L. GVINON
DE LA FIÈVRE
vertine, aux closes qui sont mortelles en quelques semaines, ne tue pas les animaux dont on élève la température à 41 degrés (Hildebrandt) .
5° Que l'abaissement artificiel et médicamenteux de la tempéra turc chez un animal fébricitant peut diminuer sa résistance et aggraver son infection. C'est au moins ce qu'a constaté M. Cheinisse en supprimant par le badigeonnage de gaïacol la fièvre de lapins injectés parle staphylocoque; dans ces conditions, ils mouraient en vingt-quatre heures ou quarantehuit heures de septicémie suraiguë., tandis que les animaux témoins ne succombent qu'au bout de deux à quatre semaines à Vinfection purulente avec abcès.
La fièvre serait donc utile, à quelque degré. Pourquoi et comment?
a. Est-ce parce que les hautes températures sont nuisibles à la vie des microbes? Peut-être oui, jusqu'à un certain point, puisque dans la fièvre récurrente, les spirilles qui se multiplient dans le sang pendant le stade d'augment, disparaissent brusquement au moment de l'ascension précritique (Metschnikoff). Mais on ne saurait généraliser, car cela n'est vrai ni du charbon, ni du bacille typhique.
h. Est-ce par l'accroissement de la phagocytose, comme le pense Gamaleia qui (nous l'avons vu) attribue à cet acte l'élévation de la température des infections, et comme tendent à le prouver les expériences de Maurel, d'après qui les leucocytes atteignent leur maximum d'activité entre 59 et 40 degrés chez l'homme, entre 41 et 42 degrés chez le chien, entre 41 et 43 degrés chez le pigeon ?
c. Est-ce par une augmentation du pouvoir bactéricide du sérum comme tendraient à le faire croire les expériences de Kast, Henrijean, Rovighi?
Peut-être toutes ces raisons ont-elles une part dans le rôle utile de la fièvre. Mais n'exagérons pas leur importance, car la preuve n'en est pas solidement faite, et il y a des expériences (*) qui prouvent que les substances immunisantes se développent aussi bien chez les animaux maintenus artificiellement apyrétiques que chez ceux qui ont eu de la fièvre (Lemaire.)
(*) M. Lemaire (Àrch. de pharmacody nantie, 1898, p. 225) s'est proposé de déterminer le pouvoir anti-infectieux du sérum de chiens immunisés contre le coli-bacille virulent et d'établir l'influence de l'hyperthermie sur la production de cette antitoxine. Il immunisait ses chiens avec des cultures mortes de bacilles très virulents, par la méthode des inoculations successives.
Un premier lot a été immunisé par la méthode générale, un second lot a reçu une dose d'antipyrine suffisante pour éviter toute pyrexie. La température prise avec soin, n'a pas dépassé 59 degrés.
Un troisième lot a été traité par des application» de glace pour empêcher la fièvre de se produire. Le chien, attaché, avait un thermomètre dans le rectum; sitôt que la température s'élevait, on appliquait une vessie de glace qui amenait un abaissement de température.
Les chiens qui reçoivent de Fantipyrine et ceux qui sont maintenus à la température normale par simple soustraction de calorique acquièrent l'état d'immunité comme ceux qui ont subi la pyrexie.
Les substances immunisantes se développent aussi bien chez les chiens maintenus afébriles par l'antipypine ou au moyen de la glace que chez ceux qui ont eu de la fièvre. Il semble donc que la fièvre n'est pas nécessaire à la formation des substances anti-infectieuses et que loin d'être utile pour l'organisme, elle lui est nuisible.
LA THÉRAPEUTIQUE DE LA FIÈVRE
Ce qui est certain, c'est que l'organisme combine un ensemble de moyens et d'efforts pour combattre la toxi-infection et que la fièvre est le résultat de cette activité défensive. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que, dans la fièvre, il y a autre chose que rhyperthermie, il y a le changement de la nutrition qui fait l'état bactéricide, aide a la destruction des microbes et prépare l'élimination des toxines. La fièvre, en effet, modifie la nutrition non seulement pendant la maladie, mais encore bien longtemps après la maladie; on voit des enfants chétifs devenir vigoureux après une maladie fébrile ; la fièvre typhoïde réalise fréquemment ces transformations; on dit alors que le « tempérament a changé ».
La thérapeutique emploie d'ailleurs des procédés qui empruntent leur activité à des modifications analogues à celles que produit la fièvre (hyperthermie et suractivité nutritive). C'est ainsi qu'on provoque l'élévation de la température par la gymnastique, par les bains d'eau chaude,, d'air sec et surchauffé; on augmente l'activité nutritive par les courants sinusoïdaux, la réfrigération, l'hydrothérapie.
Mais encore une fois, n'allons pas trop loin; n'allons pas, pris d'une belle admiration pour les actes de l'organisme et pour l'intelligence de ses efforts, nous refuser à en combattre les effets !
