CHAPITRE PREMIER
RÉSISTANCE DE L'ORGANISME AU REFROIDISSEMENT
L'observation clinique a montré, depuis longtemps, que les causes morbifiques, en agissant sur l'organisme, déterminent beaucoup plus souvent une élévation qu'un abaissement de la température centrait . L'hyperthermie n'cst-elle pas, en effet, le signe le plus caractéristique des maladies aiguës? Au cours de celles-ci, l'hypothermie n'est, au contraire, qu'un accident ou une exception. A peine est-elle plus fréquente dans les maladies chroniques où elle n'apparaît, la plupart du temps, qu'à titre de complication intercurrente ou de phénomène ultime annonçant la mort à brève échéance. Aussi a-t-on pu dire que s'il y a, en pathologie, un processus fébrile traduit par l'hyperthermie, il n'y a pas de processus algide traduit par l'hypothermie (*).
Cette constatation prouve, une fois de plus, que les réactions morbides procèdent des réactions normales, dont elles ne sont, suivant l'opinion de Cl. Bernard, que la déviation ou l'exagération. A l'état physiologique, on le sait, le but essentiel et pour ainsi dire permanent de la régulation thermique est, avant tout, de lutter contre le refroidissement. Habitant d'un milieu dont la température est presque toujours inférieure à la sienne, l'homme est exposé en effet à une perpétuelle déperdition de chaleur. Il n'aurait donc pas tardé à mourir de froid, si l'organisme, pour s'adapter aux conditions d'existence qui lui sont faites, ne disposait de ressources en calorique presque inépuisables et n'était, de longue date, exercé à les mettre en œuvre. Cet excès de calorique, latent à l'état normal, se manifeste à l'état pathologique comme le premier signe du trouble apporté dans la régulation thermique. Par contre, il semble que
(*) H un n el, Des températures basses centrales. Thèse d'agrég., 1880. p. 7.
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L'HYPOTHERMIE.
l'hypothermie ne puisse apparaître, aussi longtemps que les dernières réserves n'ont pas été épuisées et que l'organisme est encore capable d'en faire usage.
I. Quels sont les moyens de défense de l'organisme contre le refroidissement? On sait, tout d'abord, qu'il peut restreindre, dans une certaine mesure, son rayonnement périphérique, c'est-à-dire la quantité de chaleur qu'il cède à l'air ambiant. A cet égard, l'observation et l'expérimentation concourent à montrer que l'impression du froid sur la surface du corps détermine le resserrement immédiat des vaisseaux cutanés. Dès lors, le milieu intérieur, ou du moins le sang, est en partie soustrait à l'action du milieu extérieur, et le refroidissement est d'autant plus lent que la circulation de la peau devient moins active. C'est un fait auquel les recherches calorimétriques ont apporté une confirmation directe, car elles ont permis de constater que la chaleur dégagée par un animal à sang chaud décroît en même temps que la température extérieure, lorsque celle-ci s'abaisse au-dessous de 15 degrés On a donc pu conclure avec raison, semble-t-il, que les Vertébrés supérieurs, et par conséquent l'homme, n'obéissent pas d'une façon absolue à la loi de Newton, puisque leur rayonnement n'est pas toujours proportionnel à la différence qui existe entre leur température propre et la température extérieure (2).
Toutefois, bien qu'il témoigne de l'énergie avec laquelle l'organisme réagit contre les causes de refroidissement, ce phénomène ne représente, sans doute, au point de vue de la défense de l'individu, qu'un moyen secondaire et, pour ainsi dire, provisoire. U semble, en effet, être surtout en rapport avec la brusquerie de l'attaque ou, en d'autres termes, de l'excitation provoquée par le contact subit du froid. Mais, pour soutenir la lutte, alors même qu'elle est de courte durée, un autre mécanisme intervient : c'est l'augmentation de la production de chaleur.
