CHAPITRE VIII OREILLONS
Définition. — • On désigne sous les noms d'oreillons, fièvre ourlienne, parotidite épi(lémi([ue, une maladie infectieuse, contagieuse, se localisant sur les glandes salivaires, mais affectant toute l'économie, comme le prouve l'inflammation possible et fréquente des testicules, des mamelles, des ovaires, etc.
OREILLONS
Étiologie. — 1" Causes prédisposantes. — Aucun àye n'est à l'abri des oreillons; on les trouve rarement au-dessous de 2 ans; cependant V. Gautier les a rencontrés chez un nouveau-né, contaminé par sa mère peut-être par la voie intra-utérine; Human a vu une femme atteinte doreillons accoucher dun enfant ayant un gonflement de la région parotidienne gauche. C'est pendant la période scolaire, de 5 à 15 ans, puis à l'âge du service militaire que la maladie est le plus fréquente. Le sexe, bien qu'on en ait dit, n'a pas d'influence étiologique réelle. Les oreillons sévissent en toute saison et dans tous les climats tempérés.
Uiimnunité est la règle après une première atteinte; la récidive est d'une extrême rareté; Servier, Busquet en ont rapporté des cas.
Causes déterminantes. — La conlagion ne s'exerce pas à distance; il faut, entre l'infectant et l'infecté, un contart immédiat ou médiat (vêlements, literie d'après Anlony).
Durée de la contagiosité. — Les oreillons sont contagieux pendant les derniers jours de Vincubation et pendant l'évolution de la maladie, peut-être aussi après la fjuérison. La contagiosité serait à son maximum pendant les deux jours qui précèdent le gonflement parotidien (Rendu, Gouraud, Antony), elle diminuerait très rapidement à partir de ce moment. Toutefois, des faits tendent à prouver qu'elle persisterait encore après la guérison (Coml)y, Antony).
Les épidénries sévissent généralement sur un terrain limité (maisons, écoles, asiles, casernes, prisons). Dans un même établissement, si deux groupes sont isolés, la maladie ne passe pas de l'un à l'autre; de même, dans une ville, on voit la maladie atteindre un régiment et respecter les autres, ainsi que la population civile. Les épidémies ont d'ailleurs une marche particulière évidente dans les écoles et casernes, et qu'explique la longue durée de l'incubation; elles se développent lentement, par périodes successive^ de 18 à 22 jours (Poirrier). Les cas sont donc successifs et séparés par de longs intervalles; aussi les épidémies sont-elles de longue durée.
Incubation. — La durée de l'incubation jinraît pas aussi constante ([uc pour les fièvres éruptives; elle varie de IS à 21 jours; elle serait plus près de la limite inférieure pour les enfants, plus longue pour les adolescents et les adultes.
Anatomie pathologique. — La tuméfaction qui constitue les oreillons occupe ordinairement les parotides, mais elle s'étend souvent aux glandes sousniaxillaires; les lésions et la localisation analomique nous sont très mal connues; quelques cas mortels étaient trop compli([ués pour ([u'on pût en tii'er line conclusion vraie; d'autres ont présenté à l'autopsie trop d'altérations pouipermettre de conclure de l'état cadavérique aux lésions qui existaient pendant la vie.
Les examens anatomiques de "Virchovv dont parlent tous les traités (•lassi(pies ont trait à des parotidites symplomatiques: pour cet auteur, il s'agit d'un catarrhe simple des glandes parotides.
On a localisé le processus dans tous les tissus qui remplissent la loge parotidienne, glandes, tissu conjonctif, ganglions. Niemeyer admet sans preuve l'existence d'un exsudât séreux dans le tissu périglandulaire. Bamberger a constaté un Vxsudat fibrineux dans le tissu interacineux.
