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C. Ses voies de pénétration dans le corps de l'homme

D. Les causes qui favorisent son invasion.

Il est donc indispensable, avant d'aborder l'étude clinique de la fièvre typhoïde, de connaître les propriétés biologiques du bacille d'Eberth; elles nous permettront de comprendre et même de prévoir les diverses manifestations de la maladie. Ensuite viendra l'exposé des causes qui favorisent la pénétration du bacille et son développement dans l'organisme.

A. — LE BACILLE TYPHIQUE

Depuis la découverte du bacille de la fièvre typhoïde, de nombreux savants ont entrepris son étude.

Recklinghausen a le premier trouvé des microcoques dans le rein('). Il ne

(') V. Recklinghausen, Verhandlungen der physikalisch.-medicin. Gesellschaft; Wiirzburg- Silzung, vom 10. Juni 1871.

lA CHANTEMESSE.^

FIÈVRE TYPHOÏDE

Vil pas le bacille typhique. Browicz en 1875, Sokoloff (') en 1876, Fischel en 1878 (*), ne furent pas plus heureux. En 1879, le pi-ofcsseur Bouchard constata dans les urines des typhiques la présence de bacilles coïncidant toujours avec celle d'albumine rétractile. Leurs caractères ne furent pas spécifiés.

Dans une série de travaux publiés en 1881 dans les Archives de Virchoiv, dans le Recueil de Volkmann, Eberth donna la description du germe qui devait porter son nom. Il l'avait trouvé dans les ganglions lymphatiques et dans la rate de certains typhiques, sans jamais le rencontrer dans les organes de malades atteints d'autres alfections. Dans le courant delà même année 1881, Klebs(') découvrit des bâtonnets courts, des filaments allongés, quelquefois articulés, dans presque tous les organes de typhiques. Koch(*) a critiqué les l'echerches de Klebs et considéré ses filaments comme étrangers à la maladie; il a confirmé la découverte d'Eberth.

Meyer('), à Berlin, en 1881, et l'année suivante, G. Coats et Crooke C^), en Angleterre, constataient la présence du même bacille à l'autopsie des typhiques. Galfky (') n'eut qu'à utiliser les procédés de culture de Koch pour décrire la forme prise par les colonies sur la gélatine et l'aspect qu'elles revêtent sur la pomme de terre. L'ensemble de tous les caractères reconnus par lui 26 fois sur '28 autopsies permettait de différencier le bacille typhique de presque tous les micro-organismes alors décrits.

Depuis cette époque, un grand nombre de mémoires originaux sur le bacille typhique ont été publiés en France et à l'étranger. Dans notre pays je citerai, par ordre de date : les travaux que j'ai publiés en commun avec Widal, ceux de MM. Cornil et Babès, de Grancher et Deschamps, de Thoinot, de Gabriel Pouchet, de Rodet et G. Roux, de Vaillard et Vincent, de Gasser, de Lassime, Wûrtz, Sanarelli, Péré, Grimbert, Remlinger et Schneider, Ramond Malvoz, Iversenc(^), etc. En Belgique a paru un consciencieux mémoire de Rémy et Sugg (1895), auquel je ferai des emprunts.

Les publications ont été particulièrement nombreuses en Allemagne; elles seront indiquées et analysées chemin faisant.

Morphologie et biologie. — Le microbe de la fièvre typhoïde est un bacille variable dans sa morphologie et dans l'aspect de ses cultures.

La forme décrite par Galïky est de beaucoup la plus fréquente, et le bacille typhique se présente, en général, sous l'aspect d'un petit bâtonnet arrondi aux extrémités, d'une longueur de 2 à 3 [ji environ, à peu près trois fois plus longque large. Ces dimensions sont pourtant très variables ; elles changent avec le terrain et l'ancienneté de la culture. Dans le bouillon simple, le bacille diminue de longueur et apparaît sous la forme d'un bâtonnet extrêmement grêle. Sur la gélose et la pomme de terre, le diamètre transversal augmente de longueur, d'où l'aspect trapu pris par le microbe. Dans le lait, le phénomène est encore

(•) Virchoiv's Archiv, 1876.

(-) Prager medic. Wochenschrift, 1878.

(3) Archiv. f. exper. Pathol. u. Pharmak., Bd XII, Heft 2, S. 5.

(*) Miltheilungen mis dem Kaiserl. Gesundheitsamte, Bd I.

(^) Untersuchungen liber d. BacUlus des Abdominal-Typhus; Berlin, 1881.

(^) British médical Journal, 1882.

C) Zur Aetlologie des Abdominal-Typhus; Mitlheilungen aus dem Kaiserl. Gesundheitsamte, Bd II, 1884.

(*) IvERSENC, Thèse de doctorat, Toulouse, 1897.

ÉTIOLOGIE.

plus accusé (Seitz). Sur les vieilles cullures de gélatine, on peutle voir s'allonger en filaments parfois étendus et plusieurs fois incurvés sur eux-mêmes. Nous avons été les premiers à signaler cet exemple très net de pléomorphisme du bacille typhique('). Parfois, sur les lamelles faites avec le raclage d'organes typhiques, et sur des pommes de terre enseniencées depuis cinq ou six jours l'espace clair apparaît. Les bâtonnets sont alors renflés vers leur centre, el dans la partie élargie de leur diamètre transversal se montre un espace clair. Les deux extrémités sont fortement colorées et reliées l'une à l'autre par deux lignes latérales entourant l'espace clair du centre. Dans certains cas, le bacille reste grêle et très allongé, et l'espace clair constitué alors la majeure partie de sa surface; les extrémités colorées paraissent toutes petites et comme échancrées en croissants dont la concavité regarde vers le centre du bacille. Les filaments eux-mêmes peuvent présenter plusieurs centres décolorés, et il n'est pas rare, sur vm bacille de dimension ordinaire, de voir l'espace clair se dessiner non plus au centre, mais tout près de l'extrémité.

Si l'on ajoute deux gouttes d'acide phénique à 1/20 à un tube de gélatine ordinaire, on rend le milieu moins favorable au développement du bacille et on peut faire naître l'espace clair; tandis que sur des tubes homologues non phéniqués et ensemencés avec la même culture primitive on ne trouve dans le même laps de temps que des bacilles pleins. Les théories n'ont pas manqué pour expliquer cet aspect particulier ; pour les uns, l'espace clair résulterait d'une dégénérescence partielle du protoplasma, qui ne se laisserait plus imprégner par les matières colorantes à froid ; Fig. l. — Bacille lyphique. CnUurc sur yélolino.

mais les colorants énergiques, tels que

le violet de gentiane ou la fuchsine, employés à chaud, teintent uniformément le microbe. D'après Pfiihl, l'espace clair serait dû à la rétraction partielle du protoplasma, par suite d'une fixation trop intensive du microbe sur la lame par la chaleur; ce qui paraît controuvé. Il semble que l'opinion de Biitchly soit la vraie : l'espace clair proviendrait du cloisonnement de la substance nucléaire du microbe, délimitant ainsi des vacuoles plus ou moins considérables.

Le microbe d'Eberth prend bien les couleurs d'aniline ; sa décoloration est facile et succède à l'emploi de la méthode de Gram. Les cultures sur milieu solide se dissocient avec la plus grande facilité dans une goutte d'eau, qu'elles louchissent rapidement, lorsqu'elles y sont portées avec le fil de platine. .Je signale particulièrement cette propriété, qui ne se trouve pas ou se trouve à un degré beaucoup moindre chez d'autres bacilles que l'on pourrait prendre, après un examen superficiel, pour le microbe d'Eberth.

Si les dimensions de ce germe sont variables, il offre un caractère qui présente une grande importance : c'est sa mobilité, sorte de vibration pour les petits

(') CiiANTEMESSE et WiDAL, Archives de physiologie, avril 18S7. ^

FIÈVRE TYPHOÏDE

bacilles, de reptation pour les formes allongées. Cette mobilité est due à la présence de cils vibratiles. Elle est un des caractères les plus stables du bacille d'Eberth. On peut la diminuer, il est vrai, par l'addition au milieu de culture d'antiseptiques, tels que le bichromate de potasse, l'acide phénique, l'antipyrine, l'urée, ou encore par le transport du microbe dans un milieu de densité différente, et capable, par des phénomènes de plasmolyse, d'altérer sa constitution. Soumis au vieillissement, les bacilles perdent une part de leur agilité; mais soustraits aux influences nuisibles, ils récupèrent leur mobilité.

Pour mettre les cils en évidence, Lœffler (^), puis NicoUe et Morax ont eu recours à une méthode de coloration basée sur l'action successive d'un mordant et d'une matière colorante. Les méthodes plus récentes de Van Ermengen et de Bunge donnent aussi de bons résultats.

Culture. — Le bacille d'Eberth se cultive facilement dans beaucoup de milieux organiques; dans le bouillon simple, il ne louchit le liquide qu'au bout de 2 ou 3 jours à la température de la chambre, c'est-à-dire entre JO et 15". Le liquide est déjà trouble au bout de 24 heures s'il est porté dans une étuve à 55". Abandonné pendant un certain temps à celte température, le bouillon laisse déposer au fond de l'éprouvette un précipité blanc, et, au bout de quelques semaines, le milieu a perdu son aspect louche pour prendre une coloration plus foncée.

La culture d'un germe très virulent forme un léger voile à la surface. J'ai retiré avec M. Ramond des méninges d'une typhique un bacille d'Eberth, qui, ensemencé en bouillon, donnait un abondant précipité ; le voile de la surface était assez épais, et la partie médiane du tube claire. Ces particularités disparurent après plusieurs passages en bouillon neuf.

L'odeur qui se dégage d'une culture dans l'eau peptonée présente dans les premières heures une odeur assez désagréable qui disparaît en deux ou trois jours pour faire place à un relent de bon bouillon de viande rôtie.

Le bouillon de viande neutre ou légèrement alcalin, ensemencé, devient acide dès le deuxième jour, puis alcalin 5 ou 4 jours après (Péré), Cette formule ne saurait être généralisée, la réaction pouvant varier suivant la qualité de la peptone et de la viande employées; lorsque le milieu est dès le début fortement alcalin, la réaction ne devient jamais acide.

Le bacille d'Eberth se développe bien dans l'eau peptonée, abondamment dans le milieu de L. Martin; très peu dans l'eau de touraillons (Malvoz), dans les liqueurs minérales de Nàgeli, Laurent, Beyerinck, où l'aliment azoté est fourni par un nitrate. Hugounenq et Doyon ont attribué une action dénitritîante au bacille d'Eberth ; mais leurs conclusions ont été infirmées par Grimbert. Les corps amidés, asparagine, leucine, urée, conviennent au développement du bacille (Van Ermengen et Van Laer(^).

