I ÉVOLUTION DE LA FIÈVRE
Guérison. — 11 fut un temps où une description de la fièvre aurait été bien incomplète si l'on n'y avait joint une classification. Celles que nous ont laissées les Pathologistes chefs d'école sont là pour montrer à quelle œuvre vaine ont abouti tous leurs efforts. La plus simple et la plus universellement adoptée est celle qui se base sur l'évolution de la température, classification purement clinique, assurément grossière et défectueuse, mais suffisante, car elle n'envisage que l'élément le plus important.
Sur cette base on distingue des fièvres continues, des fièvres rémittentes, des fièvres intermittentes.
La lièvre continue est constituée par un accès, quelle que soit sa durée.
Quand la fièvre disparaît, sans que la maladie soit guérie, et que de nouveaux acéès apparaissent, on a la fièvre intermittente.
Enfin les accès peuvent se rapprocher assez pour que la température ne puisse atteindre la normale ; la chute est remplacée par une rémission : c'est la fièvre rémittente.
Mais, quelle que soit la durée de la fièvre, elle se termine toujours sous deux formes principales : par lysis ou par chute brusque, ce dernier mode s'accompagnant souvent de phénomènes dont l'ensemble constitue la crise.
Le mécanisme de la guérison est toujours le même. Prenons le cas le plus simple, celui d'un accès fébrile provoqué par une injection unique d'un poison pyrétogène; l'accès guérira quand le poison aura été éliminé ou détruit par les tissus ; alors les centres thermogènes n'étant plus sollicités à produire les changements de nutrition qui élèvent la température, la chaleur se produit suivant le type normal, la lièvre cesse.
Pour la fièvre infectieuse, le mécanisme est plus complexe; l'organisme
[L. GVINON.]
doit en effet se débarrasser et des microbes et de leurs toxines. Dans la fièvre intermittente paludéenne, les sporozoaircs, plus nombreux avant l'accès, diminuent beaucoup pendant l'accès et surtout quand il finit ; on sait qu'ils sont détruits par les phagocytes du sang et surtout de la rate, mais incomplètement, car ils reparaissent bientôt plus nombreux et un nouvel accès commence.
11 s'agit, dans le cas précédent, d'organismes très différents des microbes, mais le procédé reste le même pour ceux-ci . Quand les bactéries pénètrent dans l'organisme, elles s'y atténuent graduellement puis s'y détruisent en partie par la phagocytose, en partie sous l'influence des produits qu'elles engendrent, ou de ceux qu'elles font sécréter à l'organisme (matières vaccinantes) dont l'ensemble constitue l'état bactéricide des humeurs. Pendant ce temps, les toxines sont neutralisées ou éliminées par les différents émonctoires. Il arrive ainsi un moment où l'empoisonnement cesse; les matières pyrétogènes n'agissent plus : la température tombe à la normale (').
Les deux éléments cle la guérison sont donc : 1° la destruction des bactéries; 2° l'affranchissement de l'organisme à l'égard des pousons. Cet affranchissement n'est possible que si l'organisme, moins influencé par les poisons microbiens, arrive à se ressaisir, et mettant en jeu les organes de dépuration, élimine les produits nuisibles.
Mais pour que la fièvre infectieuse cesse, il ne suffit pas que les microbes soient détruits, leurs poisons éliminés ou neutralisés, il faut que la nutrition se modifie.
« La fin de la fièvre, c'est le retour à la consommation normale de la matière » (Bouchard).
La crise. — Nous sommes loin, on le voit, des anciennes idées relatives à la crise et aux phénomènes critiques que l'on observe à la fin de certaines pyrexies comme la pneumonie, l'érysipèle, la fièvre typhoïde. La crise, pour les anciens, était tout entière dans ces manifestations extérieures, et les accidents critiques étaient nécessaires à sa réalisation.
On sait en quoi ces phénomènes consistent; ils sont souvent précédés d'une exagération bruyante et parfois très inquiétante des symptômes de la maladie; puis, brusquement, la température tombe de plusieurs degrés en une nuit, parfois au-dessous de la normale; le poids se ralentit et devient souvent irrégulier ; si la température tombe très bas, on peut observer des phénomènes de collapsus ; la peau, jusqu'alors sèche et brûlante, devient fraîche, moite, dans certains cas, baignée de sueurs :
(') On a supposé que les microbes faisaient, au début, des matières nuisibles, pyrétogènes, et à la lin, fournissaient les moyens d'arrêter la fièvre comme le phénol dans les produits de putréfaction. En fait, certains microbes semblent fournir, au début, des toxines qui empêcbent la dilatation (anectasine) et plus tard des toxines vasodilatatives (ectasine). On connaît aussi un microbe YOospora Guignardi qui, dans des cultures récentes, donne de la fièvre, et dans les cultures anciennes donne de l'hypotliermie ; mais ce ne sont as là des procédés de guérison.