CARACTÈRES ANATOMIQUES ET MODE DE FORMATION DU TIIROMBUS
dans le plus grand nombre des cas, ce caillot blanc, augmentant graduellement de volume par l'adjonction de couches nouvelles apportées par le sang en mouvement, ne tarde pas à entraver considérablement la circulation. Les couches récentes sont dès lors plus colorées; puis le courant sanguin s'arrête totalement, et il se forme un caillot par stase. Seulement, comme nous le savons, la tendance naturelle du caillot passif est de se rétracter en expulsant son sérum. Aussi, après quelque temps, la masse cruorique s'est-elle amincie; la circulation se rétablit; une nouvelle couche, moins colorée, vient se déposer sur celle qui a reconnu comme cause la stase sanguine; et ainsi se trouvent formés ces caillots veinés, composés alternativement de zones foncées et de zones claires, que nous rencontrons de beaucoup le plus fréquemment dans les vaisseaux (caillots mixtes) .
Les thrombus nés dans le sang en circulation, les caillots mixtes surtout, sont ceux qui présentent si fréquemment ces inégalités de surface étudiées par Zahn et dont je parlais tout à l'heure. Ces fines ondulations transversales par rapport à la direction du vaisseau, parallèles entre elles le plus souvent, ou réunies par de petites rides obliques ou longitudinales, ces fines ondulations, dis-je, ne seraient, suivant lui, que le résultat d'un phénomène physique, bien étudié par C. de Candolle, et auquel est due la production des petites vagues qui se dessinent sur le sable au bord de la mer ou le long des rivières. Lorsqu'une matière demi-liquide, visqueuse, se trouve recouverte par une couche liquide animée d'un mouvement de translation, la force de ce mouvement détermine à la surface même de la masse sous-jaccnte l'apparition d'un système de plis très fins, disposés parallèlement ou sous forme de réseaux. Dans le caillot en formation, substance visqueuse par excellence, on conçoit que les conditions favorables à la réalisation du phénomène soient réunies. Selon Aschoff, les sommets des petites rides indiquées par Zahn correspondraient aux extrémités des branches, ou lames, de son caillot coralliforme primitif. En y réfléchissant, on reconnaît que cette manière de voir n'est pas incompatible avec l'explication de Zahn, les hématoblastes étant le premier matériel de dépôt, et subissant, dès après leur conglutination, l'influence du cours du sang. Le caillot qui se forme ultérieurement sur cette première base conserve nécessairement le relief de cette assise inférieure.
Ce travail de coagulation établi, que va-t-il se passer?
Lorsqu'il s'agit d'une ligature, d'une interruption absolue du courant sanguin, le caillot de stase remplira le cul-de-sac où stagnait le sang. Puis il se prolongera en amont jusqu'à la première collatérale. En aval du point lié, au contraire, le vaisseau est vide dans la majorité des cas, ou bien il ne renferme qu'un très mince filament cruorique, qui s'étend jusqu'à l'orifice d'abouchement de la première anastomose capable de ramener le sang dans le vaisseau. Les mêmes lésions pourront se ren-
\A. MAYOR
THROMBOSE ET EMBOLIE.
contrer, à peu de choses près, lorsqu'un thrombus, développé petit à petit, aura fini par oblitérer entièrement une artère ou une veine.
Mais dans la majorité des cas, et lorsque la thrombose s'établit graduellement dans un vaisseau où le sang continue à circuler, les choses marchent de façon différente. Le caillot formé au point de dépôt originel, le caillot autochtone de Virchow, se prolonge peu à peu par adjonction de nouvelles couches fibrine uses. Il s'accroit en longueur, en même temps qu'il s'épaissit. Du côté où il reçoit le sang, cet accroissement, comme tout à l'heure, s'arrête dans la règle à la première collatérale. Mais ici les exceptions sont fréquentes. Dans la phlegmatia des femmes en couches, par exemple, on voit ce caillot, né dans les sinus utérins et propagé jusqu'à l'iliaque primitive, rétrograder dans la fémorale jusqu'aux origines mêmes de cette veine. À l'opposé, dans le bout central du vaisseau, il rencontre des circonstances infiniment plus favorables à sa constitution. Car ici la circulation est moins vive, gênée qu'elle est déjà par le caillot lui-même; il se produit comme une sorte de remous, de stase relative; aussi est-ce dans cette direction surtout que des couches successives s'ajoutent, donnant naissance au caillot prolongé de Virchow.
Dans les veines privées de valvules, selon Uhle et Wagner, le caillot prend généralement une extension plus grande que dans celles qui en sont pourvues. Tel est le cas, par exemple, pour les plexus de la vessie et du rectum, pour les sinus de l'utérus ou de la dure-mère, pour les veines du cou et des os. Cette loi cependant n'a rien d'absolu. Car, même dans les veines des membres, le caillot qui s'est avancé jusqu'à la première collatérale capable de rapporter une quantité de sang suffisante au rétablissement de la circulation, peut fort bien passer outre et, progressant peu à peu, finir par atteindre le tronc veineux principal où vient se jeter la branche qu'il occupe. Le plus souvent, nous l'avons dit, il se borne alors à faire une saillie plus ou moins considérable dans ce tronc collecteur. Les expériences de Cornil, puis celles de Duplay et Lamy qui nous montrent la thrombose artérielle a la suite de ligature, moins importante, plus rapidement résorbée, lorsque l'opération est absolument aseptique, que lorsqu'il intervient un léger degré d'infection, nous ouvrent quelques horizons sur les raisons possibles de ces variations dans l'accroissement du caillot.
Notons dès maintenant que le caillot prolongé est moins adhérent que l'autochtone; que, de moins en moins solide à mesure qu'il est plus jeune, nulle part ses points d'attache ne sont plus médiocres qu'au niveau de cette extrémité poussée dans une voie collectrice large, où elle est balayée constamment par un courant relativement violent, et dont l'énergie varie énormément selon les diverses conditions d'activité des organes dont la veine collectrice ramène le sang; toutes conditions éminemment favorables à la production d'une rupture.
(') Duplay cl Lamy, Cicatrisation des artères à la suite de leur ligature dans la continuité. Arch. gén. de méd., nov. 1897.
ÉVOLUTION DU THROMBUS.
Tel est le mode de formation et l'aspect des caillots dans les vaisseaux. Ils offrent donc forcément la figure d'un cylindre ou d'un demi-cylindre plus ou moins régulier, plus ou moins noueux, figure commandée par la forme des vases, par la direction du courant et que modifie quelquefois l'arrivée, par le travers, d'un flot provenant d'une collatérale importante. En pareilles circonstances, Virchow l'a signalé, on voit le caillot se creuser d'un sillon en spirale dans lequel court le sang apporté par le vaisseau tributaire.
On conçoit que, dans les cavités cardiaques, la disposition de ces coagulations ne soit plus la même. Sur les valvules, au niveau des inégalités dues. à l'endocardite, ce sera sous l'aspect de houppes, de végétations, que se déposera la fibrine. Mais entre les piliers, il se formera des couches lamellaires, tandis que dans les recoins, au niveau de la pointe du cœur par exemple, ou dans les auricules et les oreillettes, le thrombus prendra la forme plus ou moins globuleuse, la forme type du polype du cœur.