uc.

Si les professions de blanchisseur, de médecin, d'infirmier, pivdisposent à la maladie, c'est parce (pu' ceux (pii les exercent sont en conlacl répété avec le germe choléricpu*.

Les individus ne soni pas égaux devant le choléra, ('criains sujets soumis aux uu''mcs cMuscs de contamination sont alleinis pi\r la maladie, landiscjue d'autres resleni iiidcnnies. La sensibilih' de ccriaincs pcrsoimes à l inloxication cholél'ique est si faible, (pi'elles peuvent avoir dans leur selles des bacilles clioléricjues, sans avoir jamais présenté le moindre symptôme de la maladie. Nous verrons dans un autre cliapilic le rôle (|ue M. Metchnikoff fail jouer aux associations microbiennes pour cxpliipicr celle sorle d'inmiunilé.

La ipieslion <les immunités locales est une des plus intéressanles de celles (|ui louchent à l éliologie locale. On sait que l'usage d'eaux contaminées, la saleté et l'encombrement, son! les facteurs principaux du choléra. Certaines localilés à eau contaminée se sont pourtant toujours monirécs réfraclaires ; on peut y observer, lors de certaines épidémies, (pu'hpics faits isolés, mais la maladie n'arrive pas à y faire foyer. L'immunité des régions du plateau Ceniral et surtout de Lyon cl de 'Versailles est classique.

Pettenkofcr a fait jouei- un rôle imporlani à la variation d(; la nappe d'eau souterraine. Sa lliéoiie a eu un releni issement tel (pie nous ne pouvons la passer sous silence.

On avait déjà voulu Irouvei- dans la composition géologique; du sol la cause des immunités locales. Boubée et Foucault en France se sont faits, il y a longlemps déjà, les défenseurs de cette théorie. C'est à la nature plus ou moins compacte du sol et non plus à sa conq)osition géologique (jue Pettenkofcr attribue les variations locales des épidémies de choléra. Pour lui, les terrains d'alluvion, perméables à l'eau et aux matières organi([ues, sont des milieux tout prêts pour la diffusion du choléra, lorsqu'ils ont été im[)régnés par les déjections cholériques. Si les localilés «l'allilude jouissent il'une immunité

BACTÉRIOLOGIE

relative, ce serait on raison de la déclivité du sul, (|ui laeiliterail les infiltrations vers les localités plus basses.

D'après Pellenkoi'er, l'intensité du choléra serait en rapport avec les variations (le la hauteur de la nappe d'eau souterraine. Pour lui, lorsque la nappe d'eau s'élève, le choléra diminue, et réciprocpiement. Cette intluence, disent Cornil et liabès, s'est montrée à Munich et ne s'est pas montrée dans d'autres localités. En résumé, la durée et l'extension des épidémies sont liées : 1" aux propriétés physiques du sol (perméabilité) : nous y avons fait allusion plus haut ; 2° à la quantité d'eau (ju'il contient; ô» aux matières organi(jues qu'il renferme.

Celte théorie s'est montrée souvent en défaut et a été presque complètement abandonnée malgré l'appui qu'avaient semblé lui donner les expériences de llueppe.

M. MetchnikolT a donné de rininiunité locale des explications que nous aurons à exposer i)lus loin.

BACTÉRIOLOGIE

Bien (pi'en IKill Foudiel, Hrillan el Swayne aient vu des l)acilles courbes dans les selles des choléri(iues, et (pie liudd ail constaté leur présence dans les eaux, c'est à R. Koch (pie revient l'honneur d'avoir découvert, en ISS.", l'agent pathogène du choléra, le bacille-virgule, le vil)rion ipii porte son nom. Depuis, de nombreux auteurs se sont attachés à l'élude de celte bactérie. Mais, i'i mesure (pie les ti-avaux se sont iniillipliés, hi (pieslion a |)erdu de sa simplicité. Ah début, (M1 eifet, on ne constatait la j)résence du vibrion (•holéri(|ue ([ue dans les selles des malades et dans les eaux en temps d'é|)idéniie. Plus lard, on a isolé djins les eaux, dans la terre, dans les selles de gens sains ou malades de nombreux vibrions, se ra])prochant plus ou moins par leur morphologie, par leurs caractères de culture, par leur aciion sur les animaux, du vibrion de Koch. La notion d'espèces cholérifonnes > est ainsi imposée peu à peu, coinpliipianl l'élude bactériologique du choléra, cl permettant mémo la mise en discussion du caractère spécifique du bacillevirgule.

On conçoit combien celle (pieslion importe au triple poinl de vue de la bactériologie, de l'hygiène el du diagnostic. Aussi après avoir décrit les caractères principaux du vibrion (hr Koch, ceux (|ui le rapprochent ou le différencient des vibrions multiples (pie l'on a isolés de dllféicnls milieux, essaierons-nous (le résumer les conclusions (pii seinbleiil s'imposer à ce sujel, dans l'élai aciuel de la science.

Morphologie du vibrion cholérique. — Les bacilles du choléra, vus suides préparations faites avec des matières fécales, mesurent de la,.'^ à i2[jL,5 de longueur et 0jx,5 à 0[x,r» de largeur; ils sont en général recourbés en arc, d'où leur nom de bacilles-virgules; ils sont un peu moins longs (pic les bacilles de la tuberculose, mais plus larges, ils se présentent parfois sous forme d'unie •S ilali(pie, quand deux bacilles sont placés bout à bout el en sens contraire de leur concavité; ils se présentent encore sous forme de petits bâtonnets droits, (|uand ils se présentent par leur convexité ; ils se colorent facilement

IFERNAND WJDAL.]