TliAITK DE MliDLCINE, 2' é(Jil. — IL 58
ILOVIS GUINON ]
FIÈVRES ÉRUPTIVES
Une observation de M. Jacob (1875), relative à un sujet qui succomba à l'œdème de la glotte compliquant les oreillons, vaut la peine d'être rapportée : « les parotides et les sous-maxillaires n'étaient pas notablement augmentées de volume ; leur tissu était resté blanc rosé, mais elles étaient plongées dans une atmosphère celluleuse remplie d'une sérosité verdâtre, transparente, comme gélatineuse, qui ne s'écoulait pas sur la coupe ; cette infdtration séreuse donnait aux tissus une consistance particulière presque lardacée. L'examen histologique (Ranvier) donna les résultats suivants : les glandes salivaires ne présentaient pas trace d'inflammation, non plus que les petits ganglions lymphatiques situés au voisinage de la parotide; nulle part il n'y avait trace de prolifération celkdeuse et l'épithélium des conduits salivaires avait conservé un aspect normal. Il n'y avait même pas d'œdème dans le tissu interacineux; toute la lésion était bornée à l'œdème périparotidien, puis à l'œdème de la glotte. »
Il est inadmissible que les glandes elles-mêmes ne soient pas atteintes à quelque degré; la multiplicité des locali.sations glandulaires (salivaires, lacrymales, mammaires, testiculaires) serait inexpliquée par une lésion conjonctive pure: la lésion du tissu conjonclif, bien que prédominante en apparence, est purement secondaire. Les ganglions parotidiens sont peut-être congestionnés, mais, en présence de l'intégrité ordinaire des ganglions voisins qui leur sont reliés, on no saurait admettre leur inflammation.
On ne possède pas d'examen analomique de testicule en état d'orchite. MM. Reclus et Malassez ont constaté sur un testicule atrophié, à la suite d'une orchile ourlienne, la persistance des tubes séminifères, mais très atrophiés et très grêles; leur tunique interne était épaissie, et ils étaient transformés en cordons pleins; il n'y avait pas de prolifération conjonctive intercanaliculaire.
Nature; bactériologie. — Par leur évolution, leur contagiosité, leur caractère épidémique, la période de la vie qu'ils atteignent, les oreillons se rapprochent beaucoup des lièvres éruptives (Pratolongo, Trousseau). Si l'exanthème fait défaut, il existe, en revanche, un énanthème qui, d'après Guéneau de Mussy, se caractérise par une congestion avec tuméfaction de la muqueuse buccale, occupant la face interne des joues au voisinage de l'orifice du canal de Sténon et la partie antérieure de la voûte palatine.
MM. Capitan et Charrin (1881) ont trouvé dans le sang de 15 malades des bâtonnets et des microcoques animés de mouvements, qu'ils ont pu cultiver, mais qui n'ont pas été pathogènes pour les animaux; l'urine ne contenait pas de micro-organismes. M. Bouchard (1885), dans un cas grave où la maladie atteignit les glandes salivaires et lacrymales, a constaté dans la salive et dans l'urine albumineuse, des bâtonnets en grand nombre. M. Ollivier (1885) a trouvé des micro-organismes variés dans le sang et dans l'urine; aucune inoculation n'a été faite. En 1889, M. Bordas a pu isoler du sang des malades alleints d'oreillons un bacille très semblable à celui de MM. Charrin et Capitan, qui forme sur la gélatine de petites colonies rondes et grisâtres et ne la liquéfie pas; ce micro-organisme ne résiste pas à la dessiccation. Laveran et Catrin (1893) ont trouvé 59 fois sur 56 cas, dans diverses humeurs, un diplocoque facile à colorer par les couleurs d'aniline, se décolorant par le Gram, donnant des colonies blanches qui liquéfient la gélatine. Mecray et Walsh (1896) ont
OREILLONS
isol»? de la salive et ô fois du sang sur 8 cas un coccus analogue au précédent. Michaëlis compare le diplocoque qu'il a isolé au méningocoque, dont il diffère par sa petitesse; contrairement à celui de Laveran et Catrin, il ne prend pas le Gram.
Malgré quelques divergences, la forme diplococcique est, en somme, assez fréquente pour qu'on lui accorde, au moins provisoirement, quelque valeur pathogène.
