PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
L'hygiène alimentaire a la plus grande importance dans la prophtjlaxie du scorbut. Le perfectionnement de l'industrie des conserves, la rapidité avec laquelle s'effectuent les voyages permettent aux marins et aux troupes d'avoir toujours à leur disposition des aliments sains et relativement frais. Mais si nous ne sommes loin du temps où l'odeur des viandes salées servies aux officiers d'un navire où régnait le scorbut forçait ceux-ci à quitter la table (L'IIaridon Crèmenec), néanmoins l'emploi des conserves ne suffit pas à mettre les agglomérations humaines à l'abri de l'explosion du scorbut, qui peut toujours éclater si les vivres frais font trop longtemps défaut. La nature de ces aliments frais est variable, et nous avons vu que la chair et la graisse de phoque et d'ours paraissaient un bon antiscorbutique dans les expéditions polaires; toutefois, il semble que la viande doive être consommée en fort grande quantité pour avoir cette
[LOVIS TOLLEMER.}
SCORBUT
aclion. Il n'en est pas de même des fruits et des végétaux frais, qui agissent même à des doses quotidiennes peu considéral^les.
Presque tous les légumes peuvent être considérés comme antiscorbutiques, cependant les crucifères, les salades, les alliacées (ognons) doivent être mis au premier rang L'emploi des pommes déterre peut, à lui seul, empêcher la production du scorbut : dans les prisons de la Seine, Lancereaux a observé que, tous les ans, des cas de cette maladie se produisaient lorsque, les pommes de terre devenant rares, on les supprimait de l'alimentation des prisonniers et on les remplaçait par des légumes secs; l'épidémie cessait toujours quelques jours après la reprise de l'usage des pommes de terre ou de légumes verts quelconques. On a attribué cette action de la pomme de terre à ce qu'elle est riche en sels de potasse, comme d'ailleurs les végétaux alimentaires en général et même la A^iande fraîche.
Tous les fruits sont considérés comme pouvant, par leur emploi journalier, prévenir la production du scorbut. Mais tous ne jouissent pas de la même efficacité : les citrons et les oranges sont sans conteste supérieurs à tous les autres et ils présentent cet avantage que leur jus, préparé avec soin, conserve longtemps toutes ses propriétés antiscorbutiques. Depuis plus de trente ans déjà, les Anglais, en vertu du Merchant Shipping, Act de 1867, exigent que tout marin reçoive chaque jour, à partir du dixième jour de mer, 14 grammes de jus de citron conservé : ce lime-juice doit être donné avec une once de sucre (28 grammes) dans 112 grammes d'eau. Grâce à ces mesures sévèrement observées, le scorbut a disparu d'une façon presque complète de la marine anglaise.
Le lait est un excellent antiscorbutique ; la bière et le cidre ont la même réputation justifiée. Le vin est aussi fort utile pour prévenir le scorbut. En ce qui concerne l'emploi de l'alcool, son efficacité est fort contestée sous forme de rhum ou d'eau-de-vie; il semble toutefois pouvoir être utile à doses modérées.
Les causes accessoires du scorbut seront combattues en même temps que sa cause alimentaire déterminante. Le froid et l'humidité seront évités autant que possible, ou tout au moins combattus par l'emploi de vêtements de laine. Le renouvellement de l'air sera assuré par une bonne ventilation. Tout en évitant une fatigue trop grande, on exigera des exercices au grand air et une certaine activité physique. Enfin on relèvera l'état psychique de toutes les façons possibles.
Le traitement du scorbut s'inspirera des mêmes principes que sa prophylaxie: il sera basé sur l'emploi d'aliments frais, en particulier de fruits et de légumes. L'oseille, l'ail l'oignon, la moutarde, le raifort, les choux, les salades sont, parmi les légumes verts, les plus efficaces et les plus employés ; le cochléaria est connu depuis fort longtemps comme un merveilleux remède pour le scorbut, ainsi que le cresson. Toutes ces plantes semblent agir par leurs essences et leurs sels de potasse. Le jus de citron ou d'orange, ces fruits eux-mêmes, les poires, pommes, raisins, ananas frais, etc., doivent être administrés en aussi grande quantité que possible ; la bière, les tisanes amères, le sirop de cresson, le sirop antiscorbutique seront également pris par les malades avec avantage. Dôring dit avoir observé d'excellents résultats de l'emploi de la levure de bière à la dose de 180 à 500 gramme: par jour.
Les acides minéraux (nitrates, etc.), les sels de potasse qui ont été considérés comme donnant à la pomme de terre ses remarquables propriétés antiscor-
SCORBUT INFANTILE
buliques, les acides végétaux (tarlriquo, malique, elc.) ont été en Aain essayés dans le traitement du scorbut : ils n'ont pu ni le prévenir, ni le guérir.
Les principaux symptômes seront combattus avec les ressources thérapeutiques applicables à chacun d'eux : les soins antiseptiques de la bouche (à l'aide des acides salicylique, phénique ou borique), l'emploi du chlorate de potasse permettront de combattre et d'atténuer les accidents gingivaux; les gencives seront touchées avec des collutoires à l'alcoolat de cochléaria, chlorate de potasse, etc.
Les membres inférieurs seront enveloppés d'ouate et légèrement comprimés ; * les phénomènes inflammatoires locaux, les ecchymoses seront combattus par des compresses trempées dans une solution chaude de chlorhydrate d'ammoniaque. Les plaies, les ulcérations seront traitées antiseptiquement.
Les phénomènes généraux seront combattus par les toniques et les bains généraux tièdes. Il faudra s'abstenir de purgatifs qui affaibliraient le malade.
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