CHOLÉRA ASIATIQUE

Fie. 14.

a. B;uilcs du rlioloiM à un grossissement lie S(ll) (liainèlres.

/>. Colonies du bacille du choléra développées sur une plaque de gélatine en 21 heures, avec un grossissement de t>0 diauièlres.

(D'après Cornil et Babès).

par les couleurs basiques d aniliue, ou encore par la solulion diluée de fuchsine de Ziehl; ils sont décolorés parla méthode de Gram.

C'est là l'aspect type du bacille-virgule, celui décrit primitivement par Koch. Depuis 1892, aussi bien dans les eaux que dans les matières fécales, divers bactériologistes ont trouvé des vibrions atypiques, dont on ne saurait méconnaître la nature cholérigène.

Ainsi, la forme des vibrions est variable. Après M. Metchnikoff ('), on petit

en décrire deux types distincts. Le premier type est constitué par des vibrions courts et recourbés en \irgule; c'est celui décrit par Koch qu'on retrouve dans la pltqiart des selles des cholériques, et qui a été isolé à Hambourg, à Angers et dans les eaux de la Seine, à Saint-Cloud. Le deuxième type esl représenté par des tîlaments longs et minces, presque droits ou spiralés. Il a été trouvé lors des épidémies de Massaouah,de Paris 1884, de Cochinchine, de Gand. Entre ces deux formes spéciales, on peut constater toute une série d'intermédiaires.

Ces types, d'après Metchnikoff, sont assez constants, et conservent les mêmes caractères après culture sur divers milieux nutritifs ou môme après passage chez l'homme. 11 n'est cependant pas toujoius impossible de les transformer l'un dans l'autre. Déjà Cornil et liabès ax aient constaté que, si, dans les cultures jeunes, la forme en virgule est netle, dans les ciill lires plus anciennes on trouve des éléments en spirale ou <les pseudo-liiaiiienis formés par des bacilles disposés bout à boni , el ([u'en gênant

éries, par exemple en ajoutant à la gélatine 10 pour 100 spirilles ou de longs filaments ondulés. Metchnikoff,

à son tour, a montré d'une par! que, par inoculation à des cobayes vaccinés ou par passage dans le tube digestil' de cobayes non préparés par ^ C ^ î) " ^ ' ]| procédé de Koch, ontrans-

Jl ^^d! ^ % \ ^ S ^,^#5/%:^ forme les variétés fdamen-

" ' teuses en \ibrions courts et

recourbés et, d'autre part, que dans les vieilles cultures de vibrions courts, on trouve des formes longues. Ce sont là des exemples du pléiomorphisme des vibrions cholépléiomorphisme si fréquent parmi les bactéries. Ces transformations ainsi obtenues ne sont pas stables. Metchnikoff a pu cependant transformer le vibrion d'Angers, qui est un vibrion court, en une race stable de forme allongée, en le conservani pendant plus ou moins longtemps à 36 degrés dans l'eau peptonisé(^ à 1 pour 100. Cette nouvelle race reste stable et garde sa foime dans les

(') El. MetchnmvOff, Sur la variation arlificiclle du vibrion cholérique. Annales de l'Insl. Pasteur. 1894, p. 257.

la nuill iplicalion des bac d alcool. on obliciil des

rique."

V). — Diverses lU'éparnlions de cultures vivantes du bacille du choléra.

(D'après Cornil el Babès.)

BACTÉRIOLOGIE

dilï'érents milieux de culture et après inoculation au cobaye. Sur pomme de terre acide elle donne des corps très longs en forme de spirales tandis (jue la race primitive donne des corps renflés en tonneau courts et trapus.

Au bout de quelques jours, on voit apparaître aux extrémités des bacilles des petits corpuscules arrondis qui deviennent de plus en plus abondants et finissent par exister seuls. En repiquant de vieilles cultures ne contenant plus que de ces corpuscules on obtient des cultures de vibrions. Ces corpuscules correspondent aux coi'p>i niiirifornies de Ferran. Hueppe les considérait à tort comme des V spores.

'\* On admet généralement que le vibrion de Koch se reproduit par divisions. Les bacilles-virgules sont très mobiles. Ils présentent des mouvements d'oscillation sur place et des mouvements de translation. Leur mobilité est due à l'existence de cils vibratiles, constatés déjà par Cornil et Babès en 1881, mais bien mis en évidence par le procédé de coloration de Lœffler et par celui plus récent de Nicolle et Morax. Ces derniers auteurs ont constaté rexistence de deux types bien nets de vibrions, les uns n'ayant qu'un seul cil situé à l une des extrémités (vibrions de Schang-haï, Hambourg, Courbevoie, Angers), les autres présentant quatre cils (vibrions de Massaouah, de Calcutta, Paris I88i) : généralement on observe deux cils à clia(|ue extrémité, quelquefois il y en a trois à l'une, un seul à l'autre, parfois ils sont tous les quatre à la même extrémité, L'existence de cils n'est pas constante; il existe un vibrion indien provenant du laboratoire de Koch (pii ne possède pas de cils.

