ACTION DE LA NUTRITION SUR LA RÉGULATION THERMIQUE
d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique dans un temps donné, et autres valeurs qui ont été utilisées par MM. A. Robinet Binet (*).
On s'accorde généralement (Senator excepté) à reconnaître que l'exhalation d'acide carbonique croît à mesure que la température extérieure s'abaisse (Smith, Pettenkofer et Voit, Page). Toutefois la progression n'est pas régulière, car, d'après Pettenkofer et Voit, l'exhalation d'acide carbonique aurait son minimum vers 14 degrés; d'après Page, vers 25 degrés (pour le chien) ; Frédéricq admet qu'entre 14 degrés et 20 degrés la température extérieure n'influe pas sur la consommation d'oxygène ; ce sont là des faits encore mal expliqués (2). Il faut d'ailleurs tenir compte dans les expériences de l'heure à laquelle elles ont lieu; l'activité des échanges varie en effet avec les heures de la journée; elle augmente, d'après Robin et Binet, de 8 heures du matin à 5 heures du soir et diminue de 5 heures du soir à 8 heures du matin, oscillant par conséquent, à peu près exactement comme la température quotidienne.
Winternitz et Gildemeister, ïïanriot et Richet, Robin et Binet ont constaté, sous l'influence du bain froid, une augmentation de la ventilation pulmonaire et de l'acide carbonique excrété, augmentation qui persiste après cessation du bain, car la calorifîcation doit continuer pour combattre la puissance des effets réfrigérants du bain (3). Autant de faits qui
(') Voici, d'après MM. A. Robin et M. Binet, quels sont les différents éléments d'évaluation du ehimisme respiratoire : la ventilation pulmonaire, c'est-à-dire la quantité d'air expiré; la proportion de CO2 et de 02 dans l'air expiré ; le quotient respiratoire CO2 : 02 ; le coefficient d'oxydation qui indique la proportion d'oxygène combiné avec le carbone clans CO2; le coefficient d'absorption qui exprime la proportion d'oxygène utilisé par les tissus pour les différentsactes de la nutrition dont le terme final n'est pas l'acide carbonique. Pour que ces données soient comparables, il faut adopter une unité de temps, l'heure pour quelques au'eurs, ou minute (Robin et Binet) et rapporter tout à un kilogramme de poids du corps. L'unité est donc dans ce cas le kilogramme-minute. Voici un exemple de ces différentes valeurs : Un homme expire 280 centimètres cubes de CO2 à la minute et il absorbe 550 centimètres cubes d'oxygène; f|£ — 0,80, quotient respiratoire.
Des 550 centimètres cubes d'oxygène, 280 ont agi comme facteur d'oxydation du carbone dans CO2. Ce chiffre comparé avec le chiffre total donne également 0,80, coefficient d'oxydation.
Le reste d'oxygène, 550 — 280 = 70 centimètres est employé à d'autres usages, il est absorbe. Son rapport avec l'oxygène total est ~~ = 0,20 = coefficient d'absorption.
(?) Pettenkofer et Voit [Zeitschr. fur Bio!., t. XIV, p. 57) donnent pour un homme de 71 kilogrammes les chiffres suivants :
Température CO2 Az ext. en 2 heures, de l'urine.
lti 158 1
Barrai (Annales de chimie et phys., 5° série, t. XXV) a constaté qu'un homme de 47 kilogrammes consomme en une heure :
à 0°,5i 11^,225 d'oxygène.
(3) Les lapins consomment environ 670 centimètres cubes d'oxygène par heure et par kilogramme à la température de -f- 15°; en aspergeant un de ces animaux avec de l'eau froide,
[L GUINON.]
DE LA FIÈVRE
montrent le rôle actif de la nutrition dans la lutte contre les perturbations thermiques extérieures.
Régulation périphérique et régulation centrale. — Toutes les fonctions que nous venons d'étudier sont intimement unies et réglées de façon à maintenir automatiquement l'organisme à une température moyenne dont les oscillations ne dépassent pas un degré en vingt-quatre heures.
« Notre corps est un thermostat, dit M. Bouchard, moins rigoureux, mais autrement sensible et compliqué que les thermostats réalisés par notre industrie. Comme chez eux, l'élévation de la température intérieure modère la combustion qui produit réchauffement ; comme chez eux, l'abaissement de la température intérieure active le foyer. Mais, chose que ne font pas nos thermostats, notre corps, quand il s'échauffe (s'il ne modère pas la source de chaleur), augmente la déperdition de calorique; et quand il se refroidit, il restreint cette déperdition, en même temps qu'il active la combustion. Bien plus, cette action modératrice sur la recette et la dépense de calorique, il l'exerce, non seulement quand il s'est échauffé ou refroidi, mais avant d'avoir subi la moindre déviation de sa température, alors qu'il en est seulement menacé, au moment où les changements de température extérieure tendent à échauffer ou refroidir l'organisme.