La preuve en a été fournie, il y a longtemps déjà, par l'analyse des échanges respiratoires. Lavoisier et Séguin (5) ont montré que, chez l'homme, l'intensité de la consommation d'oxygène est en raison inverse du degré de la température extérieure. Pareille constatation a été faite par Delaroche (*), et ce même auteur a fait voir que l'exhalation d'acide carbonique s'accroît d'une façon parallèle, dans les mêmes conditions. Ces différents faits, maintes fois vérifiés par la suite, sont aujourd'hui définitivement acquis. Ils nous expliquent comment l'organisme est toujours en mesure de maintenir sa température à un niveau constant, et pourquoi, si considérable que soit la déperdition de chaleur, elle est toujours compensée par la production. En effet, si cette dernière n'est
(*) D'àrsoxval, Bail, de la Soc. de Mol., 1884, p. 721. — Ch. Riciiet, Revue scientifique, 1804, p. 135.
(2) Cette conclusion a été combattue, dans ces dernières aimées, par M. Lefèvre. [Bull, de la Soc. de biol., 1894-1899.)
(3) Mém. de l'Acad. des sciences, 1789, p. 567.
(4) Journal de physique, t. LXXVII, p. 5.
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probablement pas, comme on Ta cru pendant longtemps, la conséquence directe des seules oxydations interstitielles, elle n'en est pas moins subordonnée à la présence constamment renouvelée de l'oxygène, source première de l'activité et de l'énergie cellulaires.
Cette exagération de la thermogenèse sons l'action du froid s'observe exclusivement, on le sait, chez l'homme et chez les Vertébrés supérieurs. Tons les antres animaux, au contraire, subissent l'influence directe du milieu ambiant et, à l'inverse des précédents, absorbent d'autant moins d'oxygène que la température extérieure est plus basse : chez eux, les combustions respiratoires, très intenses à 50 degrés, deviennent presque nulles à 0 degré. Or, il est facile de voir que cette différence si caractéristique dépend de l'organisation de l'animal et non pas d'une propriété inhérente à ses tissus mêmes. Ainsi un muscle de Mammifère, lorsqu'il est isolé du corps, obéit aux mêmes lois qu'un muscle de Batracien ou de Reptile; c'est-à-dire que, exposé à une basse température, il consomme moins d'oxygène que maintenu à une température élevée. 11 y a donc,, chez les animaux à sang chaud, un mécanisme spécial qui fait défaut chez les autres, et qui contrebalance l'action directe exercée par le froid sur les tissus isolés (').
Sans examiner en détail tous les éléments constitutifs de ce mécanisme, on peut affirmer que sa mise en activité est réglée par le système nerveux. Les expériences de Pfluger (2), confirmées par celles de M. Frédéricq (5), ont établi que la section de la moelle, pratiquée sur le lapin,, diminue dans des proportions considérables la quantité d'oxygène consommée. Elles ont fait voir, en outre, résultat dont il n'est pas besoin de souligner l'intérêt, que cette quantité d'oxygène varie désormais d'une façon parallèle à l'élévation ou à l'abaissement de la température extérieure, ce qui est le contraire de l'état normal. Elles permettent donc de dire, suivant l'expression si profondément vraie de Cl. Bernard, que la section de la moelle transforme un animal à sang chaud en un animal à sang froid.
A l'appui de cette conclusion viennent encore s'ajouter les résultats , obtenus par Pfluger chez les lapins curarisés, résultats corroborés, dans une certaine mesure, par les recherches de Rumpf (l) et de M. Richet (*))• sur les cobayes et sur les chiens morphinisés ou chloralisés. Dans ces cas,, en effet, la production de chaleur intra-musculaire échappe au contrôle du système nerveux, et l'intensité des échanges respiratoires, subissant une diminution très marquée, n'est plus en rapport avec le degré de la« température ambiante.
En résumé, ces différents faits s'accordent à montrer que l'organisme^
(4) L. Frédéricq, Arch. de Mol. de v. Beneden. 1882, p. 687.
(2) Pfluger s Arch., t. X, p. 251 ; t. XIV, p. 471.
(3) Loc. cit., p. 746.
(*) Pfluger' s Arch., t. XXXIII, p. 538.
(5) Arch. de physiol., 1890, p. 221.