LA THÉRAPEUTIQUE DE LA FIÈVRE
La fièvre a ses dangers, et quels que soient les arguments des théoriciens, il y en a un qui prévaudra toujours contre eux, c'est le bienêtre qu'éprouve le malade quand diminue la fièvre ou du moins sa température, quelque artificiel que soit cet abaissement. Les sensations agréables sont pour beaucoup dans l'amélioration des malades ; le soulagement, la détente qui en résultent, préparent la guérison, s'ils ne la produisent pas; car ils facilitent la résistance en relevant l'état moral, et dans les cas chroniques en ramenant l'appétit, en empêchant ou retardant la consomption (fièvre des tuberculeux, Detweiler).
N'hésitons donc pas à combattre l 'hyperthermie, les moyens ne nous manquent pas ; c'est dans le choix de ces moyens que doit s'exercer notre sagacité.
Pour combattre la maladie fébrile la médication peut s'attaquer à tel ou tel de ses éléments :
Quand elle combat la fièvre elle-même, elle est véritablement antipyrétique; elle ast alors vraiment spécifique, mais les exemples en sont rares; telle est la quinine contre la fièvre paludéenne, le salicylate de soude contre la fièvre rhumatismale.
Quand elle combat seulement la production de chaleur, elle est anti-
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thermique; tels sont la plupart des médicaments que nous employons pour abaisser la température de façon plus ou moins durable.
Enfin la médication est hypothermisante, quand elle se borne à soustraire du calorique au malade.
1° Les deux dernières méthodes sont seulement palliatives et symptomatiques; la première seule est pathogénique, mais elle n'a encore que des applications limitées ; outre les deux exemples que nous avons donnés, il faut citer la sérothérapie, qui, agissant sur la cause de la maladie, aune action véritablement antithermique; on connaît l'abaissement rapide de température qui suit l'injection de sérum diphtérique, dans les cas d'angine pyrétique. On peut espérer que cette classe de médicaments s'agrandira rapidement.
Mais actuellement nous devons être moins ambitieux et nous borner à l'emploi des médications hypothermisante et antithermique.
2° Pour soustraire du calorique au malade, pour le refroidir, les moyens sont multiples : Ce sont les stimulants diffusibles comme Yéther, V alcool à petites doses, qui en accélérant et augmentant la circulation (des téguments, facilitent la déperdition; le rafraîchissement de la peau ipar l'air frais, par l'allégement des vêtements, enfin et surtout par l'application de Veau sous toutes les formes (lotions, aspersions, bains, enveloppements) et à toutes les températures, depuis le bain chaud à ,57 degrés jusqu'à la glace, en passant par le bain froid à 22-18 degrés.
«5° Les antithermiques les plus employés sont la quinine, l'acide salieylique, l'antipyrine, l'antifébrine, la phénacétine, la thalline, l'alcool éthylique.
Bien qu'on ait beaucoup dit sur leur mode d'action dans les différents congrès qui se sont succédé depuis quelques années, à Berlin 1890, à Londres 1894, à Bordeaux 1856, à Wiesbaden 1897, l'accord n'est pas absolument fait sur ce point.
On considère généralement la quinine comme agissant par l'intermédiaire du système nerveux, peut-être en augmentant l'énergie du centre modérateur. Si l'on en croit Binz, elle agit comme poison à l'égard des protoplasmes d'ordre inférieur, particulièrement de ceux qui se produisent dans la décomposition des végétaux, et par analogie, elle atténue l'activité des cellules de désassimilation, elle diminue le nombre et la vitalité des leucocytes, elle abaisse la proportion d'azote et de soufre de l'urine des animaux sains ou fébriles; elle diminue la production de vapeur, tout cela indépendamment de Faction qu'elle peut avoir sur l'activité nerveuse et la circulation. Elle serait donc antithermique, et aussi vraiment antipyrétique dans la fièvre paludéenne.
L acide salicylique est aussi un antiputride puissant, mais différant de la quinine par ce fait qu'il élève la température des animaux chauffés dans un bain de vapeur, qu'il augmente l'excrétion de l'azote, enfin qu'il provoque la multiplication des leucocytes.
Uantipyrine ne modifie pas la quantité d'urée excrétée par l'urine,
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elle accroît l'élimination d'acide urique, elle semble augmenter la çalorification interne, mais aussi elle accroît la déperdition cutanée, elle augmente le rayonnement. Son action s'exerce par l'intermédiaire du système nerveux central; c'est un antithermique puissant, rapidement efficace sur l'irritation du système nerveux central.
Vantifébrine, la pfiénacétine et la thalline ont une action analogue; ces substances sont toutes plus ou moins dangereuses, puisque, comme Fantipyrine, elles diminuent les oxydations et entravent la nutrition, là où il faudrait l'activer.
