CHAPITRE PREMIER DES ALBUMINES URINAIRES
La présence de l'albumine dans les urines avait, à l'époque des premières observations publiées par Bright, la valeur d'un signe caractéristique d'une altération des reins. Précédé par Wells et Bostock, Bright avait cependant constaté l'albuminurie chez des personnes en bonne santé apparente,. Mais ce point très intéressant de l'histoire de l'albuminurie fut bientôt laissé de côté.
Quelques années après, Graves ('), au lieu de considérer l'albuminurie comme la conséquence des lésions chroniques du rein, soutint que les modifications du parenchyme rénal étaient tributaires de V albuminurie . Il supposait que chez les hydropiques l'albumine se précipitait dans les tubes en concrétions granuleuses au moment de la sécrétion de l'urine, et déterminait par irritation locale les altérations observées à l'autopsie.
Cette divergence complète de vues entre Graves et les successeurs de Bright fut le point de départ des théories qui divisent encore aujourd'hui les pathologistes, les uns affirmant que l'albuminurie ne peut apparaître qu'à la suite d'une altération du filtre, les autres supposant que le sang charrie des albumines modifiées dans leur composition, assimilables par conséquent à des substances irritantes et capables à la longue de produire les altérations les plus accusées de la glande. La dernière théorie, modifiée par Semmola, a perdu beaucoup de terrain ; la première est presque universellement acceptée.
Il est juste cependant de dire qu'entre ces opinions extrêmes, on doit réserver une place à l'idée défendue par Elliotson, Copland, Gubler, Jaccoud, de la possibilité du passage d'une albumine modifiée dans les urines sans que le rein en ressente les effets. L'albumine, douée d'un pouvoir osmotique supérieur, par suite rendue plus diffusible, passerait plus facilement dans l'urine (Prout, Canstatt, Lehmann, Mialhe et Pressât, Corvisart, Schiff, Vogel, Jaccoud).
Nous savons d'autre part que certaines formes de néphrites peuvent évoluer sans albuminurie ainsi que Bright l'avait déjà signalé à propos de la deuxième variété décrite par lui.
. (') Graves. London med. Gaz., 1831, et Dublin journ. of med. se, 1854.
[BRAULT
MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES
Ces considérations indiquent suffisamment l'utilité qu'il peut y avoir à rechercher au début d'une étude sur les affections du rein, les propriétés chimiques des albumines éliminées avec l'urine et à déterminer les conditions qui en favorisent le passage.