Dans le lait, le microbe se multiplie en prenant des formes volumineuses sans jamais amener de coagulation. L'urine stérile peut servir de milieu de culture et son acidité n'est pas un obstacle à la pullulation du germe, bien que l'urine alcaline soit un terrain plus propice.

Le bacille typhique se développe sur la gélatine, qu'il ne liquéfie à aucune

(') Cenlralhlall f. Bakler., VI, p. 209.

("-) Voir au chap. Diagnostic du microbe, p. 18, les particularités de culture du bacille d'Eberth sur les milieux sucrés.

ÉTIOLOGIE.

période de son développement. La culture commence à paraître au bout de quarante-huit heures à la température ordinaire. Après inoculation par piqûre, de petites colonies lenticulaires, jaunâtres, naissent dans la profondeur suivant la pointe d'enfoncement, tandis c|u'à la surface se développe tantôt un disque mince, pelliculaire, transparent, à bords irisés s'étendant vers les parois du verre, tantôt, au contraire, une culture assez épaisse, opaque, très peu étendue, dont la dimension ne dépasse pas celle d'une petite lentille.

Après inoculation en strie sur tubes inclinés, la culture, dans les cas les plus caractéristiques, apparaît sous forme d'un voile mince, translucide, à reflets nacrés et bleuâtres, à surface granuleuse et à bords irréguliers, parfois serpigineux. L'accroissement commence après deux jours, marche très vite pour s'arrêter vers le neuvième jour, et la culture n'atteint jamais les parois du verre. Souvent, au lieu de présenter ce mode de développement, la culture se dessine sous la forme d'une bande très étroite et épaisse, de coloration blanc jaunâtre, localisée autour de la strie d'inoculation. Au bout d'un temps variable (15 à '20 jours), la surface de la gélatine se trouble autour de la culture restée stationnaire. L'examen pratiqué au niveau des parties ainsi troublées ne décèle la présence d'aucun microbe.

Parfois aussi se montrent, plus tardivement, des cristaux allongés simulant des arborescences disséminées dans la profondeur de la gélatine. Leur présence est due à la précipitation des phosphates.

Lorsqu'on racle la surface de la gélatine avec une palette de platine, la culture se détache aisément; on peut ainsi décharger le tube de la plupart des colonies qui le recouvraient, mais toute la partie de la gélatine primitivement envahie est devenue réfractaire à la culture du microbe d'Eberth. On peut ensemencer ces points avec du bacille nouveau ; la surface est restée stérile, elle est comme vaccinée ('). Par contre le bactérium coli y pousse sans difficulté ; de même le bacille typhique ne se développe pas sur la gélatine ayant servi à la culture du B. C. (Wiirtz). Il est à remarquer cependant que cette vaccination des cultures par une matière empêchante est une question de dose et s'observe moins bien dans les milieux liquides, où des courants de diffusion éloignent la substance empêchante.

Sur le sérum sanguin et la gélose, le développement est facile. La culture revêt l'aspect d'une bande crémeuse étendue sur la surface du tube incliné; sa forme n'a rien de spécial.

Sur la gélose glycérinée de Nocard et Roux, la culture prend une grande activité. Il est des cas où, en 12 heures, à l'étuve, elle est très apparente, mais elle s'arrête rapidement parce que le milieu devient acide.

La pomme de terre est un terrain de culture précieux, fort utilisé pour le diagnostic du bacille. Il y prospère et se multiplie, mais sans culture apparente à l'œil nu; à peine aperçoit-on au bout de quelques jours, sur la strie d'inoculation, une traînée humide. Lorsque la pomme de terre est très molle, on distingue, au point d'ensemencement, une légère boursouflure dont l'aspect rappelle assez bien la surface glacée de certains gâteaux. Cette apparence

(') Nous avons publié cette expérience en avril 1887. C'est sur elle que nous nous sommes fondés, M. Widal et moi, pour donner aux souris lïmmunité contre le bacille typhique, par l'injection de produits solubles de ce même bacille. — Dans un bon mémoire, M. Casser (Thèse de Paris, 1890) attribue la découverte de ce fait à Carré. C'est une erreur. Le travail de M. Carré a été publié trois mois après le nôtre (Correspondenzblalt f. sclm:eizer Aerz-te, juillet 1887).

lA CHANTEMESSE.}

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est parfois si légère qu'elle peut passer inaperçue pour un œil inexpérimenté , elle est d'ailleurs beaucoup plus rare que la première.

Ensemencé sur de la purée de pomme de terre tassée dans un ballon placé à l'étuve, le bacille prospère sans montrer de culture apparente pendant un certain temps, mais, au bout de quinze jours, la surface de la purée desséchée prend une coloration foncée.

Buchner a montré que l'alcalinisation préalable des tranches de pommes de terre par une solution de carbonate de soude laissait se développer, après ensemencement, une culture de bacilles typhiques luxuriante et d'aspect jaunâtre.

Parfois même, sans alcalinisation préalable, la culture sur pommes de terre prend une teinte jaunâtre ; ce fait se remarque surtout quand la semence provient de cultures conservées longtemps dans les laboratoires. Les cultures sur les vieilles pommes de terre (Escherich), sur la pomme de terre dite de Hollande (Péré), ne présentent aucun caractère spécifique. Aussi a-t-on conseillé l'emploi d'un milieu de pomme de terre artificielle, de composition invariable, tel que celui de Petermann (').

Le bacille typhique est facultativement anaérobie ; il se cultive toutefois moins abondamment dans le vide ou dans l'hydrogène, qu'en présence de l'oxygène ou de l'air, comme l'ont établi les expériences de M. Roux et les nôtres.

Les formes prises par les colonies sur les plaques de gélatine à 10 0/0 ensemencées suivant le procédé de Koch, méritent d'attirer l'attention. Dans les cas types, les colonies se présentent larges comme une forte tète d'épingle, minces, pelliculaires, nacrées, transparentes; les jours suivants, malgré l'accroissement de volume, la transparence et la teinte bleuâtre persistent. Au bout de 5 ou 6 jours, elles ont atteint la dimension d'une lentille, leur contour est devenu irrégulier, découpé comme les côtes d'une île, plus mince en général que leur centre, et leur surface est granuleuse. Examinées à un faible grossissement, elles paraissent parcourues dans toute leur étendue par des sillons plus ou moins profonds, parfois disposés d'une façon l'ectiligne, comme les nervures d'une feuille. Souvent leur surface est plus tourmentée encore et toute la colonie semble formée de circonvolutions analogues à celles d'un intestin grêle enroulé sur lui-même. La combinaison de ces deux aspects, jointe à la coloration brillante de l'ensemble, donne à la colonie l'aspect d'une montagne ou d'une mer de glace.

Cette forme est loin d'être constante et la culture sur gélatine est essentiellement polymorphe. Souvent, en effet, les colonies sur plaques restent petites, nettement circulaires, régulières à leur surface comme dans leurs contours. Dès lors, elles n'ont plus aucun caractère distinctif avec nombre de germes qui pullulent dans tous les milieux organiques. Elles sont, dans ce cas, restées à leur première phase de développement; lorsqu'elles apparaissent en effet, elles se présentent toujours sous cette forme de petit disque circulaire. En se développant, elles semblent se fragmenter; des lignes de pénétration s'enfoncent de la périphérie vers le centre, et les contours prennent un aspect sinueux. Ces déformations s'accentuent à mesure que la colonie se développe et, après une série de transitions, l'aspect finit par avoir la caractéristique indiquée plus haut. Lorsqu'on fait des plaques avec des vieilles cultures, il arrive que les colonies, alors même qu'elles ont assez de place pour s'étaler,

(') RÉMY et SuGG, loc. cit., ]). (38.

ÉTIOLOGIE.

restent à l'état de petit disque circulaire, s'arrctant dans leur développemenl. Pour rendre aux colonies du bacille leur aspect de développement typique, il suffît de faire passer le virus, une ou plusieurs fois, par le corps de la souris.

La difficulté de la recherche des colonies sur plaques tient donc à leur polymorphie ; elle est encore accrue par ce fait que, même sous leur aspect le plus caractéristique, elles peuvent être confondues avec les colonies d'un certain nombre de microbes. Il ne faut jamais se départir d'une prudence extrême lorsqu'on recherche le bacille de la fièvre typhoïde dans un milieu quelconque. La forme de la colonie sur plaques est le guide pour aller à sa découverte, mais ce peut être un guide trompeur. Avant d'affirmer la présence de l'agent pathogène, la nécessité s'impose de constater les caractères morphologiques et les multiples réactions de culture, d'agglutination, etc.

G. d'Abundo(') fit le premier la remarque que la culture du bacille typhique, dans un bouillon teinté de fuchsine, de bleu de méthylène ou de brun de Bismarck, décolorait le liquide au bout de quelques jours, tandis que les microbes prenaient la matière colorante.

Birch-Hirschfeld (^), revenant sur cette étude des milieux liquides colorés par le sulfate de rosaniline ou la purpurine, crut voir la spore typhique dans une condensation du protoplasma, qui avait fixé d'une manière plus intense la matière colorante à l'extrémité du bacille.

Depuis lors, Naggerath, Grancher et Deschamps, Gasser, Cassedebat, Wiirlz, Ramond, ont cherché dans les modifications imprimées aux milieux de culture colorés, dés moyens de reconnaître le bacille typhique.

Ce germe fait-il des spores? possède-t-il une forme de durée analogue à celle que l'on connaît chez la bactéridie. charbonneuse ou chez le bacille du tétanos?

11,. f^'G. 2. — Cullure sur plaque

On comprend 1 importance exlrème de cette donnée ' de séiatine.

pour la connaissance entière de l'étiologie de la fièvre

typhoïde.

Gaffky, le premier, avait constaté dans des cultures de bacilles lyphiques, faites sur la pomme de terre et laissées à l'étuve pendant 5 ou i jours, la présence, à l'extrémité des bâtonnets, d'une petite sphère claire réfringente, insensible aux matières colorantes qui teignaient le reste du bacille. Il les regarda comme des spores {emhtundige Sporen).

Nous avons, M. Widal et moi ("), retrouvé ces mêmes formes et, en raison <le la persistance de leur vitalité, malgré la dessiccation prolongée, et de leur résistance assez grande à la chaleur humide, nous avions adopté l'opinion de Gaffky, à laquelle s'était aussi rangé Birch-Hirschfeld, pour les raisons dites plus haut. Mais les travaux de Buchner(*^) et de Pfûhl(=*) sont venus démontrer que les petites sphères qui se trouvent aux extrémités de certains bacilles ne possédaient pas les qualités des véritables spores. Si on étale sur des lamelles

(') G. d'Abundo, Riforma medifa, déc. 1887. (-) Archiv. fiir Hyg., p. 5il, 1888.

