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EXAMEN DE L URINE

A. — TOXICITÉ URINAIRE

C'est à quoi tend l'étude delà toxicité urinaire entreprise par Bouchard.

A la vérité, la toxicité urinaire est de notion déjà ancienne. La découverte en revient à Vauquelin et Ségalas ( ') qui réussirent à tuer deux chiens par injection intravasculaire d'urine fraîche. Peu étudiée depuis cette époque, elle n'a été l'objet que de quelques travaux épars. Nous citerons la thèse de Muron (4) sur la pathogénie de l'infiltration d'urine, les expériences mémorables et décisives de Feltz et Ritter(s). A la suite des travaux de Bouchard sur les auto-intoxications dans les maladies, les travaux se sont multipliés; on en trouvera la bibliographie complète dans une revue de Le Noir (°) et dans la thèse de Mazaud (7).

L'urine à expérimenter peut être injectée dans le tissu cellulaire sous-cutané, les séreuses pleurale ou péritonéale. Ces différentes voies d'introduction sont en partie abandonnées à cause de l'extrême variabilité de la résorption. On peut en dire autant de l'injection dans la séreuse arachnoïdienne.

L'introduction du liquide toxique par la voie digestive est passible de multiples erreurs : absorption variable par l'intestin, perte par les matières fécales, action prédominante du foie.

(') Achard et Castaigne. L'exploration des fonctions rénales. Monographies cliniques, 1900. et Ch. Achard. Rapport au Congrès de méd., Paris, 1000.

(2) Charrier. Élimination de la potasse urinaire dans les néphrites. Thèse de Paris, 1897.

(3) Vauquelin et Ségalas. Journal Magendie, 1822, cité par L. Bernard. Revue de méd. février 1900.

(*) Muron. Thèse de Paris, 1872.

(5) Feltz et Ritter. Revue méd. de l'Est., 1880-1881. (B) Le Noir. Revue génér. Gaz. des hôp., 1892. (7) Mazaud. Thèse de Paris, 1898.

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MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES

Par la méthode de Roux-Borrel, Lesné (') a tenté d'injecter directement l'urine dans la matière cérébrale. Cette méthode fort ingénieuse paraît donner plutôt la mesure qualitative de la toxicité, non point la mesure de la toxicité générale. Elle ajoutera à la notion de toxicité d'une urine la mesure de son action élective sur le cerveau ainsi que sur d'autres appareils.

Reste l'injection intravasculaire à laquelle se sont arrêtés Bouchard et ses élèves. Elle consiste à introduire dans les veines d'un animal, en l'espèce le lapin, la quantité d'urine nécessaire à déterminer la mort au cours de l'expérience. Elle est dite méthode de la toxicité expérimentale.

Joffroy et Servaux (2) préfèrent mesurer la toxicité vraie, en pratiquant l'injection d'une quantité donnée d'urine qui provoquera ou non l'apparition de phénomènes toxiques, plus ou moins intenses.

Quoi qu'il en soit, la méthode de Bouchard est actuellement la plus employée. La quantité d'urine à injecter nécessaire pour tuer un kilogramme d'animal se nomme uroloxie.

L'urine normale déterminant la mort d'un lapin à la dose de 45 centimètres cubes par kilogramme, on dira d'une /urine qu'elle est hypo ou hypertoxique suivant qu'elle tuera le lapin à une dose supérieure ou inférieure à 45 centimètres cubes.

D'autre part, le coefficient urotoxiqae est constitué par la quantité d'urotoxies que l'homme fabrique par kilogramme et en 24 heures. Ainsi un homme de 70 kilogrammes qui éliminerait 55 toxies en 24 heures aurait un coefficient

urotoxique égal à ^ = 0,50. Ce chiffre de 0,50 est donné comme exemple pour

la facilité du calcul. En réalité, le coefficient urotoxique moyen est de 0,46 (Bouchard). Dans les atrophies rénales, le coefficient s'abaisserait dans des proportions considérables, à 0,105, 0,090, et même 0,062 (Baylac)(3).

Le procédé demande un certain nombre de précautions qui en rendent l'application délicate. Il exige l'emploi d'un liquide aseptique filtré, une vitesse et une pression identiques pour que les expériences soient comparables. Aussi utilise-t on dans la pratique des vases à injection dont le principe repose sur le vase de Mariotte. Certains auteurs attachent plus d'importance à la vitesse qu'à la pression. L. Bernard (') admet une pression correspondant à une vitesse de 5 centimètres cubes par minute.

