GREFFES, INOCULATIONS. PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE DES TUMEURS
que par leur rareté même le peu de vraisemblance d'une transmission.
Dans la transmission des tumeurs malignes de l'homme aux animaux, ce sont encore les faits négatifs qui dominent et cela déjà en ne tenant compte que des observations publiées, où Les moindres résultats semblant en faveur d'une réussite de l'expérience ont été produits ; la proportion des échecs est toutefois infiniment plus forte si l'on considère le nombre très grand d'observateurs, et nous en connaissons plusieurs qui n'ont pas cru devoir rapporter des expériences demeurées sans succès. 11 suffira, du reste, d'une énumération de noms pour les observations négatives; depuis Peyrilhe(1) qui, au siècle dernier, injecta du suc cancéreux dans les veines d'un chien, en continuant avec Dupuytren, Valentin, Yogel, Weber, Dubuisson, Ilyvert, Chatin, Hénocque et Leroy, Doutrelepont, Billroth, Lebert et 0. Wyss, Senger, Seurin, Yillcmin, Tilanus, Israël, Klebs, Alberts, Shattock et Ballance, Fischl, Duplay et Cazin (2), Curtis(3), etc., tous ces auteurs ont sans succès employé les modes les plus divers de transmission, greffe, inoculations par toutes voies, ingestion alimentaire, etc.
Les résultats positifs sont en bien petit nombre au contraire et tous contestables; on peut laisser de côté les faits anciens de Langenbeck, Lebert et Follin, Goujon, Quinquaud, dont le contrôle est impossible et qui furent observés à une époque où l'on ne pouvait se garer des nombreuses causes d'erreur tenant à la survenance d'accidents et de lésions d'ordre septique et parasitaire. En pareille matière une observation n'est acceptable qu'avec le signalement précis et complet de la variété cellulaire des tumeurs transmises et des tumeurs produites.
Comme faits récents, nous trouvons ceux de Francotte et de Rechter (*), qui ont produit chez des souris des lésions bien probablement inflammatoires; de Firket (3), qui aurait obtenu chez le rat la greffe de sarcomes à évolution rapide, tuant les animaux en cinq semaines. Pfeiffer (6) rapporte, malheureusement sans détails suffisants, une inoculation de cancer primitif (?) du membre inférieur chez une jeune fille, inoculé à la souris; l'inoculation fut faite sous la queue, et il se forma au cou un cancer mélanique. Mayet (7) réussit par injection d'extrait glycérine d'une tumeur du sein à provoquer chez un rat, dans le rein, des nodules cancéreux;
l'1) Peyrilhe, Diss. de Cancro. Paris, 1774.
{-) Israël, Berl. klin. Woch., 1890, — Klebs, Deutsche med. Wobh., 18%. — Alberts, Das Garcinom in histol. und experim. path. Bcziehung: Jena, 1887 et Deutsche med. Zeitung, 1890. — Shattock et Ballance, British med. Journal. 1891. — Fischl, Uebertragungsversuche mit Sarkorn und Krebsgewebe des Menschen auf Thiere. Fortschritte der Med., 1892. — Duplay et Cazin, Semaine méd., 1892. — Comptes rendus, 1892. — Congrès intern. Rome, 1894. — Cazin, Des origines et des modes de transmission du cancer. Thèse de Paris, 1894.
(5) Curtis, A propos des parasites du cancer. Presse méd., 1899.
(4) Francotte et De Rechter, Acad. de mèd. de Belgique, 1892.
(5) Firket, Semaine méd., 1893.
(6) Pfeiffer, Die Protozoen als Krankhcitserreger. Jena, 1891.
(7) Mayet, Comptes rendus, 1893. — Deuxième Congrès français de méd. int. Bordeaux,
[P. MENETRIER.]
