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B. — MOYENS DE CONSERVATION ET DE TRANSMISSION DU BACILLE TYPHIQUE

De l'étude précédente il résulte qu'un typhique laisse répandre hors de lui les germes de sa maladie :

1» Par les matières fécales; 2» par l'urine contenant de l'aUjumine; 5° par le sang d'hémorrhagies intestinales; 4" dans certains cas, par les produits de l'expectoration ; 5" par l'ouverture de foyers où se sont entassés anormalement des bacilles ; 6° par la voie placentaire chez les femmes grosses. Le premier de ces modes de propagation est de beaucoup le principal.

A quel moment les garde-robes d'un typhique contiennent-elles le microbe d'Eberth? Il est difficile de constater la présence du bacille avant la période des ulcérations intestinales; il s'agit dans la plupart de ces cas d'une difficulté technique plus que d'une absence réelle, car, des germes morbides introduits dans le tube intestinal, avant même le début appréciable de la maladie, beaucoup

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doivent se trouver dans les fèces. A partir du dixième jour (moment de la chute des eschares) et surtout du quatorzième au dix-septième jour, les bacilles d'Eberth se montrent en grand nombre dans les garde-robes; toutefois, les cas où l'on compte mille colonies typhiques par centimètre cube sont rares. A partir du vingt-deuxième jour, dans la forme moyenne de la maladie, les germes ont disparu. Il n'en est plus ainsi quand l'affection se prolonge ou qu'il survient des rechutes. A chaque reprise on voit reparaître les bacilles d'Eberth dans les garde-robes. Telle fut l'observation du malade soigné dans le service de M. Landouzy(').

Après leur émission, les garde-robes peuvent souiller les linges, le corps du malade ou de ses aides, les bassins, tous les objets avec lesquels elles viennent en contact. Leur puissance morbigène s'exerce surtout après la des.siccation.

Ce qui domine l'étiologie, ce sont les propriétés biologiques du bacille d'Eberth, sa résistance à la dessiccation, au froid, à la chaleur, l'exiguïté de ses besoins, sa faculté de supporter la présence ou le défaut d'oxygène, etc. Au sortir du corps de l'homme, que le virus se mêle à des objets servant ou non à l'alimentation, à l'air, aux poussières, aux fumiers, au sol, à la vase des fleuves, à l'eau, etc., il y conserve sa vitalité; peut-être même y augmente-t-il sa puissance pendant un temps variable.

Virus conservé dans les vêtements, les poussières, les fumiers, les fosses cfaisances. — Dans un petit nombre de cas l'impureté des mains est une cause de transmission du virus, soit directement à la bouche, soit par l'intermédiaire des aliments qui sont ingérés. Plus souvent les Hnges souillés et desséchés laissent se répandre dans l'atmosphère des bacilles qui arrivent dans les premières voies de la digestion ou de la respiration. A ces causes appartiennent les cas de fièvre typhoïde transmis à distance par des personnes qui ont soigné des typhiques, les cas de fièvre typhoïde observés chez les blanchisseuses et parfois chez les soldats. De l'année J873 à 1884, une compagnie du 2» régiment hanovrien d'artillerie de campagne eut 45 pour 100 de son effectif atteint de fièvre typhoïde. L'examen de l'eau ne donna aucun résultat. Les émanations du sol furent incriminées, et de grands travaux d'assainissement pratiqués en 1881 et 1882 restèrent inutiles. La compagnie atteinte fut placée dans un pavillon de la caserne indemne de fièvre typhoïde; elle y transporta la dothiénentérie. Cependant une enquête plus minutieuse montra que les pantalons des soldats malades étaient insuffisamment nettoyés; que distribués à des personnes saines, ils portaient encore des souillures anciennes de matières fécales. Ces vêtements furent désinfectés à l'étuve et la fièvre typhoïde disparut ('^).

Le mode de transmission de la maladie par l'air chargé de germes, qu'il répand soit isolément, soit à l'aide des poussières, des vapeurs ou des gaz, était considéré autrefois comme la source principale de propagation de la maladie. Cette cause, toute réelle qu'elle soit, reconnue par Budd, Murchison, Brouardel, Froidbise, Jeannel('), n'a pas l'importance que lui accorde l'école de Pettenkofer. Dans l'étiologie de la maladie son intervention se mesure, d'après M. Brouardel, par le chiffre de 10 pour 100.

(') Chantemesse el Widal, loc~ cit., p. og^.

(*) Gelau, DeutscJie milit. aerztlictie Zeitsclirift, 1887.

(5) Froidbise, Acad. royale de méd. de Belgique, 189j. — Jeannel, Congrès de méd. int. tenu à Montpellier, avril 1898.

ÉTIOLOGIE.

Biidd rapporte Tobservalion suivante : une chaumière de laboureurs resta vide pendant deux ans parce que ses derniers habitants avaient presque tous été affectés de fièvre typhoïde. Après ce laps de temps elle fut louée de nouveau ; mais trois semaines après leur installation, plusieurs de ceux qui l'occupaient ont été pris de fièvre typhoïde alors qu'il n'en existait aucun cas dans le voisinage.

La preuve de la présence de bacilles typhiques dans les poussières a été fournie à diverses reprises. Tryde et Salomonsen, en 1884('), ont trouvé le bacille typhique non seulement dans le sol, mais encore dans le plancher d'une caserne, à Copenhague, infectée par la dothiénentérie. Utpadel, à Augsbourg, Birch-Hirschfeld, à Leipzig, ont fait les mêmes constations. En France, signalons les recherches positives de Macé (1888), de Vaillard, Lhéritier de Chézelle, et surtout de Remlinger et Schneider (^), c^ui tous ont pu déceler la présence du bacille d'Eberth dans les poussières des appartements ou des casernes.

MM. Brouardel et Landouzy(^) ont cité deux observations de propagation de la fièvre typhoïde par les tuyaux d'évent de fosses d'aisances.

Un fait plus frappant a été rapporté par M. Fernet(*). Un pensionnat de jeunes filles dont la santé était parfaite a été brusquement frappé d'une épidémie de fièvre typhoïde. Aucune cause ne pouvait être invoquée, sauf la très mauvaise odeur qui s'était répandue dans la maison huit jours auparavant au moment de la vidange de la fosse d'aisances. Cette fosse avait reçu l'année précédente les déjections d'une pensionnaire atteinte de fièvre typhoïde.

Dans une enquête sur les épidémies typhiques qui sévissaient dans la caserne de l'artillerie de marine de Lorient, nous avons reconnu, M. Brouardel et moi, l'influence principale de l'eau potable ('); mais nous avons signalé ce fait que les soldats qui couchaient à chaque étage autour de la fenêtre située au-dessus de cabinets d'aisances souillés par les déjections typhiques, étaient tous pris de fièvre typhoïde.

Les données cliniques établissent d'une façon certaine la propagation de la fièvre typhoïde par l'air, les poussières, les émanations gazeuses échappées de fosses d'aisances, de fumiers, etc. Ces observations ont pu être contrôlées expérimentalement. Dans le laboratoire du professeur Brouardel, M. Lassime (''), faisant passer sur des surfaces tapissées de bacilles typhiques desséchés de la vapeur d'eau pulvérisée, a montré que celle-ci se chargeait de microbes qu'elle transportait à distance.

