DESTINÉE DU PUS
il cherche à fuser au dehors. Toujours, l'organisme cherche à se défendre et une zone réactionnelle considérable entoure l'abcès. Il s'établit une lutte entre le tissu conjonctivo-vasculaire d'une part et l'abcès de l'autre, ce dernier portant presque toujours en lui ses microbes pathogènes vivants et se multipliant.
Si les microbes sont actifs et que l'organisme se défende mal, le pus s'accroît d'heure en heure par la prolifération successive des germes pyogènes, l'apport incessant des leucocytes et la formation à la périphérie de nouveaux foyers nécrosiques. On dit alors que le pus fuse loin de l'abcès primitif.
Lorsque l'organisme est victorieux, la lésion se circonscrit, le pus s'enkyste et n'a plus qu'un but : se faire jour au dehors. L'organisme a donc édifié une barrière entre les tissus sains et l'abcès. Cette barrière s'appelle la membrane pyogénique; elle constitue le rempart contre l'invasion. C/est une espèce de membrane accidentelle, permettant les phénomènes d'osmose, résorbant continuellement les poisons nés dans l'abcès qui occasionneront les symptômes généraux de la suppuration, et déversant des liquides dans le sérum de l'abcès. Elle fournit aussi continuellement à l'abcès d'énormes quantités de globules blancs et en reprend un certain nombre. Au point de vue histologique, la membrane pyogénique est une jeune barrière connective, un tissu de granulation, résultat d'un travail hyperplasique excessif.
Le pus sera le plus souvent éliminé par le bistouri du chirurgien. Laissé à lui-même, il se fera jour au dehors malgré tous les obstacles, presque toujours vers la peau ou les muqueuses, parfois dans les cavités internes. L'anatomie et la physiologie nous rendent compte des trajets suivis par le pus pour se faire jour au dehors ; les raisons en sont multiples et ne peuvent être développées ici.
L'abcès est ouvert, le pus s'écoule. Une poche purulente peut fournir jusqu'à 500 grammes et plus de pus par vingt-quatre heures ; la membrane pyogénique est mise dans les conditions de la séreuse irritée de l'expérience de Cohnheim, elle est le siège d'une abondante diapédèse.
La cicatrisation s'effectuera progressivement par soudure des bourgeons charnus nés du fond de la poche, par adhérence des parois ; la poche s'obstrue ; le tissu cicatriciel se recouvre de couches épidermiques ; l'abcès est cicatrisé. Lorsque les délabrements de la suppuration auront été trop considérables, ou la suppuration trop prolongée, le tissu de cicatrice engendrera souvent des déformations, des rétractions, la cicatrisation sera vicieuse.
Telle est la destinée du pus.
Symptômes ou complications de la suppuration. — Pendant toutes les périodes de la suppuration, des symptômes généraux accompagnent le plus souvent la lésion locale. Il existe tous les intermédiaires entre le furoncle apyrétique, passant pour ainsi dire inaperçu, et le volumineux
DE L'INFLAMMATION
phlegmon douloureux se compliquant de fièvre, de frissons, de vomissements, de diarrhée, d'asthénie, de délire. La fièvre de la suppuration a une courbe un peu spéciale ; elle est élevée le soir et baisse considérablement le matin; le tracé thermométrique représente une série d'oscillations journalières en clochers de cathédrale et ne ressemble en rien aux tracés obtenus sur des typhiques, des pneumoniques, etc.
11 faut encore noter les accidents éloignés, tels que : dégénérescences amyloïdes et autres des viscères (foie, reins, etc.), qui compliquent les suppurations prolongées.
La leucocytose est intense pendant toute la durée de la suppuration.
Définition delà suppuration. — Nous définirons la suppuration : une inflammation circonscrite et suraiguë s' accompagnant de liquéfaction des tissus et de nécrose des éléments cellulaires de la région enflammée.
Histoire des travaux concernant la suppuration. — Nous ne reprendrons pas l'histoire des idées et des expériences qui ont trait à l'inflammation en général. La plupart des travaux anciens sur l'inflammation avaient surtout en vue les lésions suppuratives. Il était universellement admis que tout excitant, même mécanique, capable de produire Finflammation, pouvait faire naître la suppuration; celle-ci devait survenir toutes les fois que l'excitation était intense et de longue durée : en un mot, la suppuration n'avait rien de spécifique. Cette idée a été admise sans conteste jusqu'aux découvertes de ces vingt dernières années qui ont établi l'existence des microbes pyo gènes. Lorsque les cellules diapédésées étaient en trop grand nombre dans un foyer, la mort frappait la plupart d'entre elles par le simple fait de leur abondance, le pus était constitué.
La question de l'origine du pus a suscité les mêmes controverses que celle de l'origine des globules blancs inflammatoires. Nous laisserons complètement de côté les discussions antérieures à la connaissance de la composition histologique du pus. Pour Rokitansky, Vogel, Robin, le globule purulent se formait de toutes pièces dans un exsudât amorphe. Lexsudat provenait directement du plasma sanguin, les cellules y naissaient par génération spontanée ; l'abondance de cette production cellulaire entraînait la mort d'un grand nombre d'éléments, la suppuration en était la conséquence. Des expériences appuyaient cette théorie; Lebert avait étudié sur lui-même la sérosité du vésicatoire, Legros et Onimus avaient opéré sur des animaux. On prenait de la sérosité de vésicatoire, on l'enfermait dans une vessie de baudruche et on déposait celle-ci dans une plaie humaine ou dans le péritoine d'un lapin; la sérosité se remplissait d'éléments cellulaires. Lortet a réfuté les conclusions tirées de ces expériences en montrant que les cellules viennent du dehors et pénètrent dans la vessie à l'aide de leurs mouvements amiboïdes. Nous ne nous attarderons pas à discuter cette théorie du blastème qui repose sur la génération spontanée des cellules et que personne ne défend plus aujourd'hui.
HISTOIRE DE LA SUPPURATION
C'est Virchow, dont nous avons déjà résumé les travaux et rappelé l'axiome : Omnis cellula e cellula, qui imposa la doctrine de la formation du pus par prolifération des cellules déjà existantes. Le pus résulte alors de la multiplication des cellules fixes des tissus et de la dissolution de la substance intercellulaire, la mort venant frapper un grand nombre de cellules nouvellement formées. La théorie de Virchow, sur te rôle des cellules fixes dans la formation des globules purulents, a été un moment rejetée dans l'oubli par celle de Cohnheim; aujourd'hui, on est d'accord pour lui reconnaître une part de vérité ; les cellules fixes jouent leur rôle dans la genèse des cellules purulentes ; elles n'en sont pas la seule origine.
Cohnheim, avec sa fameuse expérience et sa théorie rapidement classique de la diapédèse, devait momentanément renverser la doctrine de Virchow et expliquer l'existence des corpuscules cellulaires dans le pus par l'exode des globules blancs du sang; pour lui, le corpuscule purulent n'était autre qu'une cellule mobile, amiboïde, frappée de mort; les cellules fixes ne prenaient aucune part au phénomène. Nous avons déjà longuement expliqué et discuté l'expérience et les idées de Cohnheim {page 449).
Augustin Waller, en 1846, vingt ans avant Cohnheim, avait déjà vu le passage des globules blancs à travers les capillaires de la langue de la grenouille et signalé l'identité des globules du pus avec ceux du mucus et des globules blancs du sang. Mais ces travaux étaient oubliés en 1867, lorsque Cohnheim institua la théorie de la diapédèse. A Cohnheim revient certainement le grand honneui d'avoir montré l'origine de l'immense majorité des globules du pus; il eut, comme Virchow, le tort d'être trop exclusif et de ne pas voir le rôle des cellules fixes dans la formation du pus. Chacun d'eux avait vu une part de vérité, celle de Cohnheim étant la principale.
Les noms des observateurs modernes qui ont approfondi l'étude histologique du pus reviendront sous la plume de Letulle, à propos de l'anatomie pathologique de l'inflammation.
Nous nous intéressons plus spécialement aux questions d'étiologie, de pathologie, de physiologie pathologique ; le nombre des travaux parus sur ce sujet, depuis quinze ans, est tellement considérable que nous serons obligé de nous en tenir aux plus saillants.
Nous l'avons dit, la suppuration était considérée, il y a quelques années à peine, comme une terminaison naturelle de toute inflammation un peu intense; la suppuration était même recherchée par le chirurgien, c'était la suppuration de bonne nature opposée aux suppurations compliquées, putrides, etc. de mauvaise nature. La spécificité de la suppuration s'est peu à peu établie, à l'aide d'expériences nombreuses; il y a des causes pyogènes qui rentrent évidemment dans la grande classe des causes inflammatoires, mais toute cause inflammatoire n'est pas fatalement pyogène; la suppuration est un processus
[J. COURMONT
DE L'INFLAMMATION
spécifique. Le chirurgien l'évite avec soin; c'est une terminaison malheureuse de l'inflammation.
Les premières expériences qui tendent à démontrer la spécificité de la suppuration remontent à 1808 (*') ; elles ont été poursuivies jusqu'en 1822, par Gaspard, qui les a publiées dans le Journal de Magendie. Gaspard injecte du pus dans le péritoine, dans la plèvre du chien, et observe des effets phlogôgènes ; il l'injecte ensuite dans le tissu conjonctif pectoral du chien et voit des effets non seulement phlogôgènes, mais pyogènes ; la tumeur inflammatoire s'étant terminée par un abcès. Gaspard a aussi étudié les effets des substances putrides sur l'économie animale en injectant le pus dans le système veineux. Otto Weber, de 1864 cà 1865, Billroth, de 1865 à 1866, confirment les assertions de Gaspard sur les effets phlogôgènes et pyogènes du pus introduit dans le tissu conjonctif. Billroth distingue même les effets pyogènes de pus différents provenant soit d'abcès chauds, soit d'abcès froids. Ces auteurs avaient en somme démontré que le pus engendre le pus et non une inflammation banale.