Cultures. — Le bacille-virgule se développe bien sur les milieux usités en bactériologie : gélatine, gélose, pomme de terre, bouillon, etc.

Gélatine. — Le vibrion choléri((ue pousse à la tempi-rature ordinaire, mais il se développe mieux à '212" et au-dessus. Aussi a-t-on conseillé l'emploi d'une gélatine à 10 pour 100.

(Koch), 2.') pour 100, (Elsner), (|ui permeltent d'utiliser, la première une température de 252", la seconde une lempéialui'e de 27". On a même conseillé l'emploi d'une géla fine avec albuminates alcalins mais sa préparation est un peu trop compli(piée.

Sur les plaques de gélatine, les colonies du vibrion cholérique se développent de la façon suivante : un petit disfpie formé par un amas de poussière s'élève au centre; autour de cet amas apparaissent deux cercles : l'un est granuleux et l'autre est clair non granuleux. La gélatine est liquéfiée entre le centre et le premier cercle. Les cultures ont une coloration jaunâtre et une certaine transparence. Lorsque les colonies sont très conlluentes sur la plaque, elles se rapprochent, se réunissent et on voit de petits flocons dans la gélatine liquéfiée.

TRAITli UE MÉDECINE, 2« édit. — II. 21

[FERNAND WIDAL 'i

FiG. 16. — DiffcTenlcs formes do culliirc du cIioIltm sur des plaques de gélaline et d'u^ar-agar, à îiO diani.

(D'après Cornil el lîaliès.)

Sur gélatine ensemencée par piqûre, la culture est caractéristique. Après deux jours crensemencement apparaît dans la gélatine une masse grise transparente, présentant la forme générale d'un cône à extrémité dirigée en bas et terminée parfois par un prolongement blanchâtre. Au bout de quelques jours, une grande partie de la gélatine se liquéfie ; elle est comme laiteuse ou granuleuse dans sa partie inférieure. La liquéfaction de la gélatine est très lente, si bien qu'il faut au moins huit jours pour qu'elle soit liquéfiée dans sa presque totalité; dans les premiers jours de cette culture il existe toujours à la surface du milieu une sorte de rétraction sous forme de bulle d'air.

Sur gélose inclinée à 57", au bout de vingt-quatre heures, se développe une bande saillante, transparente, blanchâtre, qui brunit en vieillissant.

Poirntic lie terre. — La propriété du bacille-virgule de se développer sur In pomme de terre a été matière à discussion. Tandis que Koch, Baumgarten, etc., disent ([ue le vibrion choléri(pie donne sur la pomme de terre normalement acide, entre 50" et 57", une cullm-e aLondanle gris brunâtre, mais ne pousse pas sur elle au-dessous de 16" à 18", Krannhals avance qu'il ne s'y développe pas ou à peine, quelle que soit la température. Par contre, d'après Krannhals, le vibrion pousserait très bien sur la ponnne de terre normalement alcaline ou alcalinisée par addition de (|uel(|ues gouttes d'une solution de bicarbonate de soude à 1 ou 2 pour 100, et cela aussi bien à 16" qu'à 57" : la culture, d'abord d'un blanc sale, est ensuite jaune, puis rouge brun, et enfin, après 15 à 20 jours, cette culture est brillante, crémeuse et exhale une odeur d'abiicot. Voges a donné la raison de ces divergences. D'après lui, la réaction neutre, alcaline ou acide de la pomme de terre n'a pas d'innuence sur le développement du vibrion; ce qui est important, c'est la présence d'un sel de soude. En effet le bacille se développe abondamment de 20" à 57" si l'on ajoute du chlorure de sodiiim, ou de la lessive de .soude à 0,25 pour 100 ou de la solution aqueuse de soude caustique à ce même litre, substances qui rendent peu alcalin le milieu primitivement acide. Le vibrion se développe très faiblement au contraire et seulement à 57", si on confère au milieu la même réaction, en l'arrosant avec des solutions analogues d'un sel de potasse.

Bouillon. — Le bacille-virgule pousse rapidement dans le bouillon de viande et dans l'eau peptonée salée à 1 pour 100; il se produit un trouble uniforme au milieu, puis en raison de l'affinité du vibrion pour l'oxygène, il se forme un voile à la surface. Nous verrons comment la culture en eau peptonée est employée pour le diagnostic bactériologique du bacille-virgule.

Le vibrion pousse également bien dans le lait, qu'en général il ne coagule pas; on a cependant isolé quelcjues échantillons qui amènent la coagulation dti lait. Le vibrion se développe encore dans le liquide d'Uschensky formé de substances chimiquement définies, et dans l'eau de touraillon (G. Roux).

Le bacille-virgule se cultive encore sur l'œuf. On peut ensemencer des plaques faites avec le blanc, ou ensemencer directement l'œuf lui-même (Ilueppe et II. Scholl); il pousse dans ce dernier cas en dégageant de l'hydrogène sulfuré.

