FIÈVRES TOXIQUES
Fièvres par hétéro-intoxication. — Les intoxications, quelle que soit leur origine, peuvent modifier la température, c'est un fait certain; mais l'expérience a donné des résultais très différents; ils varient en effet, suivant la dose et le mode d introduction du poison, le sujet choisi pour l'expérience; enfin l'intervention de causes contingentes comme le trauma, et même le moment où a été évaluée la température modifient les résultats. En effet, toute substance qui agit sur la température produit, comme le dit très justement M. Roger, une action primaire qui est suivie d'une action secondaire faisant varier la colonne thermométrique en sens inverse.
C'est ainsi que le sublimé d'après Mauscr, l'acide phénique d'après Volkmann, élèveraient la température à fortes doses. Des observations nombreuses ont prouvé, au contraire, que l'acide phénique produit l'hypothermie; M. Bouchard par deux observations déjà rapportées (p. 0), M. Roger par une troisième contenue dans la thèse de Rouquès, ont montré que la période d'hypothermie est suivie d'une période d'ascension compensatrice qui peut donner lieu à une interprétation erronée et faire croire à une hyperthermie d'emblée. Il est bon d'ajouter aussi que toute intoxication à la période agonique abaisse la température. Enfin, autre cause d'erreur, l'agitation de l'animal en expérience ou son immobilité agissent en sens inverse pour produire des modifications qui ne sont pas négligeables (M.
(*) L'immobilité fait baisser la température dans des proportions très marquées; aussi est-il indispensable, dans les recherches de ce genre, de ne jamais attacher les animaux sur lesquels on opère. Il faut tenir compte encore de la température ambiante et de la déperdition de cha-
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DE LA FJÈVRE.
Les poisons, quels qu'ils soient, peuvent élever la température par trois procédés principaux : en mettant en jeu les centres de calorification, en activant les combustions organiques, enfin indirectement, en provoquant des convulsions (Roger).
Le règne minéral ne fournit pas de poisons franchement thermogènes. Toutefois F injection d'eau distillée en grande quantité dans les veines donne la lièvre, comme nous le verrons plus loin (Stricker et Albert). On trouve surtout cette action dans le règne végétal.
Poisons végétaux. — Certaines substances, comme la strychnine, l'ésérine, élèvent la température, surtout par les convulsions qu'elles produisent (nous avons vu sur ce point l'opinion contradictoire de Mosso) ; la nicotine, la santonine et la picrotoxine agissent de même. L'hyperthermie strychnique peut monter jusqu'à 42, 43, 44 degrés, mais à la période de paralysie qui suit les convulsions, la température s'abaisse beaucoup au-dessous de la normale. La digitale, la cocaïne élèvent la température de la surface du corps, mais diminuent la température centrale (Ackermann. Ch. Richet). La morphine, l'atropine à faible dose élèvent la température rectale; à dose forte, elles l'abaissent (Robert, Oglesbey, Demarquay et Lecontc). Peut-être ces différences tiennent-elles aux variations de la pression artérielle ; si celle-ci augmente, la température rectale s'élève, si elle diminue, la température rectale diminue.
Le curare, à petite dose, chez l'homme, produit une véritable fièvre jusqu'à 40 degrés (Bernard, Voisin et Liouville). Chez les animaux, l'immobilisation produite par ce poison produit l'hypothermie, mais à condition qu'on emploie de très petites doses.
La pilocarpine élève la température de 0°,5 à 1 degré avant de produire la sudation, puis elle l'abaisse de 0°,2 pendant la transpiration. Ces résultats sont d'ailleurs contestés. La caféine, à close moyenne, élève la température de 0°,6, et, à dose forte, de 1 degré à 1°,5.
Poisons animaux. — La plupart des humeurs et des tissus d'un animal, injectés à un individu de la même espèce ou d'une autre espèce, par voie sous-cutanée et surtout par voie veineuse, élèvent sa température.
Sang. — Nombre d'expérimentateurs ont étudié l'action du sang ou de ses parties constituantes. Presque tous ont reconnu son action thermogène; ainsi*- agit le sang humain injecté à l'homme (Roussel), le sang d'agneau injecté au chien (Millier, Hayem), le sang de veau, injecté à l'homme. Liebreicht (de Liège) élève à 42°, 5 la température d'un chien, en? faisant passer directement son sang d'une artère dans une veine; mais il faut tenir compte des conditions d'antisepsie probablement insuffisantes
leur qui en est la conséquence; pour éviter cette cause d'erreur, Gottlieb maintient les animaux «laiis une étuve réglée à 51-32 degrés : dans les conditions physiologiques, leur température reste constante. (Roger.)
