AFFECTIONS DES GLANDES SÉBACÉES
- Nous décrirons dans ce chapitre les sébori^hées, les différentes variétés d'acnés, et la psorospermose folliculaire végétante.
LES SÉBORRHÉES
On donne le nom de séborrhées aux troubles de la sécrétion sébacée caractérisés par l'abondance exagérée de cette sécrétion, modifiée ou non dans ses caractères physiques ou chimiques.
Les séborrhées présentent des points de contact intimes avec les autres
LES SÉBORRHÉES.
troubles et lésions de l'appareil glandulaire cutané et la limite est difficile à établir entre elles et les affections décrites sous le nom d'acné.
En outre, la sécrétion sébacée exagérée ou altérée provoque des réactions secondaires de la peau et facilite des inoculations microbiennes qui en compliquent et en modifient le tableau anatomique et clinique. Aussi la séborrhée présente-t-elle des connexions intimes avec certains eczémas (voir le chapitre de l'eczéma séborrhéique, page 247).
Les auteurs divisent généralement la séborrhée en séboi'rhée fluente ou séborrhée huileuse et séborrhée concrète. Cette division, qui mérite d'être maintenue pour faciliter la clarté des descriptions, est tout artificielle : la séborrhée concrète n'est en général qu'une suite et une transformation de la séborrhée fluente.
Unna a considéré comme rentrant dans le cadre de la séborrhée les affections décrites par les anciens dermatologistes sous le nom de pityriasis simplex, de pityriasis alba. Quoique la question soit des plus discutables, nous donnerons avec lui à ces affections le nom de séborrhée sèche.
Enfin nous comprendrons dans le chapitre des séborrhées les productions verruqueuses qui peuvent se développer sur un terrain séborrhéique, comme suite ultime des troubles de la sécrétion sébacée.
SÉBORRHÉE Fl UEN TE
Description. — La séborrhée fluente, séborrhée grasse, séborrhée huileuse, encore désignée par Biett et Hardy sous le nom d'acné sébacée, par Rayer sous celui de flux sébacé, est caractérisée par une exagération de la sécrétion grasse de la peau.
Celle-ci est recouverte d'un enduit brillant, de consistance huileuse, incolore, ou quelquefois rendu grisâtre par le mélange avec des poussières extérieures.
La peau est tantôt de coloration normale ou pâle et comme œdémateuse, tantôt de coloration rouge plus ou moins vive.
Les orifices glandulaires sont toujours dilatés et apparents ; ils peuvent être remplis d'une matière grasse plus ou moins consistante, de coloration blanche, jaunâtre ou brunâtre, que la pression fait sortir sous la forme de cylindres de volume variable ; l'aspect de ces cylindres se rapproche beaucoup de celui des comédons vulgaires, et, en réalité, ces deux sortes de productions représentent chacune une phase différente d'une même afl'ection. Ces sécrétions ont une odeur butyrique, fade, légèrement nauséeuse, que quelques malades perçoivent d'une façon nette.
La séborrhée fluente peut occuper la presque totalité du corps. Elle présente cependant des lieux de prédilection très accusés.
Au visage, on l'observe surtout au nez, sur toute son étendue, ou seulement dans les plis naso-jugaux, sur les joues, plus rarement et avec une intensité un pou moindre au front et au menton.
Au tronc, elle occupe pres(|ue exclusivement le thorax, sur sa partie médiane en avant et en arrière : la région présternale, les régions sus-mammaire et sousclaviculaire, la région inter-scapulaire, la région sus-épineuse.
Aux membres, elle est très rare.
Les régions velues ne sont pas épargnées. La séborrhée du cuir chevelu est, au contraire, fréquente; elle se traduit, comme sur les parties glabres, par une
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MALADIES CUTANÉES
sécrétion grasse très abondante, qui se répand sur les cheveux, les rend gras sur une longueur plus ou moins considérable, comme s'il avait été fait un large usage de pommade.
La séborrhée grasse peut se développer rapidement et, en peu de jours, atteindre une grande étendue du tégument; le plus souvent elle évolue lentement, persiste pendant un temps variable, mais très généralement fort long, et ne disparaît que rarement d'une façon complète.