Dans le bouillon ou l'eau peptonisée, le bacille-virgule donne la réaction du rouge-choléra (Choléra-Roth), dont l'existence est considérée par Koch comme caractéristique de la nature cholérique d'un vibrion. Celle réaction consiste en une teinte rouge qu'on obtient en ajoutant à une culture récente en eau peptonée

BACTÉRIOLOGIE

quelques gouttes d'acide azotique, d'acide sulfurique ou môme d'acide chlorhydrique. Pour que la réaction ait toute sa valeur, il faut que l'acide soit pur, et sans mélange d'acide azoteux. La coloration rouge est due en effet à un mélange d indol et d'acide azoteux. Or, le bacille-virgule, en milieu peploné, donne à la fois de l'indol et un nitrite, par décomposition de la matière alhuminoïde. L'addition d'un acide transforme le nitrite en acide azoteux, d'où apparition de la réaction.

D'autres bactéries onl la propriété de fabri([uer de l'indol, mais seul, le vibrion cholérique fabrique en même temps un nitrite. Aussi avec les autres bactéries, poiu- avoir la réaction de l'indol, faut-il ajouter un nitrite ou de l'acide nitreux. C'est ce qui se produit pour le colibacille et certains vibrions pseudo-cholériques.

Le vibrion de Finkler et Prior donne la même réaction que le bacille-virgule, mais beaucoup plus lentement et seulement après quatre jours de culture à 37".

La réaction du rouge-choléra peut manquer à des vibrions nettement cholériques, tels que le vibrion de Rome, isolé des selles d'individus atteints de choléra par C.elli et Santori. Elle peut se montrer d'autre part, chez des vibrions cholérigènes isolés des eaux de localités non suspectes (Sanarelli).

Action des agents physiques. — Tempéralurc. — Le bacille du choléra se développe bien à 20", mais la température qui lui convient le mieux est comprise enire -jO" et 38". Son développemeni se ralentit au-dessous de 16"; cependant, il peut même pousser entre 10" et 12" (Kasansky); au delà de ces températures extrêmes, quoique sa prolifération soit arrêtée, il n'en garde pas moins sa vitalité. Il résiste à un froid très intense, à une température de — 10" (Koch), de — 24", 8 (Uffehnann), de — 30" (Kasansky); l'exposition à ces basses températurcs atténue cependant sa virulence (Montefusco).

Le vibrion est moins résistant à la chaleur qu'au froid. S'il supporte durant plusieurs jours la température de i5", il est tué après (pielques jours d'exposition à 50", et il est détruit rapidement à 75".

Linnière. — La lumière diffuse, d'après Palermo, fait perdre rapidenuMit, en 5 ou G heures, sa mobilité au vibrion de Massaoïiah eiillivé en bouillon; la lumière solaire lui fait perdre sa virulence en 4 heures.

Dessiccation . — Le vibrion (•li()léri([ue résiste mal à la dessiccation. Une culture desséchée sur lamelle nu'url en vingt minutes (Koch). Il faut cependant faire (pielques restrictions sur cette aciicui de la sécheresse. Guyon a montré que la vitalité est beaucoup plus longue quand on produit la dessiccation à l'aide de l'exsiccateur sulfuriciue que lorsqu'elle se fait à l'air libre. Dans le premier cas, la dessiccation est cependant beaucoup plus com})lèle.

Pression barométrique. — Le bacille-virgule se développerait mal à une pression de 720 millimètres et au delà de 050 mètres d'altitude, d'après Klebs. On a voulu expliquer par là l'immunité des localités situées à une haute altitude, mais nous avons vu plus haut que cette immunité n'était pas absolue et en tout cas devait être attribuée à d'autres causes.

Résistance aux agents chimiques. — Les acides arrêtent en général le développement des bacilles du choléra. Le suc gastrique est pour eux un poison.

iFERNAND WIDAL.

CHOLÉRA ASIATIQUE

Le sublimé, le sulfate de cuivre, la quinine sont les agents qui ont sur lui l'action microbicide la plus puissante. Le sublimé à 1/10 000«, le sulfate de cuivre à 1/25 000'', la quinine à l/oOOO" empêchent son développement.

Vitalité dans les matières fécales. — Les vibrions cholériques vivent peu de temps dans les déjeclions des malades, comme Koch l'a montré le premier. D'après Abel et Cdaussen, ils disparaissent généralement en 1 ou 2 jours; mais cependant, dans certains cas, on peut encore les retrouver au bout de 20 ou 50 jours. Karlenski les a même décelés après 7 semaines. Zea Bey ne les a pas retrouvés dans des selles conservées pendant 5 à 6 mois dans des flacons stérilisés.

Celle deslruclion rapide est liée à la coexislence des agents habituels de la puiréfaclion des matières fécales. Koch avait déjà signalé le fait; les expériences de Kaupe, de Kilasato ont démontré sa réalité. En mélangeant des cultures de bacilles-virgules à des selles fraîches, ces expérimentateurs ont constaté que les vibiions disparaissent en un temps variant de 1 à 5 jours; leur survie peut aller jusqu'à 2o jours, si le mélange est fait après stérilisation préalable des mal ières fécales.

Il faut tenir compte, en outre, de la température à laquelle sont conservées les selles. Après mélange de vibrions cholériques à des selles diarrhéiques ou non, la survie est de 2 à i jours à la température de + i?" à + 22'' et seulement de 24Jieures à la température de H- 7" à -h 0" (Ullelmann).

