GANGRÈNE
étendu de la gangrène, confondant ensemble les cas les plus disparates. Il faut arriver jusqu'à la seconde moitié du xvme siècle, pour trouver une description séparée des différentes variétés de gangrène (Quesnay, Jeanroy, Pott). A partir de ce moment, les publications se multiplient à propos de chaque gangrène spéciale, sans qu'un travail d'ensemble cherche à les réunir ou à les séparer. En 1875, seulement, la question entre, avec Chauveau, dans une phase expérimentale, et partant fructueuse. Dans son célèbre mémoire : Nécrobiose et gangrène ('), auquel nous emprunterons sans compter, Chauveau établit nettement la part respective de la mortification aseptique (nécrobiose) et de la putréfaction (phénomène microbien) dans la genèse des gangrènes. Pour lui la nécrobiose devrait être complètement séparée de la gangrène, processus toujours microbien. La gangrène serait donc soit une putréfaction s'accompagnant de mortification, soit une putréfaction compliquant une nécrobiose antérieure. La gangrène est essentiellement caractérisée, en outre, par son existence au sein de tissus vivants. Ces conclusions seront les bases de notre description.
Depuis le travail de Chauveau, une foule d'expérimentateurs ont tenté d'élucider fétiologie et le mécanisme des gangrènes. Nous citerons, dans un instant, ceux qui ont découvert des microbes générateurs de gangrène, ou qui ont étudié les conditions prédisposant à cette complication. Nous ne pouvons que renvoyer aux Traités de pathologie pour les publications innombrables qui ont trait à chaque espèce de gangrène en particulier. Nous mentionnerons, parmi les travaux d'ensemble parus sur le sujet qui nous occupe : une Revue générale de Roger (2) et l'article de Reclus (5).
L'étude des gangrènes doit se diviser en trois grandes parties. Dans un premier groupe seront réunis les cas appelés communément gangrènes aseptiques; ils dépendent tous d'un processus commun, la nécrobiose. Ils n'ont avec l'inflammation que de très lointains rapports. Le second et le troisième groupe comprendront les gangrènes microbiennes ; le second étant spécialement destiné aux faits de putréfaction compliquant une nécrobiose antérieure ou tout au moins un trouble dans la vitalité des tissus, le troisième comprenant uniquement les gangrènes dues à des microbes pouvant à la fois mortifier et putréfier des tissus absolument sains.