Symptômes. — 1" Prodromes. — Le plus souvent ils passent inaperçus, bien qu'ils soient fréquents (Canstatt); dans certaines épidémies, on les observe dans la moitié des cas si les enfants sont bien surveillés (Sanné); à l'hôpital, on ne les rencontre que 1 fois sur 3 environ (Rilliet et Barthez). Chez les adultes, les jeunes soldats, une observation attentive permet de les trouver assez fréquemment (Calrin).
Ces symptômes sont : la fièvre avec ou sans frisson initial, la céphalalgie, le malaise, la courbature et les arthralgies, les vertiges, l'épistaxis, les vomissements, la diarrhée, l olalgie ; les convulsions s'observent, mais rarement, cIkv. les enfants. La durée de cette période varie de 12 à 36 heiu'es.
2" Période de tuméfaction. — Signes locaux. — La douleur est le premier symptôme; elle est sourde, gravative, occupe la région parotidienne et plus exactement, au début, le voisinage de l'orifice du conduit auditif. Elle s'irradie dans l'oreille; elle augmente d'intensité pendant les deux ou trois premiers jours, mais elle diminue généralement quand la tumeur est bien développée. Elle est spontanée et continue, rarement lancinante, ce qui la distingue de la douleur de la parotidite suppurée. Elle est provoquée et exaspérée par la pression, par la mastication, ({ui est le plus souvent impossible chez l'adulte, par la parole même; elle empêche l'écartement des mâchoires beaucoup plus ([uc la tuméfaction elle-même, au point que l'examen de la bouche devient impossible et que le malade peut à peine sortir la langue hors des arcades dentaires. On voit dans quelques cas un véritable Irismi/s.
La douleur présente tous les degrés d'intensité; moins vive chez l'enfant, elh^ se borne ([uehjuefois à une simple sensation de tension; elle peut même man (pier; chez l'adulte, au contraire, elle est parfois assez foi'te pour troubler le sommeil. Rilliet et Barthez ont signalé trois points douloureux maxima que l'on ne retrouve pas toujours réunis, mais ([ui présentent cependant quelque (•(Mistance : 1° au niveau de l'arl iculation temporo-maxillaire ; 2" en arrière de la mâchoire, sous l'apophyse mastoïde; 3" au niveau de la glande sous-maxillaire. Canstatt seul a signalé des douleiu^s dans la région du cou et des omoplates, qu'il explique par les rapports intimes de la parotide avec la deuxième paire cervicale (Rilliet et Hai'lliez).
La tuméfaction PAiiOTiDiENiMi ET PÉuH^AROTmiENNE cst le symptôuic caractéristique. A son niveau, la peau conserve généralement sa coloration normale, file est luisante et tendue; (piehjuefois elle prend une teinte rose diffuse qui disparaît à la pression pour reparaître aussitôt; plus rarement la rougeur peut simuler l'érysipèle (Laveran). La région gonflée donne au doigt une sensation de résistance élastique, quel((uefois molle et pâteuse; mal limitée, elle ne conserve pas l'impression du doigt, sauf dans quelques cas où le gonflement
ILOUIS GVlNON.l
est considérable. On peut admettre, avec Rilliet et Barthez, 5 degrés dans la tuméfaction parotidienne.
l'-'"' degré : forme légère. — La tumeur est limitée au sillon rétro-maxillaire; c'est une simple boursouflure qui remplit le creux parotidien sans le déborder et qui déforme à peine les traits.
2"= degré : forme moyenne. — La plus commune; la tuméfaction se rapproche pour la forme et la tension d'une véi'itable fluxion, mais elle est généralement limitée à la région sus et sous-maxillaire. Le pavillon de l'oreille est soulevé et un peu déjeté en dehors.
5'= degré. — Le gonflement est beaucoup plus considérable au niveau de la parotide qui forme une masse arrondie et saillante, il dépasse les limites de la région parotidienne et sous-maxillaire, gagne les côtés du cou et la partie supérieure de la poitrine; le cou prend alors un volume considérable qu'au premier abord il est difficile de distinguer de l'engorgement ganglionnaire des angines infectieuses, toxiques (diphtérique ou scarlatineuse); l'élargissement du bas du visage donne à la tète un aspect piriforme. Quelquefois le gonflement envahit la région temporale et zygomatique, jusqu'au pourtour de l'orbite (Leichtenstern).