("') Chantemesse el Widal, Reclierclies sur le bacille typhique et l'étiologie de Ja fièvre typhoïde; Archiv. de Phyaiol., 1887.

('') H. BucHNER, Cenlralhlall f. Bakter., 1888, n° l^. (S) Pfuhl, ihid., nov. 1888.

[A CHANTEMESSE.'\

FIÈVRE TYPHOÏDE

de verre stérilisées des cultures de bacilles typhiques de provenances difîérentes avec et sans apparence sporulaire, et que l'on soumette ces lamelles ainsi préparées à une température sèche de 60" pendant 1 heure, les seuls bacilles qui ne soient plus susceptibles de redonner des cultures sont précisément ceux qui ont l'apparence sporulée. Ils se montrent donc moins résistants que les bacilles ordinaires. Pfïihl a établi que, quels que soient le milieu de culture et la température ambiante, on ne pouvait obtenir des microbes d'Eberth qui résistassent 20 minutes à la température humide de 60".

Il faut donc regarder les petites sphères terminales de certains bacilles typhiques comme des altérations protoplasmiques dégénéralives, et les rapprocher de celles qui se montrent dans la partie centrale du microbe.

L'étude des conditions de température au delà desquelles le bacille typhique ne peut vivre a été faite par divers auteurs. Dans notre travail nous avions mentionné brièvement l'expérience suivante : un tube qui renferme une culture de bacille typhique dans le bouillon est muni d'un thermomètre plongeant dans la culture. Le tube et son contenu sont mis au bain-marie dans l'eau bouillante. Le thermomètre indique bientôt que la température de la culture s'élève rapidement. Des échantillons sont pris et ensemencés au moment où le thermomèire indique 60-70"; ils se montrent tous fertiles. A une température plus élevée les semences restent stériles. Cette expérience a le défaut de ne pas tenir compte de la question du temps pendant lequel une température donnée est supportée.

Pfûhl a vu qu'une température humide de 60", maintenue pendant 20 minutes, tuait tous les bacilles; si la températiu-e n'atteignait ce chiffre que pendant dix minutes, la destruction n'était pas complète. Sternberg et Janowsky ('), étudiant de leur côté ce même problème, ont déclaré qu'une température humi'de de 57", soutenue pendant dix minutes, suffisait pour détruire une culture de bacilles typhiques dans du bouillon.

Les divers résultats obtenus par les expérimenta leurs précédents dépendent certainement des qualités de résistance variables de leurs cultures.

Quelle est, d'autre part, l'influence des abaissements thermiques sur la vitalité du microbe d'Eberth? Comment se comporte-t-il dans le sol, dans l'eau pendant les gelées? C'est là une importante question d'hygiène.

Nous avions signalé, M. Widal et moi(^), que de l'eau chargée de bacilles typhiques et congelée dans la cour du laboratoire pendant plusieurs nuits de l'hiver 1886 avait conservé des germes fertiles. Prudden (•"') observa qu'un centimètre cube de glace, infectée de microbes d'Eberth, maintenue pendant o mois à une température variant entre — l"et — 11" C, contenait encore à cette date plus de 7 000 germes vivants ; toutefois, si les alternatives de congélation et de fusion de l'eau étaient répétées 5 fois par jour, la destruction des bacilles était complète en 5 jours.

.lanowsky ('') a conservé dans le bouillon des bacilles typhiques vivants du 1 7 janvier 1 889 au 5 février. Le bouillon était exposé dans la cour du laboratoire de Kiew, et pendant cette période de 18 jours il fut congelé par le froid extérieur 4 fois: dans l'intervalle des gelées, le bouillon était redevenu liquide. La

(') Centralblatl f. BakterioL, Bd VIII, n" 14 et 15. (^) Loc. cit.

(^) On bacteria in ic.e and their relations to diseases with spécial référence to the ice supply of New-York cily; The médical Record, vol. XXXI, 1887, Mardi 26. (*) Loc. cit.

ÉTIOLOGIE.

dernière gelée, très intense, qui survint le 5 février et dura 3 jours, mit fia à la vie des bacilles.

Que deviennent ces bacilles soumis au froid, en dehors d'un milieu humide qui favorise si puissamment l'action de la température sur eux, dans certains sols par exemple? La réponse à cette question n'a pas encore été donnée par l'expérimentation ('); il est probable que la vie de ces germes dans ces milieux doit être longue, puisque dans un bloc de glace qui reste sans fusion ils résistent plus de 5 mois. L'acidité ou l'alcalinité du terrain est un facteur important du résultat; le second cas est plus favorable à la conservation du germe que le premier.

La dessiccation n'atteint la vitalité du microbe qu'au bout d'un certain temps. Uffelmann a pu conserver plus de deux mois des bacdles d'Eberth vivant dans du sable ou de la terre desséchés.

Action de la lumière. — La lumière solaire possède une action destructive sur le bacille de la fièvre typhoïde (Gaillard, Germano, Malvoz, H. Vincent(^). Les expériences de Janowsky (') ont montré que des cultures de bacilles typhiques, après 4, 6 ou 8 heures d'exposition au soleil de mai, perdaient tout pouvoir de se développer. Les bouillons étant restés nutritifs, c'est sur le microbe même qu'avait agi la lumière solaire. La lumière diffuse possède une influence dépressive moindre, mais fort importante encore. Si on expose à la lumière d'une fenêtre qui ne reçoit jamais de soleil un tube Pasteur à 2 branches contenant du bouillon dans lequel on vient d'ensemencer du bacille typhique, l'une des branches recouverte d'une double enveloppe de papier noir et de papier blanc et l'autre nue, on voit que le bouillon de la branche recouverte se trouble toujours avant celui de la branche nue.

Dans les expériences de Gaillard et de Janovi^sky, l'action de la lumière se complique de l'action de la chaleur; toutefois ce sont moins les rayons caloriques que les rayons chimiques qui jouent le rôle prépondérant. Les solutions de matières colorantes qui préservent le plus longtemps du noircissement un papier sensible qu'elles abritent de la lumière, sont aussi celles qui préservent le mieux de la mort le bacille typhique. La suppression des rayons chimiques équivaut donc à peu près à l'obscurité. On comprend toute l'importance de ces notions au point de vue de l'hygiène (*).

Action de l" acide chlorhydrique. — Le bacille typhique, avant de se cultiver dans l'intestin, franchit la cavité stomacale; il est donc important de connaître

(*) Voyez plus loin les importantes recherches de MM. Grancher et Deschamps.

(^) Gaillard, De l'influence de la lumière sur les micro-organismes, Lyon 1888. — Germano, Résistance du bacille d'Eberlh aux agents atmosphériques. Zeitsch. f. Hyg. u. Jnfeclions Kr. 1897, p. 403. — H. Vincent, Influence de la lumière solaire sur le bacille d'Eberth; Revue d'hygiène, mars 1898. — Malvoz, Anii. de Vlnst. Pasteur, juillet 1897.

Ô Cenlralhlall f. Bakter., 1890, n- 6 et 8.

(*) Nous n'envisageons ici que l'action de la lumière sur la vitalité du germe, et non sur sa toxicité, c'est-à-dire sur la nature des produits qu'il sécrète. Les renseignements font défaut pour juger ce dernier point. Il est probable cependant que l'action de la lumière est ici très puissante. En 185-i, M. Pautevr {Comptes rendus) a montré que l'action de la lumière sur la quinine et la cinclionine les transformait en quinicine et en cinchonicine, et il indiquait l'utilité de protéger contre la lumière l'écorce des arbres à quinquina. Celte recommandation, mise à proht dans l'Inde et à .Java, a créé dans ces pays une grande source de richesses. Depuis une trentaine d'années, dans ces deux régions, les troncs et les branches des arbres à quinquina sont entourés de mousses.

FIÈVRE typhoïde.

l'action que peut exercer sur lui le suc gastrique sécrété par l'estomac pendant vine période de digestion normale. Plusieurs savants ont étudié ce problème. Spallanzani (') avait déjà parlé du rôle « antiseptique » du suc gastrique. Seitz(-), immergeant pendant 3 jours des bacilles typhiques dans un liquide à 0,5 p. i 000 (taux de l'acide chlorhjdrique de la digestion de l'homme), vit que des bacilles avait conservé toute leur vitalité. Nous-même(') avons étudié la résistance de ce microbe plongé dans une substance nutritive imprégnée d'acide chlorhydrique. Nous avons vu qu'un quart de goutte, une demi-goutte d'acide chlorhydrique pur ajouté à dix centimètres cubes de gélatine nourricière neutre, n'empêchait pas entièrement le développement du bacille typhique. Lorsque l'acidité est plus forte, le bacille ensemencé ne se cultive plus, mais il conserve encore plusieurs jours sa vitalité. Straus et Wiirtz(*) ont repris ces expériences en opérant sur le suc gastrique pur. Ils ont montré que toute l'action antiseptique de ce suc était due à l'acide chlorhydrique, et non à la pepsine. Immergés dans le suc gastrique pur ou dans l'acide chlorhydrique en solution aqueuse à 0,9 pour I 000, les bacilles typhiques résistent 2 heures et succombent après 5 heures; mais, comme l'ont indiqué ces savants, leurs résultats représentent l'effet antiseptique maximum que l'on puisse obtenir avec le suc gastrique pur, c'est-à-dire dans des conditions qui ne se réalisent jamais dans la digestion physiologique. En outre le bacille d'Eberth, mélangé aux aliments gras, tels que le lait, le beurre, les graisses, résiste très bien à l'action du suc gastrique (Silvestrini et Baduel(^).

De ces expériences il résulte que la protection que nous offre le suc gastrique contre le bacille typhique est faible à l'état normal et encore plus faible dans les états pathologiques, tels que la dyspepsie, etc.

Substances solubles élaborées par le bacille typhique. — Brieger C') a réussi à extraire des vieilles cultures typhiques une ptomaïne qu'il a appelée typhotoxine, et dont le pouvoir vénéneux est très grand. C'est une poudre blanche encore très mal connue. Son hypochlorate donne avec l'acide phosphomolybdique un précipité blanc; avec l'acide picrique et le chlorure d'or, un précipité jaune; avec une solution d'iode, un précipité foncé ; avec de l'acide tannique, un pi^écipité jaune foncé. Il ne se produit pas de réaction avec le chlorure de platine.