Peu de faits sont plus démonstratifs que les suivants, olîservés par un médecin militaire russe, Chour, et présentés à la Société médicale des hôpitaux par M. Vaillard (du Val-de-Grâce) C). « Deux régiments d'infanterie stationnés à Jitomir et recevant la même eau potable sont inégalement atteints par la fièvre typhoïde. L'un fournit une morbidité de 9,6 pour 1000 en 1885 et de 5,2 pour 1000 en 1886; l'autre présente pendant les mêmes périodes une morbidité bien plus élevée. Ce dernier régiment est réparti en des points différents de la ville. La fraction logée à la caserne Hammermann se fait remarquer par une

(') Semaine médicale, n" 18, 1885.

(-) Remlinger et Schneider, Acad. de niéd., 2ô janvier 1897. (') Brouardel, Congrès de Vienne, 1887.

('*) Ch. Fernet, Soc. clinique, 1881.

(^) Brouardel et Chantemesse, Épidémies de fièvre typhoïde de Lorient; Ann d'Iaiaiciic 1887. ' JJ ■

(*■) Lassime, Thèse de Pans, 1890.

(') Soc. médicale des hôpitaux, déc. 1889.

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morbidité typhoïde de beaucoup supérieure à celle qui est relevée pour l'ensemble des autres parties du même corps. Parmi les troupes de la caserne Ilammermann, une compagnie est surtout frappée en 1886 et fournit à elle seule 14 cas de fièvre typhoïde sur un effectif de 90 hommes. Cette manifestation intensive en une partie limitée de la caserne Hammermann, suggérait l'idée d'un facteur étiologique localisé en quelque sorte dans les chambres où les habitants étaient si éprouvés. En décembre 1886, on provoqua l'évacuation des locaux occupés par la compagnie, et la désinfection énergique des murs, planchers, des effets d'habillement et de literie fut organisée. Ceux-ci ont été soumis à la vapeur d'eau bouillante; les planchers enlevés, tout l'entrevous a été imprégné d'acide phénique à 5 pour 100 et son contenu renouvelé. Des vaporisations ont été pratiquées dans les chambres avec du chlore mélangé à de l'acide phénique à 5 pour 100, et les boiseries repeintes à neuf. Après l'exécution des mesures prophylactiques, la compagnie revint occuper son casernement; la morbidité typhoïde se réduisit à 1,7 pour 1000 en 1887, et devint nulle en 1888. Or, pendant le même laps de temps, dans les chambres de la caserne qui n'avaient pas été soumises à la désinfection, la fièvre typhoïde continuait à sévir avec persistance, donnant une morbidité de 22 pour 1000 en 1887 et de 35 pour 1000 en 1888, alors que les atteintes n'étaient que de 11 pour 1000 et de 16 pour 1000 dans l'ensemble des autres parties de la garnison. La disparition si remarquable de la maladie dans les locaux soigneusement désinfectés, sa persistance, au contraire, et à un taux élevé, dans ceux qui n'avaient été l'objet d'aucune mesure de ce genre, apportaient une confirmation de plus à l'hypothèse d'une cause locale, inhérente à l'habitat lui-même. Les 23oussières du plancher et de l'entrevous des chambres infectées furent soumises à un examen bactériologique; on les trouva riches en microbes (14 millions par gramme) ; on parvint à y déceler la présence du bacille typhique. Les chambres non contagionnées ont été immédiatement évacuées et les hommes envoyés dans un bois voisin de Jitomir. Trois cas ont été encore constatés du 5 au 20 mars chez des hommes qui avaient quitté la caserne en état d'incubation ; mais, à partir de cette époque, la maladie a été éteinte. »

Enfoui dans le fumier, le bacille typhique conserve longtemps sa vitalité. Gielt, cité par le professeur Bouchard, raconte « qu'un homme ayant contracté à Ulm le germe du typhus abdominal, revient dans son village où la maladie ne s'était pas montrée depuis de longues années : l'affection se développe chez lui et parcourt ses périodes. Les déjections du patient sont jetées sur un fumier. Au bout de quelques semaines, cinq hommes sont employés à enlever ce fumier; sur les cinq, quatre sont atteints de fièvre typhoïde; le cinquième présente un catarrhe intestinal avec tuméfaction de la rate. Les déjections de ces nouveaux malades sont enfouies sous un autre fumier qui n'est enlevé qu'après 9 mois : deux hommes ont été employés à ce travail ; l'un d'eux contracte la fièvre typhoïde et meurt. »

Les faits de contamination des fumiers par les déjections typhiques ne sont pas rares à la campagne. Ordinairement le virus a pour véhicule l'eau pluviale, qui l'entraîne hors du fumier dans les puits ou les sources du voisinage. Et à ce propos je recommande la lecture des curieuses relations d'épidémie de dothiénentérie, rapportées par Lardier, Julié, etc.(').

0) Lardier, BiiU. méd. des Vosges, avril 1891. — Julie, Thèse de Doctorat, Paris 189i.

ÉTIOLOGIE.

J'ai conservé plus do deux ans à la lumière difl'use et à la (empéralure d'une salle du laboratoire de M. Cornil des flacons renfermant des déjections iyphiques d'abord stérilisées, puis réensemencées avec du bacille typhiquc. Le contenu est desséché; les bacilles sont très nombreux et ont conservé toute leur vitalité.

Les recherches d'Ufïelmann (') ont montré que des bacilles d'Eberth ensemencés dans des fèces de gens bien portants, à une température de 17° à 20°, restent vivants pendant plus de 4 mois à condition que le milieu soit faiblement alcalin. Si la température est moins élevée, si le milieu est acide ou s'il contient une grande quantité d'urine qui subisse la transformation ammoniacale, la durée de la vitalité est moindre.

Au lieu d'ensemencer des garde-robes normales avec du bacille typhique, Karlinski a opéré directement sur des déjections typhiques ; il a conclu de ses expériences que les bacilles typhiques ne pouvaient se maintenir vivants plus de trois mois dans les déjections typhiques et qu'ils s'y conservaient beaucoup moins longtemps (10 à 15 jours) si ces déjections renfermaient des microbes, analogues au proteus, qui liquéfient la gélatine. Des selles typhiques contenant beaucoup de bacilles, versées dans le liquide d'égout d'une fosse d'aisances à réaction légèrement acide, perdent leurs bacilles typhiques en très peu de temps, deux à trois jours. Si la partie solide d'une déjection typhique est mêlée aux matières solides d'une fosse, les microbes d'Eberth restent vivants dans le mélange pendant plus de 100 jours.

Il y a lieu de remarquer ici que des observations cliniques nombreuses permettent d'attribuer au virus typhique répandu dans des fumiers, des égoûts, une survie bien plus longue que ne paraissent l'indiquer des recherches de aboratoire, encore bien peu nombreuses. Les bactériologistes ne connaissent pas les formes de durée du bacille typhique. Ils n'ont donc pas en mains tous les éléments du problème. Peut-être les germes typhiques, après avoir diminué de nombre dans les fosses d'aisances au point de laisser croire à leur destruction, peuvent-ils repulluler à un certain moment quand ils se sont adaptés au milieu; peut-être aussi les survivants acquièrent-ils une virulence très grande, ce que Pettenkofer appelle la maturité des germes? Ou bien encore, le bacille d'Eberth rencontre-l-il, dans ces divers milieux, des microbes, qui, associés à lui et introduits dans les voies digestives, favoriseront son développement? Mais il ne s'agit là que d'hypothèses. Ce qui est certain c'est le vice d'un raisonnement qui conclut à la mort d'un germe typhique, parce que, transporté d'un milieu quelconque dans un tube de gélatine par exemple, il ne s'y développe pas. Rien ne démontre qu'introduit dans l'intestin de l'homme, le même germe n'aurait pu trouver des conditions plus favorables à sa vie et proliférer de nouveau (^).

