‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 4)Chapitre 30 sur 73 · IL H. TH0IN0T · texte numérisé non relu

IL H. TH0IN0T

TYPHUS EXANTIIÉMATIOUE.

partie les éléments de notre très rapide historique, n'insistant d'ailleurs que sur les grands faits épidémiques européens, seuls bien connus. L'histoire du typhus dans les autres parties du monde, aux siècles passés, est tout an moins fort obscure.

La première épidémie que Ton puisse clairement dégager du chaos des maladies pestilentielles des anciens, est l'épidémie qui, en 1489, décima les troupes de Ferdinand, au siège de Grenade.

Le xvi^ siècle a vu des épidémies multiples de typhus. Citons : en Italie, les épidémies de 1505 et 1528, qui ont eu Fracastor pour historien; de 1580, à Vérone; de 1591; — en France, l'épidémie qui sévit dans l'armée de Charles- Quint assiégeant Metz, en 1552; l'épidémie de Poitiers ; — en Hongrie, l'épidémie de 1500 qui, née dans l'armée de Maximilien II, se répandit dans toute l'Europe. L'Espagne et la Hollande aussi ont connu le typhus à cette époque.

Au xvn'^ siècle, pendant la guerre de Trente Ans, une épidémie du typhus ravagea toute l'Eiu'ope centrale.

L'Angleterre fut particulièremenl touchée dans le cours de ce siècle. Une épidémie de typhus décima l'armée assiégeant Reading, en 1645, et l'armée assiégée. Avant et après la grande peste de Londres (1065), la Grande-Bretagne fut ravagée par le typhus. Entin, en 1698, une forte épidémie s'étendit sur tout le l(M-ritoire anglais.

La Hollande fui frappée en 1655 et 1669; l'Allemagne en 1685.

Au xvia"' siècle couuuence la tei'i'ible série des épidémies irlandaises, série (|ui a fait de ce pays le vrai foyer du typhus exanthématique.

Depuis longtemps ralfeclion était connue en Irlande sous le nom expressif d' « //7.s/< agiio ». mais c'est à pai'lir de 1708 seulement que ses ravages sont notés et suivis d ainu'e en année par les auteurs :

Dans le cours du xvui*" siècle, nous reh'vons pour l'Irlande les épidémies de 1708 — 1718 à 1721 — 1729 à 1751 — 1755 à 1756 — 17iO el 1741, épidémie qui, dit Murchison, ravagea la totalité de l'Irlande. Eu ces (hnix années l'Irlande perdit 80000 habitants du typhus et de la famine.

Après cette formidable épidémie, il se fait un temps de calme; mais, en I77I, 1781 et 1795, l'Irlande est de nouveau frappée.

A Vienne, le typhus apparaissait de 1757 à 1759. — En 1757-1758 avait lieu la première épidémie de Berlin.

En 1764, forte é|)i(l(''ini(' à Naples. — En 1799 enfin, épidémie célèbre du siège de Gènes.

Au xix^ siècle, le typhus exanthématique continue son œuvre de généralisation. Dans les quinze premières années du siècle le fléau suit les armées de Napoléon : à Saragosse, à Torgau, à Dantzig, à Vilna, dans la retraite de Moscou, nous voyons le typhus frapper les armées en présence.

En 1816-1817 le typhus paraît en Italie.

En 1817 la série irlandaise reprend. Le typhus débutant à Corck à la fin de 1816, se propage de 1817 à 1819 à toute l'Irlande et à la Grande-Bretagne. Plus de 770000 sujets furent atteints en Irlande, et l'on compta 4i000 décès. Il est à noter cependant que celte épidémie ne fut pas le typhus pur, mais que la fièvre à rechute régna concurremment.

De 1820 à 1828, nouvelle épidémie de typluis et de « Bclajmng fever » en Irlande et dans la Grande-Bretagne. Le seul hôpital de Corck reçut 12 877 malades, d'avril 1826 à mai 1827.

TYPHUS EXANTHÉMATIOUE.

Jusqu'en 1856, le typhus resta seulement endémique en Irlande; il reprit en 1856-1857-1858 ses allures épidémiques.

En 18i6 nouvelle et formidable épidémie, la plus grave que jamais l'Irlande ait éprouvée. Elle dura deux ans. Débutant en Irlande, elle fut semée par les émigrants irlandais à Londres, Édimbourg, Glasgow, Manchester. En 1856, 1861 et de 1862 à 1869 Londres fut gravement frappé par le typhus.

