‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 36 sur 221 · LE ROLE DE LA FIÈVRE DANS LA MALADIE · texte numérisé non relu

LE ROLE DE LA FIÈVRE DANS LA MALADIE

nous n'avons qu'à prendre les arguments dans les leçons de M. Bouchard et dans le plaidoyer qu'un élève de Montpellier, M. Cheinisse, vieni de faire récemment en faveur de la fièvre et de ses effets bienfaisants.

« Dans la maladie, nous l'avons vu et on ne saurait trop le répéter, l'économie n'est pas seulement passive, elle réagit très vivement; parfois cette réaction est nuisible, comme la convulsion dans le cas de vers intestinaux; niais, en général, elle est utile ; ainsi la syncope qui arrête l'hémorragie, le vomissement qui expulse le poison, la sudation, l'accélération respiratoire et circulatoire qui modèrent l'hyperthermie. Celle-ci n'est-elle pas aussi à quelque degré une manifestation de la force méàicatriceçl

Il y a des cas où cela n'est pas douteux; par exemple, dans l'accès de goutte, la fièvre produit une suractivité nutritive qui empêche l'accumulation des poisons organiques en arrêtant leur production et en les détruisant.

Dans les maladies infectieuses, ce rôle est moins évident. I! n'est pas probable en effet qu'elle détruise les toxines, car l'élévation de la température enlève au foie une grande partie de son pouvoir protecteur en détruisant le glycogène. De plus l'hyperthermie n'est pas assez forte pour détruire les microbes ; quoique la bactéridie charbonneuse soit troublée dans son développement, quand on la soumet dans l'étuve à une température de 42 degrés, on peut voir cependant un animal charbonneux mort avec une température de 44 degrés donner des bactéries très virulentes.

Et cependant, il est facile de voir avant tout examen approfondi, que la gravité est souvent indépendante de la température ; il existe des infections aiguës sans fièvre et dont la gravité ne le cède en rien aux formes hyperthermiques; telles sont certaines formes apyrétiques de scarlatine, de granulie. On sait bien que les troubles cérébraux et nerveux, de signification si grave dans les fièvres, ne sont nullement en rapport avec la hauteur du thermomètre.

Bien plus, expérimentalement on peut démontrer :

1° Que l'abaissement de la température d'un animal facilite le développement de certaines infections; c'est ainsi que les poules et pigeons normalement réfractaires au charbon, arrivent à s'infecter si on abaisse au préalable leur température par l'immersion dans l'eau froide ou par l'usage des antipyrétiques (Pasteur, Wagner) ou par la section de la moelle cervicale (Savtchenko).

2° Que chez un animal préalablement inoculé d'un microbe déterminé, l'élévation artificielle de la température, soit au moyen de l'étuve, soit par la piqûre des centres nerveux augmente sa résistance à l'infection. Un lapin infecté par le pneumocoque, et soumis au chauffage, vit plus longtemps que les lapins témoins (Walter) ou même il résiste et survit (Lœwy et Richter). L'érysipèle expérimental de l'oreille a une évolution plus rapide et moins étendue quand on chauffe l'animal (Filehne). L'in-

Page 1