En 1872, se placent les expériences de Chauveau (2). Elles ont été faites avec un soin tout particulier pour déterminer l'action directe du pus bien pur sur le tissu conjonctif sous-cutané. Chauveau n'employa que du pus provenant d'abcès aigus clos, non exposé à l'air, ayant l'odeur fade du pus de bonne nature ; en un mot : du pus récent et non contaminé. Un tel pus contient un assez grand nombre de globules encore doués de mouvements amiboïdes et présente une certaine coagulabilité. Chauveau s'appliqua ensuite à débarrasser le pus des particules grossières pouvant être accusées d'agir comme corps étrangers ; pour cela, le pus était passé à travers un tamis formé de plusieurs doubles de toile fine, opération facilitée par addition immédiate d'une certaine quantité d'eau salée. Pour se rendre compte des différences d'activité de chaque pus, la dose injectée était faible et progressivement graduée. Le mode d'introduction était tel que le traumatisme fut réduit au minimum. Les résultats obtenus par Chauveau furent les suivants : 1 centimètre cube de liquide, formé de deux tiers d'eau et de un tiers de pus, déterminait, en cinq jours, chez le cheval, des abcès circonscrits fluctuants contenant 6 à 8 centimètres cubes de pus. Plusieurs abcès semblables pouvaient être obtenus simultanément sur le même animal. En inoculant en série le pus ainsi formé, on arrivait aux mêmes résultats. Le pus engendre donc le pus par lui-même. Chauveau a tenu alors à démontrer que les abcès observés chez le cheval ne pouvaient pas tenir à l'insertion simple d'une humeur organique quelconque; il a injecté, dans le tissu conjonctif, du sang frais puisé dans la jugulaire, du suc extrait de ganglions lymphatiques sains; deux jours après l'injection, il n'en restait aucune trace. La propriété pyogène
(1) Gaspard, Journal de Magendie, 1822, 1824.
(2) Chauvicau, Recherches sur les agents phlogôgènes des humeurs inflammatoires au point de vue de la discussion sur l'existence d'un poison pyémique spécial. Lyon médical, 7 juillet 1872, p. 292.
HISTOIRE DE LA SUPPURATION
appartient donc bien au pus lui-même et n'appartient qu'à lui seul. Elle est proportionnelle à la quantité de pus injectée; une dilution forte ne donne plus qu'une lésion inflammatoire qui se résout. La spécificité de la suppuration est encore établie par ce fait que l'intensité du processus pyogène est en rapport avec celle de l'accident phlegmoneux, qui a donné naissance au pus employé.
Après avoir démontré que la propriété pyogène est spécifique et appartient au pus, Chauveau rechercha dans quelle partie du pus réside cette propriété. Est-ce dans le sérum, est-ce dans les particules solides? Il avait eu des précurseurs dans cette voie. D'Arcet, en 1842, s'occupant des accidents qu'entraîne l'introduction du pus dans le système vasculaire, est le premier qui ait songé à séparer les éléments solides et liquides du pus. Il crut voir la partie liquide engendrer les phénomènes généraux, et les solides, causer l'accident local. En 1845, Lebert emploie la filtration pour savoir si les principes toxiques du pus résident dans le sérum ou dans les globules. La filtration étant fatalement imparfaite, il conclut à la toxicité des deux parties. Sédillot (1849) tente, comme d'Arcet, la séparation, et attribue l'activité aux globules; malheureusement, les injections étaient intravasculaires, et les effets obtenus furent mis plus tard sur le compte de l'embolie. Billroth (1865) conclut à la nature moléculaire des agents phlogogèncs, plutôt par une vue de l'esprit que d'après ses expériences par trop défectueuses. 11 ne se préoccupe pas de séparer entièrement la sérosité des globules, il se borne à injecter des pus plus ou moins riches en corpuscules.
En 1866, Otto Weber fdtre sur papier l'épanchemènt purulent d'une pleurésie et ne croit pas la présence des globules absolument nécessaire à la production des effets pyogènes ; mais il reconnaît lui-même la faiblesse de sa technique. Frese, en 1866, travaille dans la même direction et conclut à l'activité du sérum.
Tel était l'état de la question, lorsque Chauveau entreprit ses expériences; il était impossible de tabler sur aucun résultat positif. On supposait simplement que la cause de l'activité spéciale du pus résidait principalement dans les éléments solides. Il importait d'instituer une technique nouvelle visant particulièrement l'étude des effets produits par le pus injecté dans le tissu conjonctif.
Quelques années auparavant, Chauveau avait recherché la cause intime de la virulence en se servant du vaccin, de la clavelée et de la morve, et avait démontré qu'elle résidait dans de fins éléments corpusculaires. 11 transporta sa méthode de recherche, inspirée des expériences de Spallanzani sur la nature du principe fécondant du sperme, à l'isolement des éléments pyogènes du pus. Cette méthode consistait en décantations et lavages successifs, qui fournissent, en six à huit heures, des corpuscules isolés, le sérum étant sacrifié ; mais elle consistait surtout en repos du pus dans une haute éprouvette, décantation et filtration du liquide décanté et étendu à travers 8 à 10 doubles de papier Berzélius. On
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obtient ainsi le sérum étendu d'eau. Ayant injecté la partie séreuse de 6 pus qui, introduits complets, produisaient un pus, Chauveau n'obtint jamais d'abcès, et deux fois seulement un léger empâtement œdémateux ; au contraire, les éléments corpusculaires injectés engendraient les mêmes effets que le pus complet, Chauveau put donc conclure que le pus privé de la plus grande partie de ses éléments solides, n'est pas pyogène, tandis que ceux-ci, complètement privés de sérum par des lavages successifs, ont les mêmes propriétés que le pus complet. La virulence spécifique du pus réside donc dans ses particules solides.
Les expériences de Chauveau, étant donnée l'époque où elles ont été faites, étaient extrêmement remarquables et complétaient heureusement celles du même auteur sur la nature de la virulence. Elles constituaient un réel progrès et ajoutaient tout un chapitre à nos connaissances antérieures; elles ne pouvaient aller au delà ni nous dévoiler rien de plus. En les examinant, cependant, à l'aide d'autres données expérimentales, on pouvait déjà en déduire que la propriété pyogène réside dans des corpuscules solides qui ne sont pas les corpuscules du pus. En effet : l°les leucocytes morts provenant d'un ganglion lymphatique ne sont pas pyogènes; 2° les globules purulents des abcès froids (Billroth, Chauveau) n'engendrent pas de suppuration; 5° les humeurs qui renferment des globules purulents et des leucocytes ne sont pas toujours pyogènes. La propriété pyogène n'appartient donc pas à ces éléments communs à tous les pus, mais doit résider dans des corpuscules surajoutés. Ce sont ces corpuscules surajoutés qui sont spécifiques.
On se mit donc, à partir de 1872, à rechercher les éléments corpusculaires spécifiques des humeurs purulentes.
Depuis 1 86 i, la panspermie avait définitivement triomphé avec Pasteur. Les chirurgiens, convaincus de la présence des germes dans l'air, songent à en préserver les plaies des malades, à empêcher la suppuration; les pansements de Lister, de A. Guérin, tendent vers ce but. Les expérimentateurs recherchent les germes pyogènes. Klebs, le premier, en 1872, parle d'un microsporon [Microsporon septicam) qui engendrerait toute suppuration. La même année, Hueter l'attribue à des monades qui, venues de l'air, infectent l'organisme. Bergeron, en 1875, voit des vibrions dans des pus d'abcès chauds.
Toutes ces constatations ne prouvaient pas définitivement la nature animée des corpuscules pyogènes ; Pasteur apporta cette démonstration rigoureuse le 50 avril 1878 (1). De cette communication date réellement la théorie microbienne de la suppuration.
Pasteur avait trouvé dans les eaux de Paris un microbe courte incurvé, mobile, puis immobile et s'étranglant en son milieu, aérobie et anaérobie, qui, inoculé sous la peau du lapin, produisait un abcès local ou même de
(*) Pasteur, La théorie des germes et son application à la médecine et à la chirurgie. Bull, de l'Acad. de médecine, 50 avril 1878.
HISTOIRE DE LA SUPPURATION
la pyémie. Ce microbe se retrouvait dans les lésions, se cultivait et s'inoculait ainsi positivement en séries. Pasteur et Duclaux rappelèrent : vibrion pyogène; il s'agissait probablement d'un petit bacille. Ce microbe a été retrouvé par Toussaint, à Toulouse; depuis il a été peu étudié.
A partir de la découverte de Pasteur, les recherches microbiologiques se multiplient prodigieusement. Rocher (1879) trouve toujours des bacilles dans le pus des abcès; Koch arrive aux mêmes résultats. Enfin (1880), Pasteur entreprend l'étude du furoncle et du pus d'ostéomyélite, et trouve, dans ces deux cas, des microbes ponctiformes réunis par deux, par quatre, ou associés en amas. Le microbe inoculé au lapin produit un abcès. Non seulement la spécificité des corpuscules du pus était établie, mais il apparaissait que le même agent peut produire des accidents pyogènes variés (le furoncle et l'ostéomyélite), suivant le tissu envahi. Le mot de Pasteur : V ostéomyélite est le furoncle des os, souleva une incrédulité moqueuse à l'Académie de médecine.
A la même époque (1880), Doléris étudiait le pus de la fièvre puerpérale et trouvait un microbe également ponctiforme mais formant de longs chapelets. Il le cultivait, mais les inoculations furent infructueuses.
On venait ainsi de cultiver, en France, deux des principaux microbes pyogènes : le staphylocoque pyogène et le streptocoque pyogène .
Ogston (1880-81) trouve des microbes dans 69 cas de suppuration aiguë et les groupe autour de deux: types qu'il baptise : staphylocoques et streptocoques. Rosenbach (1884) combinant l'examen microscopique, la culture et l'inoculation, se servant surtout des cultures sur milieux solides, lait un travail d'importance capitale sur les microbes pyogènes (4) . 11 trouve des microbes dans tous les pus examinés, il les cultive et les retrouve pyogènes. Les noms adoptés par Rosenbach sont restés classiques : staphylococcus pyogènes aureus et albus, streptococcus pyogènes, micrococcus pyogènes tennis.