Ces précautions prises, la méthode est passible de plusieurs objections.

Pour beaucoup d'auteurs, en effet, l'urine jouit de propriétés coagulantes vis-à-vis du sérum sanguin et son introduction dans les vaisseaux peut amener la formation de caillots dont l'action mécanique se joint à l'action toxique du liquide à injecter.

Joffroy et Servaux ont insisté sur cet accident qu'ils se proposent d'empêcher par une injection simultanée d'extrait de têtes de sangsues. Lesné a utilisé les propriétés anticoagulantes du chlorure de sodium. Il semble que l'addition

(*) Lesné. Thèse de Paris, 1890.

(â) Joffroy et Servaux. Arch. de méd. expérim., 1892.

(3) Baylac. Recherche sur la toxicité des urines dans diverses affections. Bull, de la Soc. de méd. de Toulouse, 1897.

(4) L. Bernard. Étude critique des méthodes de détermination de la toxicité des urines et du sang. Revue de méd., février 1900.

L'EXPLORATION FONCTIONNELLE DU REIN

de ces différentes substances apporte dans les expériences une cause d'erreur plus importante que l'injection de l'urine en nature, dont l'action coagulante est peu marquée au dire de Claude et Balthazard (') et les effets nuisibles plus rares qu'on ne le supposait autrefois.

Reste une autre objection, capitale cette fois. La concentration moléculaire de l'urine est supérieure le plus souvent à celle du sérum sanguin. Cette hyperconcentration agit sur les globules, les déforme, les recroqueville, ajoute, en un mot, une toxicité d'ordre purement physique, une osmotoxicAté ou plutôt un véritable traumatisme à la toxicité chimique. Il est vrai que, incontestable in vitro, l'action des solutions hyperconcentrées sur les globules sanguins peut manquer in vivo; il est vrai encore que certaines solutions, telles que l'urée, semblent agir d'une façon comparable, quelle que soit leur concentration, et que l'injection de liquides de concentration 7 ou 8 fois supérieure à la concentration du sang ne produit pas constamment la mort de l'animal dans un délai de 48 à 72 heures, même après la ligature des artères ou des uretères. Mais les faits sont là, démontrant qu'une solution concentrée d'une urine toxique est plus toxique qu'une solution isotonique de cette môme urine, la quantité de poison l'estant identique sous des volumes différents.

Il faut donc, lorsqu'on injecte une urine, tenir compte de sa concentration moléculaire et la rapporter à celle du sang où on l'injecte. Cela semble assez simple mais se trouve à peu près irréalisable en pratique.

En effet, la mesure de la concentration moléculaire tirée de l'abaissement du point de congélation donne pour le sérum de lapin 0,56 suivant les uns, 0,59 suivant les autres. Il faudra donc prendre d'abord le point cryoscopique du sérum des lapins en expérience. Puis, ce point une fois trouvé, y ramener l'urine à injecter. Or, ce n'est qu'en tâtonnant que l'on peut obtenir une solution isotonique, ou si l'on veut de point de congélation identique. Rien n'autorise à dire, en s'appuyant sur les calculs, qu'une urine de concentration, 1,50 par exemple, diluée au tiers ou à moitié, sera de concentration 1 ou 0,75. En effet, les molécules se dédoublent entons qui se comportent dans les dilutions comme des molécules complètes (Arrhénius). En un mot, le degré de concentration d'un liquide donné n'est pas exactement proportionnnel au degré de la dilution

Enfin, on sait que, pour une solution donnée, la toxicité n'est pas non plus exactement proportionnelle à la dilution. Une urine, par exemple, qui donne 1 toxie par 50 centimètres cubes, diluée à moitié, ne contiendra plus, pour les- 100 centimètres cubes correspondants, 1 toxie, mais bien 0,80, 0,85 toxie.

On voit ce qu'il faudrait de calculs, de tables pour corriger ce que la mesure de la toxicité peut avoir d'approximatif ou d'inexact.

Tous ces différents points ont été mis en lumière par Claude et Balthazard, Lesné et Bousquet (:'), L. Bernard; ils suffisent à montrer la presque impossibilité d'appliquer en médecine des formules rigoureuses et à ramener à des équations mathématiques des données physiologiques fort intéressantes, il est vrai, mais sujettes encore à trop de variations.

(') Claude et Balthazard. Revue de méd., 1900. — Journal de physiol. et de path. gênér.r mai 1899, janvier 1900. — Voir également : Vaquez et Bousquet. La pression osmotique chez les êtres vivants. Presse méd., 1899. — R. Quinton. Toxicité urinaire et isotonie. Soc. biol.T juin 1900.

