PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
l'encéphaloïde du sein une toxine donnant la réaction des ptomâïnes et déterminant des accidents rapidement mortels chez un chien déjà cancéreux, moins active chez les chiens normaux; Pfeiffer (*) a observé que les dissolutions de tissu cancéreux dans une solution de sel marin agissaient chez le lapin comme les ptomâïnes des sarcosporidies et déterminaient des accidents de lièvre, de salivation et de collapsus mortel. Freire (2) a tué un oiseau par injection de sang cancéreux. Pour May et, l'action nocive des produits cancéreux s'exerce à longue échéance. F. Mùller a constaté que L'injection du sérum sanguin de cancéreux chez des chiens détermine une destruction des matériaux albuminoïdes plus abondante qu'une semblable injection de sérum normal. Feltz a trouvé l'urine des cancéreux plus toxique que l'urine normale; Gaudier et Hilt(5) ont chez 17 cancéreux constaté cet excès de toxicité des urines, et Griffiths (') a extrait de l'urine des cancéreux une base très toxique qu'il appelle cancérine et qui ne se rencontrerait pas à l'état normal.
□iniquement, Gross aurait observé des phénomènes de septicémie foudroyante et de coma carcinomateux consécutifs au ramollissement d'un cancer. Klemperer a observé deux cas de coma semblables au coma diabétique et survenus chez des cancéreux; il a trouvé une diminution notable de l'alcalinité du sang et constaté la présence de l'acide oxybutyrique dans l'urine.
Adamkiewicz (5) a particulièrement insisté sur la toxicité des produits cancéreux; d'après lui, les carcinomes et les cancroïdes l'enferment à l'état frais un poison semblable au poison cadavérique, tuant les animaux en quelques heures par paralysie du cerveau, lorsqu'on applique à la surface de cet organe un fragment de néoplasme cancéreux. La critique de ces théories a été faite par Ilansemann (6) et les expériences de Geissler(7), pratiquées suivant les règles d'une antisepsie rigoureuse, ont montré la parfaite innocuité pour les animaux de fragments de néoplasmes insérés au niveau des centres nerveux.
C'est qu'en effet, il s'agit dans toutes les observations précédemment rapportées d'interpréter des phénomènes très complexes et en parlant de toxicité des produits cancéreux, les observateurs ne se sont pas suffisamment tenus en garde contre les fermentations microbiennes qui se produisent si facilement dans les tissus mal nourris, nécrosés par places et le plus souvent envahis dès l'ulcération de leur surface par des parasites
{l) Pfeiffer, Die Protozoen, etc.
(-) Freire-Domingos, Première étude expérimentale sur la nature du cancer. Rio de Janeiro,
(5) Gaudier et Hilt, Soc. biol., 1894.
(4) Griffiths, Comptes rendus, 1894.
(5) Adamkiewicz, Ueber die Giftigkeit der bôsartigen Gescbwùlstc. Wiener med. Blatter, 1890. — Weitere Beobacbtungen, etc. Ibid., 1891. — Zur Reaktion der Carcinom. Wiener medicin. Wochenschrift, 1895. — Zur Krebsparasitenfrage. Deutsche med. Wochenschrift, 1895. •
(°) Hansemann, Berl. klin. Woch , 1895 (7) Geissler, Loc. cit.
[P. MENETRIER.-]
LES TUMEURS
divers, et contre les accidents infectieux qui peuvent résulter de leur introduction dans les tissus (*).
Bard (2) attribue la cachexie à la résorption des produits élaborés par les cellules des tumeurs. Ces produits, d'après lui, ne seraient autres que les produits normaux des sécrétions glandulaires ; les cellules néoplasiques fonctionnant comme les cellules normales dont elles dérivent, mais faute de canaux et conduits excréteurs, déversant dans le courant circulatoire les produits de leur activité; comme conséquence, le cancer des glandes à produit de sécrétion particulièrement actif causera une cachexie d'autant plus rapide (cachexie gastrique, cachexie pancréatique, etc.).
Cette conception ne nous paraît pas soutenable ; évidemment les cellules néoplasiques doivent, comme toutes les cellules de l'organisme, fournir au sang des produits d'élaboration, et en raison du trouble de leurs fonctions, de leur évolution anormale, il est très probable que ces produits sont nuisibles. Mais ces produits ne sont nullement en rapport avec la sécrétion physiologique des glandes atteintes, et l'on comprendrait difficilement par exemple que dans le cancer de l'estomac, où toutes les glandes de la muqueuse ne sécrètent plus qu'un suc inactif, les cellules du néoplasme seules eussent conservé leurs propriétés sécrétoires physiologiques.