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n'est en mesure de faire face aux causes de refroidissement que grâce à l'intervention du système nerveux. C'est ce dernier qui préside aux relations réciproques du milieu intérieur et du milieu extérieur, et qui transmet au premier les impressions qu'il reçoit du second. Au contact du froid, l'excitation produite sur les extrémités périphériques des nerfs sensitifs remonte jusqu'aux centres cérébro-spinaux qui réagissent, d'une part en modérant l'afflux du sang dans les vaisseaux cutanés, d'autre part en accélérant les échanges respiratoires dans la profondeur des tissus ('). Ainsi l'équilibre indispensable entre la déperdition et la production de chaleur est sans cesse conservé, et le niveau thermique reste constant aussi longtemps que le système nerveux n'est atteint ni dans son activité, ni dans son intégrité.
ïï. Cependant la stabilité de l'équilibre thermique n'est pas absolue, .au sens strict du mot, puisque la température de l'homme présente des oscillations régulières, ascendantes pendant la veille, descendantes pendant le sommeil. C'est ainsi que l'écart entre le maximum diurne et le minimum nocturne atteint souvent 1 degré. On pourrait donc dire qu'il y a une sorte d'hypothermie normale qui commence le soir et finit le matin (Ch. Richetj (2).
Cette simple constatation atteste que l'organisme, selon qu'il est en état d'activité ou de repos, oppose au refroidissement une résistance variable (r>). Mais, en dehors de cette condition générale, à laquelle
f1) Cette accélération des échanges respiratoires dans la profondeur des tissus est. au moins pour une part, la conséquence de la vaso-conslriction cutanée. En effet, en diminuant l'afflux «lu sang vers la périphérie, la vaso-constriction cutanée a pour résultat, non seulement de restreindre la perte de chaleur, mais encore de refroidir la peau, c'est-à-dire de rendre plus intense l'excitation exercée par le froid extérieur sur les extrémités périphériques des nerfs sensitifs. L'appareil vaso-moteur cutané est donc un des intermédiaires nécessaires entre l'action du froid à la périphérie et la réaction calorifique dans la profondeur.
(2) La chaleur animale, 1889, p. 09.
(5) îious rappellerons, à ce propos, que l'hypothermie a été signalée, depuis longtemps déjà, chez les animaux attachés et maintenus immohiles, en vue d'une expérience (voy. Chossat. Thèse de Paris, 1820). Mais le degré de la température extérieure a, dans ces conditions, une influence capitale sur la marche du refroi lissement. Ainsi, pendant les chaleurs de l'été, la température rectale d'un lapin, lié et étendu sur la planche à expériences, reste assez longtemps •stationnaire et, parfois même, s'élève pendant le premier quart d'heure. Au contraire, lorsque la température du laboratoire est inférieure à 15 degrés, le mjme animal peut présenter un abaissement thermique de plus de 2 degrés, en trente minutes.
Fait intéressant, le refroidissement est plus rapide, lorsque le lapin est attaché sur le dos, que lorsqu'il est attaché sur le ventre. Voici, à cet égard, les résultats de quelques expékt ences que nous avons faites au Collège de France, la température du laboratoire ne dépassant ^)a; 10 degrés :
19 janvier 1893. Lapin A (sur le ventre) .... T. R. baisse de 1°,6 en 30 minutes.
— B (sur le dos) — 2° —
— B (sur le ventre; . ... — l",t —
— D (sur le dos) — 2°, i —
— D (sur le ventre) .... — 1\6 —
Néanmoins, l'abaissement de la température d'un lapin attaché et étendu sur la planche h
RESISTANCE DE L'ORGANISME AU REFROIDISSEMENT
n'échappe aucun être vivant, il existe, dans l'aptitude à lutter contre le froid, des différences individuelles qui relèvent de conditions particulières, assez puissantes pour exagérer ou pour diminuer l'amplitude des oscillations quotidiennes. Ces différences constituent, dans certains cas, autant de causes prédisposantes de l'hypothermie.
