DE L'OEDÈME, DE LTIYDROPISIE ET DE L'ANASARQUE
Il faudrait de plus démontrer que l'hydropisie ne coïncide pas avec une diminution notable des urines et que le balancement démontré par Bartels est du à une toute autre cause. Or, nous voyons ces mêmes oscillations se produire dans l'œdème des maladies du cœur. Si la tension artérielle est suffisante, l'hydropisie fait défaut; aussitôt que la contraction du cœur s'amollit les urines deviennent rares, l'albumine apparaît, indiquant la stase glomérulaire, puis la sérosité infiltre le tissu cellulaire ou transsude à travers les séreuses. Chaque fois que le cœur faiblit, l'anasarque ne se montre pas infailliblement, mais tout est préparé pour son apparition, et la sérosité s'épanchera tout d'abord dans le point le plus vulnérable. C'est pour ce motif que Vascite prime quelquefois l'œdème malléolaire. A une période plus avancée, malgré le relèvement de la contraction cardiaque, les œdèmes locaux persistent, c'est que les parties trop longtemps infiltrées sont en voie de dystrophie et ne retrouvent plus leur élasticité.
En tout cas, quelle que soit l'intensité de la pression dans le système aortique, si le cœur fonctionne bien et si le rein ne présente pas de lésions, l'urine filtrée en abondance rétablit promptement l'équilibre et l'œdème n'apparaît pas; des expériences déjà anciennes de Stokvis le démontrent. Les recherches plus récentes de Cohnhcim et Lichtheim prouvent que, si on soumet des chiens à des saignées répétées, en remplaçant après chacune de ces opérations la quantité de sang retiré par une quantité égale d'une solution de chlorure de sodium à 0,6 pour 100, l'anasarque fait défaut. C'est qu'en effet, dans ces conditions le cœur et le rein fonctionnent normalement. En augmentant énormément la masse du liquide en circulation, et notamment en injectant à des chiens une grande quantité de solution de chlorure de sodium à 0,6 pour 100, de façon que la quantité injectée représente cinq et môme six fois la masse de leur sang, les mêmes auteurs n'ont pas davantage observé d'œdème ressemblant à l'œdème des brightiques (1).
La circulation sanguine chez ces animaux était ordinairement accélérée ; il en était de même du cours de la lymphe dans le canal thoracique, mais il n'y avait nulle part d'œdème sous-cutané. La seule hydropisie constatante: était un œdème des muqueuses et des glandes. Pour tuer les chiens, il fallait leur injecter beaucoup plus de liquide, jusqu'à 60 ou 70 pour 100 de leur propre poids. Le développement d'un œdème pulmonaire était le plus souvent la cause de la mort; les animaux présentaient une dyspnée intense, le sang perdait sa couleur rutilante, le pouls, ralenti, quelquefois intermittent, s'arrêtait par intervalles dans la période ultime.
On est en droit de se demander si, en répétant les expériences de Cohnheim et de Lichtheim, après avoir déterminé préalablement une néphrite aiguë ou une obstruction de l'uretère, on ne produirait pas beaucoup plus facilement l'œdème. Cela est probable ; en tout cas, l'observation et la clinique établissent que la simple compression ou la ligature isolée de l'uretère sont rarement suivies de l'apparition d'une anasarque. Les observations contraires de J. Frank, Boyer, Bourgeois (d'Étampes), Bonvaux(de Namur), Trousseau, Davreux (de Liège) (2), Merklen, sont encore peu nombreuses.
(') Lépine. Annotation au Traité de Bartels. Voir également : Carrion et Hallion. Contribution à l'étude de la production des œdèmes. Soc. biol. 1899. (*) Davreux. L'anasarque, suite de rétention d'urine. Paris, 1884, cité par Lépine.
IBRAULT.]
414 MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES
3° Inhibition vaso-motrice. — On sait aussi, depuis les recherches de Ranvier sur la production de l'œdème, l'importance qu'il faut attacher aux perturbations du système nerveux. La ligature de la veine fémorale est souvent incapable à elle seule de produire l'œdème. Il suffit de pratiquer la section du sciatique, et bientôt l'infiltration envahit une grande partie du membre. La véritable explication, d'après Cohnheim et Jankowski, serait la suivante : si on vient à lier les vaso-moteurs on augmente la pression artérielle, l'hypertension qui en résulte ajoute ses effets à ceux de la ligature de la veine et l'œdème se produit.
Des troubles analogues se manifestent dans les expériences de Cohnheim et de Lichtheim : des chiens r'asés sont exposés à un soleil ardent, leur peau se congestionne, puis on leur injecte dans les veines la solution chlorurée à 0,6 pour 100, l'œdème sous-cutané ne fait jamais défaut. Il ne faudrait pas se hâter de conclure, d'après cette observation, que la paralysie vaso-motrice soit le seul facteur à invoquer dans la production de l'œdème comme dans l'expérience de Ranvier. L'insolation prolongée peut amener de véritables inflammations, dans le cas particulier unedermite avec distension vasculaire et transsudation analogues à celles que produit l'érysipèle.
La suppression de Yinflux médullaire, d'après Gergens, suffit à produire l'œdème dans les membres paralysés, et l'on sait, d'après deux observations de Potain, que la contusion* d'un seul rein peut être suivie de l'apparition d'un œdème unilatéral situé du côté de la contusion.
Nous avons plusieurs fois observé qu'à la suite des destructions étendues de la moelle il peut survenir du côté des membres inférieurs un œdème d'autant plus marqué que la lésion médullaire a été soudaine et intense. Les myélites transverses, dans leurs formes les plus rapides, déterminent fréquemment un œdème considérable qui apparaît quelque temps après la perte du mouvement et de la sensibilité, mais persiste jusqu'à la mort sans même rétrocéder au moment où se produisent les escarres.
Dans la pathogénie de l'œdème brightique cette influence du système nerveux paraît indéniable. Nous le voyons sans doute obéir dans une certaine mesure aux lois de la pesanteur, mais souvent il échappe à ces lois. Les localisations exclusives qu'il affecte pendant de longues périodes avec certaines régions indiquent non seulement une disposition locale particulière, mais aussi une action probable du système nerveux. On peut admettre que, sous l'action combinée de la. déclivité et d'une compression exercée pendant la nuit sur certaines parties, l'inhibition vaso-motrice qui en résulte favorise l'apparition de l'hydropisie.
On acceptera sans difficulté que Yimpression prolongée du froid détermine les mêmes effets sur les parties découvertes et dans les régions comme les paupières et la conjonctive où le tissu cellulaire est prédisposé par sa laxité même aux infiltrations œdémateuses. La mobilité si fréquente des œdèmes brightiques comparée à la fixité relative des œdèmes cardiaques s'accommoderait de cette intervention du système nerveux. Ce seraient là des œdèmes par in h ibition va,so-molrice.
Quoique nous ne puissions pas donner de conclusions fermes sur la pathogénie de l'anasarque dans les maladies du rein, il ne faut pas perdre de vue que