Pour nous, la cachexie cancéreuse est le produit complexe de facteurs très multiples, dont les principaux sont: les produits et les déchets de vie des cellules néoplasiques ; les substances résultant des dégénérations diverses des mêmes éléments ; la perturbation et souvent l'annulation complète des fonctions physiologiques de l'organe atteint, généralement altéré avant même l'apparition du cancer (en vertu des rapports des épithéliomes avec les inflammations chroniques et comme le prouve l'exemple du cancer de l'estomac) ; l'entrave aux fonctions d'organes voisins (compression des voies biliaires dans le cancer du pancréas, des uretères dans le cancer de l'utérus) ; les déperditions organiques résultant des hémorragies; les infections qui se produisent au niveau des surfaces ulcérées (cancers à forme septicémique, Hanot(3), Achard(4), Hérard (■')), les résorptions de matières putrides au niveau de ces ulcérations situées dans des cavités anfractueuses, et les dégénérescences viscérales qui en sont la conséquence (fréquence de la stéatose hépatique dans le cancer de l'utérus, où elle peut atteindre un degré qui ne se rencontre en aucune autre affection; fréquence des néphrites parenchyinateuses dans les
(1) Pour notre compte et sans avoir employé, il est vrai, des doses massives de dilutions de cancer ou d'urines de cancéreux, nous n'avons du moins jamais constaté de phénomènes d'intoxication chez les animaux soumis aux injections à dose moyenne et longtemps prolongée de l'un ou l'autre de ces produits,
(-) Bard, Précis d'anat. pathol.
(5) Haxot, Arch. gén. de méd., 1892.
(4) Soc. méd. des hôp., 1895.
(3) Hérard, Thèse de Paris, 1896.
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cancers en gênerai, 10 Ibis sur 50 cas d'après Schrader (*)), etc. (2).
Cette énumération forcément incomplète explique néanmoins la variabilité de cette cachexie selon la forme des néoplasmes (les sarcomes et tumeurs malignes des tissus conjonctivo-vasculaires intéressant beaucoup plus rarement et plus tardivement les viscères, ne produisent pas une cachexie aussi rapide que les épithéliomes) et selon le siège, les cancers glandulaires amenant plus promptement ces divers troubles que ceux des surfaces de revêtement. Aussi à l'inverse de l'opinion émise par Bard, nous trouvons que le cancer du pancréas fournit un exemple très démonstratif, car son évolution est tout autre dans les cas où il s'accompagne de la compression simultanée des voies pancréatiques et biliaires et des grands syndromes de la destruction du pancréas ou du foie, et dans les cas où, comme nous l'avons observé, les fonctions de ces deux glandes sont en grande partie conservées.
Influentes modificatrices de révolution des tumeurs malignes. — Essais de thérapeutique. — Ce qui ressort de l'exposé que nous venons de faire de la biologie générale des tumeurs malignes, des cancers, c'est la marche inexorable de leur évolution progressive, qui avec plus ou moins de rapidité, selon les formes et les variétés, tend à l'envahissement de l'organisme, à l'extension sur place ou à distance, la mort seule venant y mettre un terme.
En dehors de l'extirpation, qui, totale, peut être curatrice, la rétrocession spontanée ne s'observe pas. On a cru toutefois que certaines influences, des maladies intercurrentes, l'érysipèle notamment, pouvaient amener l'arrêt de croissance et la disparition de tumeurs malignes, et sans qu'il soit bien établi jusqu'à quel point on peut considérer ces faits comme concernant de véritables tumeurs malignes, on a essayé de provoquer une semblable action, soit par l'inoculation du streptocoque érysipélateux (Fehleisen), soit par l'injection de ses produits de culture (Spronck ("), Coley(4)), soit encore par l'injection du sérum d'animaux vaccinés contre le streptocoque (Emmerich et Scholl)(3). Les résultats ont été entièrement négatifs pour les néoplasies épithéliales, très douteux pour les sarcomes, dont le diagnostic histologique est toujours moins précis, et, par contre, des accidents fâcheux ont été observés et même l'inoculation de streptocoques virulents a pu amener la mort.
D'autre part, et assimilant les cancers à une maladie microbienne, Richet et Héricourt (6) ont tenté d'obtenir un sérum anticancéreux en vaccinant des animaux par l'inoculation de produits néoplasiques, sans du
(*) Schrader, Beitriigc zur Statislik des Magcnkrehses. Inaug. Diss. Gottingen, 1<SX0.
(2) Klippel a étudié les lésions dégénératives des nerfs, de la moelle et des muscles chez les cancéreux. Les accidents nerveux du cancer, mArch. gén. de mëd., 1899,
(3) Spro.nck, Tumeurs malignes et maladies infectieuses. Ami. de l'Jnst. Pasteur, 1892.
(4) Coley, New-York Acad. of med., 1895 et Med. Record, 1895.
(5) Emmerich et Scholl, Deutsche med. Woch., 1895. — Soc. de biol., 1895.
(G) Richet et Héricourt, Comptes rendus, 29 avril 1895 et 1896. — Boinet, Des sérums ànticancéreux dans le cancer du larynx et le cancer en général. In Traité de thérapeutique appliquée, fasc. VII, 1896. — Beretta, De la sérothérapie dans les néoplasmes. Thèse de Paris, 1896.
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LES TUMEURS
reste paraître s'être préoccupés de la variété anatomique de ces tumeurs. L'idée théorique était contestable, les résultats pratiques ue paraissent pas avoir été plus heureux.