Le typhus sévit violemment pendant la guerre de Crimée sur les armées en présence (1856).

La guerre russo-turque (1877-1878) donna lieu à une formidable explosion de typhus parmi les belligérants.

Notons enfin les récentes épidémies de Danlzig, 1887; — Prague, 1888, etc.

En terminant cette revue des grands fastes du typhus du xV^ siècle à nos jours, il convient de mentionner les principaux auteurs dont le nom s'est attaché à l'histoire de cette affection.

Citons rapidement parmi les anciens : Fracastor, 1546; — Cardanus, 1545;

— A. Paré, 1568; — Gratioli, 1576; —Castro, 1584; — Lazare-Rivière, 1648; — Sydenham, 1685; les historiens des épidémies irlandaises au siècle dernier : Rogers, 175i, O'Connel , 1746, et Rutty, 1770; — Browne-Langrish , 1755;

— Huxham. 1759 et 1752; — Pringle, 1750 et 1752: — Storck et Hasenôhrl, 1760 et 1761 ; — Rasori, 1812.

Au xix^ siècle relevons les noms de Graves, Christison. Stokes en Angleterre;

— Gaidtier de Claubry, Landouzy, Forget, Jacquot , Barallier, Godelier et R. Gestin en France; — Hirsh, Lebert, Virchow, Griesinger en Allemagne; — Gerhard! aux Etats-Unis, etc. Les omissions sont nombreuses dans cette énumération sommaire que nous ne saurions clore cependant sans ciler hors de pair le nom de l'éminent médecin anglais Alurchison.

Géographie médicale actuelle du typhus. — Après cette rapide revue historique des grandes manifestations du typhus, il faut établir le bilan actuel de cette affection, et déterminer quels sont aujourd'hui sur la surface du monde ses

l'<))jer>i artif^^ ses terres (F cnilrmic

{" Europe. — Nous venons de voir le ty|)hus parcourir l'Europe du xV" au XIX'' siècle : Italie, Espagne, Allemagne, Autriche, Hongrie, France, Royaumo Uni, Russie, bref toutes les contrées d'Europe l'ont subi et lui ont payé un large tribut. Depuis quatre siècles et au seuil même du xix" siècle, le typhus pouvait donc être considéré comme une des maladies les plus répandues et les plus actives de l'Europe.

A l'époque contemporaine, la géogi'aphie médicale de ratlVclion a subi un iemarqiiabl(! changement : le typhus a singulièrement rétrogradé ; il a disparu de plusieurs contrées d'Europe, et s'il garde encore maint foyer sur notre continent, dans plus d'un de ces foyers sa vitalité semble bien atteinte.

Quehpie (liffîcnllé (jn'il y ait ici à préciser les choses, les documents statistiques étant trop souvent incomplets ou sujets à caution, voici comment on peut présenter la question.

Le typhus semble avoir al)an(lonné totalement, ou peu s'en faut, le Danemarck, la Belgique, la Suisse et l'Espagne.

En Allemagne, où il se signalait encore en 1847 et 18i8 par une épidémie en Silésie prussienne, en 1855, 1867,' 1875 par des épidémies plus ou moins étendues

[L -H THINOOT ]

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.

dans rAllemagne du Nord, le typhus a conservé droit de cité. L'Allemagne est encore aujourd'hui terre de typhus, mais le fléau y semble en décroissance marquée, et plus spécialement cantonné dans les provinces du Nord-Est : Prusse, Posen et Silésie. L'épidémie de Dantzig a été, il y a onze ans, un fait saillant dans ce foyer d'endémie typhique, qui se prolonge et se continue par le foyer des provinces baltiques de la Russie.

En Autriche aussi le typhus est affection régnante à l'heure actuelle : tout au moins en Bohême, Moravie, Silésie, Galicie, cause-t-il annuellement quelques centaines de décès. Prague a été, il y a dix ans, fortement frappée par le typhus.

En Italie, au xix"^ siècle, le typhus a longlemps fait de sérieux ravages, et cela surtout dans la partie méridionale : province de Naples, Sicile et Sardaigne, bien que le Nord ne fût pas épargné. Il n'y a pas dix ans que la mortalité annuelle par typhus dans le royaume se chiffrait encore par quelque deux mille décès. Il semble qu'aujourd'hui le typhus décroisse singulièrement en Italie, ou tout au moins svdjisse une remarquable accalmie : le tableau suivant en fait foi.

En 1887, on enrogislrait pour loiU le royaume : 1904 décès typhiques.