Il reste cependant établi que les germes typhiques persistent plus longlemits

{') Uffelmann, Centralhlatt f. DaktcrioL, 18H9, Bd V, n» lo.

(2) Voye7. sur ce sujet le travail de M. Hafi'kine {Ann. de rfnstiliil Pnateiir, 1800). Un germe typhique qui a Fliabilude de vivre dans un milieu peut i)érir rapidement si on le transporte dans un autre terrain de culture, même si ce tlernier en d'autres circonstances lui est favorable. Inversement, après s'être adapté au second milieu, il ne supporte que dilficileinenl le premier. Ces questions d'adaptations sont très importantes à connaître quand on veut étudier la résistance de la vitalité des germes. Les auteurs qui ont parlé de l'état bactéricide des tiumcurs ne se sont pas toujours mis à l'abri de celte cause d'erreur lorsqu'ils portaient dans du sérum des semences provenant de milieux divers.

TRAITÉ DE MÉDECINE, 2° édit. — II. 7,

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dans les matières fécales desséchées, que dans les déjections liquides. Au point de vue pratique, il en résulte que les fosses étanches renferment moins longtemps des germes typhiques que les fosses dépourvues d'étanchéité. Ces dernières réalisent toutes les conditions théoriques qui assurent l'infection du sol.

Virus comervé dans le sol. — C'est en 1854 et 1855 que Pettenkofer émit sa fameuse théorie {Grumhvasser Théorie) de l'influence des oscillations de la nappe aqueuse souterraine sur le développement des maladies qu'on appelait alors miasmatiques. A Munich, où le célèbre hygiéniste faisait lui-même ses observations, il y avait une coïncidence frappante entre l'abaissement du niveau souterrain des eaux et l'éclosion des maladies infectieuses, notamment de la fièvre typhoïde. Au contraire, l'élévation de la nappe {Gruiviwasser) semblait mettre vm terme aux épidémies. « .Je ne sais, disait Pettenkofer, quelle est la cause de la maladie, mais je crois pouvoir la rattacher à la variation du niveau de la nappe des puits. Le rôle de ces variations est de permettre aux eaux souterraines d'humecter le sol et de se retirer en le laissant humide. C'est ([uand il est ainsi convenablement humecté qu'il devient dangereux. Trop de sécheresse du sol ou trop d'humidité nuisent à l'éclosion de la maladie. » Prenant plus particulièrement l'étude du choléra, Pettenkofer montrait que dans les régions de l'Inde supérieure les épidémies coïncidaient avec la saison des pluies, tandis qu'à Calcutta le choléra se réveillait au printemps quand les pluies sont rares. Même dans ces régions la maladie a des réveils et des assoupissements: il y avait donc à tenir compte non seulement du lien, mais aussi du temps {Ort uncl Zeit). Voilà les deux grands facteurs que Pettenkofer n'a jamais abandonnés dans les variations multiples auxquelles il a dù soumettre sa théorie, pendant de longues années. Au début, son système rallia beaucoup de partisans; Oi. ignorait ce qu'étaient les miasmes, les effluves, et l'idée qu'ils étaient chassés du sol par les oscillations de la nappe souterraine était assez séduisante. Mais des objections s'élevèrent; on cita des épidémies qui surgissaient sur des points où il ne pouvait être question d'eaux souterraines ou qui survenaient indifféremment, que la nappe fût haute ou basse.

Bientôt l'antique conception des miasmes disparut devant la découverte des microbes pathogènes. Comment faire cadrer la notion des microbes avec la formule étiologique, qui ne visait que des relations banales entre le sol et l'eau? Le savant allemand modifia sa théorie. Il admit que les germes contenus dans les selles quittaient le corps des malades à l'état inoffensif et qu'ils avaient besoin de mûrir dans un milieu approprié, dans le sol convenablement humide, aéré, saturé d'immondices, pour pouvoir reprendre leur puissance et infecter un individu nouveau. Les oscillations de la nappe souterraine avaient pour effet d'amener à la surface du sol, par le phénomène physique de la capillarité, les germes pathogènes. Mais il semble que l'élévation de la nappe souterraine sous forme liquide jusqu'à la surface du sol n'existe jamais. Les lois de la physique indiquent que l'ascension capillaire dépend uniquement de la grandeur des lacunes capillaires qui sont au sommet de la colonne d'ascen.sion, et il suffît que celle-ci en s'élevant rencontre seulement un millimètre d'épaisseur de terrain à éléments grossiers pour que son ascension soit arrêtée. L'irrégularité dans la constitution des couches terrestres est telle, qu'on peut bien croire qu'une ascension directe n'arrive presque jamais. D'où provient alors l'humi-

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ide- la surface du sol qui, dans certains terrains, se renouvelle presque cessamment et fournit aux phénomènes d'évaporation, lesquels, comme Fa démontré Risler, enlèvent au sol une très grande quantité d'eau? La (erre doit cette humidité à la présence de Teau pluviale et aussi à des actes de capillarité qui s'exercent, non pas sur la couche liquide souterraiiie, mais sur les valeurs que celle-ci émet. Les expériences de W. Thompson ont montré que la vapeur d'eau qui rencontre des espaces capillaires s'y condense et forme >i.in€^couche liquide dont la hauteur égale précisément celle qu'elle atteindrait ^s espaces capillaires baignaient directement dans l'eau. Donc l'eau, qui ê' la pnpfondeur atteint les parties superficielles du sol, y a été apportée à l'état de vapeur; elle a ti^aversé des couches terrestres et les expériences de Nageli, Pumpelly, Renk, Miquel ont montré que le passage au travers d'une couche de terre humide agissait comme un fdtre parfait sur un courant d'air et le dépouillait complètement de germes, bien loin de l'en charger.

Il ne peut donc plus être question de l'ascension des germes enfouis dans la terre, suivant la conception de Pettenkofer.

Quelles sont donc les relations du sol avec les germes de la fièvre typhoïde? Nous savons que le bacille typhique résiste longtemps à la dessiccation, qu'il peut être transporté par des poussières agitées par les vents; voilà un premier mode étiologique de la maladie; mais à la surface du sol, les variations de la température, l'action de l'air et surtout de la lumière doivent le rendre bientùl inoffensif. Lorsqu'il a pénétré dans le sol, peut-il y conserver longtemps sa vitalité? A cette question, les recherches de MM. Grancher et Deschamps onl apporté des éclaircissements précieux. Ces savants ont démontré (') que des ])acilles typhiques déposés à la surface d'un sol arrosé fréquemment pénètrent jusqu'à une profondeur de cinquante centimètres et qu'ils peuvent rester vivants pendant un laps de temps de 5 mois et demi. Cette durée est peut-être dans certains cas largement dépassée. Les expériences de M. Crancher ont été confirmées par Karlinski.