Elle se complique dans son cours de lésions secondaires variées : eczéma dit séborrhéique, acnés, alopécie plus ou moins complète. Ces complications de la séborrhée seront décrites dans les chapitres consacrés aux eczémas, aux acnés, aux alopécies.
Anatomie pathologique. — La séborrhée fluente, considérée longtemps comme un simple trouble fonctionnel des glandes sébacées, est, ainsi que l'a montré Sabouraud ('), liée à la présence, dans le conduit de la glande sébacée, d'un microbacille qui avait été précédemment regardé par Unna (-) comme le microbe du comédon ou de l'acné.
Ce microbacille, qui dans ses formes jeunes ressemble beaucoup à un coccus, mesure à l'état adulte environ 1 pi de longueur sur 0,5 [a de largeur; il forme des groupes irréguliers, plus rarement des chaînettes, qui peuvent atteindre la longueur du bacille de Koch. Ce bacille, qui se coloi'e bien par le Gram, mais cjui conserve mal les matières colorantes, est renfermé en grande quantité dans des amas de lamelles cornées del'épiderme formant des cocons; mélangé à de la matière sébacée, ces cocons constituent le cylindre de matière grasse que la pression fait sortir.
La glande sébacée, occupée par ce cylindre, et dont le conduit est en partie oblitéré par lui, s'hypertrophie, atteint souvent des dimensions considérables; en même temps, le follicule pilaire à laquelle elle est annexée s'atrophie par un mécanisme qui n'est pas encore exactement déterminé et les tissus périphériques sont souvent infdtrés de cellules embryonnaires qui peuvent arriver à produire une sclérose dermique.
Il faut remarquer que, pour Unna, la séborrhée grasse n'a pas pour origine les glandes sébacées, mais les glandes sudoripares : il se base, pour soutenir cette assertion, que les recherches anatomiques n'ont pas confirmée, sur cette constatation clinique que la paume de la main, qui est dépourvue de glandes sébacées, est néanmoins le siège d'une sécrétion grasse.
Étiologie. — La séborrhée fluente peut s'observer à tous les âges, surtout à partir de la puberté : elle est particulièrement fréquente de l'âge de 12 ans à celui de 25 ans, mais se prolonge souvent pendant toute l'existence ; les lésions secondaires qui l'accompagnent se modifient suivant les âges.
Elle peut succéder à des maladies infectieuses aiguës : fièvre typhoïde, scarlatine, etc., à des causes de débilitation'générale.
Fréquemment elle est associée à des troubles des fonctions digestives, dys-
(') Sabouraud, La séborrhée grasse et la pelade. Annales de l'Institut Pasteur, 1897, p. 154.
(*) Unna, Ueber die Fârbung der Mikroorganismen von Horngewebe. Monatshefte f. pmkt. Dermatol., 1891, t. 13, p. 225. — Menahem Hodara. Ueber die bakteriologische Diagnose der Akne. Monatshefte f. prakt. Dermatol. 1894, t. 18, p. 575.
LES SÉBORRHÉES.
peppie nervo-motrice avec fermentations gastro-intestinales, constipation, ou à des troubles des organes génitaux.
Souvent aussi elle est liée à des troubles nerveux divers; elle est fréquente chez les névropathes de tous ordres et les aliénés.
Ces conditions générales étaient regardées jusqu'à ces derniers temps comme les causes véritables de la séborrhée; leur action s'expliquait par les modifications chimiques qu'elles pouvaient apporter à la composition du sang et aux' produits de sécrétion des glandes sébacées, ou par les troubles directs que le système nerveux déterminait dans ces sécrétions.
Les recherches de Sabouraud, qui rendent très vraisemblable la nature parasitaire de la séborrhée grasse, tendraient à faire considérer les causes précédentes comme les conditions déterminantes de cette affection : elles ne seraient plus que des causes prédisposantes, préparant le terrain à la végétation et à la pullulation microbiennes.
Traitement. — Le traitement de la séborrhée grasse se confond en grande partie avec celui des acnés vulgaires, dont elle précède d'ailleurs le développement.
On doit combattre les troubles digestifs et les états pathologiques qui provoquent le développement de la séborrhée.
