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CHAPITRE PREMIER

HISTORIQUE ET DÉLIMITATION DU SUJET CE QU'IL FAUT ENTENDRE PAR LE TERIVSE TUIVSEUR - LES NÉOPLASIES ET LE PROCESSUS NÊOPLASIQUE

Comme la plupart dos termes que nous a légués la médecine traditionnelle, le mot tumeur a dû changer de sens et d'application avec les théories médicales successives et ne correspond plus aujourd'hui que bien incomplètement à son sens primitif ou étymologique.

C'était d'abord une dénomination clinique, symptomatique, et Ton appelait tumeur toute augmentation de volume des parties du corps, toute grosseur outre nature (tumor prœter naturam), comprenant ainsi à la fois les formations de tissus nouveaux, les accumulations d'exsudats, de liquides, même de gaz, dans les interstices des tissus ou dans les cavités naturelles, tout ce qui, en somme, était gros, tuméfié, de saillie anormale. Telles les décrivait A. Paré, suivant fidèlement les dogmes galéniques, et l'explication s'en donnait simplement: s'il y avait grosseur, c'est que quelque chose s'accumulait dans les tissus ; et que pouvait-ce être, sinon l'une des quatre humeurs constitutives de l'organisme, dont les proportions troublées en quelque manière sont causes de toutes les maladies : le sang d'où proviennent les tumeurs chaudes et humides, telles que le phlegmon, les furoncles, charbons et anthrax; la bile donnant Vérysipèle, l'herpès, l'esthiomène, l'impétigo; le phlegme cause de

(*) Broca, Traité des tumeurs. — Virchow, Pathologie des tumeurs. Trad. Aronsolm. — Lancereaux, Anatomie pathologique. — Corîxil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique. 2e édit. — Quéku, art. Tumeurs. In Traité de chirurgie de Duplay et Reclus. — Belbet, art. Tumeurs. In Traité de chirurgie clinique et opératoire de Ledentu et Delbet. — Coyxe, Anatomie pathologique, t. I. — Baro, Anatomie pathologique. — Bexeke, Neuere Arbeiten zur Lchrc vom Carcinom, 1886-1891. In Schmidt's Jahrbùcher, 1892. — Lubarsch, in Ergehnisse der allgemeincn pathologischcn Morphologie und Physiologie der Menschen und der Thiere. Wicsbaden, 1895.

[P MENETRIER ]

LES TUMEURS

Vœdème, des athéromes, des scrofules, de l'ascite ; et enfin Y humeur mélancholique : d'où le squirrhe vrai, les tumeurs chancreuses, les poireaux et les verrues (A. Paré, 7e livre).

Les progrès de l'anatomie permirent de distinguer, entre les tumeurs, ce qui tenait à la distension d'une cavité, d'un organe par des gaz et des liquides, et la formation de véritables tissus; même on en put reconnaître l'analogie avec certains des tissus normaux. Littre décrivit les tumeurs formées de tissu graisseux. Abernethy crut pouvoir rapprocher le sarcome du pancréas ou de la glande mammaire. Encore fallait-il, pour comparer, que les tissus normaux eux-mêmes fussent connus; cela put se faire quand Bichat eut fondé l'anatomie générale, et ce fut l'œuvre des Dupuytren, Laënnec, Lobstein, Cruveilhier, etc. Utilisant les notions nouvellement acquises sur la nature et les parentés des tissus, ces auteurs cherchèrent à distinguer, dans les produits de formation nouvelle constituant les tumeurs, ceux qui se montraient identiques aux tissus normaux, et ceux qui ne présentaient avec eux aucune analogie et semblaient formés de matériaux parasitaires ou devenus étrangers k l'organisme : d'où la distinction des tumeurs homœomorphes et hétéromorphes, homceoplastiques et hétéroplastiques, à laquelle on attacha longtemps une importance difficile à comprendre aujourd'hui, si ce n'est comme un premier essai tout infructueux d'explication des modes si divers d'évolution des tumeurs malignes ou bénignes.

L'étude à l'œil nu ne donnait pas plus. La chimie ne fut guère plus heureuse, ne put dire le pourquoi d'évolution des tumeurs (Thénard, Vauquelin, Lassaigne) ; les tumeurs malignes renfermeraient plus d'éléments albumineux; la substance cacoplastique serait une albumine malade (Rokitansky)? Ce pourquoi, le microscope pensa le démontrer avec la découverte des éléments spécifiques (Lebert). Mais si sur ce point les espérances furent déçues, du moins, quand l'étude microscopique des tissus eut montré leur constitution cellulaire (Raspail, Schleiden , Schwann), on eut enfin une base plus sûre pour l'étude des tumeurs; permettant d'éliminer les accumulations d'exsudats, de fibrine, de produits dégénérés, et de restreindre le groupe aux seules néoformations vraies. Celles-ci, Mùller (^les décrit semblables aux tissus de l'organisme, il n'y a pas hétéromorphie ou hétérologie parasitaires, mais toute tumeur est formée d'un tissu ayant son analogue dans l'organisme normal, soit à l'état embryonnaire, soit à l'état de complet développement. Remak(2) montre que tous les tissus néoformés sont les descendants des tissus normaux; et Yirchow(5), formulant la loi du « développement continu » dans son axiome, Omnis cellula e cellula, précise le mécanisme même de cette néoformation. La cellule étant l'élément actif, vivant des tissus, toute formation de tissu implique une multiplication cellulaire, et toute

(4) Mùller, Ueber dcn feincn Bau und die Form dor kranken Geschwulste. 1838. H Remak, Milliers Arch. Berlin, 1852.

(5) Yircikmv, Cellular Pathologie. Berlin, 1859.

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