‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 12 sur 221 · ACTION DE LA SUDATION SUR LA TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

ACTION DE LA SUDATION SUR LA TEMPÉRATURE

minâtes dans une étuve saturée dont la température variait de 41 à 53 degrés. On a montré, depuis lors, que réchauffement est encore plus rapide quand le corps est plongé dans un bain (Lemonier).

La résistance est donc très facile dans l'air sec, très faible dans l'air humide, sensiblement nulle dans l'eau. A quoi tiennent ces résultats? 11 faut remarquer, dit Gavarrct, que la quantité de chaleur cédée par un corps chaud au contact direct, varie suivant la nature du corps lui-même et dépend de la mobilité de ses molécules, de sa conductibilité et de sa chaleur spécifique. Or les gaz secs sont plus mauvais conducteurs que les liquides; d'autre part, la chaleur spécifique de l'eau est supérieure à celle de la vapeur d'eau, et la chaleur spécifique de la vapeur est supérieure à celle de l'air. C'est pour la même raison que le froid humide fait une impression plus vive et est plus mal toléré que le froid sec.

De plus, dans l'air sec, la sueur émise se vaporise immédiatement, produisant un refroidissement considérable à la surface de la peau.

L'évaporation est donc pour la plupart des animaux une grande cause de résistance à l'élévation de température. On ne saurait fixer exactement sa valeur, car elle varie beaucoup pour chaque sujet, et elle augmente proportionnellement à la température ; cependant, si l'on connaît la quantile d'eau perdue, on peut calculer le nombre de calories employées à cette évaporation (*)-.

Dans un air sec à 107 degrés, Berger a évalué l'évaporation cutanée de l'homme à 31gr,ll en une minute. D'après Lavoisier et Seguin, la transpiration dans les conditions de température moyenne de nos climats est de 1 kilogramme par vingt-quatre heures et la perte qu'elle entraîne, 26 calories par heure. Mais il est bon de remarquer que ces calories ne sont pas fournies par le corps seulement; le milieu ambiant y contribue aussi. La sécrétion sudorale a deux origines ou deux mécanismes différents. Elle est d'origine périphérique ou réflexe quand elle succède à une influence extérieure; elle est d'origine centrale quand elle résulte d'un échauffement du centre nerveux, du cerveau.

La sueur thermique, réflexe, succède à réchauffement des extrémités des nerfs cutanés; elle se produit avec une grande facilité quand l'extérieur s'échauffe, et devient très évidente si la saturation de l'air empêche son évaporation rapide.

La sueur cV origine centrale se produit quand l'homme accomplit un acte ou subit une perturbation qui tend à élever sa température centrale. Par exemple, pendant le travail musculaire, il arrive un moment, variable pour chaque sujet, où la température centrale s'élevant de quelques dixièmes de degré, la sudation apparaît. Dans des expériences de M. Bouchard, la sudation apparaissait quand la température rectale arrivait à 57 degrés, aussi bien quand la température de l'air était à 15 degrés que

(l) V. Regnault a montré que la quantité de chaleur qu'il faut fournir à l'eau pour la transformer en vapeur, sans changer son état thermique est, à la température moyenne de Paris, de 599 calories par kilogramme d'eau vaporisée.

[L. GUINON.-}

DE LA FIÈVRE

lorsqu'elle était à 26 degrés. Seulement la sudation se produisait au bout de dix-neuf minutes de travail quand l'air était à 15 degrés, et au bout de huit minutes, quand il était à 26 degrés.

Rôle de la circulation dans la température. — Nous connaissons déjà deux moyens de défense contre les températures extrêmes, la respiration et la sudation; elles sont puissamment aidées par la circulation et les réflexes qui la commandent ; mais tandis que les deux premières sont plus particulièrement appropriées à la lutte contre la chaleur, la circulation peut avantageusement lutter contre le froid et le chaud.

Prenons les faits les plus faciles à observer. Quand un point quelconque des téguments est exposé au froid, les vaisseaux se contractent, la peau pâlit et se refroidit (réserve faite des cas où l'action du froid produit une paralysie immédiate des vaisseaux et leur distension). Les phénomènes sont inverses quand la peau est exposée à la chaleur; la circulation cutanée devient plus active et la rougeur apparaît. L'effet en est facile à concevoir: l'anémie cutanée diminue la déperdition de calorique, empêche le refroidissement du sang et par conséquent des centres; la congestion cutanée, au contraire, augmente la déperdition et abaisse la température du sang.

Le cycle circulatoire tend en effet à maintenir l'équilibre thermique entre le centre et la périphérie : a priori le centre, perdant moins de chaleur, doit être plus chaud ; la circulation conduit le sang chaud du centre à la surface, et le sang froid de la surface au centre. A l'état normal, il en résulte un rapport à peu près constant entre la température des centres et celle des régions protégées de la périphérie, comme Faisselle ; mais ce rapport est très variable pour les autres régions des téguments qui sont soumises à des perturbations extrinsèques continuelles (1).

D'une façon générale, le sang qui revient de la périphérie est moins chaud que celui qui y va.

Les premiers expérimentateurs qui avaient seulement exploré les vaisseaux superficiels avaient généralisé cette donnée (Haller, Crawford, John Davy). Becquerel avait trouvé le sang de la veine cave supérieure plus froid que l'aorte; Kremer, Scudamore avaient observé dans la veine jugulaire une température inférieure h celle de l'artère temporale. Cl. Bernard montra que le fait est exact pour tout le domaine de la veine cave supérieure, exact aussi pour toute la partie de la veine cave inférieure qui est située au-dessous de l'abouchement des reines rénales; mais au-dessus de ce point le rapport change : le sang de la veine rénale est plus chaud que celui de l'artère de 0,02 à 0,03. Le sang de la veine cave et de la

(1) Les vêtements chez l'homme, les poils ou les plumes chez les animaux diminuent la déperdition cutanée; un lapin rasé a une température inférieure à la normale, malgré la lutte de son organisme qui réagit par une alimentation plus abondante.

Une couche de vernis sur toute la peau du lapin produit un abaissement très rapide de la température; de 39°,6 à 22°,8 en vingt-quatre beures (Ch. Richet).

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