Les découvertes précédentes furent rapidement confirmées par Lowenberg, Passet, Krause, Carré, Cheyne, Cornil, Hoffa, Doyen, de Christmas, etc., etc. Passet décrit le staphylococcus pyogènes citreus. On se trouvait donc en présence d'un petit nombre d'espèces pyogènes qu'on retrouvait dans tous les pus. Ilueter pouvait poser cet axiome : pas de pus sans micro-organismes, et Nœgeli celui-ci : les matières infectieuses doivent être organisées .
Nous entrons maintenant en pleine période actuelle, et les travaux de ces dernières années seront analysés en détail dans les autres parties de cette description.
On découvre de nouvelles espèces pyogènes, on remarque que presque tous les microbes pathogènes peuvent devenir pyogènes dans certaines conditions, de même que les pyogènes peuvent engendrer des maladies
(*) Rosenbach, Die Mihroorganismen der Wundinfectionskrankheiten des Menschen, Wiesbaden, 1884.
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non suppura tives. La question de la pyogenèse se complique encore de l'existence, dans le pus, de microbes simples parasites tels que des chromogènes (Bacillus pyocyaneus (*), Micrococcus cereus albus et cereus flavus de Passet) ou des agents considérés comme pyogènes (Bacillus coli) et n'ayant cependant apparu que secondairement; il devient alors difficile de connaître le véritable microbe auteur de l'abcès. La difficulté est encore plus grande quand le pus paraît complètement dépourvu de microbes. L'étiologie de la pyogenèse, si simple au début, se complique à mesure qu'on l'approfondit; suivant la règle générale qui régit l'histoire des découvertes biologiques.
On reproduit toutes les lésions suppurées en inoculant des cultures pures par différentes voies, chez des espèces animales bien choisies et placées dans des conditions déterminées. On apprend à tenir compte du nombre et de la virulence des pyogènes, on s'inquiète des conditions inhérentes à l'organisme récepteur qui favorisent ou entravent la suppuration .
La pathogénie de la pyogenèse préoccupe vivement les esprits. Uskoff, Councilmann, Straus, Grawitz et de Bary, de Christmas, Steinhaus, Rosenbach et tant d'autres font du pus amicrobien, avec des substances chimiques : découverte capitale dans l'histoire de la pyogenèse. On extrait alors des cultures des pyogènes des substances solubles pyogènes (de Christmas, etc.). Toute pyogenèse est ainsi ramenée à une réaction organique vis-à-vis de substances chimiques spéciales, les toxines pyogènes.
On trouvera dans la volumineuse thèse de Lemière (2) tous les renseignements bibliographiques sur les travaux parus à propos de la suppuration de 1859 à 1892.
Étiologie. — Nous venons de voir quelle évolution ont suivie depuis trente ans les idées de ceux qui ont étudié la pyogenèse. Nous allons résumer maintenant les vérités considérées comme actuellement acquises sur l'étiologie de la suppuration, sans préoccupation d'ordre historique.
Toute suppuration spontanée est-elle microbienne? — La première question étiologique qui se pose est de savoir si toute suppuration spontanée, c'est-à-dire observée cl iniquement, non produite artificiellement, est d'origine microbienne. Lors des premières recherches de Pasteur, de Ogston, de Rosenbach, Passet, Krause, Doyen, de Christmas, etc., la réponse était facile : on avait patiemment et consciencieusement examiné le pus de plusieurs centaines de foyers purulents divers et on y avait toujours trouvé des microbes, l'abcès froid lui-même avait ultérieurement été démontré microbien; toute suppuration était le fait d'une infection microbienne. La découverte des suppurations expérimentales par substances chimiques devait bientôt faire modifier l'affirmation en celle-ci :
(*) Le bacille pyocyanique est tantôt un simple parasite du pus, tantôt le microbe causal • du pus.
(2) Lemière, De la suppuration. Thèse de Lille, 1891.
ÉTIOLOGIE DE LA SUPPURATION
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toute suppuration spontanée est microbienne. Mais depuis quelque temps, on a observé des abcès sans microbes apparents, surtout parmi les abcès du foie (Talamon, Peyrot, Gilbert et Girode, etc.); bien plus, on a vu des microbes pyogènes et spécialement le Bacillus coli envahir secondairement des abcès stériles quelques jours auparavant (Veillon et Jayle). On s'est alors demandé si ces abcès n'étaient pas le fait d'êtres non microbiens, tels que les amibes (amibes de la dysenterie — Kartulis) ou si des substances chimiques, d'origine microbienne ou autre, s'accumulant en certains points de l'organisme (dans le foie notamment qui est, comme on le sait, un transformateur ou retenteur de poisons), ne pouvaient réaliser spontanément la pyogenèse, comme la seringue de l'expérimentateur introduisant une substance chimique sous la peau d'un animal. On s'est demandé, enfin, puisqu'un pus, aseptique aujourd'hui, peut demain contenir du Bacillus coli, si beaucoup d'abcès abdominaux, soi-disant microbiens, n'étaient pas des abcès originellement aseptiques, envahis secondairement par un hôte habituel de nos cavités : tel le Bacillus coli. On a pensé, enfin, qu'un abcès microbien pouvait subsister et même s'accroître après la mort du microbe producteur, grâce aux toxines mises en liberté par les cadavres microbiens; l'examen et la culture ne peuvent alors déceler le micro-organisme; l'abcès est cependant microbien. Telles sont les hypothèses qui ont été faites pour expliquer la stérilité de certains abcès, plus spécialement hépatiques. Il est malaisé de conclure. Certes la production spontanée d'abcès non microbiens est possible puisque l'expérimentation l'a réalisée; rien ne démontre qu'elle existe. D'autre part, un microbe pyogène peut ne pas se cultiver sur les milieux artificiels que nous employons ou ne pas se colorer par nos méthodes; il n'y a pas longtemps qu'un abcès froid tuberculeux aurait passé pour stérile. La seule chose bien certaine est qu'un abcès voisin d'une cavité naturelle, un abcès du foie, par exemple, n'est pas forcément engendré par le microbe, hôte naturel de nos cavités, qu'on y rencontre; ce dernier peut être un simple parasite; une grande prudence est de mise dans ces cas.
En présence de cette incertitude dans les conclusions à tirer actuellement de l'existence des abcès stériles, nous dirons simplement : l'immense majorité, sinon la totalité, des abcès spontanés est d'origine microbienne.
Microbes et champignons pyogènes. — Y a-t-il des microbes spécialement pyogènes? Quels sont-ils?
Au début des découvertes pastoriennes, alors que la spécificité microbienne était un dogme, alors qu'on ignorait les variabilités en intensité et surtout en qualité de la virulence, qu'on ne soupçonnait pas l'influence de la réceptivité du terrain, on admettait des microbes spécialement pyogènes. Aujourd'hui, nous savons qu'il n'y a pas de microbes véritablement pyogènes, c'est-à-dire produisant fatalement la suppuration, en ayant le monopole, et n'ayant pas d'autre action pathogène; tout microbe peut devenir pyogène. Les lois qui régissent l'apparition et la
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DE L'INFLAMMATION
disparition de la faculté pyogénique chez un microbe sont certainement multiples : nous les connaissons mal. Il en est une cependant que l'on doit mettre en relief; la suppuration s'obtient d'autant plus facilement, avec les microbes non habituellement pyogènes, que le microbe est plus atténué et V organisme plus résistant. Un microbe qui devient accidentellement pyogène n'engendre jamais de vastes phlegmons, mais seulement une suppuration très discrète ; sauf peut-être le bacille tuberculeux de Koch qui est l'agent de vastes abcès froids.
Si un microbe non pyogène peut le devenir, un des microbes presque constamment pyo gènes peut, de son côté, être pathogène sans engendrer du pus. Citons comme exemples : le staphylocoque pyogène et le streptocoque pyogène qui sont, à eux deux, les auteurs des 9/10 des suppurations. Le staphylocoque est en outre l'agent pathogène de nombre d'endocardites, péricardites, phlébites, angines pseudo-membraneuses, bronchites, broncho-pneumonies, infections générales mal définies. Le streptocoque est, de même, l'agent de la septicémie puerpérale, de l'érysipèle, de plusieurs pleurésies séreuses, d'angines pseudo-membraneuses, de purpuras infectieux, de myélites infectieuses. Toutes ces affections peuvent se compliquer de suppuration à streptocoques, mais, d'autre part, elles entraînent souvent la mort du malade sans qu'on puisse trouver la moindre gouttelette de pus à l'autopsie.
Il n'existe donc pas de microbes dont l'action pathogène soit fatalement pyogénique, de même que la plupart des microbes, qui n'engendrent pas habituellement de pus, peuvent accidentellement produire un petit abcès.
Quels sont les principaux microbes pyogènes, c'est-à-dire les agents des vastes suppurations aiguës spontanées?
Nous ne nous occuperons pas de leurs caractères botaniques qui ont été traités dans le deuxième volume de cet ouvrage par G. Pioux. Les propriétés de leurs produits solubles seront en partie étudiées plus loin.
Le Staphylocoque pyogène est surtout l'agent des suppurations superficielles, chirurgicales, c'est-à-dire de la plupart des phlegmons ou abcès sous-cutanés, des furoncles, des amygdalites phlegmoneuses ; il est aussi celui de presque toutes les ostéomyélites, de nombreuses endocardites ulcéreuses, péritonites suppurées, otites et méningites suppurées; il peut enfin causer l'infection purulente. J'ai décrit la Staphylococcie dans le premier volume du Traité de médecine de Brouardel; on y trouvera tous les documents sur le microbe, ses effets expérimentaux sur les animaux et son rôle en pathologie humaine. Les effets sont identiques quelle que soit la variété de staphylocoque; nous avons en effet démontré, avec Rodet, que le staphylocoque pyogène constitue une espèce unique subdivisée en 5 variétés : dorée, blanche, citrine; les 2 premières étant les plus répandues.