Ces inconvénients, il est vrai, seraient compensés, si l'on en croit Pœhl, par un élément important; c'est leur action sur les produits toxiques dont la rétention gènelaviedes cellules ; Pœhl assure, en effet, que quelques-uns d'entre eux, à l'exemple de l'acide salicylique qui s'élimine à l'état d'acide salicyiurique, se combinent avec des déchets azotés dont ils déterminent l'élimination, formant ainsi des produits de « substitution ou additionnels, » dont l'élimination désintoxique le malade. En fait, quand on administre un antipyrétique, on voit, au moins au début, augmenter la richesse azotée des produits intermédiaires de la désassimilation. Les antipyrétiques formeraient aussi dans certains organes (comme le pancréas), et dans le sang, des combinaisons qui contribueraient à la défense de l'organisme ('). Enfin Fantipyrine augmenterait la résistance de l'organisme à la toxine de certains microbes (Lemaire).
Malgré ces affirmations, il est permis de conserver quelque défiance à l'égard des antithermiques chimiques; à part la quinine et l'acide salicylique qui ont une action spécifique dans deux maladies, et une action probablement légèrement antiseptique dans quelques autres, ils semblent avoir plus d'inconvénients que d'avantages ; il suffit pour s'en convaincre de rappeler que Fantipyrine diminue la sécrétion urinaire et abaisse la toxicité de l'urine (dans la fièvre typhoïde, Roque et Weill). Nous pensons, avec la plupart des modernes, que les antithermiques ne jugulent pas la maladie, et qu'ils n'en diminuent pas sensiblement la gravité ; ce sont des adjuvants utiles pour prolonger l'action de l'hydrothérapie, pour combattre les accidents nerveux; encore, dans ce cas, est-ce la quinine qui donnera les meilleurs résultats.
Les bains restent le moyen de choix (2) ; quelle que soit la température adoptée, ils soutirent la chaleur, ils activent le chimisme respiratoire dans tous ses modes, ils augmentent les oxydations, ils stimulent Factivité nerveuse, ils activent la nutrition, ils augmentent la tension arté-
(1) Poehl pense qu'en ajoutant un sulfate neutre aux antipyrétiques, on aiderait à la formation d'éthers sulfuriques composés qui sont moins irritants pour le rein que les combinaisons aromatiques originelles.
(2) Les statistiques (sans exagérer leur importance) ne sont pas favorables à l'emploi des antithermiques comme médication unique de la fièvre typhoïde ; avec l'acide salicylique Ries obtient une mortalité de "20,7 pour 100 et Mauri, dans une même épidémie, obtient 12,05 pour 100 avec l'antipyrine, et 8,06 pour 100 avec les bains froids.
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riclle, l'activité du cœur et la sécrétion urinaire et par suite l'élimination des toxines (Schmitt).
Il serait injuste, toutefois, d'oublier Y alcool, qui tout en activant la circulation cutanée, a une action antiseptique indubitable, excite remarquablement l'excrétion urinaire, et par conséquent l'élimination des toxines, surtout s'il est associé à de grandes quantités d'eau, la digitale, la, vératrine, qui, en diminuant l'excitation circulatoire, modèrent au moins un des éléments de la fièvre
Aux médications hypothermisantc et antithermique, qui visent la température, s'ajoute la médication adjuvante dont on ne saurait exagérer l'importance; elle facilite la destruction et l'élimination des poisons par l'usage de boissons abondantes, des lavements froids, du café, qui activent l'excrétion rénale; elle s'oppose à leur formation par l'antisepsie intestinale, par l'inhalation d'oxygène.
Mais répétons-le, toute cette thérapeutique qui se vante cependant d'être moderne n'est qu'une thérapeutique d'attente, elle devrait céder le pas à la thérapeutique pathogénique qui, s'attaquant au microbe ou à ses produits, combattrait l'infection dans sa cause intime, et rendrait inutile la lutte contre la fièvre.
I1) Certaines substances, comme le gaïacol et quelques alcaloïdes ou glueosides (cocaïne, clléborine, solanine, spartéine), ont une action antitbermique qui mérite d'être signalée, moins pour leur efficacité qu'à cause de leur mode d'action. Sciolla, Lannois avaient admis que les médicaments sont absorbés par la peau. Guinard et Geley pensent avoir démontré, au contraire, qu'ils agissent sur les terminaisons nerveuses sensitives de la peau, mettant ainsi en jeu, par voie réflexe, tout le système régulateur de la thermogenèse. En effet, les mêmes substances injectées sous la peau à doses non toxiques n'ont aucune influence sur la température. L'action de ces médicaments est d'ailleurs variable; quand le malade est hypcrtbcrmique, ils produisent l'abaissement de température; ils l'élèvent au contraire quand le sujet est en hypothermie.
L'HYPOTHERMIE
Par J.-F. GUYON