THÉORIE DE FELTZ ET RITTER INTOXICATION PAR LES SELS DE POTASSE
Feltz et Ritter dans leur important mémoire ont démontré que l'une quelconque des matières extractives peut être injectée dans le sang à doses considérables sans déterminer du côté du tube digestif, ou des centres nerveux, de troubles appréciables. Ils ont répété l'expérience pour l'urée, l'acide urique, les urates, l'acide hippurique, les hippurates, la créatine, les sels de créatinine, la leucine, la tyrosine, la guanine, la xanthine, l'hypoxanthine, la taurine. On peut injecter l'une de ces substances à la dose qui représente le taux de son élimination dans l'urine pendant trois jours consécutifs sans obtenir aucun accident; la ligature préalable des uretères chez les animaux en expérience ne modifie en rien la marche habituelle des symptômes urémiques.
L'injection en bloc de ces substances donne le même résultat. Mais, d'autre part, répétant les expériences de Vauquelin et Ségalas (1822), en injectant au chien l'urine fraîche de l'homme, ils conclurent comme eux que l'urine était un poison des plus violents. Contrairement à Gaspard, Courten et Frerichs, ils établirent que la mort n'était pas due à l'action mécanique de l'urine sur le sang, mais aux matières qu'elle tient en dissolution.
Pour obtenir la mort rapide chez le chien, il faut injecter jusqu'au quinzième du poids de l'animal ; la quantité d'urine introduite représente ainsi à peu près le volume des urines sécrétées par l'animal en trois jours. Or, si à l'exemple de Prévost et Dumas, Vauquelin et Ségalas, on lie les vaisseaux du rein chez le chien pour supprimer la sécrétion urinaire, on voit, quelques heicres après l'opération, survenir des vomissements abondants et des selles nombreuses, et vers la fin du troisième jour apparaître les convulsions et le coma.
Le pouls devient irrégulier, petit, fréquent, la respiration inégale, suspirieuse et la température baisse d'une façon constante jusqu'à la mort. Donc, une quantité d'urine équivalente à celle excrétée par les animaux en trois jours, mais injectée rapidement dans le sang, suffit pour amener coup sur coup les vomissements, un abaissement sensible de la température, des troubles cardiaques et respiratoires; enfin des crises convulsives tétaniformes plus ou moins violentes.
Ainsi, l'urine totale est toxique et l'ensemble des matières extractives toutes d'origine organique est inoffensif. Si, par contre, on introduit dans le sangla quantité totale des sels minéraux contenus dans les urines pendant trois jours, on reproduit exactement les mêmes phénomènes qu'en agissant avec les urines fraîches normales, ou fortement concentrées par des congélations successives. Or, l'essai des divers sels, entrant dans la composition des éléments minéraux de l'urine, a montré à Feltz et Ritter que les sels potassiques sont seuls toxiques. Si l'on injecte ces sels dans la proportion de 20 centigrammes par kilogramme d'animal en les dissolvant dans l'eau distillée, on obtient les mêmes accidents qu'avec les urines fraîches.
DE L'URÉMIE
TOXÉMIE RÉNALE.
La dilution de ces sels dans l'eau est préparée de façon à être au même degré que dans l'urine; la toxicité de ces sels varie d'ailleurs suivant qu'on emploie le phosphate, le sulfate ou le chlorure de potassium. Ce dernier sel est le plus actif.
A la suite de la ligature des uretères, les mêmes auteurs analysant le sang de la veine jugulaire ont constaté, dans les trois jours précédant l'apparition des phénomènes urémiques, une augmentation des sels alcalins et en particulier des sels de potasse. Schottin et Voit, on le sait, avaient déjà pressenti l'importance de ces sels dans l'urémie. Pour Feltz et Ritter, ils agiraient soit en diminuant le pouvoir d'absorption de l'oxygène, soit plus vraisemblablement en se fixant sur les éléments anatomiqucs dans lesquels ils arrêteraient les échanges moléculaires indispensables à leur fonctionnement régulier.
Astachewsky, Bouchard, Rovighi ('), d'Espine de Genève, ont confirmé cette action toxique des sels de potasse ; Horbaczewski et Snyers l'ont contestée ; Lecorché et Talamon rapportent deux observations où l'excès de potasse était manifeste, soit dans le sang total, soit dans le sérum analysé séparément. Il n'y ont pas d'ailleurs de convulsions, mais un coma progressif.