CHAPITRE V VARICELLE
Historique. — C'est Heberden (1767) qui le premier sépara la varicelle de la variole, au point de vue symplomatique ; Desoteux et Valentin (1799) maintinrent cette séparation. Malgré cela il resta encore longtemps une certaine hésitation sur l'autonomie de la varicelle que Trousseau plaida avec succès. A notre époque l'école de Vienne avec Hebra, Kaposi, Hochsinger, la combat encore el admet l'étroite parenté de la variole et de la varicelle.
Étiologie. — Causes prédisposantes. — La varicelle est une maladie du jeune âge ; elle est très rare avant 0 mois, plus rare même que les autres fièvres éruptives ; son maximun de fréquence est à 5 ans, elle devient rare après 10 ans et surtout chez l'adulte; c'est une maladie aussi fréquente que la rougeole, mais qu'on signale moins souvent parce qu'elle est peu bruyante et qu'elle peut passer inaperçue.
Une première atteinte confère régulièrement Y immunité ; la récidive a été observée par Hufeland, Trousseau, Canstatt, Gerhardt.
Causes occasionnelles. — La varicelle est contagieuse, moins cependant que la variole et la rougeole ; les cas intérieurs de varicelle dans les hôpitaux ne se voient que dans certaines épidémies intenses, ils ne sont pas journaliers comme les cas de rougeole, et le plus souvent les varicelles entrées à l'hôpital restent stériles.
La diffusibilité du contage est minime; elle ne dépasse généralement pas les limites d'une famille, d'une maison, d'un pensionnat. Nous n'avons pas de données précises sur la durée du pouvoir contagieux. 11 cesserait avec le dessèchement des croûtes (Diakonenko).
'L'inondation sous-cutanée est possible, mais elle est difficile si on en juge par le nombre des expérimentateurs qui l'ont vainement tentée (Valentin, Trousseau, Delpech, Thomas, Henoch, Dumontpallier, etc.). Quelques expériences positives prêtent à la critique, soit qu'on ait confondu la varicelle avec la varioloïde,
VARICELLE
soit qu'elles aient eu lieu dans les salles d'hôpital (d'Heilly et Thoinot). Steiner, cependant, a pu sur 10 tentatives obtenir 8 succès; 2 furent obtenus sur 2 enfants éloignés l'un de l'autre et loin du lieu où fut recueilli le liquide des vésicules.
Incubation. — La varicelle inoculée incube 10 jours (Steiner). Par contagion, l'incubation dure 14 ou 15 jours (Talamon, Gerhardt).
Nature. — La varicelle est-elle une maladie autonome qui naît toujours d'une varicelle et engendre toujours une varicelle, ou nest-elle qu'une atténuation (le la variolel L'insuffisance de nos notions sur la microbiologie de la varicelle oblige à chercher dans les faits cliniques des arguments pour la nature spécifique de la varicelle (théorie dualiste) ou pour son origine variolique (théorie vniciste). La théorie uniciste, qui avait été celle des médecins du siècle dernier mais qui a perdu actuellement beaucoup de terrain, soutient que la varicelle est une variole atténuée, d'une virulence inférieure à celle de la varioloïde. On comprend la gravité de cette affirmation; si elle était prouvée, elle entraînerait des mesures hygiéniques et prophylactiques qu'on n'applique ordinairement qu'à la variole.
Les arguments des unicistes, repris dernièrement par ]\L Galzin, sont les suivants : dans de nombreuses épidémies, la varicelle accompagne la variole ; on peut trouver tous les intermédiaires entre ces deux formes extrêmes d'une même infection. La varicelle ne serait donc qu'une variole atténuée par la vaccination, par une infection antérieure ou par une résistance spéciale au sujet. Comme conséquence de cette commune origine, le varicelleux peut contagionner un autre individu sous la forme variolique franche (obs. de Labbé, Iladdon, Farquhason, Hochsinger).
Les observations qui servent de base à cette affirmation ne sont pas inattaquables, soit que le sujet variolisé ait pu être contagionné par une autre voie (obs. de Farquhason), soit que le premier diagnostic ait été erroné, et qu'on ait confondu une varioloïde avec une varicelle. Enfin on a dit que la Aaricelle noculée directement pouvait donner la variole, mais il s'agit là de faits anciens (Thompson) et qui depuis de longues années n'ont pas été confirmés.
La théorie dualiste qui est maintenant traditionnelle en France, si l'on excepte quelques discordances, repose sur un faisceau de faits :
1" La VARICELLE PEUT CONSTITUER DES ÉPIDÉMIES ABSOLUMENT ISOLEES, Ct elle
ne prend pas de caractère plus virulent, quand elle atteint un sujet non vacciné. Baader a vu à Bàle, de 1875 à 1878, 584 cas de varicelle et seulement 21 cas de variole; à Copenhague, on a vu la varicelle revenir tous les ans pendant une longue période où la variole fit complètement défaut. Les coïncidences avec la variole n'ont pas plus d'importance que les épidémies simultanées de rougeole et de scarlatine.
2° La VARIOLE NE PROTÈGE PAS CONTRE LA VARICELLE. Dclpeclî a VU IcS dcUX
exanthèmes coïncider; D'Espine, d'Heilly ont observé la varicelle au 25*=, au 25'' jour d'une variole; Senator rapporte qu'un enfant qui avait contracté la variole à l'Age de 6 mois et qui était réfractaire à la vaccination tentée successivement à l'âge de 2, 5, i ans, put cependant contracter la varicelle à 6 ans. Ces faits seraient impossibles si les deux maladies étaient de même nature.
