FORMES CLINIQUES. — ÉVOLUTION
rayonnant autour d'un centre ; cette enflure conserve sa disposition circulaire jusqu'à ce que l'infiltration atteigne le tissu plus Lâche qui double la peau des paupières. L'invasion devient alors rapide; en peu d'heures le boursouflement de la face est extrême; les traits ne sont pas moins méconnaissables que dans Lérysipèle le plus intense; toute la zone infil trée est douloureuse. — Quand parallèlement à un tel œdème coexiste une certaine rougeur des téguments, comme le fait est rapporté dans plusieurs observations, on a sous les yeux un de ces « pseudo-érysipèles » rhumatismaux, qu'on a trop souvent, selon Besnier, pris pour de véritables érysipèles, alors qu'ils relèvent directement du rhumatisme.
En quelque point qu'elle se développe, qu'elle occupe la tète ou les membres, celte enflure de nature hydrophlegmasique se montre en général assez bien localisée; elle ne va pas s'éteignant par une dégradation insensible; ses limites bien marquées ne forment aucun rebord.
On peut rapprocher celle variété d'œdèmë de manifestations plus ou moins semblables qui sont aussi de nature rhumatismale, telles que les épanchements séro-fibrineux à variations rapides, considérables, siégeant ordinairement dans les plèvres, dans le péricarde, etc.
Si le rhumatisme revêt un type inflammatoire franc, il est possible d'observer une véritable phlegmasie du tissu sous-cutané. La partie affectée est le siège d'un empâtement plus ou moins considérable; la peau tendue présente une coloration rouge; la température locale est augmentée d'une manière appréciable à la main; les douleurs sont vives; on constate le godet caractéristique; en aucun point cependant on ne trouve de fluctuation, même lorsque la tension a atteint son maximum; parallèlement à cette vive réaction locale on peut noter l'existence d'une fièvre intense.
Cet œdème inflammatoire de nature rhumatismale existe parfois en l'absence de toute manifestation articulaire, soit que les jointures primitivement envahies aient été abandonnées, soit que leur altération ne se montre que plus tard. Si, au contraire, il y a coïncidence, la douleur, le gonflement de ces jointures peuvent être masqués complètement par L empâtement des parties périphériques ; dès lors, il est difficile de diagnostiquer autre chose qu'un simple phlegmon : c'est ce qui arrive fréquemment.
Cette lésion, sous les formes cliniques multiples qu'elle peut revêtir, assez souvent coïncide ou alterne avec les diverses manifestations cutanées du même mal ; les connexions intimes entre la peau et le tissu cellulaire qui la double expliquent bien cette coïncidence si habituelle des deux localisations.
Le début paraît brusque ; l'enflure peut atteindre d'emblée un degré considérable dans les territoires envahis; si par la suite elle s'accroît, c'est bien plutôt en étendue qu'en intensité. On la voit survenir par poussées successives, assez imprévues ; on la voit occuper à la fois différentes régions du corps, disparaître en un point pour se montrer sur un autre, affecter par conséquent dans sa marche l'irrégularité, la tendance à la diffusion,
ŒDÈMES.
- LOCALISATIONS VISCÉRALES DE CES ŒDÈMES.
la mobilité que présentent si ordinairement les diverses manifestations du rhumatisme ; il y a parfois une véritable alternance entre ces poussées œdémateuses et les modifications éruptives signalées par les auteurs.
La marche de cet accident, dont la terminaison peut offrir la soudaineté du début, n'est pas toujours telle que nous venons de la décrire ; la fugacité, la tendance au déplacement ou au remplacement ne se rencontrent pas constamment; c'est ainsi que dans les cas où la forme inflammatoire prédomine, le mal, au contraire, se distingue par sa persistance, sa fixité, son évolution continue.
Le rhumatisme frappe donc le tissu cellulaire sous-cutané en déterminant des lésions multiples ; par des mécanismes divers il peut produire des œdèmes primitifs ou secondaires, généralisés ou localisés ; il est apte à engendrer des nodosités, des pseudo-lipomes, des altérations plus ou moins durables, telles des variétés de tumeurs adipeuses, d'éléphanliasis, etc. — Si on envisage l'ensemble des phénomènes, on voit que, par l'intermédiaire du système nerveux, ce processus rhumatismal est capable de faire apparaître des scléroses, des troubles de nutrition circonscrits, par exemple, la maladie de Dupuytren, la sclérodermie, les modifications péri-claviculaires décrites par Potain et Verneuil.
En retentissant sur les échanges, cet étal conduit à l'accumulation de certains éléments, à la disparition de quelques autres, à l'obésité dans un cas, à la sénilité précoce dans un autre. A vrai dire, ces manifestations exigent pour se réaliser, en premier lieu, une prédisposition individuelle qui crée l'imminence morbide, en second lieu, une cause extérieure, le froid, le traumatisme, qui prépare la localisation.
Ces états diathésiques provoquent du côté des viscères des fluxions que l'anatomie pathologique a déjà révélées, fluxions qui vont de la congestion à l'inflammation, en s'accompagnant d'un certain degré d'infiltration œdémateuse des organes frappés. Tous ces organes, chez les arthritiques, le rein, le foie, l'estomac, l'intestin, etc., peuvent être atteints ; on connaît le rhumatisme cérébral, les bronchites, les bronchorrées, les altéralions séreuses ou muqueuses de ces arthritiques; néanmoins, parmi tous ces désordres, l'œdème du poumon tient une importante place.
Tandis que le type pneumonique s'observe rarement à l'état isolé, c'est souvent sous cette forme œdémateuse que se traduit ce rhumatisme pulmonaire; tantôt ce trouble apparaît comme une des complications de la polyarthrite; tantôt cet accident est la seule manifestation de l'attaque, manifestation évoluant durant un temps plus ou moins long, s'éteignant ensuite sans qu'aucune poussée articulaire soit venue s^ juxtaposer ou la remplacer.
Un homme habituellement bien portant éprouve une gène respiratoire progressive; il a la sensation d'un poids sur la poitrine; cette dyspnée (Ta Lord peu sensible, ne se révélant que dans les cas d'ascension ou de marche rapide, ne tarde pas à devenir continue; en même temps, une toux pénible, humide, fréquente, quinteuse, accompagnée d'une expecto-
[A. CHARRIN.]