Cette substance représente-t-elle tous les produits toxiques élaborés dans les milieux où le bacille typhique a vécu? Assurément non. Si on rapporte aux produits sécrétés par ce microbe les déductions des belles recherches chimiques et physiologiques que MM. Roux et Yersin ont faites sur les produits du bacille de la diphtérie, et MM. Arnaud, Charrin et Gley(-) sur les substances élaborées par le bacille pyocyanique, on reconnaît combien la question est complexe. Nous avons vu que tous les produits du microbe d'Eberth rendaient le terrain de culture réfractaire au développement de ce germe, que là où il avait vécu il « vaccinait » la gélatine, observation confirmée par Garré et par Freudenreich (*). Ces produits solubles vaccinent les animaux et aussi l'homme proba-

(^) Cité par M. Straus, Archiv. de médecine expcr., 1889. (-) Seitz, loc. cit.

(') Chantemesse et Widal, Archiv. de physiol., 1887, p. 200.

('*) Straus et Wûrtz, Archiv. de médecine expér., 1889.

(°) Silvestrini et Baduel, Acad. de méd. de Florence, 28 février 1898.

(*^) Weilere Untersuchuïujen liber Ptomaïne, 1885.

(') Charrin et Gley, Soc. de biologie, 1890. — Arnaud et Charrin, Comptes rendus, 1891. (S) Annal. Inst. Pasteur, 1888, p. 200.

ÉTIOLOGIE.

blement, car M. Bouchard (') a vu qu'ils s'éliminaient par l'urine des typhiques, et ce savant est parvenu à rendre des souris plus résistantes contre le virus typhique par l'inoculation préalable de l'urine d'un malade atteint de dothiénentérie.

Le travail de Brieger et C. Frânkel (^) a apporté des faits nouveaux. Appliquant à l'étude des produits sécrétés par le bacille typhique les procédés d'analyse chimique qu'ils avaient utilisés dans leurs recherches sur les toxines diphtériques, ces savants ont filtré à travers la bougie Chamberland des cultures de bacilles typhiques dans du bouillon. Le liquide filtré a été évaporé dans le vide à 50" jusqu'à réduction au tiers, puis additionné de dix fois son volume d'alcool et de quelques gouttes d'acide acétique. Le précipité qui se forme est recueilli sur un filtre, dissous dans l'eau et enfin saturé avec du sulfate d'ammoniaque et soumis à la dialyse. La liqueur se sépare en 2 parties : une qui traverse la membrane et qui se montre inactive par l'inoculation aux animaux; une autre qui reste sur le dialyseur. Cette dernière donne les réactions de l'albumine ordinaire. Elle s'éloigne de la sérine par son défaut, ou tout au moins par son très faible degré de solubilité dans l'eau. Elle diffère de la globuline parce qu'elle ne dissout que très difficilement dans le chlorure de sodium. Les cobayes sont peu sensibles à l'inoculation sous-cutanée de cette toxoalbumine; les lapins, au contraire, succombent 8 à 10 jours après une inoculation dans le tissu cellulaire sous-dermique. A l'autopsie on ne trouve pas de lésions anatomiques qui attirent l'attention.

Je ne crois pas que cette toxo-albumine représente la totalité ni même la majeure partie des substances toxiques élaborées par le microbe d'Eberth. Son inoculation aux animaux ne reproduit pas les lésions anatomiques que donne l'injection d'un bouillon où ont vécu des bacilles typhiques, ni surtout celles que produit l'infection typhique expérimentalement provoquée. Il est possible que cette toxo-albumine ne doive sa puissance qu'à une autre substance contenue dans la liqueur et qu'elle entraînerait avec elle en se coagulant. Ce qui autorise cette hypothèse, c'est que la tôxo-albumine que Brieger et C. Frânkel ont retirée des cultures de la diphtérie est cinquante fois moins active que la diastase extraite de ces mêmes cultures par Roux et Yersin. Or, les savants français qui ont fait le premier travail sur ce sujet considéraient déjà leur substance revêtue de quelques-uns des caractères des diastases comme un produit très impur.

M. Sanarelli (1894) en laissant macérer pendant six mois des cultures de bacilles typhiques faites dans du bouillon glycériné a obtenu un liquide à peu près clarifié par décantation qui se montrait toxique pour les animaux. Il est évident cependant que le poison de la fièvre typhoïde tel qu'il se sécrète dans le corps de l'homme n'est pas le résultat d'une macération tardive de microbes qui ont pénétré dans le corps ; ce poison est fabriqué rapidement ; il est soluble, diffusible et spécifique, comme en témoigne son passage dans l'urine. C'est ce poison qu'il faut avoir pour immuniser des animaux contre l'intoxication typhique et obtenir l'antitoxine.

J'ai pu saisir ce produit soluble, fabriqué rapidement dans les cultures par le bacille d'Eberth et séparé par la filtration des microbes vivants. Il était ainsi

C) BouciiARO, Leçons sur les nulo-inloximlions.

(*) Untorsuchungen ûbcr Balileriengifte ; Bcrliner klinisclie Wochenschr., n" 11 et n° 12, mars 1800.

FIÈVRE typhoïde.

isolé des produits plus ou moins complexes que la macération extrait du corps de n'importe quel microbe, du bacille d'Eberth ou de tout autre.

Soluble, cette toxine difïère du poison obtenu par Sanarelli en ce sens qu'elle est fabriquée rapidement dans le milieu de culture et que rapidement aussi elle disparaît, sous l'influence de l'oxygène atmosphéi'ique. Je l'obtiens maintenante) semant un bacille typhique très virulent (pris dans un sac de collodion enfoui dans le péritoine d'un cobaye) et * forte dose, dans un bouillon fabriqué par la digestion d'une rate dans un milieu acide à l'aide de la pepsine d'un estomac de porc. En cinq ou six jours on obtient une toxine soluble très active, dont la toxicité disparaît presque au bout de quinze à A'ingt jours sous l'influence de l'oxygène atmosphérique. En effet, le contact de l'air altère l'apidement cette toxine, tandis que le chauffage à 58" pendant une heure ne semble pas diminuer son activité; le chauffage à 100" pendant un instant la dépouille de la majeure partie de son pouvoir vénéneux. Il suffit d'acidifier avec l'acide tartrique une dose mortelle pour affaiblir sa puissance ; celle-ci reparaît, si on redonne au milieu sa réaction alcaline primitive. J'indiquerai plus loin les réactions de physiologie pathologique que l'injection de cette toxine provoque chez les animaux.

Diagnostic du bacille d'Eberth. — Depuis quelques années les recherches sur les caractères morphologiques, biologiques, pathogènes du bacille d'Eberth ont été tellement multipliées qu'il en est résulté des renseignements précis permettant, dans l'état actuel de la science bactériologique, de distinguer ce germe de tous les microbes connus.

Lorsqu'on se trouve en présence d'une bactérie que l'on suppose être le bacille d'Eberth, et qu'on veut s'assurer de son identité, on doit avoir recours aux méthodes d'investigation suivantes : tout d'abord obtenir une culture pure du microbe — cela n'est pas toujours facile, ni même possible ; nous verrons plus tard la raison de ce fait. — La culture obtenue, on fait des examens à l'aide de préparations microscopiques et de colorations ; on transplante la semence dans divers milieux ; on étudie les propriétés pathogènes ; on recherche la faculté d'agglutination vis-à-vis d'un sérum spécifique.

A. Examen microscopique. — Le bacille typhique a les propriétés de longueur, de dimensions, de mobilité dont nous avons parlé. Il ne conserve pas la couleur après l'emploi de la méthode de Gram. La coloration des cils faite dans des conditions convenables (Lôffler, NicoUe et Morax) les montre très nombreux, très ondulés. Il y a à ce point de vue une différence marquée entre le nombre des cils et la quantité de tours de spire qu'ils décrivent, quand on observe le vrai bacille typhique, ou simplement une quelconque des espèces microbiennes qui ont avec lui des ressemblances. Dans ce dernier cas, les cils sont moins nombreux, moins longs, moins ondulés (coh-bacille).

B. Cultures dans divers milieux. — Je ne parlerai pas des caractères de culture du bacille typhique dans tous les milieux, mais seulement dans ceux qui servent au diagnostic de ce microbe.

Dans la gélatine peptonée à 10 pour 100, dans les plaques faites avec cette

(') Chantemesse, Soc. de biologie (janvier 1897) et Congrès de Madrid (avril 1898).

ÉTIOLOGIE.

gélatine ou avec le milieu d'Elsner, les colonies typhiques prennent au bout de 48 heures et au delà, à la température de 20" un aspect particulier finement granuleux, transparent, sans liquéfaction; elles affectent, lorsque la culture est plus développée, l'apparence des circonvolutions d'un intestin enroulé ou d'une montagne de glace. Par leur transparence, leur blancheur, leur apparence nacrée, les nervures qui les parcourent, ces colonies présentent déjà des caractères bien particuliers. Cependant l'examen sera poursuivi, des préparations microscopiques seront faites et des ensemencements dans divers milieux et en particulier dans le bouillon, l'eau peptonée, le bouillon lactosé, la pomme de terre, le lait.

Dans le bouillon et l'eau peptonée, si le bacille est très virulent, ensemencé en grande masse, dans une grande quantité de liquide, on peut percevoir au bout de vingt-quatre heures une odeur un peu désagréable exhalée de la culture. Au bout de quarante-huit heures cette odeur a disparu et les jours suivants et plus tard il n'y a plus trace d'odeur mauvaise, mais seulement un relent de bonne viande rôtie, qui ne peut en aucvme façon être confondue avec l'odeur de putréfaction que donne au bout de quelques jours la culture du coli-bacille. Dans l'eau peptonée la culture du bacille typhique, même au bout de plusieiir^ jours, ne donne jamais la réaction de l'indol. L'addition d'une petite quantité d'une solution d'azotite de potasse à 1 pour 10 000 et ensuite de quelques gouttes d'acide sulfurique, ne change pas la couleur du milieu, tandis que s'il s'agit d'une variété quelconque de colibacille, la culture au bout de quelques jours, traitée par les réactifs précédents, fait apparaître la réaction rougeàtre indol-nitreuse. L'absence de cette réaction est donc un caractère très important du bacille typhique . ^,

, > 1 i' 1- 1- <■£■ I Img. û. - Flagella du Ijacille typhique.

Kitasato . Un autre caractère distmctii du „ , ,.