La théorie modifiée de Pettenkofer, la matiirallon des germes dans le sol suivant le lieu et suivant le Icnipa. doit-elle être repoussée tout entière? Ne contient-elle aucune part de vérité? A ce problème, les expériences de laboratoire n'ont encore apporté aucune solution. Que devient le germe au point de vue de ses propriétés quand il a séjourné longtemps dans le sol? Peut-on penser, avec Pettenkofer et son école, qu'il accroît sa virulence, qu'il devient mûr et plus apte à envahir l'homme? Toutes les réponses faites au nom de l'expérimentation manquent. Cependant, s'il était permis de transporter dans le «lomaine du bacille typhic[ue les renseignements obtenus sur un autre microbe, le bacille du choléra asiatique, on conclurait que la conception de Pettenkofer comporte avec elle une part de vérité. Wood et Holschewnikoff ont démontré que le bacille-virgule cultivé à l'air se développe sous forme de membranes superficielles d'une vitalité très grande, supportant mieux la dessiccation, la |)utréfacl ion et la concurrence d'espèces voisines. Il peut, dans cet état, vivre en présence d'acides qu'il ne tolère pas pendant sa vie anaérobie. En revanclie, dans ce nouveau mode de culture, le bacille fabrique, d'après Hueppe(-), moins de loxine (pie dans sa vie anaérobie, c'est-à-dire pendant son passage dans le tube intestinal. Il reste la conclusion que le bacille du choléra (jui a fait

(') GnANCiiiiR ci t)F.sciiAMi>s, Arrliii\ de médecine exjiér., 1889,

('^) Sur r(Hi(ili>i;i(' ilii choléra asiatique; Prag. Medir. Wocliensohrip . 1889.

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un séjour clans le sol, parce qu'il y a trouvé localement des conditions favorables de développement, peut en sortir plus fort, plus résistant à l'action du suc gastrique, plus capable d'arriver vivant dans l'intestin. Là, il reprend sa vie anaérobie, mais aussi sa fragilité, et lorsqu'il est évacué avec les déjections, il doit subir, pour retrouver sa puissance d'infection, une ou plusieurs cultures nouvelles au contact de l'air, sur les linges des malades ou dans les couches du sol. On voit revenir dans cette conception de Hueppe toute l'imjwrtance des conditions étiologiques que visait l'école de Munich, et en particulier le rôle de la nappe souterraine dont les oscillations influencent la sécheresse et l'humidité de la svu'face du sol, c'est-à-dire permettent ou ne permettent pas aux germes des couches superficielles de mener une vie aérobie et d'acquérir de la résistance.

.Jusqu'ici aucune recherche expérimentale n'est venue confirmer ou infirmer, en ce qui concerne la fièvre typhoïde, la conception de Hueppe relative au virus cholérique; on sait seulement que le bacille typhique se conserve longtemps dans le sol. De là, comment parvient-il dans un organisme qu'il doit envahir? J'ai parlé de la migration des germes de la surface de la terre emportés par lèvent; ce sont des circonstances rares; dans la grande majorité des cas, l'eau potable est le véhicule des germes typhiques qu'elle puise dans le sol. De là, l'origine fréquente d'épidémies consécutives à des pluies abondantes.

Nous savons par les ingénieuses expériences de MM. Grancher et Deschamps que dans le terrain d'Achères arrosé à sa surface de bacilles typhiques, les microbes ont pénétré à une profondeur de cinquante centimètres, vivant encore au bout de cinq mois. La constatation est intéressante, mais permet-elle d'assurer que le bacille typhique ne peut descendre plus profondément ou vivre plus longtemps dans le sol? Certes non. Il n'est pas certain tout d'abord que le fait de ne pas avoir trouvé ces bacilles dans les cultures d'échantillons de terre situés plus profondément, suffise pour affirmer qu'ils étaient absents.

J'ai signalé antérieurement que, dans une culture de laboratoire, la présence simultanée de certains microbes mettait obstacle à la pvdlulation de certains autres. Tel le coli-bacille dans les cultures, qui gêne le développement du bacille d'Eberth. Aussi, est-il malaisé d'isoler le bacille typhique, dans un milieu où sa présence n'est pas douteuse, dans les garde-robes des typhiques. Le degré d'humidité du sol, sa réaction acide ou alcaline jouissent d'une influence prépondérante sur la persistance de la vitalité du bacille d'Eberth. Certaines observations épidémiologiques résolvent le problème beaucoup mieux que les expériences de laboratoire. A la fin de l'année 1 886 une épidémie sévère de fièvre typhoïde frappa la ville de Clermont-Ferrand ('). Des personnes qui avaient contracté le germe de la dothiénentérie apportèrent cette maladie dans un village du département du Puy-de-Dôme, à Tauves. Les linges des typhiques furent envoyés au lavoir du village. Trois ans plus tard une épidémie grave de fièvre typhoïde éclata à Tauves et frappa sevilement les personnes qui faisaient usage de l'eau d'une fontaine. L'enquête, faite avec le plus grand soin par M. le D' Bertrand, montra que la maladie avait éclaté quinze jours après la chute • l'une pluie torrentielle. La localisation de l'épidémie permettait de faire une enquête précise. La conduite d'amenée d'eau à la fontaine fut mise à nu et

(') Brouardel el Chantemesse, Épidémie de la fièvre lyplioïde de Clermonl-Ferrand. Anu. d'hyg. et de méd. légale, 1887.

ÉTIOLOGIt;. ô'i

M. le D' Bertrand put constater qu'en un certain point, elle traversait perpendiculairement le trajet du canal de décharge du lavoir. Plus profonde (puce canal, elle siégeait à 15 centimètres environ au-dessous de la vase qui en tapissait le fond. Au point d'intei'section, la conduite présentait une large fissure, dans laquelle la vase avait dû certainement pénétrer dans l'eau de boisson. Il s'était passé là, sous l'effort du débit accru, quelque chose d'analogue à l'aspiration qui s'exerce dans le courant des trompes à eau. Un échantillon de la vase du canal prise au niveau de la fissure de la conduite d'eau renfermait, comme j'ai pu m'en assurer par l'analyse, une grande quantité de coli-bacilles, lesquels rendent très difficile la découverte du bacille typhique à l'aide de nos procédés actuels de laboratoire. Dans l'observation précédente le germe de la fièvre typhoïde a vécu plus de trois ans dans la vase d'un canal et la limite <'xtrême de sa vie dans ce milieu nous est encore inconnue. Nous voilà loin des résultats fournis par les expériences de laboratoire.

Dans les parties profondes des filtres à sable, ce n'est ni l'aération ni la température qui sont défavorables aux microbes; cependant la puUulation est très faible. La cause principale de cette pauvreté réside, comme l'a montré M. Duclaux, dans la nature des aliments qui arrivent aux germes après avoir subi une série de transformations les éloignant de plus en plus de la constilution albuminoïde initiale. Aussi dans la profondeur du sol, les seuls microbes <[ui ont le pouvoir de faire des spores sont-ils doués de longévité : spore de «•harbon, spore du germe tétanique, etc. Les microbes qui trouvent tani d'obstacles à leur multiplication dans le sol, finissent par perdre leur virulence et leur vitalité, à moins que n'interviennent des conditions de changement de milieux qui levu' permettent une reviviscence, telles que le remuement d'une terre, le curage d'une rivière ou d'un égout, etc.

Si les conditions de multiplication dans la profondeur du sol sont malaisées, la pénétration même des germes répandus à la surface, est difficile et lente.

