ROLE DE LA MOELLE. — HÉMORRAGIES EXPÉRIMENTALES
Les antécédents alcooliques de ces malades permettent de penser qu'il existait dans ces troncs de véritables modifications anatomiques, de véritables inflammations, inflammations qui ne sont pas rares chez les tabétiques; or, chez ces sujets, les hémorragies cutanées ne sont pas chose exceptionnelle.
Ces sortes d'éruptions sanguines, d'après Straus, se montrent chez certains ataxiques, sur la peau des membres, à la suite des grandes crises douloureuses, fulgurantes, le plus souvent à l'instant où ces crises s'apaisent ; ces taches sont indolores tant spontanément qu'à la pression ; leur forme, leur nombre sont variables; leur étendue, leur coloration ou plutôt l'intensité de leur coloration sont habituellement proportionnelles à la violence des souffrances; elles occupent le membre siège de ces souffrances; toutefois, au lieu de se développer exactement au niveau des points où les douleurs sont les plus considérables, elles apparaissent -en amont, dans des territoires plus rapprochés du pli de l'aine.
Dans le tabès, surtout à la suite des récents progrès de l'histologie pathologique, les changements anatomiques portent sur la périphérie et sur les centres; on ne conteste plus aujourd'hui la réalité des modifications névritiques, modifications que caractérise avant tout la dégénérescence granuleuse de la myéline ; la discussion se poursuit relativement à la genèse de ces altérations, à leur mode de début comparativement aux lésions des cordons ou des racines postérieurs.
On pourrait donc à la rigueur soutenir qu'il s'agit d'une intervention soit de la moelle, soit des filets terminaux, peut-être de l'une et des autres; les hémorragies qui se développent au cours des névrites, des névralgies prouvent la possibilité de l'influence des rameaux nerveux; d'autre part des accidents analogues enregistrés au cours des myélites transverses, su cours des processus de tuberculose ou de cancer du rachis, etc., démontrent le rôle de l'organe médullaire.
En se basant sur quelques symptômes offerts par les malades, on a pensé que ces foyers sanguins, supposés d'origine nerveuse, étaient de nature infectieuse; il s'agirait là d'infections portant leur effort sur le névraxe ou ses branches. D'ailleurs, soit en inoculant des microbes, soit en injectant des toxines, on a réussi à obtenir des lésions centrales ou périphériques.
Assurément, la chose est réalisable; d'un côté, des bactéries sont capables d'impressionner le système cérébro-spinal; d'un autre côté, parmi les microbes il en est qui sont hémorragipares ; personne n'est en droit de contester ces affirmations, d'autant plus que les parasites, grâce à leur action sur les centres, engendrent fréquemment des lésions symétriques.
En revanche, on ne saurait nier, à la suite des travaux de Brown- Séquard, de Charcot, d'Ollivier, de Vulpian, de Baréty, etc., que des altérations intéressant les hémisphères, les noyaux cérébraux, la protubérance, le pont de Yarole, etc., ne soient propres à faire apparaître des