^ ' Reproduction

microbe, le plus rapide et un des plus sûrs, d une photographie de mm. Roux et Burais.

est celui que fournit la culture dans le

bouillon lactosé (2 pour 100) additionné d'une petite quantité de carbonate de chaux (Chantemesse et Widal) ; en cinq ou six heures, grâce à ce milieu de culture, on peut être fixé sur un des éléments essentiels du diagnostic, savoir si le germe soumis à l'analyse appartient au groupe des coli bacilles ou s'il est de race typhique. Dans le premier cas, s'il s'agit de germe coli-bacillaire, on voit apparaître à la surface du bouillon lactosé et carbonaté de fines bulles gazeuses, indice de la fermentation de la lactose. Dans les heures qui suivent, la réaction augmente, puis elle s'épuise et, après quelques heures écoulées, la réaction pourrait paraître négative, si la surveillance du bouillon n'avait pas été pratiquée plus tôt. Jamais et à aucun moment le bacille typhique ne donne la moindre bulle de gaz dans ce milieu lactosé. A qui sait manier cette réaction, elle donne, je le répèle, une réponse catégorique en cinq ou six heures. En même temps que dans le bouillon lactosé, il faut ensemencer dans du lait le microbe qu'on soupçonne être du bacille typhique. Dans le lait le bacille d'Eberth se cultive parfaitement et reste vivant pendant des mois sans modifier

TRAITÉ DE MÉDECINE, 2« étlit. — II. 2

[4 CHANTEMESSE. i

en quoi que ce soit la couleur, l'apparence, riiomogénéité du liquide qui reste un peu acide. Tandis que le coli-bacille, même atténué, finit au bout de sept à huit jours et souvent beaucoup plus tôt par amener une coagulation soit complète, soit parcellaire du liquide. Au bout de ce temps, l'agitation du lait permet de l'econnaître la présence de petits grumeaux, lesquels sont toujours absents quand la culture est faite avec le bacille typhique. Il est certains microbes étrangers au bacille d'Eberth qui, après avoir ébauché des phénomènes de coagulation dans le lait, le rendent au bout de quelques jours à peu près limpide par peptonisation et fluidification des caillots, mais en pareil cas, la réaction du lait est alcaline, ce qui est tout le contraire de ce que présente le lait fluide qui sert de culture au bacille typhique.

La pomme de terre avec sa culture typhique à peine visible sur la surface d'une tranche est aussi un moyen de diagnostic capable de rendre des services.

C. Propriétés pathogènes. — Ces propriétés peuvent être utilisées pour le diagnostic du microbe à deux points de vue. On peut rechercher les modifications anatomiques et symptomatiques que provoque à dose suffisante l'inoculation du bacille d'Eberth (voir page 25) et tenir compte en particulier de l'intensité des phénomènes diarrhéiques et de la congestion intestinale. On peut aussi provoquer l'apparition du phénomène de Pfeiffer : le vrai bacille typhique étant rapidement englobé par les leucocytes disparaît vite dans le péritoine d'un animal vacciné contre le bacille typhique, tandis que les microbes pseudo-typhiques ne disparaissent pas et se cultivent.

Un procédé de diagnostic qui offre de la sécurité, mais qui est un peu long, consiste à inoculer à un cobaye des doses croissantes du microbe qu'on soupçonne être du bacille typhique et au bout de 8 à 10 jours examiner les propriétés agglutinantes acquises par le sérum de l'animal. Si ce sérum fait preuve, même à dose diluée, de propriétés agglutinantes vis-à-vis d'un échantillon de vrai Iracille typhique, on doit penser que le microbe inoculé sous la peau de l'animal appartenait bien à la race du bacille d'Eberth.

D. Propriétés agglomérantes ou agglutinantes. — Nous sommes ici sur un terrain qui va nous permettre d'achever la réunion des caractères qui impriment au bacille d'Eberth sa physionomie bactériologique. Pfeiffer avait vu qu'une petite quantité de sérum pris sur un animal immunisé contre le bacille typhique jouissait de propriétés préventives très puissantes contre l'infection par ce même microbe. Avant le travail de Pfeiffer, j'avais constaté avec M. Widal, chez un malade du service de mon ami le T)'^ Faisans, l'existence dans le sang, au dixième jour de la fièvre typhoïde, d'une propriété préventive très puissante contre l'infection expérimentale du bacille d'Eberth. Notre travail publié en 1892 {Ann. de Vlnstltut Pasteur) signalait pour la première fois que le sérum des typhiques, en cours de maladie, possédait des propriétés spécifiques particulières contre l'infection par le bacille d'Eberth. Cependant Bordet, sous l'inspiration de Metchnikoff, montrait que le phénomène de Pfeiffer n'avait pas besoin du péritoine d'un animal vacciné pour être mis au jour. Bordet fit voir que le phénomène d'altération physique du microbe s'observait in vitro sous l'influence d'un sérum spécifique. Charrin et Roger avaient antérieurement constaté que le sérum d'un lapin vacciné contre le pyocyanique agglutinait ce microbe.

ÉTIOLOGIE.

Après le travail de Bordel, Gruber et Durham étudièrent longuement les moyens d'établir le diagnostic du bacille typhique en faisant agir sur lui in vit ro le sérum d'animal vacciné, et le sérum d'homme guéri de la fièvre typhoïde. Ils purent ainsi établir que le vrai bacille typhique se faisait remarquer par sa sensibilité particulière vis-à-vis des propriétés agglutinantes du sérum des animaux vaccinés, et des hommes guéris de la fièvre typhoïde. Ainsi fut constituée la connaissance du séro-diagnostic du bacille d'Éberth. M. Widal ayant découvert que la propriété agglomérante n'existait pas seulement dans le sérum des typhiques à la fin, mais dans le cours même de leur maladie s'est servi de ce procédé pour faire non plus le séro-diagnostic du bacille d'Eberth, mais le séro-diagnostic de la fièvre typhoïde.

Aujourd'hui la technique est fixée. Quand on possède un sérum spécifi(iue qui agglomère un échantillon de vrai bacille typhique à une dose donnée, dose que l'on peut chercher très facilement en faisant des dilutions successives de plus en plus étendues, on fait agir la dilution agglutinante minima sur une culture en bouillon du mici^obe soumis à l'investigation. Si l'agglutination se produit dans ce dernier cas, c'est-à-dire dans la Iculture du microbe suspecté, comme elle se produisait dans celle du bacille authentique, sensiblement aux mêmes doses et dans le même laps de temps (deux heures au maximum) on en conclut que les deux germes agglomérés appartiennent à la même espèce et ([ue l'un étant typhique, l'autre l'est aussi. Il est bien évident que le [défaut de similitude dans les réactions entraîne la conviction que les deux microbes sont de races différentes. La question de dose de la dilution du sérum spécifique révélateur est, on le conçoit, très importante. — En effet, le sérum agglutinant typhique peut, à dose concentrée, présenter quelque action sur divers microbes, coli-bacille, bacille de la psittacose de Nocard, etc., mais à dose très diluée le vrai bacille typhique seul est touché par lui. — Il faut donc, en se servant de ce moyen de diagnostic par le sérum révélateur, faire la comparaison du microbe suspect et d'un bacille typhique authentique. (Voir pour plus de détails le chapitre du Diagnostic de la fièvre typhoïde.)

Un nouveau procédé de diagnostic entre le coli-bacille et le bacille typhique a été indiqué par Laschlschenko : le sang défibriné du lapin est bactéricide pour les cultures du bacille d'Eberth et ne l'est pas pour les cultures jeunes du colibacille.

Recherches sur le cadavre. — La présence du bacille typhique est constante, dans la période d'état de la maladie, et sa disparition s'effectue avec le déclin de celle-ci. Sa constatation seule peut lever les doutes dans les cas où le diagnostic anatomique est hésitant. Cette recherche se fait sur les coupes colorées api ès durcissement (') et sur la culture des organes à l'état frais.

Dans un travail antérieur j'ai rapporté une statistique faite avec M. Widal, dans laquelle nous avons pu isoler onze fois sur douze autopsies le bacille

(') Pour la coloration des coupes, je signale la méthode de Kuhne : des couiics fines sont pratiquées sur un fragment de tissu durci el enrobé dans la paraffine suivant le [irocédé ordinaire. La coupe portée sur la lame, on fait disparaître la paraffine par l'action du xylol puis de Talcool absolu. On vei'se alors sur la coupe quelques gouttes d'une solution colorante contenant : eau 100 grammes, acide phénique 5 grammes, bleu de mélhjiène 1 gramme, alcool 10 grammes. On laisse la matière colorante en contact avec la coupe pendant 15 ou 39 minutes; on essuie au papier brouillard, on lave avec quelques gouttes d'eau distillée, puis on fait agir soit l'huile d'aniline pure, soit l'huile d'aniline saturée d'auramine pour obtenir la double coloration. On rince avec l'huile d'aniline pure, [mis avec le xylol, et l'on ajoute le baume de Canada. Si l'on veut colorer plus rapidement, il suffit, au bout de i à

[.4. CHANTEMESSE.;i

FIÈVRE TYPHOÏDE

trEberlh, souvent même à l'état de pureté. Frânkel et Simmonds ont de la sorte cultivé ce microbe25 fois sur 29 autopsies. Rheiner 5 fois sur 7, Seitz 22 fois sur 24, et A. Frânkel, Heumann, Kefuhl et Merkel l'ont obtenu presque constamment dans leurs recherches. Les organes dont nous avons pu retirer le microbe de la fièvre typhoïde se répartissent de la façon suivante :

Foie, rate, ganglions mésentériques, plaques de

Peyer , . constamment.

Muscle cardiaque 2 fois.

Poumons atteints de bronchite, de broncho-pneumonie ou de pneumonie typhoïde 6 fois.

Méninges du cerveau i fois sur 8 recherches.

Testicules d'un homme mort en pleine période d'état 1 fois sur 1.

J'ajoute que plusieurs fois j'ai essayé d'isoler le bacille typhique du sang du cadavre, mais toujours sans succès. Sa présence doit y être absolument exceptionnelle, puisque Frânkel et Simmonds, après nombre de recherches, n'ont pu en trouver qu'une seule colonie.

Sa constatation dans les poumons permet de comprendre les manifestations si fréquentes observées, dès le début de la dothiénentérie, vers les bronches ou le poumon. Son siège dans les centres nerveux nous explique les troubles neurof)athiques si graves, apparaissant au cours de la maladie.

Dans un cas de paralysie spinale aiguë survenant pendant l'évolution d'une dothiénentérie, Curschmann a trouvé dans la moelle épinière des bacilles typhiques. Vaillard et Vincent (') ont aussi constaté la présence de ce germe dans les centres nerveux. Depuis que les recherches se sont multipliées, il est bien peu d'organes ou d'humeurs de l'économie dans lesquelles on n'ait pu la déceler.

Parfois à l'autopsie des typhiques, surtout après une longue maladie, on trouve dans les organes, à côté du bacille type, ou même à son exclusion, d'autres germes plus ou moins rapprochés de lui par leurs caractères de forme, de cultures, de propriétés, mais qui cependant peuvent en être distingués.