En 1888 . . . 2099 — —

En 1889 46.-) — —

En 1890 190 — —

En 1891 7>l — —

En 1892 10 — . —

En 1895 50 — —

En 189i 47 — —

En 1895 9 — —

En Hollande, le typhus règne encore actuellement, mais avec tendance certaine à la décroissance.

La Russie constitue un des foyers les plus actifs et les plus étendus du typhus européen actuel : la preuve en a été faite par la sévère épidémie de 1891 éclatant après une famine.

La terrible épidémie de la guerre russo-turque a révélé sur les bords du Danube un centre endémique de typhus, reliquat d'épidémies antérieures (épidémie de Valachie en 1849, etc.).

L'Angleterre, l'Ecosse et surtout l'Irlande sont, on le sait, terres classiques du typhus, et le xix" siècle y a vu naître, avons-nous dit ci-dessus, partant presque toujours — mais non toujours — de l'Irlande, de formidables épidémies dont les dernières ne remontent pas à trente ans. Aujourd'hui, comme hier, le typhus fait partie intégrante de la pathologie des Iles Britanniques ; mais, soit accalmie momentanée, soit véritable tendance à la décroissance, les ravages annuels qu'il y exerce sont relativement restreints, surtout en Écosse et en Angleterre. Voici en effet pour l'Angleterre la statistique des décès typhiques de 1875 à 1895 :

. . , 1499 décès.

TYPHUS EXANTHÉMATIOUE. 409

Il semblait, il y a quelques années, que le lyphus n'existât plus en France, et qu'on pût parler de lui comme d'un lointain souvenir. Après les guerres du premier Empire qui, au commencement du siècle, l'avaient semé dans notre territoire sur le passage des troupes, comme elles le semaient d'ailleurs dans toute l'Europe, le typhus ne fît plus que de rares apparitions sans aucun li(Mi j apparent. Ces apparitions sont faciles à énumérer : I Épidémies du bagne de Toulon en 1829, 1855, 1845, 1851, 1855, 1856. Typhus de la prison de Reims en 1859.

Typhus des prisons de Strasbourg, Altkirch, Nancy et Lunéville (1854).

Quelques cas semés en I85G à Marseille, Avignon, et au Val-de-Gràce par les soldats rapatriés de la Crimée où régnait, on le sait, une violente épidémie de typhus.

1 II eût semblé naturel, après ces quelques manifestations disséminées et sans I importance réelle, de rayer le typhus des cadres de la pathologie française. Mais les faits et les recherches de ces vingt dernières années montrent que si la France n'est pour le typhus qu'un médiocre lieu d'élection, elle n'est pas actuellement aussi exempte de cette affection qu'on pouvait le supposer, et i qu'il s'y rencontre à l'époque contemporaine des manifestations endémiques . et épidémiques du mal, si restreintes que soient d'ailleurs l'une et l'autre de ces manifestations.

L'histoire du typhus français à notre époque se résume dans les deux notions suivantes :

A. Localisation fixe (endémie) en Bretagne.

B. Diffusion épidémique sur une zone assez étendue du territoire en 1892-

A) La localisation fixe du typhus en Bretagne a été bien mise en évidence par R. Gestin : nos études ultérieures et celles de M. Netter ont montré qu'à l'heure actuelle encore le typhus n'avait aucune tendance à disparaître de la terre bretonne.

Dans ces vingt-cinq dernières années, le typhus a créé plusieurs foyers épidémiques en Bretagne. Les quatre épidémies suivantes sont d'une authenticité incontestable :

Épidémie de Riantec, aux portes de Lorient, en 1870-1871 (Gillet, Th. inaugurale) ;

Épidémie en 1872-1875 dans les environs immédiats de Brest : Saint-Pierre- Quilbignon, Guilers, Plouzané, Brest (Recouvrance), Saint-Marc, Lambezellec, Guipavas, avec foyer ceniral au hameau de Rouisan dans la commune de Saint-Pierre (R. Gestin);

Épidémie à l'île Molène (Finistère) en 1878 (R. Gestin);

Épidémie à l'Ile-Tudy (Finistère) en 1891 (L. Thoinot).

A ces quatre épidémies authentiques, il faut ajouter les manifestations suivantes, dont la nature typhiquc est au moins vraisemblable :

Épidémie de Pont-Croix et de Lesneven (Finistère) en 1875 (R. Gestin) ; Épidémie de Plouhinec (Finistère) en 1879 (R. Gestin); Épidémie de Carnoët (Côtes-du-Nord) en 1892 (A. Netter).

Page 1