L'expérience d'Hofniann (') exécutée sur un sol poreux jette une lumière intéressante sur la lenteur de pénétration des liquides à travers les mailles fines <le la terre. Sur un sol dont la porosité, la perméabilité et la capacité pour l'eau étaient connues il a versé une solution d'eau salée, d'une quantité égale à celle de la pluie tombée en un an. Il a constaté que, même si l'eau du ciel ne subissait aucun phénomène d'évaporation, il faudrait quatre mois pour que, traversant les pores du sol, elle arrivât à un mètre de profondeur et un an et demi ou deux ans pour qu'elle atteignît trois mètres. En réalité, le retard est plus grand, à cause de la coulée sur le sol du tiers de la pluie tombée. Il faut donc à l'eau <le pluie dans le sol de Leipzig, deux ans à deux ans trois quarts pour pénétrer à trois mètres de profondeur. Un liquide tenant en suspension des éléments rorporels, comme les microbes, doit éprouver, pour leur faire traverser les pores de la terre, des difficultés plus grandes. Arrêtés par les actions moléculaires des parois des cavités capillaires, les germes sont soumis aux influences <les gaz du sol, de l'abaissement de la température, de l'humidité, de la sécheresse, de l'alimentation défectueuse, de la concurrence des saprophytes, toutes causes qui agissent ensemble pour entraver leur multiplication et leur virulence.

Quelques expériences permettent, sinon de mesurer la puissance de ces fac-

(') Arch. fiir Hygiène, Bd. II.

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leurs, au moins d'en apprécier la valeur. Les recherches ont porté sur l'influence que l'humidité et la nature du terrain, la température et l'air du sol peuvent exercer sur les germes du choléra, de la fièvre typhoïde et du charbon. Dempster(^) place dans la tourbe humide ou sèche des bacilles du choléra et de la ifîèvre typhoïde et il les voit périr entre vingt-quatre et trente-six heures. Dans un terrain sec (sable blanc, sable jaune, terre de jardin), préalablement stérilisé, les vibrions cholériques meurent en trois ou quatre jours. Ils vivent sept jours dans le sable blanc et trente-trois jours dans le sable jaune et dans la terre de jardin, si la terre est humide et soumise à l'évaporation normale. Dans ces mêmes terrains soustraits à l'évaporation, la persistance de la vie de ces microbes acquiert une durée double ou triple. De même, le bacille typhique qui persiste vivant neuf jours dans le sable blanc sec, dix-huit jours dans le sable jaune sec et quatorze jours dans la terre de jardin sèche, a une vie deux ou trois fois plus longue dans les mêmes terrains humides.

C. Frânkel a tenté d'éclairer l'influence de la température et de l'air souterrain sur la vitalité de germes pathogènes enfouis dans un milieu nutritif favorable. Dans la cavité ,d'un puits situé dans la cour du laboratoire de la Klosterstrasse, il a fait pénétrer horizontalement dans le sol à un mètre et demi, deux, trois et quatre mètres de profondeur, des colonnes creuses dont vme extrémité tournée vers la lumière du puits, munie de culture de choléra, de fièvre typhoïde et de charbon sur gélatine enrobée dans des tubes d'Esmarch, était ensuite herméliquement bouchée. II s'établissait bientôt dans la cavité de ces colonnes creuses à peu près les conditions de température, d'humidité et d'aération du sol ambiant. Les résultats ont été très variables suivant la nature du germe enfoui. Pendant les mois d'août et septembre, le bacille du charbon s'est cultivé assez bien à un mètre et demi de profondeur, plus difficilement à deux mètres et à trois mètres; pendant les autres mois de l'année, sa culture même à un mètre et demi de profondeur s'est montrée stérile. Le vibrion cholérique a offert plus de résistance. A trois mètres de profondeur, pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre, la culture s'est faite abondamment; elle a échoué pendant les autres mois. A un mètre et demi de profondeur, la culture s'est développée pendant presque tous les mois de l'année. Le bacille typhique a été le plus vigoureux. Son développement n'a jamais fait défaut à une faible profondeur. C'est à peine, pendant les mois d'hiver, que la culture est stérile, enfouie à trois mètres; elle resta encore prospère à un mètre et deiTii de profondeur.

Le problème de la persistance des microbes pathogènes et en particulier des bacilles typhiques, à la surface, ou dans la profondeui' du sol, celui de leur destruction ou de leur retour possible à l'homme, est intimement lié à la méthode de l'épuration des eaux d'égout par le sol, dite méthode de l'épandage. L'application de ce procédé à Paris a fait l'objet des discussions les plus Vives. Les thèses soutenues par les partisans et les adversaires du projet n'étaient ni les unes ni les autres à l'abri de critiques, et il eût été possible de conserver les bénéfices de l'épandage sans s'exposer aux reproches de souiller des terrains, que les propriétaires se refusaient à concéder. La pratique de l'épandage remonte à une période ancienne, puisque dès les xi<^ et 'xn'= siècles

les Maures l'employaient à Grenade au-dessous de l'Alhambra. Actuellement,

(*) Dempster, Soc. de méd. et de chir. de Londres, 22 mai 189i-.

ÉTIOLOGIE.

à Edimbourg- cl clans plusieurs villes d'Angleterre et d'Amérique, aux Marcites de Milan, aux Caséines de Florence, à Berlin, à Dantzig, à Buda-Pest, à Bruxelles, à Reims, à Paris, etc., on recherche l'utilisation agricole des eaux d'égout. Les adversaires du projet voté en 1894 pour Paris ont soutenu que la quantité de 40000 mètres cubes d'eau d'égout, que l'administration se proposait d'épandre sur les champs d'irrigation, par an et par hectare, était trop grande, et que cette inondation aboutirait bientôt à transformer les terrains en dépotoirs. La critique ainsi formulée était injuste. Les autres arguments des adversaires du projet avaient plus de Aaleur. On a invoqué d'une part, la faible épaisseur en certains points de la couche filtrante, laquelle, comme dans l'expérience du filtre de G. Frânkel, laisserait l'eau insuffisamment épurée après cette filtration; et d'autre part la souillure du pied et de certaines régions superficielles des légumes qu'on rapporte dans les villes pour y être mangés crus. La conclusion de M. Duclaux jugeant ces arguments mérite d'être retenue : « Si l'on me demande de reconnaître que quelques cas de contagion sont possibles, je demanderai par quel système pratique on pourrait les éviter. Tout ce qu'on peut exiger des hygiénistes, c'est de ne pas trop chercher l'absolu ; de peser les inconvénients en même temps qu'ils reconnaissent les avantages de toute mesure qu'ils provoquent. »

L'eau potable. — 11 faut remonter dans l'antiquité pour admirer avec quel soin les médecins et les hygiénistes se préoccupaient des qualités de l'eau potable et quel rôle ils lui accordaient dans la transmission des maladies infectieuses ('). Ce n'est que dans la seconde moitié de ce siècle que ces notions ont été de nouveau mises en lumière et, en ce qui concerne l'origine hydricjue de la fièvre typhoïde, les noms de Snow, de W. Budd ne peuvent être séparés de la démonstration du rôle de l'eau potable dans la genèse de la dolhiénentérie.

En France, les communications de M. Jaccoud (^), de M. Bouchard('') apportèrent de nouvelles preuves de la transmission de, la maladie par l'eau. Les observations de M. Dionis des Carrières, à Auxerre, de Michel, à Chaumont, étaient non moins affirmatives. Cependant, à cette époque, le germe ou contage de la fièvre typhoïde était inconnu; les faits un peu disparates réunis par Pettenkofer et ses élèves étaient extrêmement nombreux et ils paraissaient démontrer l'action prépondérante des émanations du sol dans la création de la maladie.

