APERÇU HISTORIQUE
L'existence de caillots prenant naissance pendant la vie dans le système circulatoire, et la notion des accidents mortels qu'ils peuvent produire, ont préoccupé, ou plutôt ont frappé les médecins dès les temps les plus reculés. Aussi, si Ton veut se contenter de notes éparses, de phrases incidentes, et qui n'ont acquis tout leur intérêt que depuis que Yirchow a établi la doctrine de l'embolie, on peut, avec Colin, faire remonter jusqu'à Galien l'histoire de la question qui nous occupe. Puis, indiquant au passage le nom de Yésale, on arriverait à des temps plus réellement historiques, avec Bonnet, dont le Sepulchretum contient des relations d'autopsies déjà très intéressantes en ce qui regarde les caillots intravasculaires. Certaines phrases, aussi, des Commentaires de van Swietem
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. — III. 2e p. 21
[A. MAYOR
THROMBOSE ET EMBOLIE.
indiquent les premiers linéaments cle la doctrine de la thrombose et de l'embolie; l'expérimentation sur les animaux commence à être utilisée. Toutefois l'opinion de Morgagni, lequel n'admettait pas que le sang pût se coaguler dans les vaisseaux vivants, enraya longtemps les investigations. Cette manière de voir ne pouvait cependant prévaloir contre l'observation; la réalité du dépôt des caillots fibrineux à la surface interne des vaisseaux finit par s'imposer; mais, avec limiter, on les considérait comme des exsudats de lymphe plastique, analogues à ceux qui accompagnaient l'inflammation des séreuses.
C'est à la lumière des travaux de physiologie expérimentale du commencement de notre siècle, que prend corps cette idée du transport de matériaux solides jusqu'aux extrémités de l'arbre circulatoire, que ces matériaux soient des caillots de thrombose, qu'ils soient au contraire les éléments constituants du pus. Ce sont là en effet les deux possibles qui se sont présentés à l'esprit des observateurs : ce qui les a amenés à expérimenter tantôt avec des corps solides, tantôt avec du pus injecté dans les vaisseaux. Ces travaux sont encore limités, isolés pour ainsi dire; certains d'entre eux donnent cependant, en quelques mots, des fragments détachés de la doctrine qui contribuera à illustrer Virchow : telles les publications d'Alibert ( '1828), celles de Victor François sur la gangrène spontanée ('), puis le travail deTiedemann (1845). Viennent ensuite les études de liasse, de Durand-Fardel (Sur le ramollissement cérébral), quelques observations isolées d'oblitérations artérielles dans le cours d'affections cardiaques (Pioch, Gaz. mécL de Paris, 1847, Legroux), une phrase de Rouillant!, dans son Traité sur les maladies du cœur. Quant à ce qui est de l'infection purulente, l'origine des abcès métastatiques par transport des globules de pus, indiquée par Darcet, avait été soutenue par Sédillot (1842 à 1845) qui attribuait déjà la formation de ces collections aux qualités septiques du pus. Tout cela, indications les unes très superficielles, les autres s'adressant à des cas très spéciaux, et incapables, par conséquent, de faire entrer dans la science une doctrine nouvelle.
C'est à Virchow, dont les premiers travaux parurent en 1846, que revient le mérite d'avoir, en utilisant ces documents anciens et ses propres observations, en les corroborant par l'expérimentation, établi définitivement la réalité de l'embolie et étudié complètement la formation des caillots dans les vaisseaux ainsi que leurs migrations. Adoptant le terme de thrombus, déjà usité depuis longtemps, il lui donna une signification plus précise, cherchant à le faire réserver aux caillots nés dans les vaisseaux pendant la vie. Puis il dénomma embolie (de ejjigàXXetv), le phénomène caractérisé par la mobilisation de fragments de thrombus, et par leur projection vers le cœur ou dans un rameau du système circulatoire. Tandis que, pour Cruveilhier, la phlébite était le phénomène initial de tout dépôt fibrineux intraveineux, Virchow voulut renverser les
(*) Cite par Cohx, Klinik der embolischen Gefâsskrankheiten. Berlin, 1860, p. 10.