Le plus souvent les viscères renferment, à côté du bacille typhique, d'autres germes parmi lesquels le coli-bacille et le streptocoque; il s'agit d'une infection agonique ou cadavérique, plus rarement d'une infection secondaire contractée pendant la vie. L'isolement du bacille d'Eberth, parfois des plus délicats, est facilité par l'emploi du milieu cVElsner, milieu pauvre, dans lequel l'acide phénique, dont nous avions jadis recommandé l'emploi, est remplacé par un autre antiseptique, l'iodure de potassium ('). Voici le mode de préparation : on écrase soigneusement 500 grammes de pommes de terre, qu'on fait ensuite macérer 5 ou 4 heures dans 1 litre d'eau; le liquide est passé sur un tamis, et laissé au repos pendant 12 heures. On décante avec soin, et l'on ajoute de 150 à 250 grammes de gélatine, qu'on fait fondre à feu doux. La réaction du produit est très acide; aussi l'additionne-t-on d'une certaine quan-

minutes d'imprégnation par le bleu de méthylène, de passer la coupe quelques seeondes seulement dans une solution alcoolique de tannin au dixième (Nicolle), puis de laver soigneusement à l'eau distillée. La coupe est déshydratée et montée dans le baume suivant la méthode classique. On peut remplacer dans la formule le bleu de méthylène par la thionine; la coloration se fait en deux minutes, et résiste parfaitement à la déshydratation par l'acool absolu, l'huile d'aniline ou l'acétone.

(') Soc. ynédic. des hôpitaux, mars 1890.

(-) Elsner, Zeitsch. f. Hyg., 1895, Bd. XXI.

ÉTIOLOGIE. 21

tité de solution normale de sonde, jusqu'à ce que la réaction ne soit plus que très faiblement acide. On filtre, on stérilise et l'on répartit dans de petits ballons de 100 centilitres; on ajoute ensuite 1 pour 100 d'iodure de potassium, au moment de s'en servir.

On ensemence comme pour les cultures sur plaques ordinaires, en se serA anl de boîtes de Pétri. Au bout de 24 heures, les colonies de coli-bacilles se développent avec leur aspect habituel; celles du bacille typhique sont plus lentes à se montrer; à la 48'' heure, ce sont encore de petits points transparents, à reflets irisés, semblables à des gouttelettes de rosée. La plupart des autres microbes commensaux du bacille typhique apparaissent seulement vers le 5' ou ¥ jour, à cause de la réaction acide du milieu, et de la présence de Fiodun' de potassium. Les milieux de Max Holz, Lôsener, Capaldi rendent les mêmes services que celui d'Elsner. Lorsque le coli-bacille est par trop abondant, on peut opérer de la façon suivante : une parcelle de l'organe à examiner est mise en bouillon à 37" pendant 8 heures seulement; le bacille d'Eberth et le colibacille se développent rapidement, sans avoir le temps de produire des précipités. On ajoute alors 1/2 centimètre cube de sérum agglutinant; le bacille d'Eberth ne tarde pas à se déposer au fond du tube, à l'exclusion du coli-bacille. Le liquide est soigneusement décanté; et le dépôt renferme presque uniqucnien le bacille typhique, qu'il est facile d'isoler (Chantemesse et Ramond).

Reclierches sur le vivant. — Le germe typhique peut devenir, dans certaines conditions, pyogène. La première mention de ce fait a été donnée par A. Frankel ('), qui n'avait trouvé que des bacilles d'Eberth dans le pus d'une péritonite enkystée, 4 mois et demi après le début d'une fièvre typhoïde. Ebermaïer(^) sur 8 cas de périostite typhique en observa deux qui aboutirent à suppuration, et il put démontrer, soit dans le sang du périoste, soit dans le liquide venu du tissu osseux, la présence des bacilles typhiques à l'état <k' pureté.

Valentini (^) trouva dans le liquide d'une pleurésie purulente, survenue dans le décours d'une fièvre typhoïde, des bacilles d'Eberth àj/'cxclusion de tous les autres organismes. Plus récemment M. Achalme ('*) a rapporté l'observation d'une malade atteinte d'un abcès ostéo-périostique du tibia, au début de la convalescence d'une fièvre typhoïde. L'examen microbiologique a démontré l'existence dans le pus du seul bacille d'Eberth. M. Raymond a observé un fait analogue C^). Dans le pus d'abcès survenus quinze mois après la fièvre typhoïde, M. Widal et moi avons isolé le bacille typhique.

L'expérimentation sur les animaux confirme ces données de l'observation sur l'homme. Vinay et G. Roux ont injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un lapin 2 grammes de bouillon chargé de bacilles typhiques virulents. Il se forma une nodosité qui, au bout de 3 jours, renfermait du pus séreux contenant des bacilles typhiques à l'état de pureté. J'ai obtenu des résultats semblables dans une expérience très analogue

(') Max Holz, Zcitsch. f. Hyg., 1892, Bd. VIII. — Lôsener, Arbeit. aus dcm. kais. Gedsunheitsamle, 1895. — Capaldi, Zeilsch. /'. Hyg., 1896, p. 475.

Ueber Knochenerkrankungen bei Tyjjhus; Deutsch. Arcliiv f. klin. MecL, Bd. XLIV, 1889. (') Berlin, klin. Woch., avril 1889, n» 17'. (^) Société de biologie, 21 juin 1890.

(^) Soc. médic. des hôpitaux, févr. 1891. (8) Société médicale des hôpitaux, juillet 1890.

[A. CHANTEMESSE.]

FIÈVRE TYPHOÏDE

Sur le vivant, la présence du bacille lyphique n'est constatée qu'exceptionnellement dans le sang- de la circulation générale. Signalons les cas d'Ettlinger, Teissier, Thiemich, Sabrazès et Hugon ('), etc. Suivant la loi de Wyssokowitsch (■-), ce microbe se cantonne dans les organes. Cependant, dans le sang de la grande circulation pénètrent les bacilles venus par les lymphatiques de l'intestin. L'infection sanguine est au maximum au moment de l'apparition des taches rosées. Celles-ci, d'après Neuhauss ('), seraient produites par des embolies bacillaires.

Philippowicz, Lucatello et nous-même avons maintes fois trouvé le bacille typhique dans la culture d'une goutte de sang de la rate ponctionnée avec un trocart capillaire aseptique pendant les dix premiers jours de la maladie.

Le bacille se rencontre dans les matières fécales, surtout à partir du huitième jour (Chantemesse et Widal, Wathelet, Karlinski, etc.), dans les urines (Neumann, de la Faille, Besson, Smith, etc.) (*). On le découvre en certains cas dans les produits de l'expectoration. Il n'est point rare de le trouver au niveau des ulcérations des organes lymphoïdes de la gorge (Chantemesse et Widal) ; dans l'exsudat des alvéoles pulmonaires.

La fièvre typhoïde guérie, le bacille typhique peut rester cantonné en certains points de l'organisme, constituant une lésion locale, dans laquelle il conserve sa vitalité et sa virulence. La maladie terminée depuis 6 mois, 9 mois, 15 mois et 4 ans, on a pu trouver le bacille typhique dans une vésicule biliaire (Dupré, F. Ramond et Faitout), dans une lésion ostéo-périoslique(^), dans le pus d'abcès. Certaines observations cliniques permettent de supposer une persistance encore plus longue du bacille typhique dans l'économie (").

Le bacille d'Eberth ne se rencontre seulement pas chez les typhiques; il peut vivre à l'état de saprophyte dans le tube digestif de l'homme indemne de toute dothiénentérie antérieure ou actuelle. Lôsener, Remlinger et Schneider (1897) ont signalé sa présence dans les matières fécales d'individus sains. On conçoit l'importance d'une telle constatation, et la lumière qu'elle jette sur l'étiologie dite spontanée de la fièvre typhoïde, survenant à l'occasion de causes banales.

Inoculation aux animaux. Infection et intoxication typhiques expérimentales. — Avant de tenter toute inoculation aux animaux, il est une supposition qu'on peut faire a priori, c'est que l'infection typhique sera difficile à réaliser. Nous ne connaissons pas une seule espèce animale qui prenne spontanément la fièvre typhoïde. Jamais les vétérinaires n'ont constaté les lésions si caractéristiques de la dothiénentérie chez les mammifères ('). Les animaux qui vivent à l'état

(*) Ettlinger, Thèse de doctorat, Paris, 189i. — Teissieiî, Arch. méd. exp. et comp., juillet 1895. — Thiemich, Dciilsch. med. Woclieusc, 1895, n- 55.

(^) Ueber die Schicksale der im Blut injicirten Mikroorganismen im Kôrper der Warmbliiter, Zeitschrift f. Hygiène, Heft I, Bd I.

(5) Berlin, klin. Wochénsch., 1886.

{"■) Neum.vnn, Berlin, klin. Woehenseh., 1890, n° 6. — De la Faille, Bactériurie dans la fièvre typhoïde, Thèse de doctorat, Utrecht, 1895. — Besson, Revue de médecine, 1897. — Smith, Soc. de méd. de Londres, 1897.

(=) Orloff, Wratch, 1889, n° 49.

(*') Chantemesse, Soc. des hôpitaux, juillet 1890. — Lôw, Soc. imp.-roy. de méd. de Vienne, 26 novembre 1897.

(') Voy. SuTTON, Typhoid fever in animais; Pathological Society of London, Med. Times, 1885, p. 625. — Semmer, Typhus bei Hunden, Pferden u. Ratten, Fortsch. der Med., im, p. 149. — Voy. pour plus de détails Griesinger, Traité des maladies infectieuses, trad. française; 1877, p. 2.58 et 259. — Achard, Société de biologie, 1898. — F. Ramond, Thèse de doctorat, Paris, 1898.

ÉTIOLOGIE.

de domesticité, soumis autant et plus que nous-mêmes à toutes les causes d'insalubrité, paraissent se montrer réfractaires à ce virus.

Ce qu'on a appelé la fièvre typhoïde des chevaux ne ressemble aucunement à la dothiénentérie humaine. L'assimilation qu'a voulu faire Servoles ne résiste pas à l'examen.

Si l'infection typhique peut être produite chez des animaux, elle ne s'efTectuera qu'en violant brutalement la résistance organique par l'introduction de fortes doses de virus et par l'inoculation de germes typhiques très virulents. Ce fait explique que les efforts tentés avant la découverte du bacille et de sa culture pure n'aient abouti qu'à des résultats médiocres, dans lesquels les infections étrangères à la dothiénentérie jouaient le principal rôle.

Dès l'année 1867 Murchison avait fait manger à un porc des garde-robes de typhiques; l'animal conserva toujours une santé parfaite. Klein (') renouvela ces expériences sur de nombreuses espèces animales domestiques. Des singes ont été soumis à des diarrhées artificielles par l'huile de croton et nourris de déjections typhiques, sans résultats.