Le traitement externe consiste essentiellement, pour les séborrhées des régions glabres, dans les lotions alcalines à base de bicarbonate de soude et surtout de borate de soude et mieux encore dans les lotions soufrées.
Dans la séborrhée grasse du cuir chevelu, on aura recours aux lotions soufrées, aux lotions avec une solution très étendue de polysulfure de potassium, en ayant soin de nettoyer le cuir chevelu au moyen d'eau chaude et de savon, lorsque le soufre forme un enduit trop épais sur le cuir chevelu ; dans les cas rebelles, on peut employer des poudres inertes et absorbantes, additionnées de soufre précipité.
SÉBORRHÉE CROUTEUSE
Description. — La séborrhée croûteuse ou concrète est caractérisée par la production de croûtes plus ou moins épaisses, entremêlées de productions épidermiques squameuses et de poussières atmosphériques.
Elle comprend une série fort complexe et quelque peu hétéroclite de lésions qui peuvent être généralisées ou localisées et occuper le cuir chevelu ou les parties glabres. Nous rangeons ces faits dans une même description afin de ne pas multiplier les divisions, mais il est impossible de dissimuler combien leur rapprochement est artificiel, au point de vue clinique comme au point de vue anatomicpie.
Au cuir chevelu, on observe la séborrhée concrète chez l'enfant et chez l'adulte.
Chez l'enfant, elle forme des croûtes assez résistantes, de coloration jaune ou grisâtre, souvent divisées par des sillons en plaques d'étendue variable, tantôt sèches, tantôt grasses, d'épaisseur variable, au-dessous desquelles la peau est tantôt d'apparence normale, tantôt légèrement humide, tantôt suintante. Ces lésions occupent la partie supérieure de la tête et présentent leur maximum à la partie moyenne de la région frontale. Elles constituent l'altéralion connue
MALADIES CUTANÉES
vulgairement sons le nom de chapeau. Un préjugé populaire, contre lequel on ne saurait trop réagir, attribue au chapeau la vertu de préserver les enfants d'autres maladies, et beaucoup de mères refusent de les en débarrasser : en réalité, le chapeau n'empêche le développement d'aucun trouble quelconque et peut, au contraire, être l'occasion sinon la première phase de lésions eczémateuses du cuir chevelu susceptibles de se généraliser ensuite à toute la surface cutanée.
Chez l'adulte, la séborrhée croûteuse du cuir chevelu forme des croûtes d'un jaune sale, graisseuses, sèches ou humides, au-dessous desquelles le cuir chevelu peut être rouge et infdtré. Elle représente un intermédiaire entre la séborrhée huileuse et les eczémas séborrhéiques suintants du cuir chevelu.
Sur les parties glabres, la séborrhée croûteuse n'est souvent que l'exagération de la séborrhée huileuse, dont la sécrétion est modifiée par la dessiccation au contact de l'air et par le mélange des poussières atmosphériques. Elle se traduit alors par la présence de croûtes d'un jaune sale ou grisâtres, parfois même noirâtres, reposant sur une peau grasse et huileuse, et occupe, dans une étendue variable et souvent considérable, le nez, les joues, le menton, le front, plus rarement les organes génitaux, les plis inguinaux et axillaires. Cette forme de séborrhée s'observe surtout chez les jeunes filles et coïncide souvent avec des troubles névropathiques et mélancoliques dont elle suit les variations. Elle peut se compliquer de lésions eczémateuses.
Chez le nouveau-né, la séborrhée à forme croûteuse peut occuper la presque totalité du corps, formant à sa surface un enduit gras plus ou moins épais, qui a été décrit sous le nom de vernix caseosa.
La séborrhée croûteuse peut se localiser et rester localisée sur des surfaces limitées. Elle se présente alors sous deux formes différentes. Ce sont tantôt des croûtes jaunes ou grisâtres, grasses ou sèches, fermes, souvent adhérentes, au-dessous desquelles on trouve les orifices glandulaires dilatés et remplis parfois de bouchons cornés; ces lésions, que l'on observe principalement sur le nez ou sur les joues, chez les sujets ayant dépassé 50 ans, ont reçu le nom d'acné sébacée concrète ou d'acné sébacée partielle, ou encore de kératome sénile : elles représentent le début de lésions épithéliomateuses (') à point de départ glandulaire, et tôt ou tard leur base s'indure; sous les croûtes se forment des ulcérations qui caractérisent l'épilhélioma confirmé.