Cette forme extrême ne se réalise que rarement, et seulement chez les adolescents et les jeunes gens. On constate parfois l'engorgement des ganglions sous et rétro-maxillaires (quelquefois même avant le gonflement de la glande, Laflbrgue), mais l'étendue du gonflement périparotidien rend souvent difficile l'examen des ganglions.
Il est fréquent, au contraire, de voir la tuméfaction limitée aux glandes sousmaxillaires {oreillons som-maxill aires). Comby dit avoir observé l'oreillon sublingual.
La marche de la tuméfaction est très variable; dans les cas légers et moyens, elle augmente pendant o, 4 ou 6 jours, puis elle diminue rapidement; en général, au 7" ou 8"^ jour il n'en reste aucune trace. Rilliet et Barthez l'ont vue, dans quelques cas très intenses, persister 2 et 5 semaines; quelquefois la tumeur parotidienne ayant complètement disparu, il reste une induration avec léger gonflement au niveau de la glande sous-maxillaire (Barthez et Sanné). Le gonflement est le plus souvent bilaléral; toujours, disait Trousseau, avec quelque exagération. Mais quelle que soit la fréquence de la double localisation, il est très rare qu'elle le soit cVemblée : un côté est toujours pris avant l'autre, tantôt le gauche (Rilliet et Barthez, Heyfelder, Canstatt), tantôt le droit; la tuméfaction d'un côté précède l'autre de 1, 2 ou même 8 jours; il en résulte que le premier côté peut être complètement revenu à l'étal normal quand l'autre est en pleine tuméfaction. Le gonflement n'a généralement pas le même développement des deux côtés.
État de la muqueuse bucco-pharyngée et des conduits d'excrétion. — Le plus souvent, à part un peu de blancheur de la langue, l'examen de la bouche et de la gorge ne dénote rien d'arnomal, ni dans la couleur, ni dans l'état d'humidité, ni dans la nature des sécrétions (Rilliet et Barthez, Laveran). Toutefois, quand la fièvre est intense, la muqueuse est un peu desséchée ; quand le sujet est scrofuleux (enfants) ou alcoolique, ou use avec excès du tabac (matelots, d'après Laveran), la gorge est rouge et gonflée; enfin,
OREILLONS
quelquefois la fièvre ourlienne s'accompagne d'un état gastrique, qui, comme on le sait, produit toujours chez l'enfant un certain degré d'inflammation de la gorge. C'est ainsi, à notre avis, qu'on peut expliquer les altérations qu'on a constatées dans quelijues épidémies ; mais il faut considérer comme exceptionnels les symptômes rapportés par divers auteurs et dont voici l'énumération :
Rougeur érythémateuse de la gorge (Bouchut), de la face interne des joues autour de l'orifice du canal de Sténon, et dans la partie antérieure de la voûte palatine (Guéneau de Mussy);
Stomatite avec dépouillement de l'épithélium lingual (Jobard). Dans un cas publié par M. Karth, nous avons constaté sur le larynx, les gencives, les joues, un exsudât épithélial qu'on enlevait facilement par le raclage ; pendant la convalescence, la muqueuse desquama et le passage des aliments devint douloureux (stomatite érythémato-pultacée) ;
Sécheresse extrême de la bouche (Trousseau) ;
Angine pharyngée et tonsillaire intense, accompagnant ou plus souvent précédant les oreillons, constituant parfois le symptôme principal et le plus douloureux, se terminant par une descjuamation épithéliale à petits lambeaux (épidémie observée dans la garnison de Dax, par Jourdan). Dans quelques cas, ces angines ourliennes seraient suivies, au bout de quelques mois, d'atrophie des amygdales ;
(jonflement en mamelon de l'orifice du conduit de Sténon avec induration du canal, hyperémie des orifices de Warthon et de Rivinus (Moursou, Granier).
Symptômes généraux. — {a) La fièvre ourlienne à localisation salivaire simple, et dégagée de toute complication, comme c'est la règle chez l'enfant et le cas le plus fréquent chez l'adulte, peut ne donner lieu à aiirune réaction (jénrro le.