Birch-Hirschfeld a fait absorber à des lapins de grandes quantités de selles typhiques et leur a donné une maladie caractérisée par de la fièvre, de l'amaigrissement et de la diarrhée. L'autopsie montrait l'hypertrophie de la rate et des follicules intestinaux, parfois même l'ulcération des plaques de Peyer. En opérant avec des déjections diarrhéiques non typhiques, on voyait apparaître une faible augmentation de volume des follicules lymphatiques, mais jamais d'ulcération. Entre les mains de Bahrdt(-), les expériences de Birch- Hirschfeld n'ont abouti qu'à des résultats négatifs. Motschutkoffski (') a fait chez l'homme et chez des animaux des inoculations avec du sang pris sur des typhiques; il n'a pas réussi à produire vme maladie. Klebs et Chomjakoff (*) ont tenté maintes fois de donner la fièvre typhoïde à des lapins. Ils ont utilisé soit des cultures d'un bacille qu'ils considéraient comme spécifique, soit des garde-robes typhiques qu'ils faisaient manger aux animaux, qu'ils introduisaient dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le péritoine. Les résultats, comme on pouvait s'y attendre, ont été très variables, suivant le lieu de pénétration des substances et suivant la dose employée. Au dire de Klebs, la plupart sont restés douteux; beaucoup d'animaux ont succombé avec un abaissement de température. Ils présentaient un gonflement des follicules de l'intestin et de la rate; quelques-uns montraient, dans les tuniques intestinales et dans les follicules, des bacilles de longueur variable, à extrémités obtuses ou pointues, parfois en filaments. C'étaient précisément des filaments semblables que Klebs avait trouvés dans les tuniques intestinales Immaines.

Le premier qui entreprit des expériences avec la culture pure du bacille typhique fut Gaffky. Il fit ses tentatives d'infection sur un grand nombre d'espèces animales, le singe notamment, et n'obtint aucun résultat positif.

E. Frânkel et Simmonds (■'), reprenant ces recherches, sont arrivés à des constatations tout opposées. Une seule des six injections faites à des cobayes

(') Reports of tlie médical Officer of the privy Council and local Government board, 1875. Archiv. der Hcilkunda, 1876.

Centralblatt fiir medicinische Wissenschaften, 1876. (*) Cités par Gaffky.

{') Die àtiologische Bedeutung des Typhusbacillus; Hamburg u. Leipzig, 188G.

lA. CHANTEMESSE ]

FIÈVRE typhoïde.

donna des résultats positifs : coloration rouge foncé de la rate avec augmentalion de volume, hypertrophie des ganglions mésentériques et des plaques de Peyer, bacilles typhiques dispersés dans la rate. Chez les lapins et les souris, les résultats obtenus étaient encore plus typiques : hypertrophie de la rate et des ganglions mésentériques, gonflement des plaques de Peyer et des parenchymes du foie et des reins. Les auteurs ont jugé qu'ils avaient démontré le caractère spécifique du bacille typhique inoculé aux animaux.

A. Frânkel {^) a confirmé leurs résultats et utilisé le procédé expérimental dont s'étaient servis Nicati et Rietsch. Il a introduit des bacilles typhiques directement dans le duodénum de 14 cobayes et obtenu 7 fois un résultat positif. Du troisième au septième jour après l'inoculation, les animaux succombaient. L'autopsie montrait les microbes d'Eberth dans la rate hypertrophiée, dans les plaques de Peyer, dans les parois du gros et du petit intestin. Une seule fois, il vit une ulcération circulaire, récente, mesurant 1/2 centimètre de diamètre. Les ganglions mésentériques augmentés de volume, rougeâtres, étaient parsemés de taches hémorrhagiques, et le foie, de couleur jaune clair, présentait par places des îlots décolorés dus à des troubles de nutrition. Le sang était privé de bacilles, mais ceux-ci existaient en grand nombre dans la tunique sous-muqueuse de l'intestin et les plaques de Peyer. Ivan Michaël (^) et Fodor(') ont fait des expériences en petit nombre qui ont abouti aux mêmes constatations. Le travail très consciencieux de Seitz ('*) vint confirmer les assertions des auteurs précédents. Ainsi les travaux de E. Frânkel et Simmonds, de A. Frânkel, de Michaël, de Fodor, de Seitz, infirmaient les conclusions de Gaffky. Il semblait désormais acquis que les souris, les cobayes et les lapins étaient susceptibles de contracter la fièvre typhoïde. Ce fait, d'une importance considérable, ouvrait à la médecine expérimentale et à la thérapeutique un champ de recherches précieuses. Malheureusement les contradictions ne devaient pas tardera apparaître : Sirotinin("') d'une part, Beumer et PeiperC) de l'autre, en répétant les expériences des auteurs précédents, ont apporté des affirmations non moins catégoriques et absolument opposées.

D'après ces savants, les animaux succombent à une intoxication et non à une infection typhique. Les produits solubles fabriqués par les bacilles dans le bouillon et inoculés avec celui-ci sont la cause des lésions anatomiques et de la mort (Sirotinin). Le bacille typhique inoculé en grande quantité tuerait les animaux tout comme le feraient les microbes non pathogènes tels que le b. subtilis ou le m. prodigiosiis (Beumer et Peiper). II n'y aurait donc pas une multiplication des germes inoculés, c'est-à-dire une véritable infection.

Les expériences que nous avons faites sur ce sujet dès 1886 nous ont fait prendre parti, M. Widal et moi, pour la théorie de l'infection. En inoculant sous la peau de cobayes pleines des bacilles typhiques, nous retrouvions ces microbes vivants dans les organes des fœtus. Nous aA'ons fait voir que la cause des diver-

(') A. Frânkel. Zur Lehre von den pathogenen Eigenschaften des Typhusbacillus; Centralblatt fiir klinische Medicin 1886, n° 10.

(2) Fortschritte der Medicin 1886, n° H.

Neuere Versuche mit Injection von Bactérien in die Venen; Deutsche Medicinische Wochenschrift, 1886, n° 36.

(*) Bakteriologische Studien zur Typhus-Aetiologie; Munchen, Finsterlin 1886.

(^) Die Uebertragung von Typliusbacillen auf Versuchsthiere ; Zeitschrift fiir Hygien Bd I, Heft 3, 1886.

(^) Bakteriologische Studien ûljer die aetiologische Bedeutung der Typhusbacillen ; Zeitschrift f. Hygiène, Bd I, Heft 3, 1886.

ÉTIOLOGIE.

gences des auteurs résultait des différences de virulence des microbes qu'ils avaient utilisés dans leurs expériences. Nous avons recherché une méthode permettant [d'exalter la virulence de ce microbe et de la transformer en unc^ virulence fixe, capable de provoquer chez les animaux une infection à type réglé, toujours semblable à elle-même. En 1892, nous avons [obtenu ce résultat par l'emploi de la méthode suivante. Si, en même temps que l'on inocule dans le tissu cellulaire d'un cobaye 4 centimètres cubes d'une culture typhique sans grande virulence, on injecte dans son péritoine, 8 à 10 centimètres cubes d'une culture de streptocoques exposée au préalable à 60", l'animal succombe en général à cette double inoculation, en moins devinglquatre heures, avec généralisation du bacille typhique. Par la méthode de passages d'animal à animal, nous sommes arrivé à rendre un bacille typhique préalablement inactif assez virulent pour tuer le cobaye à dose de trois quarts de centimètre cube, en injection sous-cutanée ou à la dose de 4 à 5 gouttes en injection intrapéritonéale. Le virus est alors fixé de façon telle, qu'il est capable d'amenerîla mort en quinze ou dix-huit heures, suivant un cycle déterminé, avec généralisalion du microbe dans les organes.

Dans cette infection typhique expérimentale , la température prise d'heure en heure présente en général la marche suivante.

Un cobaye dont la température est de 58°, 5 aumomentde l'inoculation, reste pendant quelque temps dans un état stationnaire.

Au bout de deux à six heures, la température oscille aut our de 40° et atteint parfois il". De la sixième à la douzième heure, la température descend au chiffre normal, puis au-dessous, à 37°, 36°, 35°, 34° et même 32° au moment de la mort, qui survient dans une sorle de collapsus algide.

Quand on inocule dans le tissu cellulaire une dose de virus faible, ou bien lorsqu'on injecte le virus fort sous la peau d'un animal insuffisamment vacciné, on obtient parfois, au point d'inoculation, une lésion locale suppurative. Les parois de l'abcès renferment des cultures pures de bacilles typhiques douées d'une grande virulence.

M. Sanarelli a obtenu au même moment des résultats tout à fait comparables aux nôtres.

Chez les animaux qui ont succombé après l'inoculation sous-cutanée on trouve le bacille typhique à l'état de pureté dans le foie, la rate, etc. La muqueuse de l'intestin grêle et du gros intestin présente une rougeur et un gonflement considérable des plaques de Peyer et des follicules solitaires. Dans l'intestin se voient parfois des ulcérations.

[A. CHANTEMESSIri.]

FiG. i. — Inleslin d'un cobaye ayant succonilié à une inoculation sous-cutanée de bacilles typhiques.

Sur les coupes de l'ulcération intestinale et des ganglions mésentériques on constate les lésions suivantes : sur l'intestin, altérations très comparables à celles de l'intestin de l'homme. Les glandes de Lieberkuhn sont détruites en majeure partie; elles ne fixent plus les matières colorantes comme dans la nécrose de coagulation. Le tissu adénoïde de la muqueusee présente une abondante infiltration leucocytique agglomérée çà et là sous forme de petits foyers. Les vaisseaux sont dilatés, gorgés de sang; quelques-uns sont oblitérés par un coagulum. Dans la muqueuse se voit une énorme quantité de bacilles très fins, difficilement colorables, de longueur un peu variable, ayant les caractères objectifs du bacille typhique. Ils se présentent parsemés dans la muqueuse ou réunis en foyers. Certains vaisseaux oblitérés en renferment un assez grand nombre. Les germes se reconnaissent aussi, mais en petite quantité, dans le tissu cellulaire sous-muqueux.

Le ganglion est très augmenté de volume, infiltré d'un très grand nombi"e de

leucocytes. On trouve dans les fentes lymphatiques et dans la lumière de petits vaisseaux dilatés quelques accumulations bacillaires.