Une autre forme de séborrhée localisée est constituée par les verrues séborrhéiques : elles débutent par une tache de coloration jaune, grisâtre ou noirâtre, dont la surface est un peu irrégulière et fait une légère saillie. Plus tard, elles se recouvrent de productions épidermiques sèches et friables ou légèrement grasses, souvent épaisses, de coloration brunâtre ou noirâtre; à leur base se montre une dépression circulaire plus ou moins prononcée, ébauche de pédiculisation. Ces lésions occupent le plus souvent le tronc, le cou; elles peuvent aussi s'observer au visage et aux mains. Elles sont souvent très nombreuses et peuvent atteindre la dimension d'une pièce de !2 francs et plus encore. On les observe presque exclusivement chez des sujets âgés. Elles peuvent, comme l'acné sébacée partielle, être l'origine de tumeurs malignes, et d'ailleurs leur structure est déjà, comme celle de l'acné sébacée pai'tielle, celle de l'épithélioma.
(') DuBREUiLH, Des hyperkératoses circonscrites. Annales de Dermal., 1896,, p. 1158.
LES SÉBORRHÉES.
Étiologie. — Le groupe fort complexe des séborrhées croùteuses comprend des formes généralisées dont l'étiologie se confond avec celle des séborrhées huileuses. Les formes localisées, qui s'observent surtout chez des sujets âgés, semblent être la conséquence à la fois d'altérations séniles des glandes sébacées, de l'irritation provoquée par une sécrétion sébacée modifiée par l'âge lui-même et de l'absence de soins de propreté suffisants.
Traitement. — Les formes généralisées de la séborrhée croùteuse relèvent des mêmes modes de traitement que la séborrhée huileuse. Il faut y ajouter, lorsque les croûtes sont épaisses, l'emploi des pulvérisations tièdes et parfois des cataplasmes ou des enveloppements humides pour faciliter leur chute. Au cuir chevelu, la chute des croûtes est obtenue d'une façon plus pratique et avec une moindre irritation au moyen d'onctions avec des corps gras et de préférence des huiles, suivies de lavages avec l'eau savonneuse ou la décoction d'écorce de Panama.
Dans les formes localisées, on doit également produire la chute des croûtes au moyen de pulvérisations tièdes, de cataplasmes, etc., puis faire des lavages répétés avec de l'eau savonneuse ou des alcoolés pour empêcher l'accumulation de graisse et de croûtes dans les orifices glandulaires. Les applications répétées d'emplâtres résolutifs et surtout d'emplâtres à l'acide salicylique peuvent suffire à obtenir la disparition des verrues séborrhéiques.
Lorsque les formes localisées de la séborrhée croùteuse résistent à ces traitements locaux, que l'induration de leur base et leur extension dénotent cliniquement leur nature épithéliomateuse, il faut les détruire au moyen des cautérisations ignées ou les enlever au moyen de l'instrument tranchant.
SÉBORRHÉE SÈCHE
La séborrhée sèche constitue, d'après Unna, la première phase de son eczéma séborrhéique. Elle répond au pityriasis simplex des anciens auteurs, et est constituée par la production de squames sèches, minces, blanchâtres ou grisâtres, peu étendues et peu adhérentes.
Au cuir chevelu, la séborrhée sèche est caractérisée par des squames peu épaisses, minces, se détachant facilement, ne s'accompagnant pas de rougeur du tégument ou reposant sur des surfaces à peine rosées.
Ces squames, auxquelles on donne vulgairement le nom de pellicules, se détachent et tombent sur les vêtements, qu'elles couvrent parfois d'une abondante poussière grise.
La séborrhée sèche est très souvent suivie de lésions eczémateuses du cuir chevelu. Elle donne presque constamment lieu à la chute des cheveux, tantôt temporaire, tantôt définitive, suivant l'intensité et la persistance des lésions folliculaires qui l'accompagnent.
Elle occupe principalement le sommet de la tête.