L'enfant ne se plaint que d'une gène légère dans la mastication, l'appétit est à peine diminué ; il continue à sortir et à jouer.
{b) Plus souvent, il existe un léger état saburral : des vomissements apparaissent (juelquefois le premier jour chez les enfants ; l'épislaxis est assez fréquente. Le malade éprouve une courbature générale et une fièvre moyenne; la température monte à 58", 5 ou T)!)" pendant I ou 2 jours, puis tombe rapidement; elle affecte le type rémittent avec recrudescences vespérales (Barthez et Sauné).
Quelques épidémies se caractérisent par des phénomènes nerveux graves : délire, hallucinations, convulsions, mouvements choréiformes (Glénereau).
[(■) Dans quelques cas, les symptômes revêtent l'allure et la gravité d'une lièvre typhoïde {forme typhoïde, Debize, Laveran), fièvre intense (40" et plus), agilation, délire, adynamie, selles involontaires; le gonflement de la rate existe assez souvent; nous l'avons trouvée considérable dans le cas publié par M. Karth, mais ces symptômes ne s'observent ordinairement que dans les cas à localisation testiculaire.
Marche et formes. — Ouelle que soit la forme, la terminaison ordinaire est la guérison. La mort est le résultat des complications (juc nous énumérerons plus loin : accidents méningitiques, convulsions, asphyxie mécanique par compression ou œdème du larynx, néphrite et urémie, syncope, broncho pneumonie.
1" Forme simple à localisation salivaire pure. — C'est celle que nous avons
ILOUIS GUINON.i
FIÈVRES ÉRUPTIVES
décrite. Elle guérit sans accidents, quelle qu'ait été l'intensité de la tumél'aclion et de la fièvre. Chez l'enfant, elle guérit en 4 à 8 jours complètement, sans laisser aucune trace; elle dure plus longtemps (10 à 12 jours, 5 semaines) quand les deux côtés ont été pris successivement à plusieurs jours d'intervalle.
On a signalé, au moment de la guérison, quelques phénomènes critiques tels que : transpiration abondante au niveau de la parotide, puis généralisée ; urines sédimenteuses, diarrhée, vomissements bilieux (Canstatt), épistaxis. Mah gré la résolution, les adultes conservent souvent pendant quelques semaines une sensation de fatigue et un certain degré d'anémie.
2" Forme avec localisation testiculaire. Orchite ouiiienne. — Fréquence. •Après les parotides, le testicule est le plus souvent atteint. Très rare cliez l'enfant (Rilliet n'en avait pas observé au-dessous de 14 ans, Sanné en a vu deux cas à 12 ans, Fabre de Commentry un à 9 ans), ce qui s'explique par le peu de déA'cloppemenl et d'activité fonctionnelle de l'organe, cette complication est beaucoup plus fréquente dansl armée (I cas sur 5 d'après Laveran).
Époque cV apparition. — L'orchile se montre, en général, du G'" au 8'= joiu' après le début de la tumeur parotidienne; mais aussi à toutes les périodes de cette tumeur, tantôt à sa période d'accroissement, tantôt quand elle a complèlement disj)aru (ce dernier mode de développement avait été expliqué par la théorie de la métastase); enfin l'orchite peut ])récéder la parotidite de 1 à Ti jours (Crevoisicr d'Hurbache, Lynch, Bérard, Rizet, etc.) ou même constituoT liiidi- la maladie [orchilc ourlienne sans parotidite). (Kovacs.)
Ouand les deux testicules sont atteints successivement, la seconde orcliile peut être très tardive ; M. Maubrac l'a observée au 16"= jour de la maladie.
Symptômes. — L'apparilion de Torchite est souvent précédée d'un retour de fièvre, généralement sans frissons. Souvent les symptômes généraux prennent une gravité extraordinaire, inexplicable et effrayante si on a méconnu la parotidite; les cas rapportés par Trousseau, Laveran, Lemarchand sont typiques :
{a) Parfois ce sont les accidents de collapsus qui dominent: anxiété, face pâle et grippée, pouls petit, fréquent, inégal, refroidissement des extrémités; la température centrale s'élève; mais au bout de 2i, 56 heures au plus, la douleur testiculaire apparaît et les accidents disparaissent;
(6) Dans un autre mode de début, les symptômes sont véritablement typhoïdes et adijnamiqites : fièvre intense, délire, carphologie, insomnie, épistaxis, diarrhée séreuse, selles involontaires.
