C. - HÉ M OGLOBINURIE EXPÉRIMENTALE ET TOXIQUE
On sait qu'à l'état normal l'hémoglobine est intimement liée aux globules rouges. Si, à l'exemple d'Hermann, Kuhne, Leyden, on injecte de l'eau, de l'hémoglobine dissoute ou des acides biliaires dans le sang, l'hémoglobine libre qui résulte de ces traumatismes se transforme dans le sang en matière colorante biliaire. Le foie éliminerait cette hémoglobine transformée qui, suivant sa quantité, produirait ou non la polycholie (Tarchanoff).
Ponfick(5), dans une série de mémoires, a étudié la décoloration et la fragmentation des globules sanguins. Dans un important travail sur la transfusion, il établit qu'il n'y a pas toujours hémoglobinurie ; mais, si la destruction globulaire dépasse un certain degré, les canaux urinifères sont obstrués par des détritus globulaires si nombreux, que l'anurie peut en être la conséquence. Quand au contraire l'hémoglobine dissoute dans le sang s'y trouve en petite quantité, elle est détruite dans l'organisme et n'apparaît pas dans l'urine, c'est là une sorte d'hémoglobinhémie latente que l'on observe à la suite des brûlures et des empoisonnements par certains champignons. Tant que la destruction globulaire n'a pas atteint un certain degré, sans être excessive toutefois, puisque dans ce cas l'anurie survient, la rate et la moelle des os s'emparent des détritus globulaires, les élaborent et les transforment en pigment.
Au degré moyen d'altération du sang, les organes destructeurs sont insuffisants pour la réduction de l'hémoglobine totale et tous les organes entrent en jeu, aussi observe-t-on l'hémoglobinurie avec oligurie ou anurie et ictère. Certains auteurs ayant signalé la production de l'hémoglobinurie dans plusieurs maladies infectieuses comme le typhus et la scarlatine, d'autres à la suite des empoisonnements par l'acide phénique, l'hydrogène arsénié, le chlorate dépotasse (Marchand), l'acide pyrogallique (Neisser), l'acide chlorhydrique, l'acide sulfurique, le naphtol, la quinine, la lolûylendiamine, le phosphore,
(') J. Lignières. Sur la tristeza. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1901,
(2) J. Lignières. Arch. de rnéd. expér., 1894.
(3) Ponfick. Experimentelle Beitrage zur Lehre von der Transfusion. Virchow's Arch. und erlin. klin. Woch., 1876 et 1877. — Virchow's Archiv., 1882.
DE LTIÉMOGLOBINURIE.
l'hydrogène sulfuré, les champignons, l'insolation, le coup de chaleur, les brûlures, Ponfick reprit la question (') et soutint que toutes les substances qui agissent sur le sang, quel que soit leur mode d'introduction (injection intraveineuse ou sous-cutanée, absorption par l'estomac ou le poumon,), déterminent soit la fragmentation des globules qui sont éliminés à l'état de blocs et se réduisent ultérieurement dans les organes, soit la dissolution de I hémoglobine qui abandonne le globule. Cette hémoglobine représente une substance étrangère qui doit être éliminée.
Dans les cas bénins, lorsque les globules sont fragmentés, les petits blocs qui résultent de leur fragmentation sont repris par la rate, qui se tuméfie et constitue vïne véritable tumeur spodogène (tttôooç, écume, scorie), le travail de retrait de la rate est achevé en quelques semaines. Si c'est au contraire l'hémoglobine dissoute qui domine, le premier émonctoire est le foie, qui sécrète une bile extrêmement riche en matière colorante.
Au deuxième degré de l'intoxication, lorsque l'hémoglobine dissoute est très abondante, l'hémoglobinurie apparaît.
Au degré le plus élevé, l'oblitération des tubuli est si accusée que l'anurie en est la conséquence et malgré les efforts énergiques du cœur, la mort est le résultat de l'obstruction rénale par l'hémoglobine et ses dérivés. L'ictère survient dans ces conditions. Toutes les fois que l'agent destructeur des globules a mis en liberté plus d'hémoglobine que le foie, la rate et lès reins n'en "peuvent élaborer et éliminer dans un temps donné, l'hémoglobine se transforme bientôt en méthémoglobine et en hémafine, puis en matière colorante biliaire qui se fixe dans les tissus.
Stadelmann (2) suppose, d'autre part, que dans l'empoisonnement par la mluylendiamine , l'ictère observé est un ictère par résorption dù à l'encombrement des canalicules par une bile trop épaisse. Afanassiew (r>) fit de cette intoxication une étude très complète confirmant les résultats de Stadelmann.
Sur la question de l'hémoglobuminurie en général il accepte la division des agents destructeurs en deux classes comme Ponfick; il se sépare de lui en disant que les globules fragmentés peuvent être utilisés par le foie aussi bien que par la rate et qu'il en résulte de la polycholie et de l'ictère. Il en serait ainsi dans les formes graves de l'empoisonnement par la toluylendiamine ; l'hémoglobine dissoute n'amènerait jamais d'ictère. L'acide pyrogallique produirait tantôt la fragmentation, tantôt l'hémoglobinhémie simple.
Engel et Kiener ont montré que cette division était trop schématique et qu'avec le même agent la toluylendiamine, suivant les doses employées et l'espèce animale en expérience, les résidus pigmentaires sont différents et que les organes où ils sont élaborés participent plus ou moins au travail réducteur.
Des expériences précédentes, des travaux complémentaires de Marchand, Lebedeff, Beneczu et surtout de Litten, il résulte que dans tous les cas où l'hémoglobinhémie est intense, le foie, la rate, la moelle des os, sont mis à contribution pour la réduction des globules fragmentés ou de l'hémoglobine détruite.
(') Ponfick. Ueber Hâmôglobinurie und ihre Folgen. Bcrl. Min. Woch., 1883. (2) Stadelmann. Das Toluylendiamin und seine Wirkung auf den Thierkôrper. Arch. f. Exp. Palh. und Pharm.
{') Afanassiew. Ueber Icterus und Hœmoglobinurie hervôgerufen durch Toluylendiamin. Zeilsch. f. klin. Med., 1883, und Virchow's Arch., 1884.
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MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRENALES
Ils indiquent tous que l'excès d'hémoglobine passe par les reins, mais que pour cela il faut que le sérum contienne l'hémoglobine en solution suffisamment concentrée. D'ailleurs, par la simple injection d'hémoglobine dans le sang on peut observer une accumulation d'hémoglobine à l'état de coagolum dans les canalicules de la substance médullaire (Litten). Dans toutes les circonstances où l'hémoglobinurie est confirmée, à la suite de l'intoxication par l'iode, la glycérine, le chlorate de potasse, l'hydrogène arsénié, on trouve des lésions rénales d'autant plus accentuées que Fhémoglobinhémie est plus intense.
En définitive, dit Hénocque, les lésions rénales sont évidemment la conséquence de l'élimination de l'hémoglobine et non la cause de la séparation de l'hémoglobine, ainsi qu'on l'a supposé. Autre fait important et qu'il est utile de rappeler, c'est que la transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine a été observée dans le sang à la suite de l'empoisonnement par le chlorate de potasse et l'acide pyrogallique (Marchand). Il en est de même dans les intoxications par les nitrites, les vapeurs nitreuses et l'hydrogène arsénié. La méthémoglobine trouvée dans l'urine par Hoppe-Seyler et Mac-Munn préexiste donc souvent dans le sang et ne résulte pas d'une simple décomposition in vitro.