[LOI/IS Gl7IJV0iV ]
FIÈVRES ÉRUPTIVES
D'autre paii, si la varicelle était une variole atténuée, on ne comprendrait pas qu'elle conservât ses caractères de bénignité absolue chez les sujets non vaccinés.
5» La VARICELLE NE PRÉSERVE PAS DE LA VARIOLE. Lcs cas sont uoiubreux, d'enfants admis par erreur dans un service de varioleux alors qu'ils n'avaient que la varicelle et contractant dans ce milieu une variole parfois mortelle (Martineau, Steiner, Comby).
A" La VACCINE, PAS PLUS QUE LA VARIOLE, n'eMPÊCHE l'iNFECTION PAR VARICELLE.
5° Réciproquement, la varicelle n'empêche pas l'inoculation vaccinale. On vaccine facilement des enfants peu de temps après la varicelle ; Kassowitz aurait observé un retard dans l'évolution des pustules vaccinales chez les varicelleux ; personne n'a confirmé ce fait.
Telles sont les raisons qui paraissent suffisantes pour séparer étiologiquement et pathogéniquement la varicelle de la variole; on ne saurait accorder grande valeur à deux arguments qu'on ajoute généralement : la difficulté de l'inoculation varicelleuse comparée à l'inoculation vaccinale ou variolique, et l'aptitude toute spéciale de l'enfance à l'infection varicelleuse ; car en admettant la théorie uniciste, l'atténuation du virus d'une part, l'immunité relative conférée par la vaccination encore récente de l'enfant d'autre part, suffiraient à expliquer ces faits. M. Talamon a soutenu avec son talent ordinaire l'idée que la varicelle est une vaccine, une « vaccinoïde » et il invoque, à l'appui, des faits comme ceux-ci : un enfant savant au milieu de plusieurs personnes récemment vaccinées présente une éruption de varicelle ; un enfant revacciné, avec 5 autres personnes de la même famille, présente au bout de 8 jours, sans que le vaccin prenne, une éruption de varicelle. Il conclut de ces faits que la varicelle est à la vaccine, ce que la varioloïde est à la variole.
Toutefois ses arguments n'entraînent pas la conviction et on peut conclure, comme lui d'ailleurs, que nous avons besoin de faits nouveaux et surtout de données bactériologiques précises.
Microbiologie. — Les recherches de Guttmann, Wolf, ont porté sur le contenu des vésicules, soit à l'état clair, soit déjà opalescent, celles de Bareggi, Rille, sur les vésicules et sur le sang. Guttmann a isolé, outre le staphylocoque jaune, un coccus qui ne liquéfie pas la gélatine et qui forme des cultures jaune verdàtre, viridis flavescens, et un staphylocoque blanc ; mais aucun d'eux n'est pathogène. Bareggi a vu un microcoque ovoïde, qui existerait dans les leucocytes du sang au 5» jour de la maladie ; il aurait reproduit la A'aricelle chez des enfants en leur inoculant les cultures pures de ce microbe. D'après Rille, les micro-organismes sont moins nombreux dans les vésicules suppurées que dans les autres, fait déjà remarqué par Weigert dans le liquide des pustules varioliques, et qu'expliquerait la phagocytose par les leucocytes; il a pu voir dans le sang pendant l'acmé de l'exanthème, de nombreux micro-organismes, soit dans les globules, soit entre eux.
Enfin Pfeiffer a décrit dans les vésicules de la varicelle, comme dans la lymphe vaccinale et chez les varioleux, un parasite qu'il assimile aux amibes.
Symptômes. — 1» Période d'invasion. — La varicelle a deux modes de
VARICELLE
début : tantôl l'éruption se manifeste cVemblée avec des symptômes plus ou moins bénins; tantôt, elle est précédée de symptômes d' invasion. Ces phénomènes initiaux sont souvent d'une bénignité Lelle qu'ils passent inaperçus des parents. Quelquefois, le matin au réveil, l'enfant est triste, pleure et veut rester au lit; plus souvent, c'est l'après-midi qu'il éprouve les premiers malaises; il a de petits frissons, il se sent faible, et demande à se coucher; on constate déjà de la fièvre, 58» à 58o,.5, quelquefois plus, l'enfant refuse de manger, ou s'il mange, il ne tarde pas à vomir.
Plus rarement, le début est d'une grande violence. Chez ïenfant. Hunter, Dumas, Kassowitz ont vu des vomissements violents, du délire, des convulsions, de l'hyperthermie : 40°; cela durait 2 jours (Kassowitz), o jours (Dumas), puis tout cédait avec l'éruption. Nous
avons vu une véritable dyspnée qui fit craindre aux parents la suflbcation et qui cessa après un vomitif.
Chez Vadulte, on a observe une céphalée très vive, des douleurs musculaires, une courbature violente, de la rachialgie, de la gène respiratoire, tout le tableau d'invasion
FlG.
-Varicelle avec 5 poussées successives. Élévation de lempérature pour chacune d'elles (d'après Bille). ABCD E, éi'uplions.
d'une maladie grave
Cette période ne dure pas plus de '24 heures (Trousseau, Cadet de Gassicourt). Il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre l'intensité des prodromes et la gravité de la maladie.
2" Période d'éruption. — L'éruption .peut f,c. 52. — Varicellc avec s poussées snc-
débuler par tous les points du corps, tronc, «ï^'^'^s (d'-'P'-^* i^'"^')- abcdef