Le Streptocoque pyogène^) a un rôle peut-être plus considérable que
(*) F. Widal, Streptococcio, Traité de médecine de Brouardel, l- I-
ÉTIOLOGIE DE LA SUPPURATION. 505
le staphylocoque en pathologie humaine. Si on ne considère que es affections suppuratives, il paraît devoir céder le pas au staphylocoque.
En additionnant les statistiques de Zuckérmann, Rosenbach, Ogston. Passet et quelques autres, on arrive au total de 495 abcès humains qui se divisent ainsi :
Pour 100.
Staphylococcus pyogenes (aureus, citreus, albus) 71,00
Streptococcus pyogenes 10,00
Les deux réunis 5,5
Micrococcus pyogenes fœtidus, micrococcus tenuis, etc. . . except.
La statistique de Karlinski donne un total de 200 suppurations très diverses :
Staphylococcus pyogenes aureus 82
— albus 55
citreus 7
Streptococcus pyogenes 45
Divers , . Il
Ces statistiques portent spécialement sur des suppurations superficielles, chirurgicales et le nombre des abcès à streptocoques grandirait considérablement si on ajoutait aux abcès sous-cutanés et osseux, les pleurésies, péricardites, péritonites, méningites suppurées, les abcès viscéraux où le streptocoque est incomparablement plus fréquent que le staphylocoque.
Le streptocoque pyogène des suppurations (Ogston, Rosenbach) est le même agent que le streptocoque de l'érysipèle (Fehleisen) ou de la septicémie puerpérale (Chauveau, Arloing, Widal). Il y a longtemps que Chauveau et Arloing ont montré qu'on pouvait, en injectant des streptocoques à différents états de virulence, produire à volonté sur le lapin de l'érysipèle par injection sous-cutanée, ou de la septicémie, ou encore de la pyoliémie par injection intraveineuse. J'ai fait de l'ostéomyélite chez le lapin avec un streptocoque provenant d'un purpura mortel. Arloing et Chantre ont montré que le streptocoque est l'agent de l'infection purulente.
Les deux microbes précédents sont les pyogènes par excellence; ils sont les agents des 9/10 des suppurations aiguës.
Immédiatement après eux se placent le pneumocoque de Talamon- Fraenkel et le bacille du côlon.
Le Pneumocoque, agent de la pneumonie fîbrineuse, est rarement pyogène dans le poumon, il l'est au contraire très fréquemment dans ses localisations extra-pulmonaires. Le pus pneumococcique est épais, blanc jaunâtre, visqueux. Le pneumocoque engendre des pleurésies purulentes, des arthrites et ostéites suppurées, des otites et méningites suppurées, des péritonites, parotidites, thyroïdites également suppurées. Les suppurations à pneumocoques sont, sauf l'importance de la localisation, moins dangereuses que les suppurations à staphylocoques et surtout à streptocoques.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. — III. 2e p. 33
[J. COURMONT
DE L'INFLAMMATION
Le Bacillus coli était considéré comme un vulgaire saprogène depuis sa découverte par Escherich, lorsque les travaux de l'Ecole lyonnaise ont attiré l'attention sur son rôle pathogène ; le désir de confirmer ou de combattre les conclusions de Rodet et Roux a été tour à tour l'origine du nombre incroyable de travaux parus depuis huit ans sur le coli-bacille. On décrit actuellement une coli-bacillose (*). Le coli-bacille est, suivant les cas, saprogène, septique, pyogène. Il est pyogène pour l'homme, le lapin, la souris, le cobaye. On le retrouve en clinique humaine comme l'agent des appendicites, des accidents de l'étranglement herniaire, du choléra nostras, de nombre de péritonites, d'angiocholites suppurées, d'abcès du cerveau, d'endocardites ulcérées, etc. ; il peut même engendrer des abcès périphériques. N'oublions pas qu'il est souvent le simple parasite d'abcès abdominaux. Le rôle du coli-bacille s'est encore considérablement étendu depuis qu'on a démontré l'identité de ce microbe avec : la bactérie pyogène urinaire deClado, Albarran, Halle (Kroggius, Rodet), avec le bacillus pyogencs fœtidus de Passet, le bacille napolitain d'Emmerich, le bacille des fèces de Rrieger, le bacille dysentérique de Chantemesse et Widal.
Tels sont les 4 principaux microbes pyogènes des suppurations humaines aiguës. Parmi les agents dont l'action pathogène est essentiellement, suppura tive, citons encore le Micrococcus pyogenes septîcus de GafTky. Il cause, chez l'homme, certaines adénites suppurées, certains adéno-phlegmons dentaires, la suppuration des cavernes tuberculeuses, et même des abcès cutanés, ainsi que je l'ai observé. Il est expérimentalement pyogène pour la souris, le cobaye. On a décrit un grand nombre de variétés de ce microbe, en somme relativement rare dans les suppurations de l'homme.
Le Micrococcus tetragenes de Gaffky est l'agent de certains abcès souscutanés et de la suppuration des cavernes pulmonaires. Kiener et Duclert l'ont inoculé au cobaye pour étudier la marche des abcès. On consultera aussi les travaux de Rose, P. Teissier, etc.
Le Gonocoque est encore un microbe essentiellement pyogène, qui parait se localiser dans Purèthre et produire des accidents éloignés par l'intermédiaire de ses toxines. Le Bacille du chancre mou est également pyogène. Nous en dirons autant des microcoques des boutons de Biskra, d'Alep, etc. Le Micrococcus pyogenes tenuis de Rosenbach est peut-être une variété de staphylocoque pyogène; il produit chez l'homme des abcès locaux apyrétiques et certaines pleurésies purulentes. Le Bacillus pyogenes fœtidus n'est qu'une variété de coli-bacille. Le Bacille pyocyanique est pyogène pour l'homme et la souris.
Le Bacille d'Eberth peut être pyogène et causer non seulement des a"bcès profonds (méningites, pleurésies, péritonites, ostéomyélites), mais aussi des suppurations superficielles.
Le Bacille de la peste fait des bubons suppurés.
(*) Gilbert, Coli-bacillose. Traité de médecine de Brouardél, t. I.
ÉTIOLOGÏE DE LA SUPPURATION
Les microbes pyogènes sont très répandus autour de nous, ils nous assiègent. On a trouvé le staphylocoque dans l'air des salles d'hôpital (Ulmann, etc.), des villes (Lubbert), dans l'eau (Passet), dans la glace (Bolton), sur la peau, dans nos cavités naturelles, etc. Le streptocoque se trouve dans l'air des salles d'hôpital (Emmerich, Babès, Chatin), des rues (Fraenkel, Durante, etc.), dans le sol (Flùgge), etc.
Citons sans nous y arrêter les 5 microbes de Miller (Coccus gingivœ pyogenes, Bacterium gingivœ pyogènes, Bacillus pulpœ pyogenes) avec lesquels on obtient des abcès chez la souris, un streptocoque trouvé par Cornil dans un abcès de l'amygdale, le Streptococcus pyogenes malignus de Flùgge, le Staphylococcus pyogenes florescens de Babès, les bacilles saprogènes 2 et 5 de Rosenbach, le Bacillus prodigiosus , le Micrococcus albus et cereus flavns de Passet, etc.
Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les microbes qui n'engendrent la suppuration qu'à titre exceptionnel, au milieu de leurs autres effets pathogènes.
Le Bacille tuberculeux de Koch fait des abcès froids souvent très volumineux, des ostéomyélites, etc. Son action pyogène est un peu spéciale; il s'agit d'une nécrose particulière, caséifiante. Inoculé sous la peau du lapin, du cobaye il provoque des abcès locaux, même si on l'injecte mort (Koch). On a reproduit du pus avec les autres microbes tuberculeux (Zooglées, bacilles de Courmont, Charrin, Eberth, etc.).
Le Pneumo-bacille encapsulé de Friedlànder, un instant délaissé à la suite de la découverte du pneumocoque, a son rôle en pathologie. Il peut donner un pus épais, glaireux. Outre des broncho-pneumonies très graves (Netter), il est quelquefois l'agent de certaines pleurésies purulentes bénignes (Netter, Letulle), d'angines.
Le Bacille de la morve, injecté dans le péritoine du cobaye mâle, produit une orchite suppurée. Celui du choléra des poules, injecté dans le tissu cellulaire du cobaye, engendre un abcès fertile dans lequel il conserve presque indéfiniment sa virulence. Le Streptothrix du farcin du bœuf cause chez le cobaye un énorme phlegmon suppuré (Nocard). Le Leplothrix buccalis peut faire suppurer la muqueuse conjonctivale. Le Bacillus anthracis, le Bacterium Chauvœi (charbon symptomatique) très atténués ou injectés à des animaux vaccinés produisent un petit abcès local.
La classe des microbes pathogènes, non habituellement pyogènes mais pouvant le devenir, est d'ailleurs toujours ouverte. Il n'y a même pas de raison pour que tout microbe ne puisse devenir pyogène.
Les champignons peuvent être pyogènes. V Actinomyces engendre chez le bœuf, chez l'homme ('), le cheval, le porc, de vastes collections purulentes dont le pus contient les grains jaunes caractéristiques.
(*) L'actinomycosc humaine n'est pas aussi rare en France qu'on l'avait cru. Voir le Traité de Vaclt no mycose humaine de Poncct et Bérard, 1898. Masson.
[J. COURMONT
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Le champignon du muguet est parfois pyogène (Grasset). V Aspergillus fumigatus, si pathogène pour le pigeon, peut engendrer chez l'homme des ulcérations caverneuses avec gangrène pulmonaire et suppuration (Virchow, Laulanic etc.).
Conditions qui favorisent ou entravent la pyogenèse. — Après avoir rappelé les noms des microbes pathogènes capables de créer la pyogenèse, cl avant de rechercher au moyen de quel mécanisme ils le font, étudions les conditions dans lesquelles la pyogenèse s'effectue le plus facilement.