PATHOGÉNIE DE LA FIÈVRE
les effets thermoçènes se mani-
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Fig. i. — Courbe thermique chez le lapin.
Injection de sang clans le péritoine. (D'après de Rouville et Delezenne.)
à cette époque (1875) et de l'importance du trauma, puisqu'il s'agissait des vaisseaux cruraux et carotidiens.
La voie d'introduction importe peu testent après l'injection souscutanée, après l'injection veineuse et aussi quand on injecte lé sang dans une grande séreuse, le péritoine ou la plèvre comme l'ont de nouveau démontré dernièrement de Rouville et de Delezenne; l'ascension thermique débute plus ou moins vite après l'injection ; elle atteint son maximum généralement au bout de cinq heures, puis elle descend progressivement jusqu'à la normale, dix heures environ après l'injection.
Il y a cependant quelques faits contradictoires : ainsi, M. iïayem, injectant à [un chien du sang défibriné prélevé sur le même animal ou un autre de même espèce, a observé un abaissement de température (qu'on pourrait peut-être, comme le propose Rouquès, attribuer au refroidissement subi par le sang pendant la défibrina-
tion). En effet, d'après Roger, le sang artériel d'un chien ou d'un lapin injecté immédiatement, avant toute altération, dans les veines d'un lapin, provoque une hypothermie de 0V2 à 0°,6 qui dure de trente minutes à deux ou trois heures, après quoi la température revient à la normale et y reste; au contraire avec du sang artériel dêfibriné, la température après s'être abaissée légèrement remonte bien au-dessus de la normale et l'hypothermie dure plusieurs heures. Le sang veineux seul produirait des effets thermiques.
Sérum. — Le sérum agit comme le sang et souvent même plus fortement que lui. Chez l'homme, la sérothérapie antidiphtérique a permis d'étudier ses effets qui semblent peu différer (à ce point de vue) de ceux du sérum normal; on voit parfois, mais de façon très inconstante, la température s'élever dans les heures qui suivent l'injection de 0°,5 à 1 degré et plus, puis tomber rapidement; ce phénomène est indépendant de l'antitoxine car M. Sevestre l'a observé aussi en injectant à des enfants atteints d'angine, du sérum de cheval non immunisé.
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Fig. 5.
Courbe thermique chez le chien. (D'après Rouville et Delezenne.)
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DE LA FIÈVRE
Le sérum de chien ou de lapin, injecté au lapin, élève la température de 0°,5 à 1 degré; chauffé à 68 degrés, il conserve sa propriété (Roger, Mairet et Bosc).
On obtient encore des effets thermogènes en injectant la sérosité des caillots, une solution d'hémoglobine (Kôhler) , le liquide d'hydrocèle (Billroth), le lait.
Quelle est, dans le sang, la substance qui produit l'élévation de température? Nous aurons plus loin a discuter cette question à propos de la fièvre aseptique des blessés.
On a invoqué le ferment de la fibrine (Hammerschlag). M. Roger ne l'admet pas, car le chauffage qui détruit le ferment ne modifie pas les résultats; il faudrait l'attribuer, d'après lui, à des substances qui n'existent pas toutes formées dans le sang, mais qui y prennent naissance avec la plus grande facilité, car il suffit de défibriner du sang artériel pour qu'il devienne thermogène (Roger).
Ces actions varient d'ailleurs avec les sujets en expérience et (on ne saurait trop le répéter), dans ce cas comme pour toutes les autres variétés de fièvre, l'état pathologique et l'état nerveux du sujet ont une très grande importance ; c'est ainsi que les solutions salines désignées improprement du nom de sérums artificiels et qui n'ont pas d'action thermogène chez les sujets sains, provoquent l'élévation de température chez les enfants tuberculeux (Hutinel) et chez les malades atteints de sciatique (Debove).
Extraits d'organes. — MM. Roux et Chamberland ont obtenu la fièvre, en 1888, avec l'extrait alcoolique de rate charbonneuse et de rate saine.
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Fig. 6. — Muscle frais pris immédiatement après la mort.
M. Lépine a montré, en 1889, qu'en produisant dans l'uretère d'un chien une contre-pression au moyen d'un manomètre rempli d'eau salée stérilisée (solution physiologique à 0,7 pour 100) jusqu'à ce que la sécrétion cesse, on produit de la fièvre; or, elle ne résulte pas de l'anurie puisque celle-ci produit l'hypothermie, mais de la résorption de la substance du