Les vibrions cholériques se retrouvent dans les selles des malades jusqu'au 20'^^ jom- de la convalescence (Terni et Pellegrini) et même jusipi'au 18'' jour ( Kolle). Ils peuvent, en outre, exister en tenq)s d'épidémie dans les déjeclions d(>s personnes saines en apparence, comme l'ont montré Abel et Claussen. Ce sont là des faits intéressants à connaître, caries déjeclions des cholériques sont, comme nous l'avons vu, le véhicule habituel du contage. D'autre part, la |irésence du bacille dans les selles de sujets non cholériques explique la possibilité de transmission de la maladie par des personnes saines en apparence.

■Vitalité dans le sol. — Les matières fécales peuvent souiller le sol; il est donc imporlant de sa\oir ce que deviennent les vibrions dans ces conditions. Leur vitalité dépend surtout du degré d'humidité du milieu. Giaxa, ensemençant séparément de la terre de jardin, de l'argile, du sable stérilisé, a observé que dans ces conditions une humidité de 15 pour 100 pour la terre de jardin et l'argile, de 8 pour 100 pour le sable, est suffisante pour permettre la pullulation des germes. Dempster a vu que, avec une légère humidité, les vibrions vivent 7 jours dans le sable blanc, 53 jours dans le sable jaune ou la terre de jardin; mais qu'ils meurent en 5 ou 4 jours dans un milieu absolument sec.

D'ailleurs, comme pour les matières fécales, il faut tenir compte de la présence concomitante de bactéries vulgaires, présence qui diminue la durée de la survie du vibrion cholérique.

■Vitalité dans l'eau. — Nous avons vu le rôle que l'on fait jouer à l'eau de boisson dans la dissémination du choléra. On conçoit que les bactériologistes aient multiplié les expériences pour étudier artificiellement la vitalité du vibrion dans les diverses eaux où ils l'ensemençaient.

La durée de la survie du vibrion cholérique varie avec la nature des eaux ensemencées.

BACTÉRIOLOGIE

Koch le promior avait rapporté que le vibrion peut vivre, pendant 50 jours, dans l'eau de puits; pour Santi-Sirena, il n'y vivrait que pendant 6 jours.

Dans l'eau de rivière, la survie est de 50 jours pour l'eau de l'Ourcq, de 55jours pour l'eau de Vanne (Straus et Dubarry), de 7 à 15 jours pour l'eau du Rhin (Slulzer et Burri).

L'eau du Gange, d'après Ilafïkine, contrairement à ce que l'on pourrail penser, serait bactéricide.

Dans l'eau de mer, la survie serait de 4 jours (Sanfi-Sirena) ; Koch l'a cependant constatée après 81 jours dans l'eau du port de Marseille, et Ulï'elmann l a constatée seulement après 6 jours dans l'eau du port de Roslock.

Dans l'eau d'égout, la survie est de 2 à 5 jours (Sanli-Sirena), de 7 à 15 jours (Slulzer et Burri).

Comme on le voit, les discordances sont nonii)reuses, cl divers facteui-s doivent entrer en cause pour les expli((uer. C'est ainsi qu'il faut tenir conqite des associations avec les saprophytes (Sanli-Sirena), de la température ( rfl'elmann), de la stagnation, de la vase accumulée au fond de l'eau, vase où les vibrions se conservent beaucoup plus longtem|)s (pu' dans l'eau elle-même (\\'ernicke).

En tout cas, le vibrion wl assez longtemps dans l eau pour permettre la (Ulfusion de la maladie par son entremise.

Vitalité sur le linge. — Le bacille de Koch jxMit conserver s;i vilnlili'- pendant i jours sur le linge sec, pendant 12 jours sur le liiitic humide ( l'ITchnann). Si les vêlements souillés sont conservés à l'abri de la lumiéic, on peul retrouver le vibrion vivant au bout de 7 mois (Kariinski). Ces constatations ont leur importance, cai- elles peuvent nous donner la clef de certaines conlaminnlions. *

Vitalité dans les substances alimentaires. — Le vibrion cholérique, nous l'avons vu, se dévelo])pe bien dans le lait stérilisé (Muployé comme milieu de culture. 11 n'en est pas de même, d'après liesse, pour le lait cru, qui S(>raitjjacléricide; (ra|)rès ccl auleui', le bacille y mourrait après 12 heures; celle pro|)riélé bactéricide, niée d'ailleurs pai' liasscnau, disparaît rail |)ar le ehautl'age. D'après Cunninghaiu la disparition du vibrion dans le lait non stérilisé est due à lapullulatiou des germes (pii détei-iniiieid la fermentation lactiipie cl la coagulation.

Le vibrion choléri([ue peul \ i\ re dans le beui-re, sur le pain, sur la viande, jus- (|u'à X jours, à condit ion (pie ces sub-^tauces soient mises à l'abri de la dessiccation. Sur les fruits et les légume-, sa vitalilé ne dépasse pas 4 jours, d'après les expériences d'Uffelmann.

Le vibrion est rapidemeni tué dans les boissons habituelles. Dans le vin étendu de 2/5 d'eau, dans la bière, dans le vinaigre, dans le café et le thé tVoid, il survivrait de à 50 miiudes suivant (pi il s'agit de lelle ou telle de ces boissons (Pick).