Il y a d'abord un facteur important qui réside dans le nombre des microbes introduits dans un organisme. Tout expérimentateur sait qu'on peut, avec une culture donnée de staphylocoque pyogène, injectée dans le sang de plusieurs lapins, produire chez cet animal, suivant la dose employée, soit un simple malaise passager, soit des accidents lointains non suppurés (paralysies, néphrites), soit de la suppuration articulaire, soit des abcès rénaux, soit enfin une inflammation suraiguë non suppurée ; dans le tissu conjonctif deux ou trois gouttes de culture en bouillon de staphylocoques ne produisent qu'une tumeur inflammatoire curable : un à deux centimètres cubes engendrent un abcès. Chauveau et Arloing ont fait c\e même avec le streptocoque pyogène.
Watson-Cheyne a cherché à exprimer cette vérité par des chiffres; il dit qu'il faut 250 000 000 de cocci pour obtenir un abcès sous-cutané chez le lapin. En employant le Pi^oteus vulgaris il n'a pas eu d'accidents chez le lapin ou le cobaye avec moins de 8 000 000 de microbes, tandis que 8 000 000 ont provoqué un petit abcès, et 56 000 000 une vaste suppuration avec mort de l'animal en six semaines; 225 000 000 ont causé la mort en vingt-quatre heures. Bujwid admet qu'il faut 100 000 000 de staphylocoques pour produire un abcès chez la souris et 1 000 000 000 pour faire suppurer le lapin et le rat.
Ces chiffres n'ont naturellement rien d'absolu, mais ils mettent en relief cette importance du nombre des microbes dans l'acte de la pyogenèse. Ce nombre différera d'ailleurs beaucoup suivant la porte d'entrée employée. Voici quelques chiffres dus à Herman et se rapportant à l'inoculation du staphylocoque pyogène au lapin. Le péritoine supporte des doses de culture 20 fois plus fortes qu'un autre organe sans suppurer; le tissu cellulaire sous-cutané se place en deuxième ligne, il faut 500 millions de cocci (0,75 à 1 centimètre cube) pour y produire un abcès. Puis viennent l'arachnoïde, la plèvre (0ce,25), le sang veineux (1 ou 2 gouttes), enfin la chambre antérieure qui suppure avec une quantité de cocci 8 600 fois moindre que celle nécessaire pour le tissu sous-cutané. Cette notion que le nombre de microbes inoculés a son importance est classique depuis les travaux de Chauveau et s'explique très bien aujourd'hui. Ce qui fait la maladie, a dit Bouchard, ce n'est pas la rencontre fortuite d'un homme et d'un microbe; il y a lutte de part et d'autre. Le microbe attaque, l'organisme se défend; un grand nombre de microbes comme une foule de cellules succombent dans la bataille; la victoire restera aux survivants.
ÉTIOLOGIE DE LA SUPPURATION
Il est ainsi facile de comprendre pourquoi plusieurs millions de combattants produiront un abcès là ou un million succomberaient avant toute suppuration.
Si le nombre des microbes nécessaire à la suppuration varie suivant le tissu attaqué, c'est-à-dire suivant les moyens de défense de chacun de ceuxci, il variera encore suivant que l'organisme envahi sera réfractaire ou récepteur, vacciné ou prédisposé, mais il variera surtout suivant le degré de virulence de l'assaillant. L'expérience s'institue d'elle-même avec le staphylocoque pyogène qui s'atténue assez rapidement dans les laboratoires, si on ne renouvelle pas fréquemment ses cultures. Tel staphylocoque qui aura tué le lapin en huit jours avec abcès rénaux, à la dose de 2 gouttes injectées dans le sang, ne produira plus ces effets, trois ou quatre générations plus tard, qu'à la dose de 1 centimètre cube par exemple; il perdra enfin complètement sa propriété pyogène, et des doses énormes laisseront survivre ranimai ou Le tueront à longue échéance avec des abcès périarticulaires ou simplement des néphrites ou encore des accidents médullaires. C'est en injectant des streptocoques atténués, à une dose suffisante pour engendrer la suppuration avec des microbes virulents, que Roger a reproduit la myélite type Aran-Duchenne.
En résumé, lorsqu'un pyogène s'atténue, c'est en général sa propriété pyogène qui disparaît la première, puis ses effets généraux s'amoindrissent. Sa végétabilité subsiste en dernier lieu.
La localisation du processus pyogénique, son extension, sa généralisation dépendent beaucoup de la façon dont le microbe a pénétré dans l'organisme. Cliniquement, on peut dire que les pyogènes s'introduisent au point qui suppurera par trois inodes différents : 1° par effraction très ne! te (piqûre anatomique), <>u minime (tourniole, abcès gingival) ou à peu près nulle par pénétration à travers la peau ou une muqueuse qui parait saine (furoncle); "2,J par progression le long des conduits naturels (pyélo-néphrites, angiocholites et cholécystites suppurées, etc.); 3° par embolisation dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques (endocardite infectieuse, pyohémie, métastases, certaines éruptions furonculeuses).
Expérimentalement on a multiplié les portes (Ventrée.
Orloff, en 1887, a poursuivi de très nombreux essais sur l'influence des portes d'entrée des pyogènes. Il a introduit du staphylocoque doré dans l'estomac, dans le duodénum, dans l'intestin grêle du lapin, du cobaye: en un mot, dans les voies digestives, avec ou sans injection préalable d'huile de croton, avec ou sans injection sous-cutanée d'une solution de colchique. Dans aucun cas l'animal ne fut incommodé; les ensemencements du sang pendant la vie ou après sacrifice de l'animal furent stériles. Orloff introduisit ensuite le staphylocoque dans V appareil respiratoire, soit directement par la trachée, soit par cathétérisme des bronches, avec ou sans injection préalable de nitrate d'argent. L'introduction par la trachée dans un poumon sain donna 9 insuccès sur
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12 cas et 5 morts avec hépatisation grise du poumon, pleurésie séropurulcnte et staphylocoques dans le sang. L'introduction par cathétérisme des bronches ne donna que des insuccès. Les animaux, injectés vingt-quatre heures après cautérisation au nitrate d'argent, moururent tous entre vingt et quarante-huit heures, avec de l'œdème pulmonaire, de la pleurésie à staphylocoques, mais sans microbes dans le sang.
Pour bien s'assurer que le staphylocoque ne passait pas dans le sang, dans les expériences précédentes, Orloff fit une nouvelle série en produisant des fractures en des points éloignés, après avoir introduit des substances irritantes sous la peau; aucun de ces trauinatismes ne suppura.
11 faut conclure que le staphylocoque pénètre malaisément par les surfaces pulmonaires ou digestives; ce qui n'exclut pas la possibilité de ce mode d'infection.
Le moyen le plus sûr et le plus expéditif de produire l'infection pyogène est Y injection intraveineuse, déjà employée par Gaspard.
Becker (1885) injecte dans le sang du lapin des cultures de staphylocoque doré et fait une fracture; celle-ci suppure. Gangolphe (1884) répète cette expérience en inoculant du pus en nature. F. Krause (1884) obtient les mêmes résultats et fait en outre remarquer, le premier, les lésions qui surviennent chez ranimai non traumatisé : abcès des reins, petits abcès musculaires, épanchements articulaires séreux ou purulents, abcès osseux. C'est surtout Rodet (') qui, en 1885, sans avoir eu connaissance du travail de Krause, fixa les résultats qu'on obtient par l'injection intraveineuse du staphylocoque. La lésion constante est une éruption d'abcès dans les deux reins. Il est probable que les toxines du staphylocoque altèrent rapidement les reins et créent des lésions d'appel, à moins que les staphylocoques n'agissent ainsi en cherchant à s'éliminer à travers le filtre rénal. On observe fréquemment aussi, mais non constamment, des abcès musculaires. Si on injecte trop de microbes ou des microbes trop virulents, on se trouve en présence d'une mort rapide sans lésions; si on injecte des microbes atténués, on a une mort très lente avec des arthrites suppurées. Toutes ces expériences ont été maintes fois reproduites.
Avec le streptocoque pyogène, la localisation des abcès est moins constante; elle est rare sur le rein.
La voie sanguine est donc une voie d'inoculation très sûre despyogènes.
L'injection dans le tissu conjonctif sous-cutané est, malgré les apparences, un fort médiocre procédé pour avoir une infection pyogène à staphylocoques généralisée. Avec des doses considérables, on n'obtient rien, ou un abcès local, mais pas de lésions viscérales. Rodet a cependant vu quelques cas de lésions osseuses consécutives à une inoculation souscutanée. Il en est de même du streptocoque qui donne un érysipèle, parfois un petit abcès, presque jamais une infection générale.
(*) Rodet, Bévue de cltirurgie, 1885.
ÉTIOLOGIE DE LA SUPPURATION
L'injection dans le péritoine n'a donné que des résultats négatifs à Rodet, avec le staphylocoque; elle a souvent occasionné des infections rapides avec le streptocoque entre les mains de Chauveau et d'Arloing.
C'est le moment de rappeler les évaluations de Watson Cheyne, citées plus haut (page 508) sur le nombre de microbes qu'il faut pour produire du pus chez un animal suivant la porte d'entrée employée.
Duclaux et Heidenreich ont obtenu des résultats analogues aux précédents avec le microbe du clou de Biskra.
Les lésions antérieures ou concomitantes appellent la suppuration; Max Schuller, Becker, fracturent un membre, contusionnent une articulation chez l'animal injecté dans le sang : la fracture, l'articulation lésée suppurent, On sait, depuis les expériences de Chauveau, que la mortification des tissus favorise extraordinairemcnt la suppuration. On injecte un bélier avec des pyogènes, puis on lui bistourne un testicule; ce testicule se nécrobiosc et suppure, l'autre ne suppure pas.