Les travaux précédents pourraient laisser supposer qu'il est impossible de réaliser chez l'animal, par ingestion de bacilles typhiques, une infection analogue à celle que l'on observe dans la clinique humaine. Les récentes recherches que j'ai faites avec M. F. Ramond (*) montrent qu'il n'en est rien, et que, par certains artifices, on peut infecter l'animal par la bouche. Si les auteurs ont échoué à provoquer ab ingesta la fièvre typhoïde expérimentale, cela tient à ce qu'ils ne se sont pas suffisamment préoccupés de lutter contre la résistance naturelle des animaux de laboratoire à l'égard de la dothiéncntrie. Pour obtenir une maladie expérimentale analogue à celle de l'homme, il importe de choisir de jeunes lapins, du poids de 800 à 1 200 grammes environ. On les soumet à la diète deux à trois jours avant l'expérimentation, puis on leur inocule, une fois par jour, à l'aide de cathétérisme œsophagien avec une sonde molle, de 4 à 5 centimètres cubes de cultures typhiques virulentes, pendant au moins quatre jours. Lors de la première ingestion, nous avons toujours eu soin d'injecter en même temps dans le péritoine 50 gouttes de laudanum de Sydenham.

L'infection revêt plusieurs caractères. Dans quelques cas, l'animal semble se rétablir ; mais vers le huitième ou le dixième jour, la température monte brusquement ; l'appétit disparaît, la diarrhée survient, le plus souvent très abondante. L'amaigrissement est rapide, et le lapin, dans un état d'abattement considérable, reste blotti au fond de sa cage, les oreilles pendantes, la tête rentrée dans les épaules, les yeux mi-clos. La température se maintient de 1",5 à 2» au-dessus de la normale.

(*) Chantemesse et Ramond, Soc. de biologie, 17 juillet 1897. — F. Ramond, Thèse de Doctorat, Paris 1898.

Fie. '6. — Ganglions mésenlériqiies d'un cobaye atteint d'infection typhique.

ÉTIOLOGIE.

Du douzième au quinzième jour après le début des accès fébriles, l'animal semble sortir de son état de stupeur; il mange de nouveau, la diarrhée cesse, et rapidement, au bout de quatre à cinq jours, il revient à la santé.

On reconnaît dans ce tableau, rapidement esquissé, les grandes lignes de l'infection typhique : incubation plus ou moins longue, infection persistante, accompagnée de troubles digestifs, respiratoires,- nerveux, etc., qui sont la caractéristique de la dothiénentérie. D'ailleurs l'épreuve du séro-diagnostic, les constatations faites à l'autopsie, permettent d'affirmer la réalité de l'infection typhique. La propriété agglutinante du sérum sanguin apparaît du huitième au douzième jour après la première ingestion, et persiste jusqu'à la guérison complète. L'examen des viscères démontre la présence du bacille typhique ; et les lésions anatomiques du tube digestif, de la rate, des ganglions et du foie, rappellent celles que l'on trouve chez l'homme mort de fièvre typhoïde.

Parfois l'infection évolue plus rapidement; l'animal succombe en quelques jours à une véritable septicémie typhique. Plus souvent les troubles objectifs sont peu marqués; et, n'était la constatation de la séro-réaction apparaissant à époque fixe, rien ne permettrait d'affirmer d'une façon certaine l'existence de cette fièvre typhoïde ambulatoire ou larvée.

Il est également possible de donner la fièvre typhoïde au singe, par la voie digestive.

Les travaux simultanés de Remlinger, ceux de Lépine et Lyonnet sur le chien confirment pleinement les résultats que nous avons obtenus.

Intoxications. — Sanarelli en inoculant le produit complexe, non filtré qu'il obtenait en faisant macérer pendant six mois des bacilles typhiques, produisait des phénomènes toxiques chez les animaux. De mon côté, j'ai étudié à plusieurs reprises l'action de la toxine soluble(') dont j'ai indiqué plus haut le mode de préparation. La poule et le pigeon se sont montrés très résistants à la toxine typhique. La grenouille, la souris, le cobaye, le lapin, le mouton, le chien et surtout le cheval subissent ses efl'ets avec une violence variable suivant les espèces Le cheval, eu égard à son poids, présente une sensibilité très vive.

Une dose de toxine, mesurée à raison de 1 centimètre cube par 80 grammes de poids du cobaye, injectée dans le péritoine de l'animal, le fait périr entre douze et vingt-quatre heures. Si la dose a été moindre, ou si le cobaye a reçu une faible quantité de sérum, insuffisante pour l'immuniser, il peut survivre trois jours. Lorsque la mort a été rapide, on constate à l'autopsie une rougeur vive du péritoine et de l'intestin, de la congestion du foie, de la rate et des capsules surrénales. Quand la mort a été plus lente, la rougeur péritonéale est plus marquée. La cavité du péritoine et celle des plèvres renferment une petite quantité de sérosité citrine et parfois un peu de fibrine. Les poumons sont hyperémiés; les capsules surrénales sont franchement rouges. L'urine contient de l'albumine.

Les premiers effets de l'injection intra-péritonéale ou sous-cutanée, au cobaye, se manifestent par un abaissement de température qui tombe audessous de 35". Le poil se hérisse ; l'animal devient somnolent et son corps est agité de petites secousses brusques. Il n'a pas de diarrhée. Si la mort n'est survenue qu'au bout de deux ou trois jours, les dernières heures de la vie sont marquées par des crises de convulsions toniques portant sur les membres et sur le rachis.

(') Chantemesse, Soc. de biologie, 25 janvier 1897. — Congrès International d'iiygiène, tenu à Madrid, avril 1898.

[A. CHANTEMESSE 1

FIÈVRE TYPHOÏDE

Le lapin à poids égal est trois ou quatre fois plus sensible que le cobaye. L'inoculation d'une faible dose amène un accès de fièvre. L'injection d'une dose mortelle en deux ou trois heures, 3 centimètres cubes injectés dans la veine de l'oreille d'un lapin de 1 000 à l 200 grammes provoque un abaissement de température et une diarrhée jaune, ocreuse, très abondante. Une demi-heure avant la mort, l'animal gît sur le flanc comme paralysé; le pouls est très rapide et la respiration très accélérée ; il meurt sans convulsions.

Le gros et le petit intestin sont rouges, remplis de diarrhée. La congestion est si forte qu'il y a parfois de véritables hémorrhagies dans les tuniques intestinales ou dans les feuillets du mésentère.

Le foie est très congestionné et les cellules du parenchyme présentent de la dégénérescence granuleuse. Le rein montre aussi une iorie hyperémie, en même temps que des lésions des cellules des tubes contournés, et principalement des glomérules. Ceux-ci présentent un exsudât intraglomérulaire. Les endothéliomes de la capsule de Bowmann sont très tuméfiés. La rate est plus ou moins gonflée. Les poumons sont pâles.

Chez le lapin, comme chez le cobaye, le cœur est arrêté en diastole.

Ingérée par la bouche, une dose de toxine, mortelle par inoculation souscutanée, se montre inoffensive.

J'ai étudié avec l'aide de mon chef de laboratoire, M. Courtade, l'action de la toxine sur le système neuro-musculaire de la grenouille, sur la respiration du chien, sur la pression sanguine et sur le nombre et la force des battements cardiaques.

1 ou 2 centimètres cubes de toxine, injectés sous la peau ou dans le péritoine de la grenouille, produisent des effets qui se montrent en quelques minutes si la toxine est très active, ou en vingt-cinq ou trente minutes, si elle est plus faible. C'est d'abord une paresse générale, qui gêne la marche et le saut. Les mouvements deviennent de plus en plus difficiles et l'animal ne répond à aucune excitation sensitive. Si on ouvre le thorax on voit le cœur battre très lentement, puis s'arrêter en diastole. La mort est la terminaison habituelle; cependant, même après une période d'immobilité complète, la grenouille peut revenir à la vie.

Pendant la durée de la paralysie, les muscles répondent très bien aux excitalions faradiques. Si, avant l'injection, on isole les nerfs lombaires et que par une ligature on serre les parties molles de manière à empêcher toute circulation dans les membres inférieurs, l'excitabilité musculaire persiste pendant l'état paralytique. Donc la toxine typhique n'agit pas à la manière du curare. Elle n'agit pas non plus sur les filets nerveux, car, dans l'état paralytique, l'excitation du sciatique par le courant amène, comme à l'ordinaire, pour la même intensité, la contraction du gastro-cnémien.

La cause de l'impotence musculaire réside dans l'altération des centres nerveux. On sait que la section de la tête d'une grenouille augmente l'irritabilité réflexe de la moelle. Si l'on pratique cette section sur la grenouille intoxiquée, on voit que l'irritabilité réflexe a disparu, et cependant, à ce moment même, l'excitation électrique de la moelle, par action des cordons blancs, détermine encore des contractions très fortes dans les membres.

Les centres cérébraux ne sont paralysés qu'après que l'excitabilité réflexe médullaire n'existe plus.

La faiblesse et la diminution de fréquence des battements cardiaques

ÉTIOLOGIE.

peuvent être attribuées à la paralysie des ganglions du cœur. Alors même que cet organe est arrêté en diastole, on peut par des excitations, soit mécaniques, soit électriques, déterminer des contractions. Cette paralysie ganglionnaire est tardive et ne se montre qu'après que les centres médullaires et cérébraux sont atteints.

La médecine expérimentale confirme donc la justesse des vues de Liebermeister sur la valeur pronostique de Tétat du pouls dans la fièvre typhoïde.

L'injection de 6 à 7 centimètres cubes de toxine dans la veine du chien amène, au bout de dix à quinze minutes, des modifications profondes dans l'état de la circulation et de la respiration. Le cœur précipite ses battements; le pouls devient rapide et n'est plus influencé par les mouvements respiratoires. La pression s'abaisse peu à peu jusqu'à 4 ou 5 centimètres de mercure.

La respiration devient plus rapide, moins ample; elle peut doubler et même tripler de fréquence.

Ces phénomènes ne sont pas dus à l'hyperthermie ; car ils surviennent bien avant que la température ne s'élève. Ils débutent pendant la première heure, et augmentent pendant la seconde heure.

C'est à ce moment que la température commence à s'élever. Pendant cette augmentation, on voit la pression s'élever graduellement et monter de plusieurs centimètres de mercure ; mais elle n'atteint pas la hauteur primitive. Pendant cette élévation thermique, le pouls reste toujours frécjuent et petit, et la respiration n'augmente pas d'étendue et ne diminue pas de fréquence.

Les vomissements surviennent habituellement pendant la première heure; ils peuvent se répéter plusieurs fois pendant le cours de l'expérience. Ces vomissements paraissent très pénibles et sont précédés d'agitations de l'animal en expérience; la respiration devient irrégulière et le cœur se ralentit. Le tracé de la pression présente alors de grandes oscillations.

On voit, en résumé, que les premiers effets de la toxine sécrétée par le bacille d'Eberth se font sentir sur les centres nerveux, d'abord sur la moelle, ensuite sur le cerveau et en dernier lieu sur les centres bulbaires et cardiaques.

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