Inoculation aux animaux. — Avaid de tenter toute inoculation aux animaux, il est une supposition qu'on peut faire /i priori, c'est i\nc l'infection cholérique sera difficile à réaliser. Nous ne connaissons pas en efl'et luie seule espèce animale (|ui prenne spontanément le choléra. Ce qu'on appelle choléras des animaux, tels que le choléra des poules, le choléra des canards ou le choléra des porcs, sont des maladies lonles diderentes produites par des micro-organismes spéciaux. Si l'infection choléri(pie peut être produite chez les animaux, elle ne réussira donc (|u'en violentant bi-usquemenl leiu' résistance organi([ue.

[FEBNAND WIDAL.1

CHOLÉRA ASIATIQUE

Une autre difficulté pour les expérimentateurs consiste dans rallénualion que les bacilles subissent à la suite de cultures successives.

Koch a longtemps cherché à produire le choléra chez les divers animaux de laboratoire, en leur faisant avaler des déjections de cholériques ou des cultures de bacilles, après leur avoir donné artificiellement un catarrhe intestinal.

Nicati et Rielsch ont déterminé, chez des animaux, les symi)lômes du choléra, en injectant directement le virus cholérique dans le duodénum, après avoir lié au préalable le canal cholédoque. Koch et Yan Ermengem, Cornil et Babès, Doyen et Chantemesse ont injecté directement dans le duodénum, sans lier le canal cholédoque, une très faible (pianlilé de li(|iii(le de culture. Les résultats ont été très variables, nuiis dans un certain nombre de cas la muqueuse intestinale était congestionnée et remplie de bacilles eu virgule.

Koch a obtenu des résultats constants sur le cobaye en employant le procédé suivant : On introduit d'aboi'd dans Testomac quel(|ues centimètres cubes d'une solution alcaline de soude avec une sonde œsophagienne. Vingt minutes plus tard, on injecte dans resloniac, par le même procédé, 10 centimètres cubes d'une culture en bouillon de l)a( ill('-virgul(>. Immédiatement après on injecte dans le péritoine de l'animal 1 (('ulinirlre cube de teinture d'opium par !200 grannnes de son poids. Les aninuuix sont ainsi uarcOtisés pendant une demi-heure, leur estomac est alcalinisé el leur intestin immobilisé. Déjà le lendemain les animaux son! malades ci, au lioul de trois jours, ils meurent avec le |)oil hérissé, les exlréinih's refroidies el de la diarrhée. A l'autopsie on trouve l inleslin disicudu |>ar lui li(|uide diai i héicpie, floconneux, qui est une culture pure du bacillc-N irgule.

IMViiVer a montré que la vérilable réaction propre à démontrer la virulence du vduion de Koch était l'injeclion, dans le péritoine du cobaye, d'une cultiu^e ayant poussé sur gélose. Un cobaye de oOO grammes est tué par l'inoculation intra-périlonéalc de la vingtième partie d'une culture sur gélose du poids de un milligranunc et demi. Koch a coniirmé le fait et prétendu même que c'était là le meilleur critérium de la nature cholérique du vibrion. M. Metchnikoff, par contre, a montré la variabilité de la virulence du bacille choléri(pie suivant sa provenance, lia vu, d'autre pari, la virulence du vibrion d'Angers rapidement diminuer dans les cultures successives.

Certains vibrions retirés des selles d'individus alleinls de choléra épidémique se sont montrés peu pathogènes pour le cobaye, tel le vibrion de Lisboime retiré par Peslana et Bcltencourt, en 1894, des selles des cholériques et de l'eau d'alimentation. Certains vibrions sont même dénués de lout pouvoir pathogène pour le cobaye, tel le vibrion de Rome isolé desselles des choléricpu's par Celli cl Santori.

Par contre certains \il)rions isolés des eaux connue ic vibrion de Chinda étudié par Pasquale, le vibrion de St-Cloud éludié par Sanarelli se montrent plus virulents |)Our le cobaye que le vibrion Indien type de Koch. Entre ces types extrêmes, on trouve toute une série intermédiaire.

Certains animaux paraissent réfraclaires au vibrion. Koch et Pfeiffer ont érigé en principe, que tout vibrion tuant le pigeon devait être considéré comme n'étant pas de nature cholérique. C'est là, en eflet, un caractère d'une grande importance. Cependant M. Melchnikofl" a pu tuer le pigeon avec un vibrion nettement cholérique, provenant d'Angers.

Ces faits montrent à l'évidence l'inégalité de virulence qui peut exister entre les différents échantillons de vibrions cholériques.

BACTÉRIOLOGIE

Choléra intestinal. Association microbienne. — Le clioléra intestinal, dont les symptùnie.s relèvent d'une intoxication générale de l organi.sme par les bacilles cantonnés dans le tube digestif, est très difficile à réaliser expérimentalement.

C'est au secours de divers microbes que le vibrion cholérique doit de pouvoir s'installer dans l'intestin et y sécréter sa toxine. La découverte de ce fait est due à M. Metchnikoir.

M. Metchnikotr n'avait eu ([no des insuccès, en faisant ingérer des cultures pures de vibrion à des cobayes, et cependant les germes passaient dans l'intestin, car il les retrouvait dans les selles.

M. MetchnikoiT ('j s'est demandé s'il n'y avait pas dans l'intestin des microbes capables de favoriser ou d'empêcher l'infeclion par le bacille du choléra. Des recherches faites in vitro sur milieux nutritifs lui apprirent d'abord que deux espèces de sarcines et une torula blanche favorisaient plus particulièrement le développement des vibrions. M. Melchnikolï" chercha dès lors si l'action favorisante de ces microbes associés s'exerçait également dans le tube digestif: il piit comme animal réactif pour ses expériences le lapin nouveau-né.