Les altérations du système nerveux prédisposent à la suppuration du territoire correspondant . Le coté paralysé d'un hémiplégique suppure plus facilement que le côté sain. Les expériences de sections des nerfs sensitifs démontrent leur influence sur la suppuration de la région énervée (Charrin et Huiler, Roger, Herman, Arloing, Kasporck). Schon a noté l'influence de la section des vagues sur les suppurations pulmonaires.
Vâge du sujet influe considérablement sur les localisations, grâce aux l égions d'accroissement qui, chez le jeune animal, sont plus actives, plus congestionnées et par conséquent plus exposées à être envahies. L'expérience de Rodet est un modèle du genre. Le staphylocoque injecté dans le sang d'un gros lapin ne produit (pie des abcès viscéraux et respecte le squelette ; introduit dans le système veineux d'un jeune lapin de deux mois, sans l'adjonction d'aucun traumatisme, il reproduit trait pour trait l'ostéomyélite aiguë juxta-épiphysaire des adolescents. J. Courmont et Jaboulay ont répété cette expérience avec le streptocoque pyogène et ont ainsi observé l'ostéomyélite expérimentale à streptocoques; Lannelongue et Achard oui l'ail de même.
La suppuration est donc influencée par le nombre des microbes introduits, leur virulence, mais aussi par la voie d'introduction, l'âge du sujet inoculé, les lésions concomitantes ou antérieures.
Il existe encore d'autres influences dépendant de l'organisme. Toutes les espèces n'ont pas la même aptitude à suppurer; elle est faible chez les oiseaux, le bœuf, la chèvre, plus marquée chez le chien, le porc, le mouton, le lapin, à son maximum chez le cheval; elle varie d'ailleurs pour une espèce donnée suivant le microbe inoculé. En pathologie humaine, ce facteur n'a naturellement aucune importance.
Si l'on ne considère qu'une espèce animale donnée, l'homme, par exemple, L'aptitude à suppurer variera suivant certaines conditions.
Etudions d'abord les causes pouvant favoriser la suppuration. Le surmenage y le refroidisseineîit, la chaleur, V inanition, les cachexies
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DE L'INFLAMMATION
feront sentir leur influence néfaste. Mais ce sont surtout les substances solubles microbiennes qui modifieront la réceptivité d'un organisme. L'imprégnation par les produits des fermentations intestinales crée un milieu favorable à l'action pathogène du staphylocoque pyogène ; Bouchard conseille l'antisepsie intestinale contre la furonculose. Les produits soluhles du staphylocoque ont une action des plus remarquables à ce point de vue.
J'ai montré, avec Rodet (*), que ce pyogène fabrique dans ses bouillons de culture des substances soluhles qui, injectées dans leur ensemble, prédisposent l'organisme du lapin à l'action de leur microbe producteur. Un lapin ainsi imprégné suppure avec un staphylocoque suffisamment atténué pour que le témoin survive indemne; il suppure plus vite et plus abondamment que le témoin, avec un staphylocoque normalement virulent. On peut donc prédisposer le lapin à l'action pyogène du staphylocoque. Ces modifications de la réceptivité se produisent lentement, mais sont durables; il y a aussi une action favorisante immédiate déjà vue par Bouchard. Ces substances prédisposantes sont soluhles dans l'alcool ("). La prédisposition ainsi obtenue est due à l'apparition d'un état microbiophile du sérum (J. Courmont) (3). Herman a signalé ces propriétés favorisantes des propriétés soluhles du staphylocoque pyogène. Le streptocoque fabrique également des substances prédisposantes, et par le même mécanisme (Roger).
Une substance chimique non microbienne répandue dans un organisme peut également augmenter son aptitude à suppurer. Les expériences de Bujwid sont classiques. S'appuyant sur ce fait que les diabétiques suppurent avec une facilité étonnante (4), il a inoculé le staphylocoque pyogène associé de différentes façons au sucre de raisin et a nettemeut conclu à une action favorisante du sucre sur la suppuration. Karlinski, Ferraro ayant confirmé ces résultats, mais Grawitz et de Bary, Steinhaus, Herman les ayant contestés, j'ai fait reprendre la question à Nicolas (s). Voici les conclusions de ses expériences. L'addition du sucre de raisin à une culture de staphylocoque injectée sous la peau favorise la suppuration locale, mais diminue la virulence générale du microbe. L'injection du sucre dans le sang, pendant que le microbe est inoculé sous la peau, transforme l'abcès local en accidents locaux gangreneux; la virulence générale est diminuée. L'injection simultanée du microbe et du sucre dans le sang augmente l'intensité des lésions suppuratives et hâte la mort.
(') Rodet et J. Courmont, Substances solubles prédisposantes, fabriquées par le stapbylocoque pyogène. Soc. de biol., 4 mars 1891.
(2) Rodet et J. Courmont, De l'existence simultanée dans les cultures du stapbylocoque pyogène d'une substance vaccinante précipilable par l'alcool et d'une substance prédisposante soluble dans l'alcool. Acad. des sciences, 5 octobre 1891.
(5) J. Courmont, Loco citato. Congrès de Lyon, 5 octobre 1894 cl Arch. de physiol., janvier
(4) Cbarrin et Gley ont vu un chien, rendu diabétique par ablation du pancréas, succomber à des suppurations multiples, dues à quatre espèces microbiennes.
[à) J. Nicolas, Influence de la glycose sur le pouvoir pyogène et la virulence générale du stapbylocoque pyogène. Arc h. de méd. expérim., 1896, p. 352.
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Il en est de même dans les cas où l'animal reçoit pendant plusieurs jours, avant et après l'inoculation virulente, des injections intraveineuses de sucre.
L'adjonction de certaines substances aux microbes, dans le point précis où l'inoculation a lieu, favorise singulièrement la suppuration. Grawitz a expérimenté à ce point de vue la soude caustique, la cantharidine, l'huile de croton, l'ammoniaque, l'essence de moutarde. Nous venons de relater les expériences de Bujwid, de Nicolas, sur les effets du mélange immédiat du sucre et du staphylocoque. Herman, après Bujwid, a vu les propriétés favorisantes de l'acide phonique et du sublimé vis-à-vis de la suppuration à staphylocoques.
On a aussi additionné avec succès les microbes pyogènes de substances analogues aux ferments : cadavérine (Grawitz, Fehleisen), produits solubles du Bacillus prodigiosus (Grawitz et de Bary), suc de tissu gangrené (Fehleisen), papaïne (Roger).
Il faut rapprocher ces actions favorisantes locales de celle de l'acide lactique qui, mélangé à une culture atténuée de vibrion septique ou de Bacillus Cliauvœi, assure les effets pathogènes do ces microbes (Arloing). Elles s'expliquent aujourd'hui par des modifications chimiques des humeurs et par le trouble qu'elles apportent à l'action des leucocytes défenseurs de l'organisme; ce point a été développé ailleurs.
A côté des conditions qui prédisposent un organisme à la suppuration (et ce sont les plus nombreuses en clinique), il faut se demander s'il en est qui l'entravent. Existe-t-il, peut-on créer un état vaccinal contre la pyogenèse*! Ce sujet, encore très obscur, est tout d'actualité. Cependant, dès 1884, Chauveau avait remarque que les lapins, sur lesquels il avait provoqué des abcès avec des cultures issues du streptocoque puerpéral, résistaient bien aux inoculations ultérieures. Sous la direction d'Arloing, Truchot(1) observa plusieurs fois cette immunité chez les lapins qui avaient reçu des injections intra-péritonéales. En 1889, llolsl inocula dans l'oreille des lapins du streptocoque pyogène de provenance humaine; '20 pour 100 de ces animaux ne montrèrent aucun accident; ceux qui, ayant suppuré, guérirent, présentèrent pendant plusieurs mois une immunité remarquable contre de nouvelles inoculations. Reichel (1891) remarque que les animaux infectés par le péritoine sont plus résistants à une nouvelle inoculation. Il injecte des doses minimes de staphylocoque à des animaux, et voit ceux-ci devenir réfractaires à des doses plus fortes qui les eussent tués s'ils n'avaient été déjà inoculés au préalable. 11 obtient les mêmes résultats avec les cultures stérilisées. L'injection intra-péritonéale de ces cultures détermine une péritonite purulente et hémorragique chez des animaux vierges, et seulement quelques ecchymoses chez les sujets antérieurement inoculés. L'injection sous-cutanée pratiquée à 10 animaux préparés de même ne donna qu'un abcès, 4 fois une légère
(') Truchot, Élude expérimentale sur le virus de la septicémie puerpérale Thèse de Lyon, 1884, n° 219.
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infiltration et 5 résultats négatifs. La durée de cette immunité n'était pas très longue.
Comment concilier ces faits avec les expériences de Rodetet J. Gourmont sur le staphylocoque et de Roger sur le streptocoque, montrant que ces pyogènes sécrètent des produits prédisposants ?Rodet et J. Courmont en ont donné l'explication dans un autre mémoire ('j. Les bouillons de culture où ont vécu les staphylocoques pyogènes sont prédisposants si on les injecte en totalité; mais ils contiennent en réalité un mélange de substances prédisposantes et de substances vaccinantes ; seulement ces dernières sont masquées par l'effet prépondérant des premières. Pour les mettre en relief, il suffit de traiter la culture fdtrée par l'alcool; les substances vaccinantes sont précipitées par l'alcool, tandis que les prédisposantes sont solubles; on peut alors vacciner des lapins en leur injectant le précipité alcoolique et en prédisposer d'autres en leur injectant, au contraire, l'extrait alcoolique. Cette découverte, qu'un microbe (dans le cas particulier, le plus répandu des pyogènes) peut sécréter a la fois un vaccin et une substance prédisposante, donne la clef de bien des contradictions. On comprend très bien que, suivant des conditions encore inconnues, un staphylocoque puisse sécréter plus abondamment soit l'une ou l'autre de ces deux substances et par conséquent tantôt vacciner et tantôt prédisposer en vue d'une infection ultérieure. Il est bien démontré, en tout cas, qu'on peut obtenir un vaccin contre le staphylocoque. Roger a vu également que le streptocoque pyogène fabrique un mélange de substances vaccinantes et de prédisposantes.