LES TUMEURS
Boinet (*) aurait également réussi à transmettre le cancer de l'homme au rat. Nous ne saurions ici discuter ces faits en détail, tous nous paraissent insuffisamment appuyés et la critique de plusieurs d'entre eux a été fort bien faite par Cazin dans sa thèse aux conclusions de laquelle nous nous associons pleinement. Il n'existe pas actuellement de faits positifs de transmission de tumeurs malignes de l'homme aux animaux (2).
Restent les transmissions et inoculations d'animal à animal de même espèce ; ce sont les seules pour lesquelles nous trouvions des résultats positifs et encore sont-ils en bien petit nombre relativement aux faits négatifs parmi lesquels nous pouvons citer ceux de Jeannel, Doutrelepont, Leblanc, Paul Bert, Senn, Ruine, Fischl, etc.
Comme observations positives, on peut rapporter un fait douteux de Novinski (3), de transmission de cancer de chien à chien ; deux faits de Wehr (*), également de chien à chien; deux faits de Hanau (5), transmettant un épithéliome de rat à rat; d'Eiselsberg (6), transmettant un fibrosarcome de rat à rat; deKlencke, de cancer mélanique de cheval à cheval (mais la mélanose du cheval est-elle un cancer?); la transmission en série prolongée de tumeurs chez les souris par Morau (7) ; les observations de Duplay et Cazin (s) sur des tumeurs du chien et du rat ayant une structure se rapprochant de celle des néoplasies inflammatoires ; un fait de Gcissler (9) de transmission d'une tumeur en chou-fleur de chien à chien par inoculation dans le scrotum (10).
(*) Boinet, Marseille méd., 1894.
(-) Outre le résultat négatif brut, il y a à retenir certaines conditions de ces expériences. Plusieurs observateurs se sont préoccupés d'opérer sur des animaux naturellement sujets aux néoplasmes malins (chiens, rats, souris), de choisir des sujets âgés (en raison du développement tardif des épithélîomes) et enfin de préparer ces animaux de diverses manières en cherchant à créer chez eux la dyscrasie supposée du cancer. Ainsi Alberts nourrissait ses chiens exclusivement de viande et de pommes de terre additionnées de phosphate de chaux et de chlorure de potassium, suivant la formule théorique imaginée par Bcneke, comme pouvant amener les troubles nutritifs générateurs du cancer. D'autres ont employé l'ingestion répétée d'acide urique en raison des affinités admises entre les cancers épithéliaux et les affections arthritiques ou goutteuses, et cela sans succès. J'ai aussi, avec un résultat pareillement négatif, employé les injections d'extraits alcooliques ou aqueux longtemps répétées, de divers cancers, chez des animaux auxquels étaient ensuite greffés sous la peau des fragments de tumeur maligne de même variété. J'ai également essayé des intoxications lentes par le plomb et par l'arsenic. Enfin chez deux rats auxquels avaient été faites des greffes sous-cutanées de cancer du sein fraîchement enlevé, j'ai pratiqué quotidiennement, à la dose de 2 centimètres cubes, des injections de l'urine d'une femme atteinte de cancer du sein en récidive inopérable ; l'expérience fut prolongée un mois et, au bout de ce temps, la résorption des fragments greffés était complète.
(5) Novinski, Zur F rage ùber die Impfung krebsiger Geschwiïlste. Centralblatt f. die med. Wiss., 1876.
(*) Wehr, 17e et 18e Congrès Soc. ail. de Chir., 1888-1889.
(5) Hanau, Erfolgreiche experimentelle Uebertragung von Carcinom. Fortschritte der Med.,
(6) Eiselsberg, Wiener Min. Woch., 1890. (") Morau, Comptes rendus, 1893.
(8) Duplay et Cazin, Congrès intern. des sciences méd. Rome, 1894.
(9) Geissler, Vingt-quatrième Congrès de la Société allemande de chirurgie. Semaine méd.,
(10) Ces tumeurs des organes génitaux des chiens paraissent bien être des granulomes parasitaires et non de vrais néoplasmes. Une série de transmissions du même genre ont été rap-