On sait, par exemple, que les petits animaux perdent proportionnellement plus de chaleur que les grands. En effet, plus l'animal est petit et plus la surface de son corps est étendue par rapport à son poids. Par suite, il a d'autant plus de tendance à se refroidir, au contact du milieu ambiant, (pie son volume est moins considérable. Pour détendre sa température, il doit donc augmenter ses combustions respiratoires, c'est-àdire sa production de chaleur. Les analyses chimiques et la calorimétrie le démontrent surabondamment. Or, si l'animal brûle une partie de ses réserves à l'état normal, il est évident que celles-ci ne tarderont pas à s'épuiser, lorsque le froid extérieur deviendra plus intense. C'est une conclusion qu'est venue vérifier l'expérimentation, en montrant que, lorsqu'on plonge simultanément dans de l'eau froide un lapin et un chien, le premier se refroidit plus vite que le second. Le fait est, d'ailleurs, également vrai pour des animaux de même espèce, mais de taille différente, comme l'indiquent les recherches de M. Richet (/) sur les effets respiratoires et thermiques de la chloralisation, chez les chiens. Il s'agit par conséquent d'une loi générale qui est, sans aucun doute, applicable à l'homme.
A côté de l'influence de la taille, il faut placer celle du tégument. Plus ce dernier est épais, moins le rayonnement périphérique est intense, et mieux l'être vivant est protégé contre le froid. A peine est-il besoin de rappeler que le pelage des animaux est plus ou moins fourni, selon les climats et selon les saisons. L'homme, mal partagé à cet égard, a dû venir en aide par les vêtements à ses moyens de défense naturels. Mais il importe de remarquer que le rayonnement du corps humain n'est pas seulement en rapport avec le degré de constriction ou de dilatation des vaisseaux cutanés; il dépend aussi du pouvoir émissif de la peau, et, ici encore, les différences individuelles sont très accentuées. M. d'Arsonval (*) a fait voir, en effet, que la chaleur rayonnée peut varier du simple au double, chez deux sujets dont la température superficielle et, par conséquent, l'état de la circulation périphérique, sont identiquement les mêmes. Il faut donc admettre que les sécrétions cutanées, variables avec chaque individu, ont une influence très notable sur le dégagement de chaleur. Au reste, l'expérience confirme cette hypothèse, car, lorsqu'on enduit d'un corps gras la surface de la peau, on élève son pouvoir
expériences n'est pas dû à une diminution dans la production de chaleur. La thermogenésc csl, au contraire, plus intense qu'à l'état normal, comme nous l'avons montré récemment ^Soc. de biologie, avril 1898).
(*) Arch. de physiol., 1890, p. 221.
(-) Bull, de la Soc. de biologie, 1884, p. 721.
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L'HYPOTHERMIE.
émissif, précisément du simple au double. Ces faits sont à rapprocher de ceux que les physiologistes ont observés depuis longtemps, chez les animaux recouverts de vernis ou d'huile et qui, dans ces conditions, ne tardent pas à mourir de froid, parce que les pertes de chaleur sont considérablement accrues.
Les différences de taille et de tégument modifient surtout la résistance physique de l'individu. 11 nous reste à examiner les conditions qui agissent sur la résistance physiologique : ce sont l'âge, le sexe et, surtout, F état général du sujet.
L'âge a une influence très remarquable sur la régulation thermique. Comme l'a parfaitement vu Edwards (*), dans ses expériences sur les animaux à sang chaud, la faculté de produire de la chaleur est à son minimum, à l'époque de la naissance, et s'accroît progressivement jusqu'à l'âge adulte. Le fait est surtout bien marqué aux premiers jours de La vie. On sait, en effet, que la température des Mammifères et des enfants nouveau-nés se comporte d'une façon analogue à celle des animaux à sangfroid, c'est-à-dire tend à s'élever ou à s'abaisser parallèlement aux variations de la température extérieure. A mesure que l'organisme, en se développant, s'adapte mieux à son milieu, la puissance calorifique augmente. On peut donc dire, et cette notion a son importance clinique, que l'enfant très jeune se refroidit plus facilement que l'homme fait. 11 en est de même chez les vieillards, au moins d'une façon générale. Sans doute, dans les circonstances ordinaires, ces derniers ont une température rectale sensiblement équivalente à celle de l'adulte, mais ils résistent moins longtemps que celui-ci aux causes extérieures de refroidissement, car leurs échanges respiratoires sont très diminués.