La flore intestinale des jeunes lapins, nourris uni(|uement du lait maternel, est assez pauvre et piMit être considérée comme négligeable. On ne voit succomber à un choléi-a intestinal (pie la moitié de ces animaux à qui on a fail ingérer par la bouche une culture de bacilles de IMassaouah.

Par contre, si l'on fail ingérer dans les mêmes conditions à déjeunes lapins d'abord une culture des trois luicrobes favorisants, sarcines et torula blanche, puis une culture de vibrions choléricpies, on voit succomber tiO animaux sur 22, en un temps variant de vingt-fjuaire à cent vingt heures. Les symptômes et les lésions du choh'i'a exp('rimenlal ainsi ))roduits on! élé éliidiés a\ec le plus grand soin j)ar M. Melchnikorf.

Remanpions (pie daris les selles on trouve pres(pie uni(pi(Mncul des \ibiions choléri(pies ; les microbes favorisants sembleul dis|)araîlrc loixpie la maladie a ('daté.

De très peliles (pi.uililés de vibrions et de niici(jbes favorisants suffisent à donner la maladie. En donnant à manger le vibrion (•holéri(pie et les microbes l'avorisanis à (|U('l(pu's-uns seulement des peiils lapins d une nichée, M. Metchnikotr a vu les auli-es iireiidic spoulanéineiil le choléra. La contaminai ion s'esl faite alors ])ar les mamelles de la mère, souillées par (piehpies microbes laissés par les pel ils.

M. Renon (^j a fait voir récemment l'action favorisanle du coli bacille sui' le bacille-virgule.

Les jeiuies cobayes sont plus résistants (pu- les lapins à l'ingestion du x ibrion cholérique et des microbes l'avorisanis. Celle inununilé relative contre le choléra intestinal es! sans doute en rappori avec leur genre de vie. Presque inimédialcinent après leur naissance, ils commencent à se nouri'ir de végétaux; leur llore intestinale s'enrichit ainsi et des microbes (Mnpêchants doivent souvent entraver l'éclosion de la maladie.

(') Metciinikofk. — nocliorclios sur \c clioh'Ta ol les \il)rions, i" miMiioiro. Annalra de l'Instiliil Paxlfiur, I80i, p. .V2!l.

('^) Hf.non, Artidii du coli-hacillc nnr le. harille-virgnle. SocicHé de biolo^ne, 1" mai 1897, p. 417. Du rai)port (';tiolo4îi(|uc entre le choléra noslras cl le clioléra indien. Arcliivcs g&ncralcs de rnéderiiie, juillet 1807, p. 27.

IFERNAND WIDAL J

CHOLÉRA ASIATIQUE

M. Metchnikoffa pu montrer, par des expériences analogues à celles rapportées j)lus haut, l'action empêchante de certains germes sur le développement du vibrion cholérique dans l'intestin des jeunes lapins.

Les recherches sur le rôle des associations microbiennes dans la pathogénie du choléra aident à réclaircissement de faits restés obscurs dans l'épidémiologie de la maladie, depuis même la découverte du vibrion spécifique de Koch.

La présence des vibrions cholériques dans les matières fécales des personnes saines n'est pas un fait rare et prouve que ce microbe peut traverser certains organismes sans y occasionner de dommages. L'immunité classique d'une ville comme Versailles n'est pas duc à l'impossibilité, pour le vibrion cholérique, de vivre dans l'eau d'alimentation de cette ville, puisque ce vibrion y a été retrouve par I\L Sanarelli. Le même auteur a retiré le vibrion de l'eau de la Seine près de Saint-Cloud, à une époque où il n'y avait pas d'épidémie dans cette localité.

On doit donc admettre comme certain, dit M. iMelchnikotl", que le vibrion du choléra peut pulluler dans les eaux des localités constamment ou temporairement indemnes contre cette maladie, ctquepar conséquent l'immunité locale ne peut être expliquée par l'impossibilité où serait le microbe spécifique de vivre dans ces localités.

Les recherches de M. Melchnikoff ont encore établi que l'immunité des habitants des localités indemnes conli-e le choléra n'était pas duc à un état de vaccinalion inconsciente et permanente: le sang de ces habitants nese distingue par aucune propriété part iculièi'c pi-éventive vis-à-vis de l'infection cholérique.

M. MetrhniliolT(') a institué des recherches sur des microbes pouvant empêcher l'action pathogène du viljrion clioléricpie. « L'infinence de ces microbes pourrait être mise en cause, dit-il, comme facteur de la résistance de l'homme contre le choléra, si fréquente en général, surtout dans les localités indemnes. » Il a particiUièrement étudié riiilluence enipèciianle qu'un baciUe liquéfiant retiré de l'intestin d'un col)aye a sur l activité cliolérigène des vibrions.

