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HISTORIQUE ET DÉLIMITATION DU SUJET

tumeur dérive ainsi de l'activité proliférative d'un ou plusieurs éléments cellulaires de l'organisme. La tumeur est toujours une partie du corps et provient d'éléments préexistants de celui-ci ; il peut y avoir homologie ou hétérologie selon le siège, mais non selon la nature du tissu. ( Virchow' s Archiv. f. path. Anat., 1847.)

Les tumeurs résultent de la prolifération cellulaire, mais tous les tissus sont-ils aptes à proliférer ainsi? la filiation est-elle obligatoire entre le tissu matriciel et la tumeur? On crut d'abord à une sorte d'indifférence du milieu; des cellules jeunes, embryonnaires, seraient susceptibles d'évolutions différentes; pour Virchow, le tissu conjonctif était la matrice principale des tumeurs, les éléments proliférés devenant susceptibles de reproduire soit un type cellulaire semblable à celui de la région, soit même un type complètement différent. On trouve là l'influence de techniques défectueuses rendant malaisée L'identification des éléments et surtout des éléments jeunes en prolifération. Et toutefois, avec une technique aussi imparfaite, et bien qu'acceptant encore la génération des éléments dans un blastème, Robin du moins soutint la spécificité des éléments anatomiques, et Lancereaux en fit la base de sa classification des tumeurs. L'observation montrait, en effet, les néoplasies épithéliales, par exemple, venant constamment du tissu épithélial préexistant (Robin, Thiersch, Cornil, Waldeyer) et d'une manière générale la parenté directe des cellules néoplasiques avec chacun des types cellulaires semblables, pouvant être classées non seulement d'après les feuillets du blastoderme en grandes séries parallèles (Remak, Lancereaux), mais, plus étroitement et selon la conception de la spécificité cellulaire (Bard), dans chaque famille cellulaire en particulier. C'est pourquoi Bard a pu proposer avec raison de compléter la formule de Virchow : Omnis cellula e cellula, en y ajoutant pour préciser : ejusdem naturœ. Dans les tumeurs comme dans toute prolifération cellulaire de l'organisme adulte, la cellule tille est de même nature que la cellule mère.

Ainsi les tumeurs sont des néoplasies, des formations de tissus nouveaux aux dépens de tissus anciens. Mais toutes les néoplasies ne sont pas des tumeurs. Et c'est ici que commence la difficulté spéciale de la question des tumeurs, si grande que Virchow^) a pu dire : « Onauraitbeau mettre quelqu'un à la question pour lui faire dire ce que sont en réalité les tumeurs, je ne crois pas que l'on puisse trouver un seul homme qui soit en mesure de le dire. » A un siècle de distance, c'est presque le même aveu que Peyrilhe : Ut cancrum curare, sic eum definire perarduum est. De fait, citer les définitions fournies par les auteurs les plus autorisés et les plus récents ne serait guère donner un démenti à ces assertions, si exagérées qu'elles puissent paraître.

Si, en effet, ce chapitre de la pathologie a participé à révolution historique générale de la science médicale, si les tumeurs ont été étudiées et

(') Pathologie tics tumeurs. Trad. Aronsohn, p. 2.

[P MENETRIER ]

LES TUMEURS

comprises cliniquement d'abord, puis anatomiquement en grosse et fine anatomie, et fouillées dans les plus minutieux détails de morphologie et de structure, elles n'ont pas au même degré bénéficié des progrès accomplis dans la connaissance des causes morbides et de leur mode d'action. Aussi quand aujourd'hui en pathologie toutes les définitions et classifications se font suivant la notion étiologique, les tumeurs ne trouvent plus leur place, parce qu'aucune réponse satisfaisante n'a encore été fournie aux questions qui se posent sur leurs causes et leur nature.

Ou du moins le groupe des néoplasies, où presque tout était tumeur autrefois, s'est dissocié, et justement parce que beaucoup d'entre elles ont été éclaircies dans leurs causes, leur mécanisme pathogénique et ont pu ainsi être rationnellement groupées. La multiplication cellulaire, qui fait le fond du processus néoplasique et en constitue le caractère le plus apparent, peut être en effet sollicitée par des causes connues. La multiplication cellulaire, à l'état normal très active pendant la vie intra-utérine, se restreint de plus en plus avec l'âge et reste chez l'adulte cantonnée dans certains appareils, tels les épithéliums de revêtement, dans certaines glandes dont la sécrétion nécessite une rénovation cellulaire incessante. Mais les irritations pathologiques font en tous autres points rapidement apparaître ces propriétés proliféra tive s (*).

Lors des pertes de substance causées dans les tissus par les agents mécaniques, physiques ou chimiques, la réparation commence vers le troisième ou quatrième jour, dans les glandes sébacées dès la sixième heure, la multiplication cellulaire se marquant par l'apparition des figures de karyokinèse, et de nouvelles cellules viennent remplacer les anciennes (2).

L'incitation fonctionnelle est également une cause de multiplication cellulaire, l'augmentation de fonction d'un organe par exemple, bien mise en évidence par les expériences de résection du l'oie f') (Ponfick), du rein (*) ( ïuffier), qui montrent avec quelle rapidité des masses importantes de ces parenchymes peuvent être reconstituées.

L'irritation à un certain degré des tissus est également capable de susciter la prolifération cellulaire. Dans les inflammations toutefois, et surtout dans les inflammations microbiennes, les accumulations cellulaires sont l'expression d'un autre mode réactionncl des éléments de l'organisme, la migration des éléments leucocytiques mobiles, constituant les processus de cliapédèsc et de phagocytose (s) suivant lesquels s'effectuent le plus grand nombre des néoplasies parasitaires. Il s'y joint ensuite une

(*) Podwyssozki (fils), Les lois do la régénération des cellules glandulaires à l'état normal et pathologique. Bull, de la Soc. anal., 1887.

(-) Branca a observé des mitoses également précoces clans la cicatrisation épithéliale. Thèse de Paris, 1890.

(5) K.vhn, Etudes sur la régénération du foie dans les élatâ pathologiques. Thèse de Paris.

(4) TuffIer, Bull, de la Soc. anal., 1888.

5) Metchnikoff, Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation. Paris, 1892.

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