IL. GUINON
DE LA FIÈVRE
les cultures de ce microbe débarrassées de tout germe par filtration sur la bougie; ceux de la troisième, les cultures stérilisées à la fois par la chaleur à 115 degrés et le passage sur la porcelaine; enfin, ceux de la dernière série, les cultures uniquement chauffées à 145 degrés et contenant, par conséquent, les microbes à l'état de cadavres ou de débris. Les doses et la porte d'entrée ont toujours été les mêmes (15 à 20 centimètres cubes par kilogramme d'animal, cultures faites à 55 degrés dans du bouillon de bœuf). Les lapins des quatre séries ont présenté des élévations thermiques manifestes, mais inégales comme intensité et surtout comme durée. Dès le soir du premier jour, chez les animaux qui avaient simplement reçu le bouillon pur stérilisé, la température, dont le chiffre au bout de cinq heures était monté de 0,8, était revenue au point où elle se trouvait avant l'expérience. La température des lapins de la seconde série (culture filtrée) s'est élevée de 1°,5. L'augmentation thermique a été sensiblement la même pour les animaux de la troisième série (culture chauffée et filtrée). Mais, dans ces cas, cette augmentation a été durable, et, quarante-huit heures après, elle dépassait encore la normale de 1 degré. Les expérimentateurs ont noté la même persistance de l'hyperthermie dans l'observation des lapins de la quatrième série (culture simplement chauffée) : leur température a dépassé légèrement, de 0°,2 les chiffres atteints dans la série précédente.
Ainsi donc, les résultats de la seconde et de la troisième série d'expériences établissent que l'hyperthermie peut se développer sous l'influence des produits solubles des cultures, absolument privés de tout germe mort ou vivant (Rouquès).
M. Roussy (12 mars 1889) réussit le premier à produire la fièvre par Tinjection aux animaux d'un ferment soluble, d'une diastase qu'il appelle pyrétogénine; c'est un produit très analogue à l'invertine de Berthelot (*), et qu'il obtient en traitant par une grande quantité d'alcool fort, de l'eau distillée stérilisée contenant une forte proportion de cellules de levure pure de bière réduites à Fautophagie; cette substance est blanche, amorphe, homogène, soluble dans l'eau et répandant une odeur de levure; injectée dans la veine d'un chien à la dose de 1/2 milligramme par kilogramme, elle détermine un violent accès de fièvre d'une durée totale de neuf ou dix heures, divisée en trois phases comme l'accès paludéen (2).
La même année, M. Bouchard prouve le pouvoir pyrétogène des produits de sept microbes différents. Traversa et Manfredi obtiennent les mêmes résultats, avec les cultures de streptocoques, Krogius avec VurobaciUus liquefaciens. Enfin, Koch nous fait connaître l'action si rcmar-
(1) L'invertine ou sucrase est un ferment affectant diverses variétés, qui a la propriété de transformer le sucre ordinaire en sucre interverti, c'est-à-dire en un mélange de glycose et de fructose .
(2) M. Roussy est revenu sur l'étude de cette substance pour confirmer ses premiers résultats ; il a constaté que la chaleur de 100 à 150 degrés atténue légèrement ses propriétés pyrétogènes {Soc. de biol., 30 mars et 27 avril 1895).
PATHOGÉNIE DE LÀ FIÈVRE
quable de la tuberculine humaine dont une dose même inférieure à 1 milligramme peut produire une hyperthermie considérable chez le tuberculeux. Behring, Frânkel, Roux et Yersin isolent des cultures du bacille diphtérique des substances éminemment pyrétogènes(').
Il y a donc bien dans les cultures de certains microbes, des produits qui causent la fièvre, que ces produits soient sécrétés par les microbes ou qu'ils soient constitués par les débris des bactéries mortes. 11 est, en effet, difficile de distinguer leur origine; car en filtrant, on sépare bien les cadavres des bacilles mais non pas la partie de leur substance qui a été nécessairement dissoute dans le milieu de culture; de plus, les bacilles séparés par filtration après action de la chaleur et lavés soigneusement donnent encore la lièvre.
Quelques-unes de ces substances sont à la fois phlogo gènes et pyrétogènes (Nencki, Buchner, Rohmer, Klemperer). Mais quel que soit le microbe originel, elles semblent avoir des effets très analogues ; c'est ainsi que la propriété d'empêcher la diapédèse reconnue par M. Bouchard dans les produits pyocyaniques appartient aussi aux produits des staphylocoques et du microbe du choléra des poules.
Un des principaux caractères distinctifs des toxines et qui les sépare des poisons purement chimiques est d'agir à doses presque impondérables; ainsi la tuberculine de Koch, bouillon de culture chauffé et concentré à 100 degrés, puis filtré, donne à la dose de 0,0001 une réaction thermique violente chez un tuberculeux. « Si l'on admet que ce bouillon contient la centième partie de son poids de toxine pure, on voit que 0CC,000 001 ou 1/1000 de milligramme de toxine environ, est déjà bien actif; si l'on admet pour les malades un poids de 60 kilogrammes, la tuberculine réagirait donc très puissamment sur 60 trillions de fois son poids d'homme vivant. » (A. Gautier.)
M. Bouchard a observé, après l'injection de 1/2 centimètre cube de bouillon pyocyanique stérilisé à un tuberculeux, des phénomènes d'horripilation, de la défaillance et une élévation de température de 40°, 7; et cependant cette dose est au moins 500 fois inférieure à celle qui est inoffensive pour le lapin.
Autre caractère qui différencie les toxines microbiennes des poisons chimiques : elles ne produiraient leurs effets apparents qu'au bout d'un certain temps d'incubation, quelle que soit la dose de substance offensive introduite; toutefois ce fait n'est pas absolument constant. Courmont injectant des toxines diphtériques cà des animaux (chiens, lapins, cobayes) a généralement observé l'élévation de température immédiatement après l'injection.
Les toxines d'un même microbe n'ont pas toujours les mêmes effets sur
(!) La liste des produits microbiens pyrétogènes est déjà longue : outre ceux qui sont signalés plus haut il faut citer lamalléine, les produits du staphylocoque pyogène, du hacterium coli, du bacille du charbon, du bacille-virgule, du vibrion de MetschnikotF, du subtilis, du proteus vulgaris, du bacille encapsulé de Pfeiffcr, etc
[L. GUINON.]
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la température; elles subissent, comme les microorganismes dont elles dérivent, toutes les variations de la virulence avec ses multiples causes.
Un même microbe peut avoir une activité sécrétoire variable pour un seul ou pour plusieurs produits de sécrétion, en particulier pour ses toxines pyrétogènes ; il peut perdre ses propriétés chromogènes avec sa virulence ou indépendamment d'elle.
Il faut tenir compte aussi de la résistance du terrain, de l'état bactéricide spontané ou acquis de l'organisme, ainsi que de la quantité des microbes introduits et par suite, des poisons qu'ils jettent dans la circulation, facteur dont Chauveau (1879) puis Watson-Cheyne (1888) ont montré l'importance.
M. Bouchard a obtenu les résultats suivants en injectant des quantités variables de toxine pyocyanique en culture sur bouillon, stérilisée :
INJECTION