L'inflammation n'atteint généralement que le testicule, et, quand elle envahit Tepididynie, c'est toujours à un moindre degré. D'après Sorel, au contraiic, 1 épididyme serait toujours pris en premier lieu.
L'orchite est le plus souvent simple (1 cas double pour 8 simples); son siège n'a aucun rapport avec celui de la parotidite. Elle se manifeste par une douleur dont rintensilé est des plus variables, tantôt une simple tension, une pesanteur exagérée par la station debout, tantôt une douleur très pénible, pongitivc, irradiée dans le canal inguinal, l'hypogastre et les lombes.
La peau du scrotum est rouge et tendue, quelquefois œdématiée; le gonllement varie comme la douleur; il est souvent triple ou quadruple de l'état normal. Le testicule conserve sa forme lisse et arrondie, il est moins dur que
OREILLONS
dans les autres formes d'orchite (Laveran); il n'y a généralement pas d'épanchement dans la tunique vaginale.
Au ou 4" jour rorchite atteint son acmé; la période d'état dure 2 ou 5 jours, puis la résolution s'opère rapidement.
L'état général s'améliore dès que l'orchite est évidente, mais la fièvre persiste; toujours plus élevée que pendant la parotidite, elle atteint WS, 41"!, oscille un peu pendant 5, 4 ou 5 jours, puis tombe; soit brusquement, de ô à 4 degrés au-dessous de la normale, en même temps que le gonflement disparaît (Laveran), soit par lysis (Sorel).
Malgré cette bénignité remarquable, l'orchite ourlienne est souvent suivie d'atrophie tef^ticulaire . Cette terminaison signalée pour la première fois en 1761, par Hamilton, puis par Murât, J. Franck, fut étudiée par Doguy (1828), puis après une période d'oubli, par Rillietet Grisolle. Elle existe environ chez l'adulte 2 fois sur o cas d'orchite ('). Dans les premières semaines qui suivent la maladie, l'organe paraît seulement plus mou; l'atrophie devient évidente au bout de I ou 2 mois, son importance est variable; quelquefois elle s'accompagne de ([uelques douleurs persistantes. Quand elle est double, chez un jeune homme, elle entraîne toutes les modifications dans la constitution et les fonctions sexuelles qui constituent le féminisme.
T)" Forme typhoïde. — D<''jà signalée; elle se caractérise par la gravité de l'état général, par la tuméfaction de la rate, l'albuminurie; la tuméfaction est considérable, et on constate en môme temps de l'angine; elle guérit cependant (Gerhardt, Colin, Jaccoud, Pognon).
Complications. — (a) Beaucoup de « complications » devraient être comprises dans la symptomatologie, car elles ne sont que des localisations peu fréquentes de l'infection ourlienne sur les glandes.
Telles sont la tuméfaction des uutiiielles, celle des ovairéa, des grandes lèvres (Rilliet, Fournier), des (/lam/es lacrijuiales; dans tous ces cas, le processus est identi(jue à celui des glandes parotides. La masiite ourlienne (Rochard, Cooper) a été observée chez l'homme; c'est cependant une complication rare. On a admis la tuméfaction des ovaires dans des cas où les malades ont éprouvé des douleurs à l'hypogastre (Rizet, Niemeyer); dans un fait de Moutard-Martin, on sentait, au niveau de l'ovaire droit, une petite tumeur douloureuse qui disparut assez rapidement.
L'inflammation des glandes lacrymales (Karth) débute après la parotidite; elle est double, elh^ provoque d'assez vives douleurs et un gonflement considérable de la conjonctive.