En Angleterre, dès l'année 1868 (*), les principes de la protection sanitaire des eaux potables étaient proclamés, à peu près tels que nous les concevons aujourd'hui.

Depuis cette époque l'étude d'un grand nombre de petites ou de grandes épidémies a fourni des preuves certaines du rôle de l'eau potable dans la propagation de la fièvre typhoïde et du choléra. Les faits démonstratifs sont si nombreux qu'on ne peut songer à les signaler tous. Je ne ferai que mentionner les principaux. Le petit village de Lausen (Suisse), où la fièvre typhoïde était inconnue, était alimenté jusqu'en 1872 par une source sortant du massif du Stockholden, qui séparait la vallée de Lausen de celle de Furlenthal. En 1872,

(*) Hippocrate recommande aux personnes maladives de ne boire que de l'eau de pluie bouillie.

(2) Arad. de Médecine, 1877.

Congrès de Genève, 1877.

(*) Sixième rapport de la Commission d'études de la pollution des rivières.

\A. CHAFfTEMESSE ]

FIÈVRE TYPHOÏDE

à la suite d'éboulements de terrain, on remarqua que les crues de la source do Lausen concordaient exactement avec celle du torrent de la vallée de Furlen» thaï, situé de l'autre côté de la montagne. Au bord de ce torrent existait une ferme. Les habitants avaient coutume de laver leur linge dans le torrent cl d'y jeter leurs déjections. Les choses persistèrent ainsi sans inconvénients pendant plusieurs années. Un jour, une épidémie grave de fièvre typhoïde éclata à Lausen et frappa tous les habitants, sauf quelques personnes qui faisaient usage de l'eau d'un puits particulier. Le docteur Hagler (de Bâlc) flt toucher du doigt la cause de l'épidémie. Il montra que le sel marin jeté dans le torrent de la vallée de Furlenthal apparaissait quelques heures plus tard dans l'eau des fontaines de Lausen. Or, depuis quelques semaines le tenancier de la ferme située sur le torrent était atteint de fièvre typhoïde contractée au cours d'un voyage. Pendant longtemps il avait pu envoyer impunément dans la source de Laùsen le produit de la lessive de son linge et les souillures de ses déjections normales ; dès qu'il eut la fièvre typhoïde, l'épidémie fut transmise à Lausen.

En 1882, M. Lancereaux avait émis l'idée que la distribution d'eau de Seine à Paris pouvait être une cause de fièvre typhoïde, mais il ne donna, du bien fondé de son hypothèse, aucune preuve, ni à ce moment, ni plus tard, lorsque le service des Eaux de Paris fit connaître les périodes où l'eau de Seine était substituée à l'eau de source.

L'épidémie de Pierrefonds, où dans une eau remarquablement pure se trouvait le bacille typhique, a été le point de départ d'une enquête qui s'est povirsuivie en France et à l'étranger. Elle a abouti à un résultat éminemment pratique et utile : l'apport d'une eau potable pure en mainte région où l'on buvait de l'eau mauvaise.

A Paris, où la fièvre typhoïde est endémo-épidémique, on invoquait autrefois de^ nombreuses circonstances étiologiques ; on a incriminé tour à tour des causes météoriques, saisonnières, etc. Les rapports de M. E. Besnier montraient la recrudescence des épidémies au moment des saisons estivo-automnales; mais, d'autre part, les épidémies d'hiver et de printemps n'étaient que trop fréquentes. En 1886, un travail du D'' Régnier avait appelé l'attention sur l'eau de rivière, distribuée dans des casernes où la fièvre typhoïde faisait des victimes.

Après l'enquête de Pierrefonds (1886), j'ai étudié avec M. Widal l'influence que la distribution d'eau de rivière pouvait exercer sur les invasions des épidémies de fièvre typhoïde à Paris. Nos premières recherches ont établi qu'il existe un rapport étroit dont témoignent les entrées par fièvre typhoïde dans les hôpitaux entre cette distribution et l'augmentation du nombre de cas de fièvre typhoïde. Les tableaux ci-contre permettent d'apprécier nettement ce phénomène. Ils montrent jusqu'à l'évidence la réalité de cette loi que nous avons formulée en mars 1887 : 3 à 4 semaines après la distribution d'eau de rivière, le nombre des entrées par fièvre typhoïde dans les hôpitaux augmente et revient à son chiffre normal 3 à 4 semaines après la fin de cette distribution.

Les faits que nous avions avancés ont été vérifiés par divers hygiénistes • M. Brouardel ('), M. 011ivier(5), M. Cornil(s), M. Daremberg (*).

(') Brouardel, Conférence de Vienne, 1887.

(-) Ollivier, Rapport au Conseil d'hvgiène de la Seine, 1888.

(') CoRML, Rapport au Sénat, 1890.

('*) D.\REMBERG, Joumul cles Débats, 1887.

ÉTIOLOGIE.

Dans une note ullérieure j'ai montré (') que cette absorption de Teau de rivière à Paris n'avait pas seulement pour effet d'accroître d'une façon générale le nombre des cas de fièvre typhoïde, mais que l'élévation du chiffre de la morbidité et de la mortalité portait sur les arrondissements pourvus d'eau mauvaise; que ceux-ci, pour un même temps et pour un même nombre d'habitants, subissaient une mortalité typhique o et 4 fois plus forte que celle des arrondissements pourvus d'eau de source. Un autre caractère des épidémies parisiennes dues à l'eau de rivière, c'est que leur gravité est proportionnelle à la quantité d'eau distribuée, cette quantité étant appréciée par l'étendue topographique de la distribution et aussi par sa durée. Au mois d'octobre 1889, l'aqueduc d'amenée d'eau de Vanne s'étant rompu, et l'eau de rivière ayant été distribuée pendant 15 jours dans toute la ville, j'ai pu annoncera l'avance qu'une épidémie lyplîique courte et intense allait sévir. Ce qui arriva (^).

Lorsque j'eus fait connaître avec M. Widal mes premières constatations sur l'influence typhogène de l'eau de Seine à Paris (mars 1887), elles étaient si inattendues que l'année précédente l'administration du service des Eaux avait fait une nouvelle prise d'eau au pont de Billancourt, c'est-à-dire à un des endroits les plus souillés de la Seine. L'administration, par la voix de M. Alphand, ne voulut pas admettre la vérité de nos observations. Mais je dois dire qu'elle agit immédiatement comme si elle était convaincue de leur exactitude. L'ame née de nouvelles eaux pures à Paris fut rapidement exécutée et la fièvre lyphoïde se fit de plus en plus rare dans la ville. Aujourd'hui, quand l'administration est obligée, à son corps défendant, de distribuer aux habitants de l'eau de rivière, elle a soin d'inscrire sur l'affiche officielle d'avertissement la note suivante : « Les hygiénistes recommandent de faire bouillir préalablement cette.-eau avant de la boire ». Cette phrase contient le résumé des changements qui sur ce point d'hygiène publique se sont passés dans l'esprit des administrateurs et des habitants de Paris dans l'espace des dix dernières années.