« La thermo-régulation est donc, en quelque sorte, à la fois préventive et curative.
« Les perturbations de température de l'air extérieur donnent à nos extrémités nerveuses cutanées des sensations qui provoquent inconsciemment des réflexes de défense. Parmi ces réflexes, les uns restreignent ou activent les actes chimiques intérieurs, producteurs de calorique, les autres mettent en jeu ou réfrènent les appareils déperditeurs.
« Le froid extérieur, même modéré, augmente la production d'acide carbonique et la formation d'urée; un froid un peu plus vif provoque le frisson avec trémulation musculaire; l'activité plus grande de la destruction de la matière dans les cellules et la contraction musculaire augmentent la thermogenèse. D'autre part, le froid extérieur provoque la contraction des vaisseaux cutanés qui empêche le sang de se refroidir à la peau; il supprime enfin l'évaporation cutanée, autre source de refroidissement.
« Voilà donc deux ordres de réflexes qui augmentent la thermogenèse et diminuent la déperdition.
« Qu'arrive-t-il au contraire siFair extérieur devient plus chaud (tout en restant au-dessous de la température du corps)? Les vaisseaux superficiels se dilatent, la respiration et la circulation s'accélèrent, la sudation s'établit, le sang vient ainsi plus largement se refroidir au contact de l'air
après avoir rasé une partie des poils, on exagère assez longtemps les phénomènes chimiques de la respiration: la consommation d'oxygène monte à 1000 centimètres cubes par heure.
RÉGULATION PÉRIPHÉRIQUE ET RÉGULATION CENTRALE.
extérieur, mais surtout il perd du calorique par l'évaporation pulmonaire et cutanée et cette perte suffit à empêcher réchauffement du corps. Ces réflexes, toutefois, deviennent insuffisants, si l'air extérieur est beaucoup plus chaud que le corps et humide. Alors en effet l'évaporation ne se produit plus ; bien au contraire, la dilatation vasculaire, l'activité respiratoire et circulatoire ne peuvent qu'accélérer réchauffement du sang. La lutte contre la chaleur est devenue paradoxale.
« Les réflexes nous protègent donc infiniment mieux contre le froid extérieur que contre le chaud extérieur. »
Ce sont bien les mêmes fonctions qui nous protègent contre le froid intérieur et le chaud intérieur, mais le mécanisme de régulation n'est pas le même, car c'est alors le système nerveux central qui intervient directement.
C'est lui qui agit pour lutter contre les températures de la lièvre.
Contre la sensation de froid du début de la fièvre, l'organisme réagit aussi par la contraction des vaisseaux cutanés et le tremblement qui sont les éléments du frisson; mais comme l'a montré Ch. Richet, il s'agit là d'une action centrale, que nous étudierons plus loin.
La chaleur intérieure aussi met en jeu les appareils par où se fait la déperdition du calorique; le cœur et la respiration s'accélèrent; la sudation aussi apparaît; mais elle n'a pas besoin de réflexe comme nous l'avons vu plus haut.
Les variations de température intérieure ou des centres nerveux nous défendent plus vite contre le chaud intérieur que contre le froid intérieur. Ainsi il faut un abaissement de température centrale de 3 degrés (Ch. Richet) pour provoquer le frisson réchauffant, tandis qu'il suffit d'une élévation de 0°,4 (Bouchard) pour amener la sudation réfrigérante.
Mais si cela est vrai quand il s'agit de lutter contre une source de chaleur physiologique, il n'en est plus de même pour certaines chaleurs fébriles; là, en effet, interviennent des poisons qui empêchent ou retardent la sudation et qui perturbent l'appareil régulateur.
De cette comparaison entre les deux systèmes de régulation thermique résultent les conclusions suivantes :
Le système nerveux périphérique se charge surtout de maintenir la température constante; le système central a surtout pour fonction de ramener le corps à la température constante quand elle a été modifiée dans un sens ou dans l'autre.
Le système périphérique est outillé surtout pour empêcher le corps de se refroidir; le système central agit dans les deux sens.
Le système périphérique agit immédiatement après la première menace; le système central agit seulement quand la menace est déjà réalisée.