SUPPURATION MICROBIENNE
microbes exercent leur action pathogène. Roux et \ersin, suivant ce sillon, avaient isolé le poison diphtérique également diastasique et produisant sous La peau des effets œdémateux et nécrobiotiques. La route était tracée. De Ghristmas (*), s'inspirant des deux travaux précédents, isole, en 1888, des cultures du staphylocoque pyogène, une substance diastasique pyogène. Le travail de Leber, paru en juin 1888, attribuait la fonction pyogèneà une substance cristal lisable, soluble dans l'alcool et l'éther, peu soluble dans l'eau, la phlogosine. Celle-ci produisait du pus dans l'œil du lapin. Elle n'avait aucun rapport avec celle que de Ghristmas allait isoler, rien ne prouve qu'elle ne soit pas également pyogène ; elle est en tous cas d'importance secondaire.
De Christmas répète les expériences qui consistent à faire du pus avec une culture stérilisée, constate que ce pus réinoculé n'est pis pyogène. Il filtre alors une culture, ajoute au produit de tiltralion quatre volumes d'alcool absolu et obtient un précipité floconneux à caractères diastasiques. Ce précipité n'est pas pyogène dans le tissu conjonctif du chien, mais l'ail du pus dans la chambre antérieure de l'œil du lapin.
De Christmas se demande ensuite si l'effel pyogène des microbes tués par la chaleur (Pasteur. Leber, etc.), tient à la substance sécrétée autour des cadavres microbiens, ou à une autre substance contenue dans le protoplasma des microbes, laquelle sérail abandonnée dans les tissus. Il évapore une culture complète à 100°, la traite par l'alcool; le résidu obtenu esl huileux, jaunâtre, acide, peu soluble dans l'eau, il se détruit à 1*20". 1 ne émulsion de ce résidu fait du pus dans la chambre antérieure de 1 œil et sous la peau du chien. Il refait la même expérience en n'opérant que sur les corps des microbes. La culture esl filtrée sur porcelaine; les microbes restés sur le libre sont lavés à plusieurs reprises pour les débarrasser des substances solubles ambiantes et traités ensuite connue plus haut par I alcool absolu. On filtre cl on évapore. Le résidu a le même aspect <pie dans l'expérience précédente; son émulsion injectée donne les mêmes résultats, c'est-à-dire est pyogène. Le staphylocoque contient donc dans son protoplasma des substances solubles pyogènes, en même temps qu il en émet au dehors. On peut même dire que la substance pyogène est au maximum de concentration dans le protoplasma microbien qui la produit, et esl ensuite excrétée au dehors.
Bûchner(*) s*e>| spécialement attaché à étudier la substance pyogène contenue dans l'intérieur des bactéries (1890). Il a expérimenté, à ce point de vue, I S espèces microbiennes, et a eu des résultats probants avec la plupart d'entre elles, surtout avec le pneumobacille de Friedlânder. Le protoplasma de ces microbes contiendrait une substance pyogène qui serait mise en libellé par la mort de leurs agents producteurs. Une solulution à JO pour 100 de cette substance stérilisée engendrerait un pus
(l) De Christmas, Recherches expérimentales sur la suppuration. Thèse de Paris, 1888 (*) BtfcffNER, Sur la substance pyogène contenue Hans lintcricur des bactéries. Mùnch. med. Woch., n" 20, 22 juillet 1800.
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[J. COVRMONT ]
DE L'INFLAMMATION
aseptique. Bùchner insiste beaucoup sur la mort des bactéries qui met cette substance en liberté. Dans certains cas, en laissant reposer une culture complète tuée par la chaleur, Bùchner a vu que le dépôt microbien pouvait être pyogène et le liquide inoffensif.
Cette substance pyogène intra-microbienne existe dans un grand nombre d'espèces. Outre les 18 espèces étudiées par Bùchner, nous pouvons citer le Bacillus anthracis. Dès 1887, Wyssokowitch avait montré que le bacille charbonneux, tué par la chaleur, peut foire du pus sans microbe, mais qu'on échoue avec les cultures filtrées : faits confirmés par Steinhaus, en 1881). Nenckiet Dyrmont retirent des spores charbonneuses l'anthra xprotéine , substance analogue à la protéine du pncumobacille de Friedlander (Bùchner). On a encore fait du pus avec les cadavres du bacille pyocyanique (Lcderhose, Steinhaus), du Bacillus prodigiosus (Grawitz et de Bary, Wyssokowitch, Steinhaus), du bacille typhique (Colzi, 1890), des bacilles tuberculeux (Koçh) , du Bacillus subliiis, du bacille de la morve, etc.
La nature des substances pyogènes n'est pas encore bien élucidée, ou plutôt il doit y avoir des substances pyogènes à caractères chimiques différents. Pour Leber, la substance pyogène du staphylocoque est cristallisable, soluble dans L'alcool et se rapproche des alcaloïdes. Pour de Christmas et la plupart de ceux qui Tout imité, les substances pyogènes sont, au contraire* très voisines des diastases; cette classe de produits solubles microbiens s'étend d'ailleurs journellement. Pour Bùchner, il s'agirait d'une albumine spéciale (il ne s'est occupé que des substances intra-protoplasmiques qui ne sont pas fatalement identiques aux substances excrétées), d'une protéine, appartenant à la classe des caséines. Son extraction s'obtient par la méthode de Nencki, en faisant digérer les microbes dans une solution de potasse à 5 pour 1000. Cette protéine est soluble dans l'eau, précipitée par les acides dilués, le sulfate de magnésie, l'alcool absolu. Ses propriétés physiologiques la rapprochent des protéines provenant des muscles, des poumons, des reins et du foie du lapin. Elle ne serait mise en liberté que par la mort des bactéries qui la fabriquent.
Résumons les notions pathogéniques précédentes.
La pyogenèse est le fait de substances solubles émanées des microbes ; elle se réduit donc à une intoxication, comme toute inflammation. On peut d'ailleurs faire du pus aussi bien avec des substances chimiques non microbiennes qu'avec les produits solubles microbiens.
Phénomènes généraux qui accompagnent la pyogenèse. — Après avoir étudié la pyogenèse en tant que phénomène local, il faut nous souvenir que la plupart des suppurations s'accompagnent de phénomènes généraux (voy. p. 495).
Comment pouvons-nous les expliquer?
Les phénomènes d'origine nerveuse (douleurs, vomissements, etc.) peuvent tenir, en partie, à la compression mécanique opérée par l'abcès,