RHUMATISME ET INFILTRATIONS SÉREUSES
aussi cette coloration fait défaut. — Ferrand, dans sa Monographie sur les exanthèmes du rhumatisme, note avec soin les infiltrations séreuses aiguës qu'il rencontre. — Les traités classiques de pathologie interne, à part celui de Monneret, ne font aucune mention de l'hydropisie rhumatismale essentielle; ce silence des auteurs a engagé, il y a quelques années, Kirmisson à publier, sous l'inspiration du professeur Guyon, plusieurs observations de gonflement inflammatoire des membres relevant de ce processus.
D'après un travail deBesnier, cet œdème apparaît à titre de propagation de la fluxion articulaire, dès lors capable par son intensité et sa durée de commander à révolution de la lésion; dans d'autres cas il se rattache à une lésion viscérale ou dérive d'un refroidissement qui a provoqué en même temps l'apparition d'accidents généraux. — La part de cet œdème n'est pas nettement établie; pourtant son existence est indéniable; il peut se rencontrer dans diverses formes du rhumatisme, aussi bien dans le type aigu que dans La variété subaiguë.
Observé le plus souvent pendant le cours d'une attaque articulaire, ce phénomène se montre parfois a titre de manifestation isolée, tantôt précédant la poussée des jointures, tantôt alternant avec d'autres manifestations.
Ces infiltrations offrent, suivant les cas, de grandes dissemblances dans les caractères cliniques qui leur appartiennent en propre; néanmoins, ces dissemblances ne doivent pas faire suspecter leur signification constante de manifestation rhumatismale, car elles trouvent leur raison dans la faculté (pie possède le mal lui-même de revêtir, quels que soient le tissu ou l'organe qu'il intéresse, différents modes pathogéniques : la congestion, l'hypercrinie, l'inflammation sont les plus importantes de ces modalités, qui fréquemment associées, plus ou moins confondues, peuvent aussi traduire isolément cette affection.
Ainsi le tissu cellulaire sous-cutané peut être le siège soit d'une simple infiltration résultant d'une irritation du parenchyme où cette lésion se produit, soit d'une phlegmasie véritable bien que spéciale. Toutefois il est rare que la fluxion se montre à titre d'acte isolé ; l'élément inflammatoire s'y joint presque toujours dans une mesure variable ; il en résulte un état complexe, une hydro-phlegmasie, dont le siège peut occuper aussi bien les mailles conjonctives que la trame des poumons ou les grandes cavités séreuses.
Dans une première variété cet œdème rhumatismal, en dépit de la brusquerie de son invasion, ne s'accompagne pas de réaction locale appréciable. Plus ou moins rénitent, il n'est douloureux ni spontanément ni à la pression; les téguments ne présentent à son niveau aucune rougeur; la température locale n'est pas accrue; il ne se distingue donc par aucun de ses caractères intrinsèques ni de celui qui se développe directement sous l'influence du froid, ni de ceux qui signalent le cours des néphrites. D'autre part, il n'affecte pas de lieu d'élection; il naît d'emblée à la face ou au tronc, aux membres ou aux parties génitales.