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DE L'OEDÈME, DE L'HYDROPISIE ET DE L 'ANASARQUE

deviennent à la longue manifestement hydropiques, comme cela arrive à ceux qui sont atteints a" induration d'autres viscères.

Les médecins de la renaissance ne se sont pas exprimés d'une manière aussi nette sur les hydropisies. On peut cependant relever dans le très long historique que Rayer fait de cette question l'opinion de Van Helmont, disant que c'est par les reins que se forment et se guérissent les Iigdropisies et les observations démonstratives de Bonet et de Morgagni.

Enfin, beaucoup plus près de nous il faut signaler une observation publiée par Andral (') où la relation entre la lésion rénale et l'hydropisie était regardée comme plausible et surtout ces deux passages d'une clarté parfaite de Barbier d'Amiens: « Dans V oligolrophie des reins (2), la sécrétion urinaire est toujours notablement diminuée, il survient souvent un œdème général. » Et ailleurs : « Le lissu des reins est susceptible d'éprouver un endurcissement morbide; alors la sécrétion de l'urine est toujours peu abondante. Les médicaments diurétiques ne l'augmentent pas et une anasarque rebelle se manifeste. Cette lésion des reins est une cause de cette dernière maladie que l'on méconnaît souvent. »

Par ces citations on peut voir que les rapports entre certaines lésions rénales et l'hydropisie avaient été parfaitement indiqués dès les premiers temps de la médecine et par intervalles jusqu'à la fin du xvmc siècle où furent entrevues les relations si étroites qui l'unissent aux urines albumineuses.

Les premières recherches de Gruickshank, Wells et Blackall datent en effet de cette époque. C'est plusieurs années après que Bright montrait dans son mémorable travail la subordination de l'albumine et de l'hydropisie aux altération des reins.

Symptômes. — Dans le cours des néphrites l'œdème se présente sous deux aspects bien différents suivant que la lésion rénale se développe rapidement, ou met au contraire plusieurs années à parcourir ses différentes étapes.

Dans les néphrites aiguës et les néphrites dont la durée n'excède pas plusieurs mois, l'hydropisie est la règle. Elle peut manquer sans doute, mais elle fait partie du tableau habituel de la maladie. Dans les maladies chroniques du rein il est fréquent de ne la voir survenir qu'au moment des dernières périodes et dans des conditions dont nous étudierons plus loin l'influence.

L'œdème des néphrites aiguës apparaît souvent avec une grande brusquerie et se transforme en anasarque. En l'espace de vingt-quatre ou quarante-huit heures celle-ci est constituée. Débutant par la face, elle surprend souvent les malades au réveil en produisant une occlusion incomplète des paupières et une infiltration toute spéciale des conjonctives qui donne aux yeux un éclat brillant caractéristique. De là l'œdème gagne les membres, les parties génitales, les parois de l'abdomen, et peut, dans certaines circonstances particulièrement graves, envahir les séreuses en déterminant des épanchements dans les plèvres, le péritoine, le péricarde.

Les muqueuses sont parfois atteintes, plus spécialement celles de l'arrièregorge, du larynx, de l'estomac et de l'intestin; d'où, suivant Bartcls, la production de vomissements et dans certains faits exceptionnels l'infiltration de la glotte produisant l'asphyxie (Trousseau).

Le mode de répartition de l'œdème peut varier : au lieu d'une anasarque

(') Andral. Clin, méd., I. III. 1826, p. 507.

(-) Barbier. Précis de nosologie et de thérapeutique, t. I, p. 410, 1827.

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MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES

généralisée, on peut assister à l'apparition d'oedèmes partiels, sans importance et sans gravité puisqu'ils n'entraînent à leur suite aucune complication, mais, n'en conservant pas moins leur valeur diagnostique.

Le faciès des malades atteints d'anasarque est caractéristique. L'aspect œdémateux et tremblotant de la peau, la pâleur blafarde du visage unis à l'infiltration des paupières et des conjonctives donnent à la figure une expression de souffrance toute particulière.

Au lieu de débuter par la face, l'œdème peut se montrer en premier lieu au scrotum, aux grandes lèvres, enfin aux malléoles, alors c'est à la suite d'une station prolongée qu'il apparaît. Il est moins sujet à diminuer sous l'influence du repos que l'œdème clû aux affections cardiaques, bien que cependant, dans une certaine mesure, il obéisse comme celui-ci aux lois de la pesanteur.

Ainsi, quand les malades se lèvent ils ont la face bouffie et les pieds libres, tout au moins pendant les premières heures de la matinée et de l'après-midi. Le soir, c'est l'inverse cpae l'on observe : les extrémités sont œdémateuses et les yeux sont débarrassés. De même, si le malade se couche de préférence sur un côté, on verra dans le flanc correspondant au niveau du grand trochanter, ou dans la partie symétrique de la face, des œdèmes partiels dont il n'existe pas trace dans les régions similaires du côté opposé.

Dans les néphrites aiguës, l'anasarque disparaît souvent aussi vite qu'elle est apparue ; cette disparition coïncide toujours avec un rétablissement du cours des urines ou une notable augmentation dans la quantité éliminée chaque jour.

Lorsque l'œdème complique les néphrites chroniques, on le voit rarement généralisé d'emblée. Presque toujours il est annoncé par une infiltration limitée à un segment de membre, au coude, au dos de la main, au prépuce, au scrotum ou aux grandes lèvres. De ces points on le voit se répandre peu à peu sur toutes les régions du corps.

Pendant l'évolution des atrophies rénales il peut faire défaut ou n'être représenté que par les infiltrations partielles que nous venons d'énumérer. Dans certaines formes de néphrites et en particulier les néphrites diffuses chroniques et le rein amyloïde, on voit assez souvent les cuisses et le ventre très distendus, comme indurés. Les membres supérieurs sont tellement infiltrés que les mouvements en deviennent difficiles ; l'œdème peut être assez prononcé, surtout aux membres inférieurs, pour amener des érosions de là peau.

A travers les fissures ainsi produites s'écoule une sérosité abondante qui peut momentanément débarrasser le malade et permettre un peu plus d'aisance aux mouvements. Ces lésions, en apparence insignifiantes, doivent être surveillées avec beaucoup de soin. Elles peuvent être le point de départ à'érysipèles, de phlegmons, d'angioleucites gangreneuses, etc. Une fois installée, cette forme d'anasarque a la plus grande tendance à persister, et l'on voit des malades qui restent des mois et des années constamment dans le même état, avec des alternatives de légère amélioration ou d'augmentation de leur hydropisie. Dans ces formes prolongées et tenaces il est fréquent de voir les épanchements des séreuses se reproduire et devenir permanents. Le péritoine est de toutes les cavités celle qui contient le plus de liquide. Si l'ascite vient à se résorber, la paroi abdominale apparaît flétrie, couverte de nombreuses vergetures, indice certain qu'elle a été soumise à une très forte distension.

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