Mors, à Multein-sur-le-Rhin, Ivan Michaël, à Dresde, trouvent le bacille dans l'eau de puits (^). Deux mois plus tard nous constations la présence de ce microbe dans l'eau d'une borne-fontaine de Ménilmontant à Paris (''), ensu'te dans l'eau du puits de Pierrefonds; plus tard dans la vase d'un réservoir de Clermont-Ferrand {'). Depuis cette époque les constatations se sont multipliées (").

(M CiiANTEMEssE, Sor. de )néderine publique, 1887; Soc. mcd. des hûpilaux. 15 nov. 1880.

(-) On peut se demandor quelles sont les causes de la fièvre typhoïde à Paris, en dehors des périodes où l'on distribue de l'eau de rivière. Ces causes sont sans doute multiples: mais il n'est pas inutile de faire remarquer que l'eau bue h Paris sous la rubrique d'eau de soui'ce de Dhuys ou de Vanne n'est que trop souvent de l'eau de Seine ou de Alarne. ainsi qu'il résulte des analyses hydrotiméti'iques de M. Livache {Soc. de médecine publique^ Vovez aussi la communication de M. le médecin-major Schneider (Soc. de médecine publique 188<). 1890 et Congrès de Berlin, 1890).

(^) Fortschrille d. Medirin., juillet 1886.

('') Gazelle hebdom., 1880, p. 726.

(^) Brouardel et Cuan'temesse, Rev. d'hygiène, 1887, p. ."08.

(") Je cite les princii)ales : Thoinot trouve le bacille de la fièvre typhoïde dans l'eau de Seine, au pont d'Ivry, au point où la machine élévatoire prend l'eau qui doit être disti'iluiée à la ville de Paris. (Bull. acnd. de méd., 5 avril 1887.) — Arloinc; et Morat trouvent le bacille typhique dans l'eau. (Épid. de Cluny.) — Marié-Davy le rencontre dans les eaux de Varzy. {Journ. d'hyg., 3 nov. 1887.) — Beumer constate la présence du bacille dans l'eau d'un puits d'une propriété communale appelée Wackerow, près de Greifswald. [Deutsche Mcd. Woch., 1887, p. Ol.j.) — Macé trouve le bacille typhique dans l'eau d'un puits de la ville de Sézanne. (Léchai del, Arch. de médecine milil., X, 18S7. p. Wl.) — Coïmljre était décimée

[A CHANTEMESSE ]

FIÈVRE TYPHOÏDE

Ces faits ont suscité des enquêtes multiples, d'une part sur la recherche du bacille typhique dans les eaux suspectes et sur la possibilité de la conservation de ce germe dans l'eau; d'autre part, sur les relations de la dolhiénentérie avec la distribution d'eau impure.

La présence du bacille typhique dans l'eau est toujours difficile à constater.

« Quoi qu'on en ait dit, écrivais-je dans la première édition de cet article, j'estime que cette présence n'a pas été signalée trop souvent, mais qu'au contraire elle passe souvent inaperçue. » La découverte de méthodes plus parfaites, notamment celle d'Elsner, les constatations de Lôsener et de tant d'autres sont venues depuis en fournir des preuves multiples.

Quelle quantité de bacilles typhiques virulents faut-il qu'un homme absorbe pour que la dothiénentérie éclate? Parfois bien peu, et cette minime dose doil être contenue dans une niasse d'eau qui quotidiennement dépasse un litre ou deux. Or, les analyses faites avec les méthodes anciennes, à moins qu'elles n'aient été particulièrement laborieuses, n'ont porté d'ordinaire que sur quelques gouttes.

L'eau commune est un mauvais milieu pour les bacilles typhiques. Ceux-ci ne persistent très longtemps dans l'eau qu'à la condition d'immigrations de colonies nouvelles, ou d'une adaptation au milieu qui change quelques-uns des caractères sous lesquels nous avons l'habitude de les reconnaître. La concurrence des saprophytes, le froid, amoindrissent leur vitalité. S'ils sont transportés dans cet état soit dans la gélatine, soit dans le bouillon phéniqué, ils peuvent ne pas donner de colonies, laisser croire à leur absence, tandis qu'ingérés par l'homme ils seraient peut-être capables de se développer dans la cavité intestinale.

La présence du bacille typhique dans une eau potable est, dans certaines circonstances, facile à découvrir, dans d'autres difficile, parfois enfin presque impossible. Le résultat négatif dépend non pas toujours de l'absence du bacille typhique, mais de deux causes importantes : la technique employée pour sa recherche et la teneur microbienne générale de l'eau à analyser.

Le jour où la théorie anglaise de la propagation de la fièvre typhoïde par

l)ar la fièvre typhoïde en 1887; Mello Cabral et Antonio da Ror.iiA trouvent le corps du délit dans l'eau d'une des sources qui alimentaient la ville. [Invesligarào do " Bacilius typhicus » nas aguas potaveis de Coïmbra, etc., Coïmljre, 1887.) — Loir trouve le bacille typhique dans l'eau de son logement (eau de Seine), à l'Institut Pasteur (août 1887). — V. Vaugii.\\ et G. NovY font l'analyse bactériologique de l'eau potable qui sert à l'alimentation de I i ville d'Iron-Mountain, dans le Michigan. La fièvre typhoïde sévissait d'une façon très grave; ils en trouvent le germe dans l'eau de boisson. {Med. Netvs, 28 janv. 1888.) — Présence <io l'organisme dans l'eau de puits de l'École normale d'institutrices de Saint-Bricuc, où avail éclaté la fièvre typhoïde. (Marty, Acad. de méd., 4 sept. 1888.) — Le même organisme esl trouvé dans une eau soupçonnée d'être la cause, d'une épidémie de fièvre typhoïde, ])ar Henrijean. (Annales de inu-rogr. de Miquel, I, 1889.) — Petresco a annoncé, au dernier Congrès d'hygiène tenu à Paris en 1889, avoir constaté le bacille typhique dans l'eau de plusieurs puits de Bukharest. — Dans une communication faite à la Société médicale des hôpitaux (13 déc. 1889), M. Vaillard, résumant les résultais des analyses bactériologiques aites au laboratoire du Val-dc-Gràce, a annoncé avoir trouvé le bacille d'Eberth dans cin(| nouveaux cas : à Cherbourg, à Mirande, à Bourg-en-Bresse, à Chàtellerault et à Mehui. Une analyse récente a encore permis de constater le même organisme dans les eaux de la ville de Givet (Vincent). — Bardach trouve le bacille typhique dans l'eau qui alimenle la ville d'Odessa. — E. Roux, dans l'eau du lycée de Ouimpcr. (Comité consultatif d'hygiène.

1888. ) — G. PoucHET, dans l'eau distribuée à l'École normale supérieure de Saint-Clouil,

1889. et dans l'eau de l'épidémie de Villerville étudiée par MM. Brouardel et Tiioinot en

1890. — Vincent, dans l'eau de Seine. (Annales de l'Institut Pasteur, 1890.) — Perré, dans l'eau d'Alger. (Annales de l'Institut Pasteur, 1891.), etc. — MiorFL, dans l'eau de Seine (Manuel pratique de l'analyse des eaux, 1891).

La majeure partie do ces tableaux a été publiée par nous en 1887. Ils ont été coniplélés de[)uis dans lui remarquable rapport de M. Tholxot au Comité consultatif d'hysiène, .■n 1890.

