ACTION DE LA NUTRITION SUR LA RÉGULATION THERMIQUE
étroitement unies; la nutrition intime des tissus est la véritable source de la chaleur animale.
Cette notion date de Lavoisier.
Avant lui, tout n'était qu'hypothèse et confusion. Sans parler de la « chaleur innée » qu'Aristote et Galien croyaient dégagée du cœur, ni de cette « force » que limiter localisait dans l'estomac, il suffit de rappeler que les iatromécaniciens, parmi lesquels G. Martin (1751) et Haller (1760) attribuaient la chaleur au frottement du sang contre les parois des vaisseaux.
Avec Van llelmont, Fr. Sylvius, apparaît le premier effort digne d'être signalé : la chaleur résulte de l'effervescence produite par le contact de certaines substances dans l'organisme. Avec Stevenson, Hamberger (1748), on commence à concevoir qu'il existe dans les tissus des échanges, des transformations, que ce dernier compare à la combustion des matières végétales. J. Mayow (1764) entrevoit le mécanisme de la respiration : un élément de l'air se mêle au sang veineux et le transforme en sang rutilant et, par la fermentation qu'il détermine, produit la chaleur. Ce n'étaient là que des hypothèses sans aucune tentative de démonstration ; mais Boyle découvre l'acide carbonique, Priestley isole l'oxygène et montre son action sur le sang (1772); Lavoisier, dès lors, peut montrer l'étroite union de l'oxygénation du sang et de la production de chaleur; il en pose les lois.
Jl identifie la respiration avec la combustion; il mesure avec La place. lai quantité de carbone brûlée par un animal dans un temps donné, la quantité d'oxygène convertie en acide carbonique, et la quantité de chaleur dégagée par cette combustion; il cherche à prouver que cette source de chaleur est suffisante pour maintenir l'animal à une température constante, malgré les pertes incessantes de la surface (Gavarret).
Enfin, en 1789, il établit les rapports qui unissent la respiration, Fa transpiration, la digestion et la chaleur animale.
Dans sa conception première, l'hypothèse de Lavoisier était trop simpliste ; elle laissait indéterminé le siège de la production de chaleur ; elle ne tenait pas compte, comme le montrèrent plus tard Regnault et Reiset, Chevreul, Berthelot, de la nature et des conditions de la combustion. « 11 ne s'agit pas de carbone et . d'oxygène libres, mais de combinaisons très complexes, dont les dédoublements échappent à toute appréciation, un même corps, suivant son origine, pouvant donner lieu à des absorptions ou à des dégagements de calorique variables. » (Berthelot). La nutrition est infiniment plus complexe, et le terme de combustion s'applique bien imparfaitement à la longue série de réactions dont l'aboutissant est la formation de substances qui se fixeront dans les tissus ou seront éliminées, les unes par l'urine ou le foie (matières azotées incomplètement oxygénées), les autres par le poumon (azote, acide carbonique, eau).
La production de chaleur qui résulte de ces opérations multiples ne s«i t'ait pas dans le poumon, mais dans l'intimité des tissus. Lagrange l'avait
[L. GUINONi.
DE LA FIÈVRE
soupçonné; Spallanzani et W. Edwards le prouvèrent, en montrant qu'un animal peut produire de l'acide carbonique, alors qu'on lui a supprimé l'arrivée de l'oxygène, Stevens et Hoffmann, Magnus, en extrayant l'acide carbonique du sang veineux (Gavarret).
L'acide carbonique n'augmente ni dans les artères, ni dans les veines, mais apparaît dans les capillaires, c'est-à-dire au contact des tissus; le sang reçoit ou livre la chaleur, il ne la fait pas. S'il était besoin d'une preuve, il suffirait de remarquer que les organes sont plus chauds que le sang qui s'y rend, le cerveau plus chaud de 1 degré que celui de l'aorte; les viscères abdominaux, le rectum plus chauds que l'artère mésentérique de 0°,58 à 0°,85 (Heidenhain et Kôrner) ; la salive plus chaude que le sang des carotides (Ludwig); la bile plus chaude que les vaisseaux du foie (Bernard) ; le myocarde plus chaud que le sang du cœur (Heidenhain et Korner). De même les organes à activité vitale plus grande ont une température plus élevée que les autres (Jacobson et Leyden).
La chaleur se produit partout où il y a nutrition, partout où il y a fonction-, c'est à ce titre que la digestion, la contraction musculaire, l'activité psychique et d'autres fonctions que nous retrouverons à propos de la fièvre, tendent à élever la température du corps.
Le muscle surtout est une importante source de chaleur dans la vie normale. Même au repos, il est le siège de combustions énergiques : le sang veineux sortant du muscle contient trois fois plus d'acide carbonique que le sang artériel, et moins de glycogène; il est plus chaud (Rohrig et Ziïntz, Riegel, Adamkiewicz, Manassein). A plus forte raison, la contraction musculaire, en activant les échanges, doit-elle élever la température du muscle et celle du sang qui le traverse. Dutrochet et Helmoltz, Becquerel et Breschet, Davy, Povel, Gresswell, Jùrgensen, Bouchard, ont vu la température centrale s'élever sous l'influence de l'exercice physique. On peut donc admettre, étant donnée la place énorme qu'occupe le système musculaire dans l'organisme (60 pour 100 du poids du corps), que la chaleur produite par le muscle est une source importante de la chaleur animale ,
En terminant, il est bon de remarquer que les échanges intra-organiques peuvent aussi produire du froid; la réduction de l'hémoglobine dans les tissus cause un refroidissement qui correspond à réchauffement produit par l'oxydation dans les poumons.
De ce qui précède on peut conclure que, à tout changement dans la production de chaleur correspond un changement dans la nutrition ; or, nous avons vu que les variations de la température extérieure entraînent des variations correspondantes dans la calorification ; nécessairement la nutrition varie comme cette dernière. On peut en juger en évaluant certains éléments de la nutrition comme l'excrétion d'urée, ou de la respiration comme l'intensité de la ventilation pulmonaire, l'absorption