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PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE DES TUMEURS

Relativement au nombre considérable d'expériences tentées dans le but de transmettre les néoplasmes de l'homme aux animaux ou d'une espèce à l'autre, ce petit nombre de résultats positifs est bien significatif et contraste d'autant plus avec la facilité des greffes spontanées sur le sujet déjà porteur d'une tumeur.

A vrai dire, le transport d'une espèce animale à une autre peut mettre les cellules dans des conditions anormales impropres à leur développement ultérieur ; les éléments du sang injectés par transfusion dans les veines d'un animal d'espèce différente de celui qui les a fournis se détruisent rapidement et ne semblent même pas, dans les transfusions chez des animaux de même espèce, présenter une survie beaucoup plus longue; les expériences de Zahn (l)y de Leopold (2) ont également montré la résorption rapide des tissus introduits dans un organisme étranger. Ces auteurs avaient cru toutefois h une plus grande vitalité des tissus fœtaux et néanmoins, dans les expériences de Cohnheim (3) et de Maas, après un développement temporaire, les fragments greffés étaient résorbés en cinq semaines au plus. Les greffes de tissus particulièrement vivaces, comme l'épiderme, ne prennent pas d'une espèce à une autre, les fragments de peau de pigeon, de poulet, de cobaye, de grenouille, transplantés sur des plaies humaines, ne survivent pas, n'adhèrent pas aux bourgeons charnus, mais sont résorbés ou éliminés (4). Il n'est donc pas étonnant que les tissus néoplasiques ne se greffent pas mieux que les tissus sains. Mais dans une même espèce, les greffes prennent facilement, les exemples en abondent, expérimentaux (Paul Bert) ou cliniques (Reverdin, Ollier, Thiersch),et bien que dans ces cas il soit assez difficile de connaître exactement la durée de vie des éléments greffés, ces résultats n'en contrastent pas moins avec la rareté des succès dans la greffe des tumeurs sur animaux de même espèce.

Mais il faut suivre de plus près ce qui se passe dans la greffe néoplasique et les modifications des tissus à son niveau. Il peut tout d'abord arriver que les précautions antiseptiques soient insuffisantes; l'échec, en ce cas, s'explique facilement (3).

portées par Smith et Wasiibourn. Infective lumours in the genitals of dogs. The Lancét,

(*) Zahn, Sur le sort des tissus implantés dans l'organisme. Congrès méd. intern. de Genève,

(2) Leopold, Virchow's Areh., LXXXV.

(3) Cohnheim, Virchow's Arch., LXX, et Allgemcine Pathol.

(4) Obcel, Contribution à l'étude des greffes zoocutanées avec la peau du poulet. Lyon méd., 1888. — Lartail, Des transplantations de peau et de muqueuses animales sur les plaies de l'homme. Thèse de Paris, 1894.

(5) Parmi les conséquences de ces inoculations septiques, et outre les faits depuis longtemps connus de noyaux inflammatoires circonscrits ou disséminés dans les viscères, ces derniers obtenus surtout par les observateurs qui ont employé la voie veineuse comme mode d'inoculation du cancer, nous signalerons certaines formes inflammatoires que nous avons observées chez le rat, justement un des animaux les plus employés en ces sortes d'expériences. Nous avons vu e tez des rats blancs, auxquels nous avions sans grandes précautions antiseptiques inséré des fragments d'épithéliomes dans la cavité péritonéale, se développer, après un temps assez long,

[P. MENETRIER.}

LES TUMEURS

Si les précautions antiseptiques sont parfaites, le fragment inséré dans les tissus ou dans les séreuses suscite des réactions phagocytaires, est bientôt entouré de fibrine exsudée, puis de leucocytes, qui, selon l'espèce animale, forment une paroi d'enkystcment plus ou moins épaisse tout autour, et finalement le pénètrent et le résorbent. Comme Duplay et Cazin, comme Fischl, nous avons constaté la nécrose des cellules des fragments ainsi insérés, qui ne présentent au bout de peu de jours aucune apparence de vie, aucune tendance à la greffe.

Restent à examiner les quelques cas où la greffe a pu réellement se développer en tumeur extensive. Si nous nous reportons aux observations précédemment rapportées, nous voyons que sur les faits positifs obtenus il s'en trouve, comme ceux de Duplay et Cazin, dont les auteurs n'osent affirmer le caractère néoplasique ; et de fait, les vétérinaires sont encore bien peu fixés sur la nature des végétations des organes génitaux des chiens et des chiennes et sur la possibilité d'y voir des lésions infectieuses ; c'est la critique adressée par Israël (l) à la présentation de Geissler, et cela doit inspirer également quelques doutes au sujet des observations de Wehr, concernant des cas semblables. Je ne vois guère, en somme, que les observations de Hanau et celles de Morau, qui se présentent comme réellement probantes.

Mais pour pouvoir les interpréter, je dois rapporter les résultats d'expériences que j'ai faites concurremment avecNetter sur ces mêmes tumeurs de souris observées par Morau. Plusieurs fois ces tumeurs sont apparues spontanément chez les souris élevées dans le laboratoire de Netter et plusieurs fois il a greffé avec succès les tumeurs des unes aux autres de ses souris; ces résultats sont donc confinnatifs de ceux de Morau. Avec les

deux, trois mois et plus, de volumineuses masses néoplasiques atteignant deux, trois et quatre centimètres de diamètre, solides, charnues, sauf quelques points ramollis au centre, s'accompagnant d'envahissement ganglionnaire, avec hyperplasie des ganglions intéressés, «on seulement dans la cavité abdominale, mais aussi dans le thorax ; présentant en somme l'apparence d'un néoplasme en voie de généralisation. Un fragment de ces tumeurs inséré dans le péritoine d'un autre rat, donnait naissance à une nouvelle tumeur semblable, et nous avons pu les reproduire en série par des inoculations successives. En réalité il s'agissait de néoplasies infectieuses et le plus souvent on retrouvait dans les points ramollis du centre de la masse, les fragments de la tumeur inoculée, en bouillie putrilagineuse, dont l'ensemencement fournissait à la culture d'abondantes colonies microbiennes, de microbes multiples et d'ordre banal, sans qu'il nous ait paru que l'un en particulier fût plutôt à incriminer. Du reste, si les fragments de tumeur inoculés reproduisaient des tumeurs, les parasites isolés, cultivés et réinoculés en culture pure dans le péritoine d'autres animaux, les tuaient habituellement de septicémie sans réaction locale, et sans productions néoplasiques. C'est que ces produits néoplasiques nous paraissent en effet un mode de réaction propre à l'animal en expérience et correspondant à l'agression de parasites peu virulents ou peu nombreux, comme il arrive lorsqu'ils sont disséminés dans un tissu. Mais ce qui nous intéresse en ce cas, c'est la facilité des erreurs que de semblables apparences peuvent suggérer, d'autant qu'à l'examen histologique ces masses néoplasiques présentent une structure en apparence identique à celle du sarcome fasciculé ou du fibrosarcome, et que nous-môme nous y serions laissé tromper si dans le premier fait observé le cancer inoculé n'avait été un épithéliome. Sans vouloir imputer à autrui une semblable erreur, ces faits nous forcent à conserver quelques doutes dans l'interprétation des observations de greffes de tumeurs sarcomateuses ou tibro-sarcomateuses réussies chez le rat. (*) Vingt-quatrième Congrès de la Soc. allem. de chir. Semaine méd., 1895

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