ALBUMINURIE INTERMITTENTE CYCLIQUE DES ADOLESCENTS
J. Teissier (l) a réuni sous ce terme une série d'observations mentionnées quelque temps avant lui par Pavy et d'autres observateurs.
Cette albuminurie apparaîtrait d'une façon régulière à certaines heures déterminées de la journée et serait par conséquent cyclique.
Elle serait par suite intermittente et reliée pathogéniquement à la goutte, au rhumatisme, exceptionnellement à la tuberculose.
Les urines du matin n'offrent aucune altération, les réactifs les plus délicats sont impuissants à révéler la présence de l'albumine. Entre midi et une heure l'acide nitrique décèle l'apparition d'une énorme quantité de matières colorantes , les urines prennent une teinte rouge foncé ou lie de vin. En même temps, un très léger disque opalin d'albumine apparaît au-dessus des pigments, le disque s'accentue à mesure que l'heure s'avance.
Les urines sont louches, foncées, de densité élevée, 1022 à 1025, faiblement acides ou alcalines, plus riches en globuline qu'en sérine. Vers 4 ou 5 heures, le disque d'albumine s'est considérablement aminci, souvent même il a disparu. De 7 heures à 11 heures du soir, les urines ne présentent en général aucune altération, quelquefois cependant les mêmes troubles se produisent après le dîner.
L'acide nitrique mettrait en outre en évidence un disque cVurates,et plus tard d'azotate d'urée. Dans le dépôt des urines on trouverait en excès des oxalat.es et du phosphate ammoniaco-magnésien.
Dans une vingtaine de cas, tous les malades accusaient un malaise permanent, une diminution progressive des forces, de l'inaptitude au travail, de l'éréthisme nerveux, une tendance à l'hypocondrie, fréquemment de la rachialgie
(') J. Teissier. Congrès de Grenoble, 1884, et Sur certaines formes d'albuminurie transitoire. Sem. méd., 1885. — Merley. Maladie de Pavy. Thèse de Lyon, 1887. — Dieulafoy. Acad. de méd., 1895. — K. Oswald. Albuminurie cyclique et néphrite. Sem. méd., 189-4. — Arnozan et Talamon. Congrès de Nancy, 1896. — A. Rodin. Acad. de méd., 1898. — J. Teissier. Les albuminuries curables. Paris, 1900.
ALBUMINURIE PATHOLOGIQUE
et des douleurs. On peut relever aussi de l'hyperexcitabilité cardiaque, de la céphalée, des sensations vertigineuses, etc. Cependant J. Teissier considère cette albuminurie comme absolument bénigne, car presque tous les malades ont guéri dans un laps de temps variable.
Cette albuminurie serait souvent familiale (J. Teissier, Lacour et Londe) ('). Sa cause déterminante serait avant tout une influence héréditaire nettement établie, l'albuminurie mériterait le nom de prégoutteuse.
Il ne faudrait attribuer qu'une influence de tout second ordre à la fatigue et à la station debout.
L'albuminurie cyclique serait le résultat d'une hyperactivité fonctionnelle du foie se traduisant par une destruction de globules rouges (d'où l'excès de globuline) et d'une élimination exagérée d'acide urique, d'urée et de graisse.
L'albuminurie intermittente cyclique se distingue de Y albuminurie p/iysiologique par les symptômes généraux qui l'acccompagnent ; de l'albuminurie orthostatique, parce qu'elle apparaît seulement l'après-midi et non dès le lever; de l'albuminurie prétuberculeuse, parce qu'elle disparaît sans être suivie d'accidents de granulie.
Telle est la description résumée de cette variété que l'on peut être étonné de voir correspondre à une forme transitoire et curable si elle a, comme le soutient Teissier, des rapports étroits avec la goutte, qui peut se manifester par une albuminurie d'abord intermittente aboutissant aux lésions rénales confirmées.
On doit remarquer d'autre part que, bien que survenant peu de temps après le repas, elle a été détachée du groupe des albuminuries digestives.