ROLE DE LA CIRCULATION DANS LA TEMPÉRATURE
veine sus-hépatique devient plus chaud que celui de l'aorte et de la veine porte (de 0,02 à 0,04) (').
On peut ajouter que le sang veineux du bassin est plus chaud que celui de l'aorte, que le sang veineux du cerveau est plus chaud que celui de la carotide. En somme, quand le sang veineux est moins chaud que l'artériel, il le doit à la déperdition cutanée (ou intestinale, pourJa veine porte) ;' c'est ainsi qu'en couvrant de ouate la tête d'un chien, Cl. Bernard a vu la température du sang de la veine jugulaire égaler celle de la carotide.
Le sang est donc normalement distributeur de la chaleur. La circulation est un agent actif et rapide d'équilibre. Nous avons vu l'influence immédiate du froid sur le tégument; c'est qu'en effet l'homme lutte mieux contre le froid que contre le chaud; contre le premier, il suffit d'un réflexe périphérique immédiat : le spasme vasculaire, qui en diminuant la déperdition, augmente la chaleur; contre le chaud, l'organisme dispose de la dilatation vasculaire, mais celle-ci n'est pas immédiate, elle ne survient que lorsque le centre est échauffé par l'apport du sang de la périphérie ; c'est un réflexe tardif.
La température de chaque région est étroitement unie à l'activité de sa circulation; quand la circulation périphérique languit, la température cutanée s'abaisse ; c'est ainsi que la ligature, la compression, le spasme des artères produisent le refroidissement des parties correspondantes; c'est pour la même raison que la température périphérique peut rester en partie indépendante de la température centrale; dans les maladies du cœur non compensées, par exemple, la peau peut paraître plus froide que la normale, alors que la température profonde est fébrile (Bouchard) ; de même quand le collapsus cardiaque, dans les maladies infectieuses, rend la circulation cutanée insuffisante. Mais, en général, toute diminution de la circulation périphérique tend à élever la température centrale en diminuant la déperdition cutanée; c'est ainsi qu'agit l'électrisation du sympathique, qui donne une élévation de température centrale de 0,2 à 0,5 dans la veine cave inférieure et la veine porte.
C'est la vigilance du système nerveux qui assure le fonctionnement de ces moyens; quelques exemples montreront avec quelle rapidité. Chez le lapin, d'après W. Bosenthal, k toute élévation de la température cutanée correspond presque immédiatement un abaissement de la température centrale, et inversement, à un abaissement de la température périphérique correspond une élévation de la température centrale. De même, quand on prend un lapin par les oreilles, on produit, par réflexe, une dilatation des vaisseaux de l'oreille, et peu de temps après, un abaissement de la température centrale de quelques dixièmes de degré.
(*) D'Arsonval et Charrin ont pu confirmer, sur l'animal rendu fébricitant par l'infection expérimentale, ces différences de température, mais avec une certaine exagération. C'est ainsi que le thermomètre marquant 41°, 1 à 41°,4 dans le rectum, ils ont constaté dans le foie le chiffre de 42 degrés; la température est moins élevée, par ordre décroissant dans la rate, le cœur, les reins, la moelle des os, le cerveau, les poumons, les muscles, la peau.
[L. GUINON.]
DE LA FIÈVRE
Si l'on plonge un chien dans un bain à 15 ou 20 degrés et qu'on l'expose ensuite à l'air, sa température rectale s'élève tant que dure l'évaporation ; quand le poil est sec, la température rectale revient à la normale (Hoppe). On peut expliquer ces faits par le trouble brusque que subit la circulation ; cependant Ch. Richet pense que l'élévation de la température centrale est le résultat d'une augmentation dans la production de chaleur.
On peut observer les mêmes faits chez l'homme soumis à l'hydrothérapie; Jûrgensen, Hoppe, Béclard, ont vu l'application courte et brusque de l'eau froide élever la température centrale. On sait que le bain froid provoque chez le fébricitant un frisson qu'on appelle primitif : au début de la fièvre typhoïde, on observe souvent à ce moment une élévation de la température rectale qui passe de 40°, 4 à 41°, 2 en trois minutes (Bouveret et Tripier) et qui est due principalement à l'arrêt de la déperdition cutanée. Cet échauffement des centres produit un effort de déperdition, qui se manifeste par ce qu'on appelle la réaction cutanée, c'est-à-dire par l'augmentation de la radiation. Cette réaction n'est donc pas une simple paralysie des vaso-constricteurs, c'est un phénomène actif provenant de l'action nerveuse centrale. Le frisson était un phénomène réflexe; la réaction est un acte automatique central ; elle résulte de l'élévation de la température profonde (Roland).
Cette réaction, d'ailleurs très variable, conduit nécessairement à un refroidissement, quelquefois même à l'hypothermie ; c'est ce qui arrive si l'on prolonge le bain. L'excitabilité centrale épuisée n'augmente plus la calorification ; alors survient le frisson secondaire ou central-, à ce moment, la résistance de l'organisme au refroidissement est vaincue.
Tels sont les effets de la régulation vasomotrice; elle est rapide et précise. Quand elle doit lutter contre des conditions de température excessive, l'effort peut devenir paradoxal, il dépasse le but et aboutit à des résultats nuisibles; c'est ainsi que le spasme ischémique résultant d'un froid excessif, et destiné à diminuer la déperdition, aboutit à la congélation. De même la dilatation vasculaire des téguments, destinée à augmenter la déperdition, devient elle-même une cause d' échauffement quand la température extérieure est plus élevée que celle du sang; là encore l'effort est paradoxal. C'est alors, il est vrai, qu'apparaît la sudation : si elle se fait bien, dans un air sec, le refroidissement s'accomplit; mais si l'air est saturé d'humidité, l'évaporation ne pouvant se faire, la calorification augmente, l'organisme est vaincu et la température du corps s'élève (Bouchard).
La régulation vasculaire ne se borne pas, d'ailleurs, à la peau. Vulpian admet en effet qu'elle peut modérer ou augmenter la quantité de sang qui traverse les poumons, et de cette façon régler l'intensité des actes physico-chimiques qui se passent dans le poumon, ceux-ci étant proportionnels à l'abondance de l'irrigation.
Inversement, un échauffement de l'air inspiré, sans échauffement de la peau (ce qu'on peut obtenir en faisant respirer un homme à travers un