On range généralement dans la séborrhée sèche une altération particulière du cuir chevelu, très nettement différenciée cliniquement, et à laquelle on a donné le nom très expressif de teigne amiantacée. Cette affection est caractérisée par la production de larges plaques arrondies et saillantes, formées de squames grises, sèches et résistantes. Les cheveux qui traversent ces plaques sont couchés par elles sur le cuir chevelu et, lorsqu'on cherche à les relever, on soulève les
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squames qui les recouvrent et on les sépare en lamelles brillantes rappelant la cassure fibreuse de l'amiante. Cette atTection, qui s'observe plus souvent chez l'adulte que chez les sujets jeunes, guérit assez facilement et ne laisse pas d'alopécie à sa suite.
Sur les régions glabres, la séborrhée sèche se traduit par la production de sqviames minces, assez adhérentes, mais se soulevant sur leurs bords pour donner à la peau un aspect farineux, et accompagnées ou non de rougeur. Elle occupe particulièrement le visage.
Étiologie. — Les causes de la séborrhée sèche sont les mêmes que celles qui favorisent le développement de la séborrhée fluente. Son origine parasitaire paraît vraisemblable, mais de nouvelles recherches sont nécessaires pour en faire connaître l'agent ; les spores de Malassez (bacille-bouteille de Unna), qu'on trouve en grande abondance dans les squames, n'ont pas un rôle pathogène nettement démontré.
Traitement. — Comme la séborrhée fluente, la séborrhée sèche est surtout justiciable du traitement sulfureux, lotions soufrées et surtout pommades soufrées ; les préparations de goudrons, dans les formes rebelles, les lotions avec des solutions de sublimé, enfin les lavages avec de l'eau chaude savonneuse, à condition que ces derniers ne soient pas trop fréquemment répétés, en constituent également les bases.
LES ACNÉS
On désigne sous le nom d'acnés une série de lésions des glandes sébacées dans lesquelles des altérations glandulaires s'accompagnent généralement de la rétention des produits de sécrétion.
La séparation entre les acnés et d'autres affections des glandes sébacées est purement conventionnelle ('). Ainsi certaines formes de séborrhée, comme la séborrhée fluente ou concrète, ont parfois été rangées parmi les acnés; les lésions des glandes sébacées qui préludent aux épithéliomas sébacés pourraient rentrer également dans la catégorie des acnés et ont été désignées sous le nom d'acné sébacée partielle ; les altérations glandulaires si manifestes dans le lupus érythémateux, et surtout dans quelques-unes de ses formes, l'ont fait désigner sous le nom d'acné atrophique (Chausit), mais, pour cette affection, l'identification aux acnés est encore moins acceptable que pour les précédentes.
Rappelons enfin que Bazin a donné le nom d'acné varioliforme au molluscum contagiosum; cette dénomination est abandonnée aujourd'hui et d'autant plus légitimement que les recherches histologiques récentes semblent avoir définitivement démontré que cette affection n'a pas de relation avec les glandes sébacées. L'acné des cachectiques est une variété de folliculites, où les glandes sébacées sont à peu près indemnes.
Ces éliminations faites, il reste à décrire dans le chapitre des acnés :
1" Des lésions des glandes sébacées caractérisées cliniquement par la rétention de leurs produits de sécrétion plus ou moins altérés et modifiés :
Acné comédon ou acné ponctuée;
(') Voir TouTON. Pathologie, /Etiologie und Thérapie der Acne. Verhandlungen des VI. Congresses der Deittschen Dermalologischen Geselhchaft, 1898.
k LES ACNÉS.
. Acné miliaire, ou milium ; ' Acné cornée.
2" Des lésions des glandes sébacées avec participation macroscopiquemenl appréciable des tissus adjacents au processus inflammatoire glandulaire :
Acné simple, ou disséminée, ou pustuleuse;
Acné rosée ou couperose comprenant Facné hypertrophique ;
Acné chéloïdienne ;
Acné nécrotique, ou acné pilaire, encore appelée acné varioliforme par les auteurs allemands.