Le mécanisme de cette vaccination possible contre les pyogènes est le même pour les deux microbes; c'est la création d'un état bactéricide du sérum (streptocoque : Roger ; staphylocoque : J. Courmont). Bonomea créé un sérum bactéricide contre le staphylocoque en injectant la substance contenue dans le pus de vieux abcès. Mosny a montré que le sérum des lapins vaccinés contre le staphylocoque était également antitoxique.
En résume, la propriété pyogénique n'est l'apanage d'aucun microbe spécial, tout en appartenant plus particulièrement à un petit groupe d'espèces. Cette propriété pyogénique, pour un microbe donné, se manifeste suivant le nombre des agents inoculés, suivant leur virulence. Mais, à côté de ces influences qui dépendent du facteur : microbe, il ne faut pas méconnaître celles qui ressortent du facteur : organisme récepteur. La suppuration se produira ou non, se localisera en tel ou tel point, suivant l'espèce animale considérée, l'âge du sujet, la voie d'introduction du virus, la vaccination ou la prédisposition, l'état du système nerveux local, le traumatisme, la présence dans l'organisme de substances chimiques. C'est l'application particulière du grand principe que, dans toute infection, deux facteurs sont en présence : la graine et le terrain.
(!) Rodet et J. Courmont, Loco citato. Acad. des sciences, 5 octobre 1891.
PATHOGÉNIE DE LA SUPPURATION
Pathogénie. — L'étiologie de la suppuration ainsi esquissée, pénétrons plus avant dans la connaissance de ses causes, abordons la pathogénie. Sachant cpie la suppuration clinique est le résultat d'une infection, recherchons par quels moyens le microbe pyogène peut l'engendrer.
Suppuration amicrobienne. — Il nous faut, pour cela, établir d'abord, sur des bases inébranlables, qu'on peut faire artificiellement du pus avec des substances chimiques sans l'intervention d'un agent figuré, qu'il existe une suppuration amicrobienne.
Les expériences de Chauveau avaient démontré que la virulence du pus tenait à ses particules solides. L'insertion des corpuscules figurés du sang, des ganglions lymphatiques, voire même de poudres inertes ne produisait pas de pus. La pyogenèse était donc la conséquence de particules spécifiques. Ces déductions furent assez rapidement confirmées par la découverte et les inoculations du premier microbe pyogène de Pasteur, en 1878. Mais il faut ajouter que Pasteur prétendit faire également du pus en inoculant les cadavres de son microbe (tué à 110 degrés) ou simplement des poudres inertes stérilisées. 11 pensait que les microbes morts agissaient comme corps étrangers. La question était donc assez embrouillée pour (pic certains esprits persistassent à considérer comme possible l'irritation pyogénique par de simples irritants liquides. Recklinghausen, à propos de la formation du pus dans la cornée, faisait remarquer que des antiseptiques, tels (pie l'acide phénique, le nitrate d'argent, créaient des suppurations, alors qu'ils auraient dû tuer les microbes. Tous ces faits contradictoires exigeaient des expériences précises.
Les premières n'apportèrent pas une grande clarté dans la question. Uskoff (1881), Orthmann (1882), Coùncilman (1883) prétendaient avoir produit des abcès chez le chien en lui injectant sous la peau de l'essence de térébenthine, du mercure ou de l'huile de croton stérilisée; Straus (1885), Klemperer, Rujis, Scheuerlen, Knapp, Triconi, Zuckermann, Nathan, ayant répété les expériences 'des trois auteurs précédents, en infirmaient les conclusions et prétendaient qu'on ne peut faire du pus sans microbe. Il y avait eu faute d'asepsie. Coùncilman avait cependant une technique irréprochable; il stérilisait par la chaleur ses substances dans une ampoule en verre fermée à la lampe, introduisait l'ampoule sous la peau de l'animal, ne la brisait qu'après cicatrisation de la plaie, et voyait l'abcès se produire. Les travaux suivants devaient donner la clef de ces contradictions. Il faut citer en première ligne le mémoire de Grawitz et de Rary ('), et rappeler les expériences contîrmatives de Rosenbach (1888), de Krcibohm, de Christmas (2), de Janowski, de Steinhaus (1889).
Pour réussir dans la production du pus amicrobien, par injection de
(') Gràwitz et de Bary, Ueber die Ursachen (1er subeutanen Entzûndung und Eiterung. Virchow's Arcfriv, 1887, Bd. CV1I.
(2) De Christmas, Recherches expérimentales sur la suppuration. Annales de Vins t. Pasteur, 18X8, et Thèse de Paris, 1888.
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substances chimiques stérilisées, il faut tenir compte d'une série de facteurs.
En premier lieu, \ espèce animale choisie a une grande importance; nous savons déjà qu'il en est de même lorsqu'on veut faire un abcès microbien. Rosenbaeh a justement reproché à ses prédécesseurs l'oubli de celte notion fondamentale en physiologie, qu'on doit répéter une expérience sur l'espèce animale où elle a réussi. On ne peut additionner des faits se rapportant indifféremment au chien, au lapin, au cobaye, et faire une moyenne. Steinhaus a fait la même remarque. Grawitz et de Bary (1888) ont vu, par exemple, que le chien suppure facilement avec des substances chimiques, tandis que le lapin et le cobaye ne donnent que des échecs. De Ghristmas a montré que le lapin suppurait, en effet, beaucoup plus difficilement que le chien, mais qu'on arrivait cependant à produire du pus amicrobien sur cet animal. Steinhaus, ayant fait c245 expériences avec un grand nombre de substances, confirme les conclusions de Ghristmas, et fait en outre du pus sur le chat sans l'intervention de microbes; il n'obtient chez le cobaye (prune inflammation séro- Qbrineuse. Jusqu'à présent, personne n'a réussi à faire suppurer le cobaye sans microbes, il suffira peut-être de trouver une substance qui convienne à son organisme pour y arriver. Lemière, ayant répété les expériences précédentes, conclut que ln différence n'est pas aussi considérable entre le chien ei le lapin qu'on a bien voulu le dire au point de vue de l'aptitude à suppurer s;uis microbes; seulement, le pus du lapin a des caractères spéciaux. Les abcès se forment li es lentement et surtout ne se manifestent que tardivement par des signes extérieurs ; il faut quelquefois attendre dix-sepl jours. Ils sont assez difficiles à reconnaître à la palpation et se produisent à une certaine distance du point injecté; l'incision est souvent nécessaire pour les reconnaître. Ils se limitent vite et même s'enkystent et se résorbent en partie. Enfin, le pus du lapin (même microbien) est caséeux cl ne ressemble pas à celui du chien, beaucoup plus liquide. Lémière estime donc que ceux qui ont nié la suppuration amicrobienne du lapin oui sacrifié trop tôt leurs animaux ou n'ont pas su les examiner Tous ces détails expliquent bien les contradictions des premiers expérimentateurs.
Outre la question d'espèce, il faut s'inquiéter d'autres facteurs inhérents à des individus de même espèce. Grawitz et de Bary ont vu qu'il fallait trois fois moins de térébenthine pour produire un abcès chez un chien malade que chez un chien bien portant. On sait qu'il faut plus de substance pour faire suppurer le péritoine que le tissu conjonctif souscutané ; le tissu cellulaire sous-cutané suppure plus facilement que le muscle; c'est pour cela qu'on fait aux syphilitiques les injections de mercure de préférence dans les masses musculaires.
Après le choix d'une espèce animale et de la région où devra se faire l'injection, il importe de choisir la matière irritante. Telle substance fait suppurer une espèce animale et en respecte une autre ; bien plus, les
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effets d'une substance se modifient en passant d'une espèce à l'autre. 11 est impossible de prévoir la puissance pyogène d'un produit par la considération de ses propriétés irritantes ou caustiques. L'ammoniaque concentré, le nitrate d'argent sont moins pyogènes que le mercure, l'essence de térébenthine, le pétrole. Tout cela est encore relatif à l'espèce animale injectée.
Expérimentant sur le lapin, de Christmasa vu que la glycérine, une solution de chlorure do zinc à 10 pour 100, de nitrate d'argent à 5 pour 100, injectées dans le tissu conjonctif, n'ont aucun effet, que le mercure et le pétrole uo produisent qu'un pou d'infiltration, tandis que l'essence de térébenthine engendre du pus. Cbez le chien, au contraire, le nitrate d'argent et le mercure sont aisément pyogènes. D'après Steinhaus, le sublimé n'est pas pyogène, tandis que le calomel l'ait suppurer le chien, le chat, lo lapin; le nitrate d'argenl lad du pus chez le chien et le chat, respecte le lapin et lo cobaye ; l'huile do croton entraîne do la nécrose clic/, le clial et le cobaye, s'encapsule cbez le chien et le lapin. Il faut donc combiner le choix de l'espèce et celui de l'irritant, les subordonner l'un à l'autre.
Lemière (*) a étudié et résumé nos connaissances sur l'action pyogène do 1 I I substances chimiques. Citons les principales d'entre elles qui sont capables de Paire du pus : créoline, mercure métallique, calomel, essence de térébenthine, essence de girolle, huile de cèdre, huile de sabine, huile de pétrole, ammoniaque, nitrate d'argent. Quelques-unes entraînent la nécrose des tissus : sulfate de Ter, chlorure de zinc, teinture de cantharide, huile de croton, ammoniaque, etc. Lemière classe enfin les substances qui aidenl l'action des microbes pyogènes ou donnent la l'onction pyogène à dos microbes naturellement inoffensifs : cadavérine, alcaloïde dujequerity, anthrarobine, sucre, etc. Cette question des substances qui favorisent la suppuration est longuement traitée dans la tbèse de, cet auteur.