Ce sont les microbes favorisants et empêchants des organes digestifs qui jouent un rôle des plus inq)ortanls dans le choléra, maladie due à l'action spécifique du liacille-virgule. Leur intervention, conclut M. Metchnikoff, permet (r(>xpli(pu'r (les faits d'épidémiologie (pii semblaient être en désaccord avec la tliéoi'ie du bacille-vii'gule, et surtout e\])Ii([ue rinHuence du temps et des lieux, incontestable dans le développement des épidémies. « L'eau contaminée a pu importer des microbes choléri(pies, sans que ceux-ci amènent le choléra par suite de l'obstacle des mici-ol)es empêchants. Lorsque la flore des voies digestives est favorable pour le vibrion cholérique, l'extension épidémique du fléau est facile; dans le cas contraire, il ne se produit (jue des cas isolés. Les influences microl)iennes peuvent expliquer également des cas de choléra développés à la suite de l'absorption de certaine nourriture qui, par elle-même, ne sert pas de véhicule au vibrion cholérique. Ainsi on a observé que des fruits, une bière mauvaise, etc., provoquaient des explosions cholériques. »

Infjcstion de cttUiires par ïliommc. — Le choléra chez l'homme est, on le sait, une toxi-infection. L'intoxication est causée par les poisons que le vibrion sécrète dans l'intestin. C'est par la voie digestive que pénètre le vibrion infectant.

(') METciiNn<OFF, Rcclierchcs sur le clioléra cl les viljrioiis {2« mémoire). Annales de Flnslilul Pasteur. m7,, p. h&2.

BACTÉRIOLOGIE

Si riiigeslion des vibrions, si fréquenimont répétée chez riiomnie, n"a donné le plus souvent que des résultats négatifs, il est des cas cependant où le résultat positif a permis de trancher la question. M. Metchnikoff rapporte notamment qu'un jeune homme de dix-neuf ans eut une véritable attaque de choléra avec diarrhée riziforme, vomissements, crampes, anurie et hypothermie, après avoir absorbé un vibrion du choléra de Paris 1881. Semblables résultats ont été obtenus par !VI. Metchnikoll" avec des vibrions de Courbevoie.

Toxines. — On peut isoler des milieux de culture les toxines qui empoisonnent l'organisme au cours du choléra. C'est par ses toxines que le bacille cholérique est redoutable. « Le choléra est un empoisonnement aigu, causé par l'absorption d'une substance spéciale élaborée dans rinlestin par le bacille-virgule de Koch. » (Metchnikofl", Roux et Taurelli-Salimbeni).

La première démonstration de l'existence de toxines dans les cultures du vibrion cholérique a été faite par Nicati et Rietsch, en 1884, qui, injectant dans les veines, après tiltralion, des cultures déjà âgées, déterminèrent des vomissements, de la diarrhée, de la parésie des mendjres posiérieurs et la mort ainsi que des ecchymoses sur l'intestin. Depuis, cette élude a été reprise par de nombreux expérimentateurs, tels que Peli'i (I80()), Hueppe et Scholl (18!)| ), Gruberel Wiener (I8!)ti), Gamaleia,Werbroock (1894), Ransom (I8«)'<), Pfeill'er ( 1 81)0), MetchnikolT, E. Roux et Taurelli-Salimbeni (1896) (').

Pour obtenir une toxine active, il faut avant loul opérer avec un vibrion très virulent. MM. Roux, Metchnikofl' et Taurelli-Salimbeni ont exalté le vibrion de la Prusse orientale, par passages successifs dans le péritoine du cobaye. Ils maintenaient la virulence de ce microbe en alternant les inoculations directes avec des cultures en sac de collodion insérées dans la cavité périlonéalc des cobayes. Une telle culture âgée de deux jours tue un cobaye de poids moyen par inoculation inira-péritonéale à dose de j~j centimètre cube. Pour préparer la toxine, ces expérimentateurs ensemencent, avec une cultvu'e en sac vieille de trois à quatre jours, un milieu constitué par une solution de peptone à 2 pour 100, additionné de 2 pour 100 de gélatine et de I pour 100 de chlorure de sodium. Ils disiribuent, au bout de (piel(|ues heiu-es, le li(piide dans des boîtes de Peiri. Après (|ualre jours, ils tilti'eni et obtienneni ainsi un licpiide alcalin d'odeur spéciale cpii lue le cobaye à dose de y centimètre cube par 100 grammes d'animal, en déterminant de la diarrhée, du refroidissement, de la cyanose et une congestion générale des viscères. La dose minima mortelle tue en 14 à 10 heures. Les gros cobayes résistent mieux à dose égale pour 100 grammes d'animal que les cobayes moyens.

Le la|)in, la souris, les pigeons et les poules supportent des doses de toxines beaucouj) plus considérables (|U(> le cobaye.

Pfeiffer avait soutenu (pu- la toxine choN-ricpic était adhérente aux corps mêmes des vibrions et qu'elle n'en sorlait qu'après la mort de ceux-ci; Belil ing et Ransom ont admis, au contraire, que le poison était soluble, difl'usible et .sécrété par le microbe de son vivant. MM. Roux, Melchnikoll et Taurelli- Salimbeni ont tranché le différend. En faisant vivre dans le péritoine des cobayes le bacille du choléra enfermé dans des sacs de collodion, ils ont tué ces animaux,

(') Metchnikoff, E. Roux ot TAi;RELLi-SALiMr,EM, Toxine et antitoxine rliolériquc. .-lii/ïa/cs de l'Insliliil l'aslj'Kr, mai 1890, n» 5.

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