On voit souvent diverses variétés d'acnés coïncider entre elles chez un même sujet, coïncider aussi avec les différentes formes de séborrhée sur les régions adjacentes ou sur des régions éloignées. Cette coïncidence résulte de l'action sur toutes les glandes sébacées d'une même cause générale, dont les effets locaux sont modifiés par les conditions différentes de structure et de fonctionnement de ces glandes dans les différentes régions, et par les conditions locales d'infection du contenu de chaque glande en particulier. Nous verrons, en effet, à propos de chacune des variétés d'acné, que les causes générales ou internes sont à peu près toujours les mêmes et que les infections surajoutées diffèrent d'une façon plus ou moins manifeste.
Il faut ajouter que les acnés sont d'une fréquence extrême, qu'elles représentent dans leur ensemble la classe la plus fréquente des dermatoses; à un degré peu accentué, elles sont si banales qu'elles méritent à peine le nom de maladie et semblent constituer simplement une légère déviation du fonctionnement glandulaire.
ACNÉ COMÉDON OU PONCTUÉE
Définition. — On donne le nom de comédons à des produits de sécrétion glandulaire qui remplissent les glandes sébacées sans s'accompagner de lésions inflammatoires apparentes et font saillie à l'orifice glandulaire sous la forme d'une tache noire. '
Description. — L'acné comédon ou acné ponctuée est caractérisée par une saillie aplatie, d'apparence papuleuse ou à peine surélevée et par la présence, au centre de cette saillie, d'une tache noire ou brunâtre vulgairement appelée points noirs, de dimensions inférieures à celle d'une tète d'épingle. Lorsqu'on exerce une pression sur la périphérie de la saillie, au moyen de l'ongle par exemple, on voit le point noir émerger de la surface, suivi par une matière blanche opaque ou légèrement jaimâtre, concrète, de consistance caséeùse; cette matière blanche semble étirée à la filière et se contourne sur elle-même en sortant; elle offre ainsi l'aspect d'un ver blanc à tête noire. Après la sortie de cette matière, l'orifice glandulaire reste dilaté.
Les éléments d'acné comédon occupent surtout le visage, particulièrement le front et le nez, et la région des épaules; on les observe également dans l'intérieur du pavillon de l'oreille, plus rarement sur les membres. Ils sont tantôt disséminés en petit nombre, tantôt réunis en nombre variable sur une ou plusieurs régions limitées; lorsqu'ils sont réunis en grand nombre, ils donnent à la
TRAITÉ DE MÉDECINE, 1' écHt. — III. 22
icnonans thibierge.-\
MALADIES CUTANÉES
peau l'aspect d'un crible et constituent une véritable difformité. Thin et R. Crocker (') ont désigné sous le nom de comédons groupés certains cas dans lesquels les éléments sont réunis en grand nombre sur une surface restreinte, de configuration variable, parfois géométrique, parfois symétrique : les causes de cette localisation ne sont pas déterminées.
Dans une forme très rare, observée par Selhorst(^) et Thibierge ('), des comédons volumineux, associés à une suppuration profonde des glandes sébacées et à des lésions ayant l'aspect des gommes, sont disposés en bandes ou en plaques correspondant à des territoires métamériques : il s'agit d'un véritable nsevus à forme d'acné comédon.
L'acné comédon s'accompagne presque constamment de séborrhée fluente. Il est souvent associé à l'acné pustuleuse.
Cette affection ne s'accompagne d'aucun trouble fonctionnel.
Sa durée est longue, indéfinie presque, en raison de la reproduction ou de la persistance fréquente des troubles digestifs auxquels elle est liée.
Anatomie pathologique. — Des recherches de Unna il résulte que l'acné comédon est due à une hyperkératose diffuse qui pénètre dans les follicules et oblitère leur orifice; les follicules se transforment en kystes uni- ou multiloculaires remplis de sébum. Ce sébum altéré et modifié constitue le comédon. La coloration noire de son extrémité, longtemps attribuée à son infiltration par des poussières atmosphériques, est le. résultat de la transformation des couches les plus superficielles : elle est due à la présence d'un dérivé de la kératine. Les lésions des tissus périglandulaires, nulles au début de l'acné comédon, sont toujours extrêmement peu prononcées tant que l'acné n'est pas suppurée.
