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PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE DES TUMEURS

mêmes tumeurs, avec la même technique, mais opérant dans un autre laboratoire et sur des souris de provenance différente, j'ai constamment échoué dans la transmission des tumeurs, et cela dans un très grand nombre de casf) ; les fragments insérés sous la peau ont été résorbés complètement et les souris conservées longtemps après n'ont présenté aucune formation néoplasique. Une fois seulement, chez une souris morte d'infection accidentelle trois mois après la greffe, j'ai retrouvé le fragment de tumeur inoculé, sans trace de dégénérescence des cellules à l'examen microscopique, mais sans avoir en aucune manière accru son volume, bien greffé par conséquent, mais demeuré sans aucune tendance extensive.

Si maintenant Ton considère que chez les souris de Morau plusieurs fois les tumeurs sont apparues spontanément, sans inoculations, ni greffes ; qu'il en était de même chez les rats qui ont servi aux expériences de Hanau ; que la seule différence entre les expériences de Netter et les miennes a été qu'il opérait également sur des animaux de même race et de même famille chez lesquels des tumeurs pouvaient apparaître spontanément, tandis que cela ne s'est jamais présenté chez mes souris, on verra que les faits les plus positifs de transmission de tumeurs ont été observés parmi des animaux sujets à en présenter spontanément, et même en admettant que ce soient bien les greffes ou les inoculations qui aient été le point de départ des nouvelles tumeurs, on peut se demander si ces animaux ne se trouvaient pas justement dans un état analogue à celui des malades cancéreux chez lesquels la greffe réussit aussi facilement à se faire soit spontanément, soit artificiellement.

La seule conclusion possible, à notre avis, c'est que la cellule infectante n'est pas tout dans les néoplasies malignes, il faut tenir compte du milieu où elle évolue, de l'ensemble de l'organisme. Si on peut, en effet, greffer la cellule néoplasique dans un autre organisme sans qu'elle montre de propriétés envahissantes, comme le prouve notre expérience précédemment mentionnée, alors pourtant que la transplantation ne suffit pas à elle seule à lui faire perdre ses propriétés, comme le montre l'exemple des greffes et inoculations chez les cancéreux; si vraiment la transmission expérimentale ne réussit que chez des animaux nettement prédisposés et de prédisposition similaire (c'est-à-dire pouvant présenter spontanément des tumeurs de même variété que celle qu'on leur inocule), c'est qu'il doit y avoir dans l'ensemble de l'organisme quelque chose qui permet ou empêche ces proliférations néoplasiques. Cet état particulier de l'organisme est actuellement plus difficile à définir qu'à prouver; il est probablement analogue aux modifications des tissus et des humeurs qui, dans les maladies microbiennes, permettent l'infection ou même en rendent le développement inévitable et peut s'expliquer également par le trouble des

(*) Aujourd'hui, mes essais de transmission de tumeurs de souris à souris sont au nombre de plus de cinquante expériences ; toutes sauf le fait cité ci-dessus, avec un résultat complètement négatif.

[P. MENETRIER.}

LES TUMEURS

fonctions phagocytai res, des réactions nerveuses, de la composition des humeurs, etc. L'infection cellulaire des tumeurs malignes nécessite, comme les infections microbiennes, une prédisposition de l'organisme, un état de réceptivité. Cela correspond, en adaptation plus moderne, à cet affaiblissement de la résistance physiologique des tissus dont Colin heim fait l'essence même de la malignité, et l'on peut ainsi considérer les tumeurs malignes comme la combinaison d'un trouble local, perversion des fonctions cellulaires, et d'un état général imprécis, constitué vraisemblablement par des modifications organiques et fonctionnelles multiples, mais que l'on peut encore provisoirement qualifier de dyscrasie cancéreuse.

Retentis sèment du cancer sur l'organisme. Physiologie pathologique. — Cette dyscrasie cancéreuse supposée est sans symptômes connus, exactement comme la prédisposition aux maladies microbiennes et ne doit pas être confondue avec la cachexie cancéreuse. Celle-ci est un phénomène secondaire et tardif de l'évolution des néoplasies malignes, variable pour chacune d'elles, variable surtout, comme tous les phénomènes symptomatiques de ces néoplasies, selon la variété des organes atteints et l'importance de leurs fonctions.

Pour l'expliquer, on a invoqué les troubles de la nutrition, le mode anormal des échanges organiques chez les cancéreux, la destruction exagérée des matériaux albuminoïdes (F. Millier, Klemperer) l'augmentation des substances réductrices du sang (Trinkler) (2). Ces troubles se révéleraient par les modifications de l'urine que Rommelaere (5) a cru caractéristiques des cancers, diminution de l'urée excrétée, diminution de l'acide phosphorique et des chlorures. Les assertions de Rommelaere et des partisans de ses idées ont suscité de nombreux travaux contradictoires (*); nous citerons seulement les analyses récemment publiées par Duplay et Cazin et qui prouvent que les variations observées dans les excréta urinai res sont exclusivement en rapport avec l'alimentation ; chez tous ceux de leurs cancéreux dont l'alimentation restait suffisante, ils n'ont pas trouvé un chiffre d'urée inférieur à 21 grammes en moyenne.

Mais pour beaucoup la cause principale de la cachexie réside dans les propriétés toxiques, spécifiques ou non des sucs cancéreux, dont la résorption agirait sur l'organisme par les leucomaïnes formées dans ces tissus de nutrition vicieuse (Pilliet) (5). On a du reste expérimentalement produit des accidents graves chez les animaux par l'injection de substances toxiques retirées des tumeurs; Boinet (6) a extrait du squirrhe et de

(1) Muller, StofTwcchscluntersuchung-en bei Krebskranken. Zeitschrift fur Min. Med., 1889. — Klemperer, Ueber d. StoiFwecbsel und das Koma dcr Krebskranken. Berline y klin. Woch.,

(2) Trinkler, Centr. f. die med. Wiss., 1890.

(3) Rommelaere, Journal de méd. de Bruxelles, 1883-1884. — Annales de l'Université de Bruxelles, t. III.

(4) KiRMisse-N, Congrès de chir., 1885. — Grégoire, Tbèse de Paris, 1885. — Lucas-Championnière. Société de chirurgie, 1895. — Duplay et Cazin, Arch. gén. de méd.. 1895.

(5j Pilliet, Sur les théories chimiques de la cachexie cancéreuse. Progrès méd., 1888. (6) Boinet, Soc. biol., 1895.

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