Une autre condition influe beaucoup sur les résultats obtenus : c'est la dose de substance irritante injectée. La quantité de microbes inoculés avail aussi, on s'en souvient, son importance, (irawitz et de Bary ont nionlr»'' qu'on réussissait, avec telle substance injectée à dose convenable, à produire dos abcès aseptiques, tandis qu'on échouait avec des doses moindres. On peut ainsi s'expliquer que l'essence de térébenthine n'a pas constamment engendré de pus entre les mains des différents expérimentateurs; l'huile de croton a subi les mêmes vicissitudes.
C'est surtout avec l'emploi do la cadavérine que Grawilz et de Bary ont démontré l'influence de la dose. Avec une solution à 5 pour 100, de petites quantités sont résorbées avec une légère réaction séro-fibrineuse ; 0CC,3 à 0CC,5 amènent un abcès à pus stérile ; 2 centimètres cubes à 2CC,5 entraînent la nécrose de la peau. Avec une solution de sublimé au 100'',
(') Lemière, Lococilato, p, 502.
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on n'obtient aucune réaction en injectant sous la peau du chien ou du lapin 1 centimètre cube, tandis que 5 centimètres cubes amènent un gonflement très prononcé. 0CC,5 de calomel introduits sous la peau du lapin font du pus (Steinhaus), 5 à 4 centigrammes sont presque inoffensifs. Janowski a remarqué qu'avec le nitrate d'argent, la quantité de pus, obtenue après injection dans le tissu cellulaire sous-cutané, est proportionnelle à la quantité de solution injectée; 0CC,6 fournissent 5 centimètres cubes de pus aseptique, 1 centimètre cube donne 8 à 9 centimètres cubes de pus. Eichel a noté un fait des plus curieux. De faibles doses de térébenthine sont résorbées sans irritation; des doses moyennes font des abcès; des doses fortes (5 à 5 centimètres cubes) n'engendrent plus qu'un exsudât séreux avec nécrose partielle.
Les doses suffisantes varient naturellement suivant chaque espèce animale. Il suffit de 0CC,5 d'essence de térébenthine pour produire un petit abcès chez le chien (de Christmas) ; 0CC,6 ne produisent rien chez le lapin (Nathau).
Un dernier facteur de la suppuration amicrobienne ressort du degré de concentration des solutions injectées. Suivant le degré de concentration, la cadavérine produit de l'inflammation simple, du pus, de la nécrose (Rinne, Grawitz et de Bary). Samuel avait vu depuis longtemps que la solution d'acide phosphoglycérique à 1/12 ne provoque qu'une légère inflammation, tandis que la solution à 1/9 entraîne la suppuration. L'essence de térébenthine, sous la peau du chien, produit toujours un abcès dès que la dose injectée atteint 0CC,5; si on la dilue dans une égale quantité d'eau distillée, elle se résorbe avec une simple inflammation. Si l'injection est faite dans la plèvre, la différence est encore plus manifeste (Lcmière). Cet effet de la dilution tient «à ce que le liquide devenu moins dense, moins visqueux s'absorbe plus rapidement; cela est si vrai qu'une dilution de térébenthine dans de l'huile est plus active qu'une dilution dans de l'eau. Le véhicule de l'irritant chimique a donc aussi son importance.
11 est, en somme, bien acquis aujourd'hui qu'on peut faire du pus avec des substances chimiques liquides sans l'aide d'aucun agent figuré vivant. La clinique avait d'ailleurs montré que l'homme peut aussi suppurer sans l aide des microbes. Les injections de mercure métallique entraînent presque toujours la formation d'abcès (Jullien, Brécla, Balzer, Klumpke et Thiroloix). Celles de calomel en sont souvent suivies (Diday, Besnier, Guclpa, Scarenzio et Bicordi, Neisser, Kopp, Balzer, Thiroloix, etc.). Balzer et Mlle Klumpke parlent des abcès microscopiques consécutifs à certaines injections d'antipyrine. Les résultats obtenus chez l'homme par l'injection sous-cutanée de substances irritantes sont consignés en détail dans la thèse de Daniel ('). Fochier s'est inspiré de ces faits, pour
(*) Daniel, Contribution à l'étude des accidents détermines par les injections hypodermiques et principalement par les injections mercurielles. Thèse de Paris, 1890.
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créer chez l'homme, avec l'essence de térébenthine, des abcès aseptiques dits abcès de fixation, destinés à localiser une infection générale telle que l'infection puerpérale Von Sehlen (1890) a étudié les suppurations médicamenteuses dans les affections cutanées ; il parle de dermatites suppurées dues à l'emploi du sublimé, du pyrogallol, etc. ; les microbes n'y joueraient aucun rôle.
Le pus aseptique, amicrobien a les mêmes caractères macroscopiques que le pus infectieux; aucun caractère constant ne peut non plus indiquer l'irritant chimique employé. Au point de vue histologique, Janowski, Steinhaus, Rinne, Grawitz et de Bary croient que le pus amicrobien contient plus de cellules mono-nucléées que le pus ordinaire ; Lemière fait justement remarquer que ces différences n'ont rien d'absolu et tiennent plutôt à l'espèce animale employée. « Toutes les différences qu'on a essayé d'établir sont bien vaines. » Neissèr, Daniel, Balzer et Thiroloix ont examiné des pus aseptiques développés chez l'homme par injections mercurielles ; ils n'ont noté aucune particularité intéressante, sinon la giande tendance à la nécrose. La structure de la paroi n'a rien non plus de caractéristique.
La seule différence essentielle entre les abcès aseptiques et les abcès microbiens réside dans l'absence de microbes dans les premiers; le pus amicrobien n'est jxis infectieux; inoculé, il ne reproduit pas du pus, il ne porte p;is sa cause en lui-même ; là est la distinction capitale. Il n'y a ni extension indéfinie, ni généralisation, ni réinoculation en séries possibles. En outre, la résorption est fréquente.
11 faut enfin noter le peu d'importance des symptômes généraux dans les suppurations aseptiques. Longtemps même on a cru que le pus amicrobien ne donnait jamais lieu à des symptômes généraux. Cette opinion était exagérée. Dubler, après s'être injecté de la térébenthine sous la peau du bras, a vu sa température monter à 58°, 6. Les syphiligraphes ont vu que les abcès mercuriels s'accompagnent d une lièvre légère, de diurèse, de sueurs profuses, etc. (".es symptômes généraux sont certainement dus non aux substances injectées, mais à la résorption des toxines mises en liberté par les cellules nécrosées. J'ai démontré, avec Gangolphe, que les cellules des tissus en voie de nécrobiose aseptique fabriquent des produits solubles pyrétogènes. La suppuration amicrobienne s'accompagne donc de quelques signes généraux de réaction; mais, en aucun cas, ces derniers ne peuvent être comparés aux symptômes généraux: consécutifs aux phlegmons aigus.
Résumons tout ce qui précède en quelques mots. Certaines substances chimiques liquides introduites en solution déterminée, en quantité convenable, dans les tissus d'une espèce animale appropriée, engendrent une suppuration amicrobienne, absolument comparable, sauf quelques détails, à la suppuration microbienne.
(*) Eloy, Pyogcnèsc artificielle et traitement des maladies infectieuses, Paris, 1892.
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Suppuration microbienne. — C'est le moment de se demander comment les microbes peuvent être pyogènes. Nous avons déjà démontré, en traitmt l'étiologie et la pathogénie de l'inflammation en général, que les microbes phlogogènes agissent uniquement par les substances solublcs qu'ils sécrètent : nous avons admis que l'inflammation est la réaction de l'organisme contre une intoxication. Il est de toute évidence que le même mécanisme doit être invoqué pour la suppuration en particulier. Nous venons de voir, d'autre part, que la pyogenèse peut s'obtenir avec des substances chimiques Liquides sans intervention microbienne. La pathogénie des abcès microbiens s'éclaire : le microbe pyogène est celui qui sécrète des substances solublcs pyogènes.
Cette proposition a été surabondamment démontrée vraie par l'expérimentation. On a isolé, injecté des substances solublcs pyogènes d'origine microbienne.
L'existence de ces produits aurait pu être soupçonnée depuis quinze ans, lois des premières expériences (le Pasteur, si les idées de l'Ecole paririsienne n'avaient pas cherché à cette époque à ruiner la théorie de Chauvcau cl de Toussaint, la théorie du mécanisme de l'infection par produits solublcs microbiens. Pasteur, en effet, en 1878, parlant du vibrion pyogène qu'il avait trouvé dans la Seine, disait qu'il produisait un abcès à pus très pur, sans odeur, privé de tout organisme microscopique, se résorbant facilement, en injectant une culture de ce microbe tuée à la température de -+- 1 10°. Pasteur crut que les cadavres microbiens agissaient dans ce cas par leur masse, comme des corps étrangers.
Les premières expériences où du pus aseptique a été engendré par des substances solublcs d'origine microbienne ne portaient qu'indirectement sur ce point. Il s'agissait des injections de i putrescine et de cadavériney substances isolées par Brieger des matières organiques mortes et en putréfaction. Scheuèrlen montre qu'une solution à 10 pour 100 de putrescine est pyogène. Grawitz l'ait du pus stérile chez le chien en lui injectant 0CC,3 à 0CC,5 d une solution à 5 pour 100 de cadavérine; Scheuèrlen, Rinne, Behring confirment ce résultat. Janowski seul échoue.
Ou répète l'expérience de Pasteur en se servant du pyogène par excellence : le staphylocoque pyogène doré. Grawitz, de Bary, Scheuèrlen, Karlinsky, Leber injectent des cultures tuées par la chaleur et. voient se produire une suppuration abondante.
La doctrine des produits solublcs venait de triompher. Charrin, Salmon et Smith, etc., avaient isolé, par le filtre, les sécrétions bactériennes; la découverte des substances pyogènes d'origine microbienne s'imposait. Arloing(') avait ouvert la voie en isolant des cultures du Bacillus liquefaciens bovis une substance phlogogène; bien plus, il avait montré que les produits bactériens ne sont pas tous des alcaloïdes, comme on le croyait alors, qu'il existe des corps voisins des diastases, au moyen desquels les
(l) Arloing, Acad. des sciences, 7 mai et 18 juin 1888.