La bactériologie de l'acné comédon a été étudiée par Unna (*) et par son élève Menahem Hodara ('''). Ces deux auteurs ont montré qu'il existe constamment dans les comédons acnéiques un petit bacille en forme de bâtonnets un peu courts et épais, mesurant 0,7 de long sur 0,3 il de large, occupant sur les coupes la partie profonde du comédon. Ce bacille peut être cultivé sur agar (M. Hodara). Unna et Hodara, n'ayant pu le retrouver dans aucune autre affection, le considèrent comme étant très vraisemblablement l'agent provocateur de l'acné. On trouve, en outre, mais non d'une façon constante, et pénétrant plus ou moins profondément dans les couches superficielles du comédon, de gros bacilles décrits par Malassez dans la séborrhée et auxquels Unna donne le nom de bacille bouteille (Flaschenbacillen) et une sorte de cocci qui n'ont pas la disposition des morocoques.
Etiologie. — L'acné comédon est extrêmement fréquente; beaucoup de sujets de tous les âges en présentent d'une façon constante sans malaise général apparent.
Au moment où s'établit la puberté et dans les années qui suivent, elle peut
(') G. Thin, Grouped comedones, The Lancel, octobre 1888, p. 712. — R. Crocker, Symme- Irically grouped comedones, The Lancet, octobre 1888, p. 813.
(*) Seliiorst. Nœvus acneiformis unilateralis, British Journal of Dermatology, 1806, p. 419.
(5) Thibieiîge. Naevus acnéiquc unilatéral en bandes et en plaques. Annales de Dermatologie, 1896, p. 198.
(*) Unna, Ueber die Fârbung der Mikroorganismcn in Ilorngewebe. Monatshefte f. prakt. Dermal., 1891, t. 13, p. 225.
(^) Menahem Hodara, Ueber die bakteriologische Diagnose der Akne. -/l/ona«s/ie/"ie f. prakl. DemaJ. 1894, t. 18, p. 573.
LES ACNÉS.
être considérée comme un phénomène presque constant, résultant de l'activité plus grande des glandes sébacées. Elle est plus particulièrement abondante chez les sujets présentant les attributs du tempérament lymphatique.
L'influence de la puberté tient aux modifications qu'elle entraîne dans les mutations organiques, sans doute par le fait des sécrétions glandulaires internes qui commencent à se produire à cette époque de la vie; les graisses, ainsi modifiées, sont sécrétées d'une façon anormale et avec des qualités anormales, qui permettent la pullulation de certains organismes pathogènes.
Les troubles digestifs, surtout les troubles intestinaux, la constipation et les fermentations anormales produisent le même résultat.
La longue durée de l'acné, ses récidives fréquentes ont fait penser à son origine parasitaire : les recherches de Unna et de Hodara tendent à confirmer cette opinion. Cependant, quelle que soit la valeur de ces parasites et que leur rôle soit véritablement pathogène ou purement accessoire, il semble qu'ils ne puissent se -rencontrer et se développer que lorsqu'ils trouvent dans les modifications primitives des qualités chimiques du sébum des conditions favorables à leur existence.
On peut trouver dans le comédon un parasite annelé signalé par Simon et connu sous les noms de Demodex folliculorum ou d'Acarus folliculorum ; mais ce parasite, inconstant d'ailleurs, n'est pas propre à l'acné comédon et n'a aucune importance étiologique.
Diagnostic. ■ — Le diagnostic de l'acné comédon ne présente aucune difficulté. Elle ne saurait être confondue qu'avec des poussières atmosphériques encrassant les orifices glandulaires; il suffit d'un examen môme très superficiel pour éviter cette erreur.
Traitement. — Le traitement général de l'acné comédon comprend surtout le traitement des troubles digestifs qui le provoquent.
Quant à son traitement local, il comporte en premier lieu l'avulsion des comédons, soit au moyen de l'ongle s'ils sont peu nombreux, soit au moyen des divers instruments proposés dans ce but, et ces instruments, dont le type est le komedonenquetscher de Hebra, consistent en général en tubes ou en anneaux métalliques de petit diamètre fixés sur un manche, qu'on applique sur la saillie acnéique et avec lesquels on exerce une pression : le comédon s'échappe par le conduit ou l'orifice central.
Lorsque les comédons sont très nombreux, on peut favoriser ou produire leur expulsion par l'emploi de topiques irritants et kératolytiques : lotions avec l'esprit de savon de Ilebra, additionné de 2 à 5 pour 100 d'acide salicylique, mélange de savon noir et de soufre précipité additionné de 2 pour 100 d'acide salicylique, etc.