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FIÈVRE TYPHOÏDE

l'usage de l'eau de boisson l'ut appuyée par la constatation dans l'eau incriminée de la présence du bacille typhique, une période nouvelle s'ouvrit qui aboutit à des enquêtes très multipliées. Les faits qui établissaient sur des bases solides les rapports de cause à effet entre l'absorption de certaines eaux potables ou de certains aliments (lait, huîtres) souillés par ces eaux, et l'éclosion des épidémies typhiques, devinrent si nombreux, qu'il serait difficile et inutile de les signaler tous. La prophylaxie de la maladie fondée sur ce principe donna des résultats si probants que la conviction s'imposa. On s'empressa de rechercher au point de vue expérimental comment se comportait le bacille typhique introduit dans les eaux naturelles ou stérilisées, dans les eaux minérales, dans la glace, etc. Les procédés techniques utilisés furent variables ; les résultats, comme on pouvait s'y attendre, contradictoires.

Dans l'eau de Seine stérilisée et conservée à la température du laboratoire, Chantemesse et Widal ont vu le bacille typhique persister deux mois. Straus et Dubarry, 80 jours dans l'eau de l'Ourcq à 25 degrés et -45 jours dans l'eau de Vanne à 20 degrés. Wolffhûgel et Riedel, plus de 20 jours dans l'eau de la Panke à 20 degrés. Meade Bolton, plus de 20 jours à 20 degrés et plus de 14 jours à 35 degrés.

La nature de l'eau et sa température jouent donc un rôle qui influence grandement la durée de la vitalité du germe. Mêmes réflexions pour l'action de l'eau distillée : Hochsteter donne comme durée de persistance du bacille d'Eberth 5 jours à 20 degrés. Meade Bolton de 2 à 40 jours à 20 degrés et de 10 à 24 jours à 55 degrés. Braem indique 6 mois. Straus et Dubarry mentionnent 50 à 55 jours à 20 degrés et 69 jours à 25 degrés. Dans l'eau impure de la Panke Wolfthûgel et Riedel donnent une durée qui dépasse 10 jours; Hueppe, de 5 à 50 jours.

Les renseignements qui intéressent le plus l'hygiéniste sont ceux qui s'appliquent à la vitalité du microbe présent dans l'eau ordinaire naturelle. Ici encore, suivant la nature de l'eau mise en expérience et suivant la technique utilisée, les résultats varient. Herœus indique comme durée quelques jours ; Uffelmann, 2 semaines; di Mattei et Stagitta, de 11 à 14 jours; Kraus, de 5 à 7 jours; Karlinski, de 5 à 6 jours. Des l'ésultats plus récents et qui méritent créance à cause du nom de leurs auteurs et de la technique employée, ont été publiés par MM. Frankland et Appleyard ('). Ces auteurs ont ensemencé des eaux de diverses provenances avec la même semence et la même quantité de bacilles typhiques. Les eaux ont été conservées à des températures variables. Au bout de quelques jours, lorsque les microbes ordinaires de l'eau avaient abondamment pullulé, la recherche du bacille typhique à l'aide du procédé employé par les premiers auteurs (méthode des plaques de Koch) permettait de constater leur absence; une méthode plus perfectionnée (addition au bouillon de culture de quelques gouttes d'eau phéniquée à 5 pour 100 comme nous l'avons indiqué en 1886, ou quelques gouttes d'une solution de 5 grammes d'acide phénique ou de 4 grammes d'acide chlorhydrique dans 100 grammes d'eau) arrêtait la pullulation des microbes banals dans le bouillon de culture, de telle sorte que les bacilles typhiques plus résistants pouvaient arriver à développer leurs colonies et les laisser reconnaître. Par cette méthode, Frankland et Appleyard ont démontré que le bacille typhique ensemencé dans l'eau de la

(') Third Report to Ihe Royal Society water research commitlee. Procecdings of tlie Royal Society, vol. LVI.

ÉTIOLOGIE.

Tamise naturelle pouvait se conserver de 25 à 34 jours à la température de 6 à S degrés ; dans l'eau de Loch Katrine naturelle, le même microbe vivait de 4 à 11 jours à la température de 19 degrés; plus de 14 jours à la température de 6 à 8 degrés et de 19 à 33 jours à la température de 9 à 1 2 degrés ; dans Teau d'un puits très pure, le bacille d'Ebertli gardait sa vitalité à la température do 9 à 12 degrés pendant un laps de temps compris entre 33 et 39 jours. Chose curieuse et inattendue, le même microbe introduit dans cette même eau de puits stérilisée se conservait vivant pendant moins longtemps que dans la même eau naturelle. Cette dernière expérience prouve que les constatations de persis tance du bacille typhique dans les eaux stérilisées ne méritent pas toujours le reproche qui leur a été adressé, de ne fournir que des chiffres de longévité trop grande. Une autre remarque a été faite par les auteurs anglais. Dans l'eau de puits où la vitalité du bacille typhique s'était manifestée si longtemps, la pullulation des microbes ordinaires s'était faite simultanément et avec une abondance plus grande que celle des microbes ordinaires dans les échantillons d'eau de la Tamise ou du Loch Katrine qui avaient reçu le môme germe pathogène et qui l'avaient conservé moins longtemps que l'eau de puits. Cela prouve que les espèces microbiennes banales qui peuplaient l'eau de puits n'étaient pas, comme celles de l'eau de la Tamise, des espèces défavorables à la vitalité du bacille d'Eberth. Ce n'est donc pas en soi le nombre des bactéries banales, mais leur nature, c'est-à-dire leurs produits de sécrétion, qui sont nuisibles au bacille typhique.

Ces considérations nous font toucher du doigt la complexité des phénomènes soulevés par l'étude de la biologie des microbes dans l'eau et la contingence des résultats obtenus par les expérimentateurs. Certaines données s'en dégagent cependant et peuvent être considérées comme déOnitives : à la température ordinaire et dans l'eau naturelle, le bacille typhique introduit peut se conserver, lorsque les conditions lui sont favorables, pendant une période de temps dépassant un mois et parfois davantage. Signaler l'absence du bacille typhique dans une eau suspecte, ce n'est souvent que traduire le résultat d'une technique imparfaite. En pareille matière deux écueils sont à éviter : 1" laisser passer inaperçu dans une eau le bacille d'Eberth ; 2" donner le nom de bacille d'Eberth à un des nombreux bacilles coliformes qu'il est toujours facile de distinguer grâce à leurs réactions.

Ces notions permettent de comprendre que certaines villes ou régions payent à la dothiénentérie un tribut proportionnel à la qualité de l'eau qu'elles boivent. Dans chaque ville de garnison la morbidité typhique varie avec la pureté de l'eau potable. Les mêmes faits s'observent dans toutes les grandes villes de l'Europe. M. Mosny(') a montré que la fièvre typhoïde, si commune à Vienne l)endant qu'on y buvait l'eau du Danube, a disparu depuis l'amenée de l'eau (lu Semmering. A la tîn de l'année 1889 l'épidémie typhique qui s'est abattue sur une zone de Berlin a respecté la portion de la ville qui recevait une eau potable différente de celle qui était bue dans la région visitée par la dothiénentérie (-).

11 est vrai que, ni dans l'eau du Danube à Vienne, ni dans l'eau de Berlin incriminée, on n'a reconnu la présence du bacille typhique : aussi les hygiénistes qui se refusent à accepter le rôle prépondérant et spécifique de l'eau de boisson

(') Société de médccino puhliinie, nov. 1887.

(*) Grancmer, Rapport au Comité consultatif d'hygiène, 188i.

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