(h) Suppuration pap.otidienniî, xESTicuLAmE. — La suppuration est extrêmement rare. Meilheurat, Fehr, Laveran, Ferrand, l'ont observée; elle est limitée à une petite |)ortion de la parotide et guérit facilement. Dans deux cas de Demme, il se développa sur la région parotidienne une plaque gangreneuse à tendance exiensive qui entraîna la mort. La suppuration du testicule ou de l'épididyme a été signalée par Bourges et Boyer. Mais il importe de dire que ces accidents sont toujours l'eiret d'une infection secondaire.
(') CATriiN considère ccpondfinl, la rcuLiluUo ad inlegrum comme fréqiienle cliez les jeunes gens.
ILOVIS GVINON.-i
FIÈVRES ÉRUPTIVES
(c) Complications cardiaques. — On a observé le ralenl.ssement des batlemenls du cœur pendant la convalescence (Karth), la tendance à la syncope, les lipothymies, des bruits de souffle au cœur.
L'endocardite (Jaccoud) peut atteindre les orifices milral et aortique à la fois; elle n'a pas les caractères de l'endocardite végétante, elle peut guérir en peu de jours sans laisser de traces et passe rarement à l'état chronique (Bourgeois); elle peut s'accompagner de péricardite sèche.
((/) J'ai signalé I'amygdalite, les vomissements, la diarrhée.
(e) Les ARTHROPATHiEs (Ti'ousscau, Jourdan, de Cérenville, Liégeois), occupent une ou plusieurs articulations (cou-de-pied, genou, hanche); le gonflement est nul ou modéré; elles guérissent rapidement.
(/') Accidents nerveux. — Ceux qui s'observent pendant la maladie sont généralement transitoires et bénins; tels sont les vertiges (Liégeois), les convulsions, le délire. Cependant les accidents méningitiqucs (Cooper, Russel, Maximovitch), qu'on a rapportés à l'œdème cérébral, sont une cause de mort signalée à plusieurs reprises. Mais après la guérison il peut se développer des troubles plus tenaces, des paralysies étendues à plusieurs membres ou à tout le corps; c'est une Aéi-itable pohjnévrite (Jofîroy, Revilliod, Gallavardin). On a observé en même temps ou séparément la paralysie de la paire, du facial, de l'hypoglosse, du spinal. On doit signaler aussi les troubles mentaux, tels que l'aphasie, la manie aiguë, la mélancolie, etc. Le vertige dans la convalescence prend le type de Ménière quand il accompagne des lésions de l'oreille interne.
{y) Organes des sens. — Du côté des yeux on a signalé la blépharite, la kérato-conjonctivite, la congestion rétinienne; cette dernière s'accompagne d'une diminution plus ou moins marquée de l'acuité visuelle (Ilatry).
L'otite suppurée est rare (Gradenigo). Toynbee, Calmetles, Gellé ont vu survenir à la suite des oreillons une surdité d'origine labyrinthique, uni ou bilatérale, et qui est incurable.
(//) Néphrite, albuminurie, anasaroue. — Signalée par Pratolongo, Renard, llenoch, Karth, Bourgeois, Pognon, l'albuminurie apparaît au cours des formes graves des oreillons, quelquefois avec des accidents typhoïdes; l'hématurie est rare et peu abondante. L'albuminurie, généralement peu abondante, est éphémère (2, (i jours) et ne laisse aucune trace appréciable ; cependant Troussin a obsi r\ '• des accidents éclamptiques graves. Colin et Le Roy ont cité deux cas durémie mortelle; dans le cas de Colin, les reins, gros et blancs, présentaient au microscope les caractères de la néphrite interstitielle aiguë.
(?) Les COMPLICATIONS RESPIRATOIRES sont si rarcs qu'on peut considérer la bronchite et la broncho-pneumonie signalées par les auteurs, comme des affections indépendantes; seul Yœclème du larynx est un résultat direct de la tuméfaction parotidienne par propagation de l'œdème qui l'entoure; il a causé plusieurs fois la mort (Bougard, .Jacob) ou a nécessité la trachéotomie (Pilatte).
L\(rétrite, la vnyinite (Groffier, Chatard), la prostatite ont été signalées. Mais leur nature ourlienne n'est pas suffisamment prouvée.
OREILLONS