Après l'expulsion des comédons, on pourra dégraisser la peau au moyen de frictions avec des liquides alcooliques et modifier les sécrétions cutanées à l'aide des préparations soufrées.
ACNÉ MILIAIRE OU MIUUM ■ Définition. — On donne le nom de milium ou grutum à de petites saillies
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miliaires dues à l'accumulation et à la transformation du contenu des glandes sébacées.
Description. — Les saillies du milium sont d'un blanc opaque, planes ou plus souvent hémisphériques, du volume d'une tète d'épingle ou d'un grain de millet : leur consistance est dure; lorsqu'on les enlève, on constate qu'elles sont constituées par une matière ferme, cohérente, s'écrasant difficilement sous le doigt.
Ces lésions occupent le visage, particulièrement les paupières, la partie supérieure des joues, le front; on les observe également sur le scrotum, où elles atteignent des dimensions plus considérables qu'au visage et où leur contenu peut subir la transformation crétacée.
Étiologie. — Le milium s'observe parfois en grande abondance chez des sujets jeunes atteints de lentigo de la face. A un degré moins développé, il est fréquent chez les sujets jeunes.
Il accompagne fréquemment le lupus vulgaire du visage.
Son étiologie précise n'est pas connue : il semble souvent dû à une conformation congénitale des glandes sébacées plutôt qu'à un véritable état pathologique.
Anatomie pathologique. — Il résulte des recherches de Neumann, de Vidal et Leloir que les lésions du milium sont constituées par une poche fibreuse due à l'épaississement de la paroi du follicule pilaire et renfermant des cellules cornées imbriquées comme les lamelles du bulbe de l'oignon ; à leur centre, on trouve une sorte d'amas graisseux, composé de granulations de graisse et de cristaux de cholestérine, quelquefois une infdlration de sels calcaires.
Traitement. — Le seul traitement de cette affection, lorsqu'elle présente un développement suffisant pour devenir disgracieuse, est l'énucléation au moyen de la pointe d'un scarificateur ou la cautérisation avec la poinle fine du thermo ou du galvano-cautère.
■ACNÉ CORNÉE
On décrit avec Hardy, Vidal et Leloir, sous le nom d'acné comte, une affection rare caractérisée par la production de saillies dures, jaunâtres, grises ou noires, acuminées ou coniques, pouvant atteindre 5 à 4 millimètres de hauteur et reposant sur la peau normale ou légèrement érythémateuse. Une pression exercée à la base de ces saillies fait sortir des masses cornées, résistantes ou friables; après leur sortie, l'orifice folliculaire reste béant comme après l'expulsion d'un comédon. Les saillies restent isolées ou se réunissent pour former des plaques généralement peu étendues, qui donnent au toucher la sensation d'une brosse dure.
Ces groupes irréguliers où les éléments disséminés occupent le front, le nez, le tronc ou les membres.
L'affection a une évolution très lente. Ses causes sont complètement indéterminées.
LES ACNÉSl' '-^
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Tenneson et Leredde(') décrivent, comme une affection différente, sous le nom d'acné kératique, des cas dans lesquels les lésions, occupant les lieux d'élection de l'acné vulgaire et coïncidant avec celle-ci, forment de larges surfaces irrégulières recouvertes de petites saillies cornées, de coloration grisâtre, et donnant la sensation d'une râpe.
Anatomie pathologique. — Les lésions décrites par Vidal et Leloir consistent en une foUiculile pilaire avec épaississement considérable de l'épiderme corné du follicule et dilatation notable de ce follicule; la glande sébacée au contraire est intacte.
Dans les cas de Tenneson et Leredde, il existait au contraire des lésions kératosiques de la glande sébacée elle-même avec infiltration cellulaire glandulaire et périglandulaire et intégrité des follicvdes.
Traitement. — Le traitement consiste dans l'application de savon noir, d'emplâtres hydrargyriques et de pommades contenant 8 à 10 pour 100 de soufre et 2 à 4 pour 100 d'acide salicylique. On facilite la guérison en faisant sortir les masses cornées au moyen de la pression avec les doigts.