(2) Bousquet. Thèse de Paris, 1899.

(r>) Lesné et Bousquet. Toxicité et isolonic. Presse méd.. mai 1900.

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MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES

R. — CRYOSCOPŒ

On peut dire que ces procédés, d'âge différent, dosages chimiques, mesure de toxicité, ont été résumés dans ces dernières années en une méthode nouvelle : la cryoscopie, c'est-à-dire la recherche du point de congélation de l'urine au moyen d'appareils à réfrigération (glace, chlorure de méthyle, sulfure de carbone, éther).

La cryoscopie repose sur la loi ou plutôt sur les lois énoncées par Raoult : J° Des dissolutions équimoléculaires faites avec le même solvant ont le mêm

point de congélation ;

2° Pour les dissolutions d'un même corps et de concentrations différente.

Y abaissement A est proportionnel au nombre de molécules contenues dans 1

solution.

Certains corps font exception à cette loi (sels, acides forts, bases) par suite du dédoublement des molécules en ions élémentaires dans des solutions de plus en plus étendues.

Faisons remarquer de suite combien l'énoncé de ces lois est différent de l'interprétation et de l'application qui en ont été faites : des dissolutions d'un même corps dans un même solvant, etc. La précision des termes ne semble pas autoriser d'appliquer la méthode à des solutions complexes. On désigne sous le nom de A le point de congélation de la solution, A représente en 1 / 1 00e de degré l'abaissement du thermomètre.

En effet, comme cet abaissement, est dans tous les cas, proportionnel au nombre des molécules dissoutes dans l'unité de volume du solvant, on peut, dans le cas d'une urine, admettre avec Claude et Balthazard que A (en centièmes de degré) représente le nombre de molécules dissoutes dans un centimètre cube d'urine. Dire d'après cette convention qu'une urine se congèle à — 0°80, c'est dire qu'elle contient 80 molécules par centimètre cube.

Ce nombre de molécules, multiplié par la quantité totale d'urine émise en 24 heures V, représente le nombre de molécules total éliminées. Divisé par le poids du corps exprimé en kilogrammes, il indique ce qu'élimine en 24 heures

1 kilogramme de l'individu : soit ——^ — » formule qui représente selon Claude

et Balthazard la diurèse moléculaire totale.

Il est surtout intéressant, écrivent ces auteurs, d'apprécier ce qui, dans l'élimination rénale, caractérise l'activité de la nutrition, car ce sont ses produits dont l'excrétion au dehors est le plus nécessaire et dont la rétention dans l'organisme détermine les accidents d'auto-intoxication. On peut admettre que dans les urines le chlorure de sodium est le seul corps en dissolution qui, absorbé dans les aliments, est rejeté ensuite sans avoir été l'objet d'une élaboration spéciale de l'économie. Une certaine quantité d'autres substances salines ou protéiques traversent aussi, sans doute, l'organisme sans avoir pris part à l'activité des échanges ; mais, lorsqu'on calcule théoriquement dans quelles proportions elles interviendraient dans les résultats généraux, on voit qu'il est permis de n'en pas tenir compte.

Il n'en est pas de même du chlorure de sodium. Ce sel atteint des proportions considérables dans les urines ; son rôle dans la sécrétion rénale étant des plus

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importants, il faut rechercher dans quelles proportions il contribue à l'abaissement du point de congélation de l'urine, on aura ensuite par différence le degré cryoscopique propre aux substances achlorées que, pour les raisons indiquées plus haut, nous considérerons comme caractérisant l'ensemble des substances élaborées.

Pour arriver à cette détermination il suffit de doser le chlorure de sodium de l'urine ; on obtient par le calcul le point de congélation propre à cette quantité p de NaCl pour 100 centimètres cubes en multipliant p par 0,01, point de congélation delà solution à i pour 100 de NaCl. Si une urine contient 6 grammes de NaCl par litre, 0,6x0,61 = 0,56 indique le point de congélation propre au NaCl dans cette urine et si A de l'urine examinée est 0,80; 0,80 — 0,56 soit 0,44 représente le point de congélation des substances achlorées ou élaborées que nous figurons par 3. Cette valeur est proportionnelle au nombre de molécules m> Sx V

élaborées, excrétées par centimètre cube et — ^— exprime la diurèse des molécules élaborées par kilogramme d'animal. Le rapport entré les deux diurèses AV

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