L'influence du sexe n'est pas aussi nettement démontrée; il semble cependant que, toutes choses égales d'ailleurs, la femme succombe plus vite que l'homme, dans la lutte contre le froid (2).
Mais, de toutes les conditions qui modifient les résistances de l'organisme, la plus importante au point de vue clinique est l'état général du sujet. En effet, selon qu'il est robuste ou affaibli, bien portant ou malade, l'homme maintient plus ou moins énergiquement son niveau thermique. Tous les physiologistes, dit Gavarret (s), connaissent ces hommes de constitution athlétique, dont le système musculaire est excessivement développé et qui peuvent supporter sans danger, ou même sans éprouver aucune incommodité, l'influence de températures très basses; ces hommes ont nécessairement la propriété de produire beaucoup de chaleur. Par contre, il est permis de dire que tout individu débile et affaibli, alors même qu'il paraît bien portant, doit produire peu de chaleur et se mal défendre contre les influences hypothermisantes. C'est un fait bien connu
(*) Influence des agents physiques sur la vie, 1824. p. 152.
{-) Gavarret, De la chaleur produite parles êtres vivants, 1855, p. 529.
(5) Loc. cit., p. 550.
RÉSISTANCE DE L'ORGANISME AU REFROIDISSEMENT
que la plupart des sujets dont la température s'abaisse sous l'action du froid sont des sujets en état d'ivresse ou d'alcoolisme chronique ou, en un mot, de misère physiologique.
Tout proches d'eux, mais ayant déjà franchi la limite qui sépare la santé de la maladie, peuvent se placer ceux qui sont atteints d'une affection chronique, à marche torpide, et sans effet thermique habituel. Ainsi, dans certaines anémies, dans les cirrhoses, le scorbut, le purpura, il suffit parfois d'une épistaxis ou d'une hémoptysie pour provoquer une chute de température, alors que, chez l'homme sain, les mêmes accidents n'ont aucune influence appréciable.
Cette différence très nette, dans la résistance opposée au refroidissement par l'organisme selon qu'il est bien portant ou malade, n'est pas spéciale, d'ailleurs, à telle ou telle maladie prise en particulier; elle est, au contraire, l'expression de la maladie elle-même, quelle qu'en soit la nature ou la forme. Témoin l'action des bains froids, lesquels n'abaissent qu'exceptionnellement la courbe thermique de l'homme sain et modifient profondément celle du fébricitant. C'est ainsi qu'on a vu des typhiques, traités par la méthode de Brand, présenter des températures de 55°, 6 et même de 55 degrés. L'air froid a une action analogue. Glaser (r) a vu, chez un malade atteint de pneumonie chronique, la température s'abaisser jusqu'à 5C2 degrés, après un voyage en voiture découverte, par un temps froid. Le même auteur rapporte l'observation d'une malade qui, au milieu d'une fièvre typhoïde, présenta, dans les mêmes conditions, une température axillaire de c26°,2. Enfin, en dehors de toute variation du milieu extérieur, il faut mentionner, ici encore, l'influence hypothermisante des pertes de sang. N'est-ce pas précisément dans la fièvre typhoïde que l'apparition d'une brusque dépression thermique permet de soupçonner, presque toujours à juste titre, l' existence d'une hémorragie intestinale?
Tous ces faits sont assez significatifs pour démontrer l'influence de l'état général sur la résistance de l'organisme aux diverses causes de refroidissement. Comme l'a dit Lorrain (2), les ressources du malade sont moins riches que celles de l'homme bien portant, et la limite où commence à survenir le refroidissement est atteinte plus vite.
[1) Cité par Hutincl, loc. cit., p. 51, et p. 115.
(2) Température du corps humain, t. II, 1877, p. 545.
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